Les
Proverbes
Chapitre
21
Versets
1-8
Le cœur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est des
ruisseaux d’eau; il l’incline à tout ce qui lui plaît
(v. 1).
Ce passage complète la série de
sentences qui concernent le roi dans le chapitre précédent. Il semble
s’appliquer plus directement à Salomon. Il parle d’un roi dont le cœur est dans
la main de l’Éternel qui le dirige à son gré pour porter la bénédiction partout
où cette main l’incline. Dieu a confié la puissance au roi. Quel usage en
fera-t-il si cette puissance n’est pas jointe à la dépendance? Toute bénédiction
vient de cette attitude. Cela n’exclut pas la pensée que le plus mauvais roi
puisse devenir, contre son gré, une source de rafraîchissement pour son peuple,
Dieu inclinant son cœur comme il lui plaît.
Toute voie de l’homme est droite à ses yeux, mais l’Éternel
pèse les cœurs (v. 2).
Voyez 16:2.
Dieu n’est pas influencé par ce
que l’homme pense de lui-même, car ce dernier porte toujours un jugement
favorable sur ses propres voies; Celui qui pèse les cœurs connaît bien mieux que
l’homme les motifs secrets qui le font agir.
Pratiquer ce qui est juste et droit, est une chose plus
agréable à l’Éternel qu’un sacrifice
(v. 3).
Nous trouvons en d’autres passages
que l’obéissance (1 Sam. 15:22), la droiture, la bonté, l’humilité (Michée 6:8),
un esprit brisé (Ps. 51:17), c’est-à-dire l’état du cœur, valent plus aux yeux
de Dieu que les sacrifices. Ici c’est la droiture et la justice dans la marche,
sujet caractéristique des Proverbes.
L’élévation des yeux, et un cœur qui s’enfle, la lampe des
méchants, c’est péché (v.
4).
L’orgueil et le désir de s’élever,
telle est la lampe qui dirige la voie des méchants. Cela s’appelle le péché. Le
péché, vu à son origine, est précisément avec l’indépendance le désir de
s’élever; c’est, comme Adam, estimer «comme un objet à ravir d’être égal à Dieu»
(Phil. 2:6).
Les pensées d’un homme diligent ne mènent qu’à l’abondance;
mais tout étourdi ne court qu’à la disette
(v. 5).
Si les versets précédents nous ont
parlé de dépendance, de justice pratique et d’humilité, nous trouvons ici la
diligence qui, conduite par la réflexion, mène à l’abondance. Elle est
temporellement et moralement le contraire de la paresse, dont ces chapitres nous
ont amplement entretenus; mais ici elle est mise en contraste avec l’étourderie
qui peut avoir un air de diligence, mais manque de réflexion et n’aboutit qu’à
manquer de tout. Appliquez cette vérité aux circonstances spirituelles et à
l’activité dans le service, vous arriverez à la même conclusion.
Acquérir des trésors par une langue fausse, c’est une
vanité fugitive de ceux qui cherchent la mort
(v. 6).
Les hommes pécheurs pensent
arriver à cette abondance (v. 5) par le mensonge. Ils ne se doutent pas qu’en
cherchant à acquérir des trésors par ce moyen, ils cherchent la mort, gage de
leur fausseté, en sorte que toute leur richesse convoitée ou acquise ne sera
finalement qu’un souffle, qu’une vapeur qui passe.
La dévastation des méchants les emporte, car ils refusent
de pratiquer ce qui est droit
(v. 7).
Toute voie violente disparaîtra
avec les méchants qui la pratiquent; il n’y a que la voie droite qui demeure et
que le jugement n’atteint pas.
La voie d’un homme coupable est détournée, mais l’œuvre de
celui qui est pur est droite
(v. 8).
Le cœur de l’homme se manifeste
dans ses voies. Toujours le coupable a une voie tortueuse; toujours il y aura de
la droiture dans l’activité de celui qui est pur de cœur. Remarquons, en
passant, que la Parole nous présente toujours la pureté comme le résultat de la
purification.
Versets
9-18
Mieux vaut habiter sur le coin d’un toit, qu’une femme
querelleuse et une maison en commun
(v. 9).
Voyez v. 19; 19:13; 27:15.
Nous retrouverons cette sentence
avec des applications nouvelles en d’autres passages. La question de ses
associations est de toute importance pour le fils de la Sagesse. Mieux vaut
rester solitaire, dans une demeure de rencontre qui ne vous appartient pas, que
de contracter une union, offrant des avantages matériels, avec une femme qui
cherche des querelles et détruit ainsi la paix de la maison. Jamais les croyants
ne trouveront la paix dans les avantages que le monde leur offre par le mariage.
L’âme du méchant désire le mal; son prochain ne trouve pas
grâce à ses yeux (v. 10).
Nous revenons ici à ce qui se
trouve au fond du cœur. Si l’homme est méchant — et, comme nous l’avons remarqué
précédemment, le monde est composé de deux classes de gens, les méchants et les
justes — comment son cœur désirerait-il le bien? Comment aimerait-il son
prochain? La parabole du bon Samaritain lui répond.
Quand on punit le moqueur, le simple devient sage; et quand
on instruit le sage il reçoit de la connaissance
(v. 11).
Voyez 19:25.
Nous avons déjà noté qu’il n’y a
pas de salut pour le moqueur qui tient Dieu et sa parole pour non avenus. La
punition l’atteint, non pas pour le discipliner, mais pour le juger. Devant ce
jugement, «le simple», l’homme naturel, privé de sens, est averti, convaincu, et
fait désormais partie des fils de la sagesse. Alors, devenu sage, il reçoit, par
l’enseignement divin, la connaissance des pensées de Dieu.
Il y a un juste qui considère attentivement la maison du
méchant, il renverse les méchants dans le malheur
(v. 12).
Mais ce n’est pas au sage avec sa
connaissance imparfaite qu’est dévolue la tâche d’exercer le jugement. Il y a un
juste, un seul, le Juste par excellence, le Tout-juste (Job 34:17) qui considère
attentivement le lieu où le méchant habite, et précipitera les méchants dans le
malheur, terme qui ne dépasse pas ici le jugement des vivants avant le règne de
Christ.
Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre, criera, lui
aussi, et on ne lui répondra pas
(v. 13).
Toujours le caractère du méchant.
S’il n’a pas l’amour pour le prochain (v. 10), il n’a pas davantage la pitié
pour le pauvre. Le temps arrivera aussi pour lui où il criera sans trouver de
réponse, où il heurtera et trouvera la porte fermée.
Un don fait en secret apaise la colère, et un présent mis
dans le sein calme une violente fureur
(v. 14).
Nous avons vu, au chap. 17:8, la
valeur du présent pour celui qui le possède; nous voyons ici son effet sur celui
qui le reçoit. S’il est fait sans ostentation, autrement il pourrait être
considéré comme une injure par celui auquel il est offert, il apaise même une
violente colère. Tel fut le cas d’Abigaïl quand la colère de David s’était
enflammée contre Nabal (1 Sam. 25).
C’est une joie pour le juste de pratiquer ce qui est droit,
mais c’est la ruine pour les ouvriers d’iniquité
(v. 15).
La pratique de la droiture ne
coûte rien au juste, mais au contraire elle lui rapporte de la joie; tandis que,
pour les méchants que l’iniquité fait prospérer, la pratique de la justice
serait leur ruine. Commettre un crime ne leur coûte rien (10:23).
L’homme qui s’égare du chemin de la sagesse demeurera dans
l’assemblée des trépassés
(v. 16).
Remarquez qu’il n’est pas dit ici:
«le fils», mais «l’homme». La sagesse convie les hommes à entrer dans son
chemin; elle leur en fait connaître les bénédictions et les y attire; ils ont pu
«goûter du don céleste» (Héb. 6:5). S’ils s’en égarent, s’ils tombent, il n’y a
plus pour eux qu’un au delà de misère (9:18) et la perte des bénédictions
millénaires.
Celui qui aime la joie sera dans l’indigence; celui qui
aime le vin et l’huile ne s’enrichira pas
(v. 17).
Contraste avec la joie du juste au
v. 15. Celle-là est un trésor; celle-ci laisse celui qui l’aime, qui a donné son
cœur aux plaisirs que le monde procure, dépouillé de tout ce qu’il a recherché.
Le vin et l’huile représentent les plaisirs de la société dans les repas goûtés
en commun, bien différents, malgré l’apparence, de la table dressée pour la
brebis (Ps. 23:5). Ces plaisirs laisseront-ils quelque profit à ceux qui les
aiment? Car le mal consiste à aimer ces choses et non à en jouir quand Dieu nous
les offre.
Le méchant est une rançon pour le juste, et le perfide est
à la place des hommes intègres
(v. 18).
Voyez 11:8; És. 43:3.
Il s’agit ici d’un jugement actuel
dans ce monde. La justice de Dieu se manifeste ici-bas envers les méchants, en
épargnant les justes. Ainsi ces deux choses se tiennent: jugement des méchants,
délivrance des justes. C’est comme si la vie des méchants était la rançon par
laquelle celle des justes est mise à l’abri. «L’un est pris et l’autre laissé».
Combien de fois cela se vérifie dans les luttes qui ensanglantent le monde!
Versets
19-31
Mieux vaut habiter dans une terre déserte qu’avec une femme
querelleuse et irritable
(v. 19).
Voyez v. 9.
Cette sentence va plus loin que
celle du v. 9.
Quelle que soit la bénédiction
d’un lien institué de Dieu, il vaut mieux habiter le désert, privé de toute
association semblable, que d’avoir la paix de son âme troublée par des luttes
continuelles et stériles. Dans le désert l’âme trouve le Seigneur dont l’amour
la rassasie et la remplit de joie (voyez Ps. 63).
Il y a un trésor désirable et de l’huile dans la demeure du
sage; mais l’homme insensé les engloutit
(v. 20).
La femme de Sarepta, instruite par
Élie, n’était-elle pas sage? Sa demeure ne contint-elle pas un trésor désirable?
«Le pot de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne manqua pas, selon la
parole de l’Éternel» (1 Rois 17:16). Les sots, les ignorants obstinés ne voient
pas la source de ces bénédictions et le caractère qui les procure; ils en
abusent. Quand elles se présentent et quand la source en est tarie, que leur
reste-t-il?
Qui poursuit la justice et la bonté, trouvera la vie, la
justice et la gloire (v.
21).
Nous venons de voir la demeure du
sage. Ce verset décrit son sentier. Il poursuit la justice; il s’efforce de
bannir le péché de ses voies; il poursuit la bonté, il imite le caractère du
Dieu auquel il appartient. Dans ce chemin il trouve la vie comme nourriture de
son âme, la justice: une séparation toujours croissante du mal, et enfin la
gloire à laquelle ce chemin aboutit.
Le sage monte dans la ville des hommes forts, et abat la
force de ce qui en faisait la sécurité
(v. 22).
Après la demeure et le sentier du
sage nous avons ici son combat. C’est ce que Christ a fait. Il a non seulement
lié l’homme fort pendant sa vie, mais, par sa mort, il est entré dans sa
forteresse, et a réduit toute sa puissance à néant.
Mais tout sage est appelé à
combattre comme son Chef. L’humilité, la dépendance et l’obéissance sont ses
armes. Telle était la sagesse d’Israël à Jéricho. Elle abattit la force des
murailles qui en faisaient la sécurité, ôta tout abri à l’ennemi et le livra
sans défense entre les mains de son vainqueur.
Qui garde sa bouche et sa langue garde son âme de détresses
(v. 23).
Voyez 12:13.
Les hommes auront à rendre compte
au jour du jugement de toute parole oiseuse qu’ils auront dite (Matt. 12:36).
Actuellement ils sont souillés par ce qui sort de leur bouche (Matt. 15:11);
mais il y a des difficultés sans nombre que des paroles inconsidérées attirent à
celui qui les prononce. Le sage les évite en veillant sur sa bouche et sa
langue.
Orgueilleux, arrogant, moqueur est le nom de celui qui agit
avec colère et orgueil (v.
24).
L’homme est caractérisé par ce
qu’il aime et par ce qu’il fait. Un homme qui aime la chasse est un chasseur, un
homme qui aime l’argent, un avare; un homme qui agit avec colère et orgueil, un
orgueilleux et un arrogant; mais, outre cela, moqueur est son nom. Il ne tient
aucun compte de Dieu. Il n’y a qu’à remonter à la source de l’orgueil pour s’en
convaincre. Nous avons souvent fait ressortir le sens du mot moqueur dans les
Proverbes. Un tel caractère est étranger et diamétralement opposé à celui du
sage.
Le désir du paresseux le tue, car ses mains refusent de
travailler (v. 25).
Voyez pour les passages 6:6. Les
passages sur la paresse sont très fréquents dans les Proverbes, parce que c’est
un des graves dangers que le fils de la Sagesse rencontre sur son chemin, aussi
toutes les conséquences de ce vice sont-elles continuellement mises sous nos
yeux. Il nous assimile au monde et à ses voies. Le paresseux est nécessairement
jaloux et la jalousie le ronge, car, s’il ne veut pas le travail, son cœur
voudrait avoir les choses que le travail procure.
Tout le jour il désire avidement; mais le juste donne et ne
retient pas (v. 26).
Ce verset n’est que la suite du
précédent. La vie du paresseux se consume en vains désirs; il voudrait posséder
pour lui-même les choses, objets de ses convoitises. Quelle différence d’avec le
juste! Celui-ci acquiert pour donner; il n’est pas avare, ne retient pas pour
lui ce qu’il gagne par son travail.
Le sacrifice des méchants est une abomination; combien
plus, s’ils l’apportent avec une pensée mauvaise
(v. 27).
En revanche, ce que les méchants
offrent à Dieu, leur sacrifice, est une abomination, c’est-à-dire ne vaut pas
mieux que des idoles et des théraphim. Combien plus si, comme Saül à Guilgal,
ils l’apportent avec une pensée mauvaise, quand Dieu avait ordonné l’entière
destruction d’Amalek (1 Sam. 15).
Le témoin menteur périra; mais l’homme qui écoute parlera à
toujours (v. 28).
Dieu ne laisse pas subsister celui
qui, appelé comme témoin, profère le mensonge (Deut. 19:18). Mais ceux qui
écoutent et dont le témoignage est celui des paroles entendues, parlent à
toujours. Leur témoignage venant de Dieu demeure éternellement. Telle était
Marie de Magdala, tels furent les disciples, ou Jean, rendant témoignage de ce
qu’il a entendu (Apoc. 1:2; 1 Jean 1:3).
L’homme méchant enhardit son visage, mais celui qui est
droit règle sa voie (v.
29).
L’homme méchant, pour en imposer à
d’autres, se donne l’expression de la hardiesse; le juste pense à sa marche,
avec le sentiment que Dieu la voit; il veut que Dieu
la trouve réglée.
Il n’y a point de sagesse, et il n’y a point
d’intelligence, et il n’y a point de conseil, en présence de l’Éternel
(v. 30).
Cette maxime est la ruine totale
de toutes les prétentions de l’homme à la sagesse et à tout ce qui en dépend.
«Il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence
des intelligents» (1 Cor. 1:19). La sagesse, la force, le conseil,
l’intelligence sont avec l’Éternel seul (Job 12:13). La croix, folie pour le
sage et l’intelligent du monde, est la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu.
Les enfants de la sagesse eux-mêmes ne la possèdent que parce qu’ils ont été
enfantés par elle, mais, tout ce livre le démontre, ils ne peuvent la réaliser
qu’en étant constamment sous son enseignement.
Le cheval est préparé pour le jour de la bataille, mais la
délivrance est à l’Éternel
(v. 31).
Voyez Ps. 33:17.
Ce n’est ni le conseil, ni la
prudence de l’homme qui délivrent. La force réglée par la prévoyance de l’homme
peut être préparée d’avance. Rien n’est laissé au hasard, la bataille étant
prévue. À quoi tout cela servira-t-il pour délivrer l’homme, si Dieu
n’intervient pas?
Résumé
Il y a beaucoup de suite dans ce
chapitre.
Les v. 1-8 nous entretiennent de
l’état du cœur et de ses résultats, en bien ou en mal, dans les voies de
l’homme. Les v. 9-18 nous présentent le contraste entre le juste et le méchant
et les voies de Dieu envers ce dernier. Les v. 19-31 plutôt le contraste entre
la sagesse avec les vertus qui en découlent, et les plans du méchant. Ces
divisions sont du reste un peu factices. Ce qui frappe surtout, c’est la manière
dont les pensées s’enchaînent.