Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur l'évangile selon Matthieu.

Réflexions sur l'évangile selon Matthieu

F.B. Hole

Chapitres 22 et 23

Chapitre 22

Mais le Seigneur continue calmement à exposer ce qu’il a à leur dire; aussi ce chapitre commence-t-il par la parabole du mariage du fils du roi, qui annonce le jour de l’Évangile sur le point de se lever. Nous ne trouvons pas la question: «Que vous en semble?» en relation avec cette parabole, car elle dépasse de beaucoup les pensées des hommes. Elle se distingue aussi des deux autres en ce qu’elle commence par: «Le royaume des cieux a été fait semblable». En acceptant l’invitation de l’évangile, lorsque la ruine est totale comme les autres paraboles l’ont montré, les hommes se placent sous la juridiction des cieux. Nous allons maintenant comme au chapitre 13 apprendre quelque chose de nouveau.

Dans cette parabole, le roi ne demande rien à personne. Il donne au lieu de demander. Lui aussi a un «fils» pour lequel il fait des noces, envoyant ses esclaves pour convier les hommes. Quelle correspondance merveilleuse entre l’invitation envoyée et le message de l’évangile! «J’ai apprêté... tout est prêt: venez aux noces». Apprêté par le sacrifice de Christ. Prêt, puisque son œuvre est achevée. Aussi maintenant n’est-ce pas: «Allez, travaillez», mais «Venez».

En premier lieu, l’invitation est adressée à «ceux qui étaient invités», une classe de personnes particulièrement privilégiées. Nous en avons l’accomplissement dans les premiers chapitres des Actes. Pendant une courte période, l’évangile n’a été annoncé qu’aux Juifs, mais la plupart d’entre eux en firent peu de cas, étant occupés des avantages du monde, alors que d’autres s’opposèrent activement, persécutant et mettant à mort certains des messagers de la première heure, comme dans le cas d’Etienne. Cette étape prit fin avec la destruction de Jérusalem, annoncée dans le verset 7.

Puis l’invitation s’étend, comme les versets 9 et 10 nous l’indiquent. Dans la parabole de Luc 14, il y a un esclave, représentant sans doute le Saint Esprit; ici, il y en a plusieurs; ce sont les instruments humains dont l’Esprit peut se servir. Ils sont envoyés dans les carrefours des chemins pour convier autant de gens qu’ils trouveront, soit mauvais soit bons. L’Esprit peut «contraindre» les hommes d’entrer, comme en Luc 14; les esclaves eux reçoivent l’instruction d’inviter tous ceux qu’ils trouveront sur leur chemin. Tous n’accepteront pas, mais grâce à cela, le nombre des invités aux noces sera complet. Le prédicateur de l’évangile n’a pas à s’embarrasser de questions touchant à l’élection de la grâce. Il a simplement à transmettre la parole à tous ceux qu’il rencontre, assemblant tous ceux qui répondent, car c’est à Dieu qu’il appartient de toucher le cœur des hommes.

La seconde partie de la parabole, les versets 11 à 14, montre que, comme toujours lorsqu’il s’agit du service humain, ce qui est sans réalité peut s’introduire et subsister quelque temps. En n’acceptant pas la robe de noces, l’homme avait refusé d’honorer le fils du roi. À l’arrivée de ce dernier, il est démasqué et condamné à être jeté dans la place qui lui revient, les ténèbres de dehors. La présence divine découvrira tout ce qui n’est pas réel et démêlera toute chose. Nous l’avons vu au chapitre 13; nous le verrons encore une fois au chapitre 25.

Les pharisiens sont maintenant à bout de ressources; cela se voit dans l’alliance qu’ils sont amenés à conclure avec les hérodiens qu’ils détestaient. Leur question concernant le tribut est habilement formulée de manière à discréditer Jésus soit aux yeux de César soit devant le peuple. Ils commencent par ce qu’ils considèrent comme de la flatterie, mais qui est un constat sobre de la vérité. Il était vrai. Il enseignait la voie de Dieu en vérité. Il ne s’embarrassait de personne. Leur ayant demandé la monnaie du tribut, il leur prouve que celui-ci était bien évidemment de César, car le denier portait son image. S’il est de César, il doit lui être rendu; mais ensuite Il les place dans la présence de Dieu. Rendaient-ils à Dieu les choses qui lui appartenaient? Cette réponse magnifique non seulement les étonne, mais elle frappe tellement leur conscience qu’ils s’en vont. Jésus a posé là un grand principe qui s’applique à chacun de nous tant que nous sommes sous la juridiction d’un César quel qu’il soit. Nous devons rendre à César tout ce qui lui est dû, mais les choses qui sont de Dieu sont infiniment plus importantes et plus étendues dans leur application que tout ce qui est à César.

La question des sadducéens avait manifestement le double objectif de mettre Jésus dans l’embarras et de ridiculiser la foi en la résurrection qui, selon eux, ne pouvait être qu’un retour à la vie dans les conditions ordinaires de ce monde. Sans doute étaient-ils sûrs du résultat: la confusion de Jésus et la justification de leur incrédulité. Mais par sa réponse, le Seigneur montre que la résurrection introduit dans un autre monde, où les conditions sont différentes; et il cite Exode 3:6 pour indiquer que les patriarches, aux jours de Moïse, vivaient dans cet autre monde, quoiqu’ils ne fussent pas encore ressuscités d’entre les morts. Le fait que leur esprit était là garantissait qu’ils y seraient, à la fin, dans des corps glorifiés.

En ce temps, les sacrificateurs étaient en général d’une même pensée avec les sadducéens, et le Seigneur ne les épargne pas dans le reproche direct qu’il leur adresse. «Vous errez», leur dit-il clairement et il indique la source de leur erreur; ils ne connaissaient ni les Écritures qu’ils prétendaient exposer, ni la puissance du Dieu qu’ils professaient servir. Cette double erreur est à la base de toute l’incrédulité religieuse moderne. D’abord, les Écritures sont souvent citées à tort et toujours mal comprises. Secondement, à force de dépouiller Dieu, dans leur esprit, de sa puissance et de sa gloire, ils se trouvent confrontés à des difficultés sans fin. Reconnaissons Sa puissance et les difficultés disparaissent.

La réponse du Seigneur étonne tous ceux qui l’entendent. C’était évidemment tout nouveau pour eux, et pour les pharisiens aussi qui n’avaient jamais réussi à fermer ainsi la bouche aux sadducéens. Ayant entendu cela, ils s’assemblent et l’un d’eux pose au Seigneur une question sur la loi; il soulève un point qu’ils avaient sans doute souvent discuté entre eux. Il pensait aux dix commandements d’Exode 20, mais le Seigneur l’amène à Deutéronome 6:5, et ajoute Lévitique 19:18. L’exigence de la loi se résume en un mot: l’amour. D’abord l’amour pour Dieu; puis l’amour pour son prochain. En disant: «L’amour... est la somme de la loi» (Rom. 13:10), Paul ne fait que répéter en d’autres termes ce que Jésus dit ici (v. 40).

Les trois paraboles les avaient mis en face de la grâce de l’Évangile; les réponses données aux trois questions ont placé devant eux l’amour comme étant l’exigence suprême de la loi. Ils étaient étrangers à cet amour. Mais pendant qu’ils sont encore rassemblés, Jésus leur pose cette question importante: «Que vous semble-t-il du Christ? — de qui est-il Fils?» Ils savaient qu’il devait être le Fils de David, mais ils ignoraient pourquoi, dans le Psaume 110, David l’appelait son Seigneur. Le premier chapitre de notre évangile donne la seule solution possible à ce problème. «Jésus Christ, Fils de David» est «Emmanuel, ce qui, interprété, est: Dieu avec nous». Lorsque la foi a saisi cela, la position entière paraît dans toute sa clarté. Si la vérité est refusée comme par ces pauvres pharisiens, tout est obscur. Ils étaient dans les ténèbres. Ils ne trouvent rien à répondre et leur défaite est si complète qu’ils n’osent plus l’interroger.

Mais si eux en ont fini avec le Seigneur, lui n’a pas terminé avec eux. Le moment est venu de démasquer ces hypocrites devant les foules placées sous leur influence. 

Chapitre 23

Les paroles sévères que Jésus adresse aux chefs du peuple sont rapportées dans ce chapitre. Quelques jours plus tard, sous l’influence de ces hommes, les foules réclameront sa mort. Leur responsabilité et leur culpabilité sont d’autant plus grandes que le Seigneur les a averties du vrai caractère de leurs conducteurs.

Il commence par leur reconnaître la place qu’ils réclamaient comme interprètes de la loi de Moïse. Le peuple devait par conséquent garder la loi et l’accomplir selon qu’il l’entendait de leur bouche, mais veiller soigneusement à ne pas les imiter. Leur vie contredisait la loi qu’ils proclamaient. Ils légiféraient pour les autres sans s’inquiéter le moins du monde d’obéir eux-mêmes. Le Seigneur le souligne au verset 4; c’est une faute très répandue chez les religieux de profession, qui aiment diriger les autres tout en préservant leur propre liberté.

Puis, dans les versets 5 à 12, Jésus dénonce leur désir d’être vus et d’avoir la première place. Tout était fait en fonction des hommes. Dans les repas: le cercle social; dans les synagogues: le cercle religieux et dans les places publiques: le cercle des affaires, ils réclamaient la place la plus élevée en tant que rabbis et maîtres. Le disciple de Christ est appelé à être exactement l’opposé de tout cela, aussi prenons-le à cœur. L’abaissement de ces hommes n’est qu’une question de temps. Ils étaient censés être des guides pour introduire les âmes dans le royaume, mais en fait ils étaient des obstacles pour elles. Ils n’entraient pas eux-mêmes et empêchaient les autres d’entrer.

En outre, ils profitaient de leur position pour dépouiller les veuves sans défense et couvraient cette énormité par l’étalage de longues prières; aussi recevraient-ils un jugement plus sévère. Les longues prières impressionnent peut-être la foule, mais pas le Seigneur! Souvenons-nous-en et évitons-les. Celui qui a une ardente requête sur le cœur et qui est vraiment conscient de la présence de Dieu ne déversera pas un flot de paroles. «Que tes paroles soient peu nombreuses», lisons-nous en Ecclésiaste 5:2.

Le grand zèle déployé pour faire des adeptes est caractéristique de l’esprit pharisaïque, et les paroles du Seigneur au verset 15 brossent un tableau remarquable du simple prosélytisme. Celui-ci reproduit en les accentuant les traits des agents recruteurs dans ceux qui sont gagnés. Les pharisiens étaient des fils de la géhenne, et leurs adhérents l’étaient deux fois plus qu’eux. Cela explique pourquoi les hommes méchants et les séducteurs progressent toujours plus dans le mal, jusqu’à ce que tout soit mûr pour le jugement.

Dans les versets 16 à 22, le Seigneur condamne leurs enseignements imaginaires. Les distinctions qu’ils établissaient entre le temple et l’or du temple, entre l’autel et le don qui est dessus, pouvaient les faire passer aux yeux des simples pour des esprits très supérieurs; en fait, ces subtilités étaient purement fantaisistes et ne faisaient que prouver l’aveuglement et la folie de ceux qui les soutenaient. Dans les autres domaines aussi: une exactitude scrupuleuse dans les petites choses; beaucoup de négligence dans celles qui sont importantes — que ce soit positivement, quant à ce qu’ils observaient (v. 23), ou négativement, quant à ce qu’ils ne faisaient pas (v. 24). Ils étaient certes aveugles, et ce genre de cécité spirituelle n’est que trop répandu aujourd’hui.

Les versets 25 à 28 dénoncent un autre caractère pernicieux: ils se souciaient uniquement de la pureté extérieure, de manière à se donner une bonne apparence aux yeux des hommes. L’intérieur qui est découvert au regard de Dieu ne les inquiétait pas du tout. Ils portaient la plus grande attention à la souillure qu’ils pourraient contracter par contact extérieur, mais étaient absolument indifférents à celle qu’ils produisaient eux-mêmes et qui venait du dedans. Ils devenaient par là des sources de souillure, et bien loin d’être contaminés par les autres, ils la leur communiquaient. C’est un mal très subtil; et nous pouvons bien demander à Dieu de nous en préserver à quelque degré que ce soit.

Enfin, dans les versets 29 à 33, le Seigneur les accuse d’être les meurtriers des prophètes de Dieu. Ils bâtissaient les sépulcres des prophètes d’autrefois, puisque l’aiguillon de leurs paroles n’était plus senti, mais ils étaient véritablement les fils de ceux qui les avaient tués; et, selon le principe du verset 15, ils se montreraient criminels deux fois plus qu’eux, comblant les péchés de leurs pères et ayant leur fin, sans aucun doute, dans le jugement de la géhenne.

Nous trouvons dans ce passage, prononcée par Jésus, l’accusation la plus sévère, de toutes celles qui nous sont rapportées. Jamais il n’a dit de telles choses à aucun pauvre publicain ou pécheur. Ces paroles vives étaient destinées aux hypocrites religieux. Lui était plein de grâce et de vérité. Aux pécheurs qui se reconnaissaient tels, il offrait la grâce avec la vérité. Le projecteur de la vérité, sans mention de la grâce, était réservé aux hypocrites.

C’est ainsi que le sang d’une longue lignée de martyrs allait être imputé à cette génération; et maintenant pour la dernière fois l’occasion était offerte à Jérusalem de se réfugier sous les ailes de l’Éternel, présent au milieu d’eux dans la personne de Jésus. Souvent il aurait voulu les abriter de cette manière, les Psaumes en témoignent; et souvent Jésus aurait voulu les rassembler pendant son passage parmi eux; mais ils ne l’ont pas voulu. Aussi la splendide maison, à Jérusalem, reconnue autrefois comme celle de l’Éternel, était-elle maintenant désavouée. Elle n’était plus que leur maison, et elle était déserte; Celui qui aurait voulu l’occuper allait les quitter et ne serait plus vu jusqu’à ce qu’ils disent: «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!» Le Psaume 118 montre qu’ils ne prononceront pas ces paroles avant que vienne ce jour «que l’Éternel a fait», lorsque «la pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, [sera] devenue la tête de l’angle». 

À suivre