Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur ,'évangile selon Marc.

Évangile selon Marc

F.B. Hole

Chapitre 14, versets 1 à 41

En commençant ce chapitre, nous revenons à des détails historiques, et nous arrivons aux derniers moments de la vie de notre Seigneur. Les versets 1 à 11 nous donnent une introduction très remarquable à ces dernières scènes. Aux versets 1 et 2, une haine pleine de ruse atteint son apogée. Aux versets 10 et 11 est brièvement rapportée la manifestation suprême d’une trahison impitoyable. Et les versets qui séparent ces deux paragraphes racontent l’histoire d’un amour plein de dévouement que témoigne une femme ordinaire. La beauté de ce récit est rehaussée par le fait qu’il se trouve entre ce qui nous est dit d’une telle haine et d’une telle trahison.

La haine des principaux sacrificateurs et des scribes n’avait d’égale que leur ruse; cependant ils n’étaient que des instruments dans les mains de Satan. Ils disent: «Non pas pendant la fête», mais ce sera pendant la fête. Et encore: «De peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple», mais il y aura un tumulte parmi le peuple, seulement ce sera en leur faveur et contre le Christ de Dieu. Ils connaissaient mal le pouvoir du diable auquel ils s’étaient vendus.

Cette femme de Béthanie — Marie, comme nous le savons d’après Jean 12 — ne comprend peut-être pas pleinement elle-même la portée et la valeur de ce qu’elle fait. Elle est probablement poussée par une intuition spirituelle, se rendant compte de la haine meurtrière qui entoure celui qu’elle aime. Elle a apporté son parfum de grand prix et le répand sur Jésus. Son geste est mal interprété par «quelques-uns». Matthieu nous dit que ce sont des disciples, et Jean ajoute que le traître Judas était à l’origine de cette critique. Ils pensent à l’argent et aux pauvres, mais surtout à l’argent. Le Seigneur prend le parti de cette femme, et cela suffit. Il accepte ce qu’elle a fait et l’estime selon la compréhension qu’il a de ce que cela signifiait, et non selon son intelligence à elle, même si cette femme était, comme nous le pensons, la plus intelligente des disciples. En cela nous pouvons voir l’annonce, pleine de la douceur de la grâce, avec laquelle il passera en revue, à son tribunal, les actes de ses saints.

Son verdict est: «Ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait», et c’est un très grand éloge. De plus il annonce qu’il sera parlé de ce qu’elle a fait partout où sera prêché l’évangile. Son nom est connu et ce qu’elle a fait est rappelé par des millions de personnes aujourd’hui, 19 siècles plus tard et tout à son honneur, tout comme aussi Judas est connu, mais à sa honte, et son nom est devenu synonyme de bassesse et de perfidie.

Ces versets d’introduction nous montrent alors que, comme s’approche le moment décisif, chacun apparaît sous son vrai jour. La haine et la perfidie des adversaires deviennent plus noires. L’amour vrai est avivé, bien que personne ne l’exprime comme Marie de Béthanie. Au verset 12, nous passons à la préparation du dernier souper, au cours duquel le Seigneur donne un témoignage bien plus émouvant à la force de son amour pour les siens. Il y a quelques marques de leur amour pour lui, mais ce n’est rien en comparaison de son amour pour eux.

Le Seigneur Jésus n’avait pas de demeure personnelle, mais il savait bien comment se procurer tout ce qui était nécessaire au service de Dieu. Le propriétaire de la grande chambre garnie était sans aucun doute quelqu’un qui le connaissait et le révérait. Les disciples savaient que leur Maître pouvait pourvoir à tout. Ils ne tentent rien de leur propre initiative. Ils regardent simplement à lui pour avoir ses instructions et agissent en conséquence. Ainsi, celui qui n’a pas un lieu où reposer sa tête ne manque pas du logement qui convient pour la dernière réunion avec les siens.

Pendant bien des siècles on avait célébré la Pâque, et ceux qui la mangeaient savaient qu’elle commémorait la délivrance d’Israël de l’Égypte; il y avait peu d’Israélites, si même il y en avait, qui se rendaient compte qu’elle annonçait la mort du Messie. Maintenant, pour la dernière fois, elle doit être mangée avant de trouver son accomplissement. Ce qui occupait l’esprit des disciples, nous ne le savons pas, mais de toute évidence l’esprit du Seigneur est tourné vers sa mort, et c’est vers elle qu’il tourne leurs pensées en annonçant que celui qui le livrera est parmi eux et qu’il était sous la malédiction. Puis il institue son propre Souper.

La concision caractérise tout le récit de Marc, mais elle n’est nulle part plus marquée que dans la relation qu’il fait de l’institution de la Cène. Cependant tous les éléments s’y trouvent: le pain et ce dont il est le signe; la coupe, ce qu’elle représente et ce à quoi on peut l’appliquer, ce qui fait qu’elle est désignée par Paul comme étant «la coupe de bénédiction que nous bénissons». Pour le Seigneur lui-même, le fruit de la vigne — et ce qu’il symbolise, la joie terrestre — est entièrement passé. Plus jamais il n’en boira jusqu’à ce que, dans le royaume de Dieu, il en boive d’une manière tout à fait différente. Toutes les espérances et toutes les joies terrestres qui reposaient sur le fondement ancien sont pour lui fermées.

La leçon que nous avons à retenir est bien en harmonie avec ce que nous avons là. Dieu peut, dans ses dons providentiels pleins de grâce, nous permettre de jouir sur la terre de beaucoup de choses qui sont heureuses et agréables; cependant toutes nos vraies joies de chrétien ne sont pas d’ordre terrestre, mais céleste.

De la chambre haute, où il a institué son souper, le Seigneur mène ses disciples à Gethsémané. Une hymne (ou psaume) est chantée, les Psaumes 115 à 118 étant, dit-on, la portion des Écritures qui était généralement chantée alors. Pour les disciples, c’était sans doute simplement ce qui se faisait d’habitude; mais qu’est-ce que cela a dû être pour le Seigneur? Chanter, alors qu’il s’avançait pour accomplir ce qu’était la Pâque en type, en devenant le sacrifice; et le Psaume 118, dans ses derniers versets, parle de «lier avec des cordes le sacrifice aux cornes de l’autel». Il allait vers la souffrance et la mort, lié par les cordes de son amour, et les disciples vers les défaillances, la défaite, la dispersion.

Il les avertit de ce qui les attend, les renvoyant à la prophétie de Zacharie, qui avait annoncé que le berger de l’Éternel serait frappé et le troupeau dispersé. Mais le prophète avait ajouté: «et je tournerai ma main sur les petits»; c’est ce qui correspond au verset 28 de notre chapitre. Ceux qui étaient ses brebis sur le plan national seraient dispersés, mais «les petits», que Zacharie appelle ailleurs «les pauvres du troupeau», seraient rassemblés encore sur une base nouvelle, dès lors que le Berger serait ressuscité. C’est donc en Galilée et non pas à Jérusalem qu’il doit les rencontrer.

Pierre, sûr de lui, affirme que lui ne bronchera pas, même si cela arrivait aux autres, et il dit cela après la déclaration très explicite du Seigneur qui prévoit sa chute. Les autres ne veulent pas rester en arrière et se lancent dans les mêmes affirmations que Pierre. Cela s’explique par cette rivalité profane qu’il y avait entre eux pour savoir qui serait le plus grand. Marc fait ressortir cela avec une netteté particulière, comme on peut le voir si on compare les versets 29 à 31 avec ce qui est dit aux versets 33 et 34 du chapitre 9, et aux versets 35-37, 41 du chapitre 10. Certainement, Pierre sent que maintenant lui est fournie l’occasion de démontrer, une fois pour toutes, qu’il dépasse tous les autres d’une tête. Et ceux-ci sont bien décidés à ne pas lui laisser prendre l’avantage. Ils doivent se maintenir à sa hauteur. La chute de Pierre semble bien soudaine, mais tout cela nous montre que les racines secrètes de cette chute remontaient loin dans le passé.

Les paroles téméraires de Pierre devaient rapidement être mises à l’épreuve, et tout d’abord à Gethsémané où ils arrivent aussitôt après. À lui et à ses compagnons, il n’est demandé que de veiller une heure. Ils sont incapables de le faire, mais ce n’est qu’à Pierre, qui s’est tellement vanté, que le Seigneur adresse ses paroles de reproche pleines de douceur, employant son nom d’autrefois, Simon. C’est ce qui convient car, à ce moment-là, Pierre n’est pas conséquent avec son nouveau nom, mais il montre plutôt les caractères de la vieille nature qui est encore en lui. Leur Maître est «saisi d’effroi», «fort angoissé», et «saisi de tristesse jusqu’à la mort», et pourtant les disciples dorment, et non seulement une fois, mais à trois reprises.

Sur cet arrière-plan sombre de leur défaillance, brille cependant avec d’autant plus d’éclat la perfection de leur Maître. La réalité de son humanité nous est présentée de façon très frappante aux versets 33 et 34, ainsi que sa perfection. Étant Dieu, il savait, dans une plénitude infinie, tout ce que cela comporterait que de mourir en portant le péché. Il était parfaitement homme, et tout ce qui fait la sensibilité humaine était intact en lui. Notre sensibilité à nous a été émoussée par le péché, mais en lui il n’y avait pas de péché. Il ressentait donc tout dans une mesure cette infinie et c’est ardemment qu’il désirait que cette heure passât loin de lui. Et cependant encore, ayant pris cette place de Serviteur, il est parfait dans sa consécration à la volonté de Dieu et ainsi, bien qu’il désire que la coupe passe loin de lui, il ajoute: «Toutefois non pas ce que je veux, moi, mais ce que tu veux, toi».

Nous pouvons peut-être tout résumer en disant «qu’étant parfaitement Dieu, il avait la faculté infinie de savoir et de ressentir tout ce que signifiait pour lui cette heure de la mort qui approchait. Étant parfaitement homme, il entrait pleinement dans la tristesse de cette heure-là et ne pouvait faire autrement que de prier que cette coupe passe loin de lui. Serviteur parfait, il se présentait lui-même pour le sacrifice, dans une entière soumission de cœur à la volonté de son Père.

Trois fois notre Seigneur converse ainsi avec son Père, puis il revient pour affronter le traître et sa troupe d’hommes pécheurs. Nous pouvons nous souvenir que trois fois il a été tenté par Satan au désert au début de sa carrière, et il semble certain, bien que cela ne soit pas mentionné ici, que le pouvoir de Satan était aussi présent à Gethsémané, car en sortant de la chambre haute il avait dit: «Le prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi» (Jean 14:30). Cela aide aussi à expliquer l’extraordinaire assoupissement des disciples. La puissance des ténèbres était trop grande pour eux, comme elle l’est toujours pour nous, sauf quand nous sommes activement soutenus par la puissance divine. N’oublions pas que non seulement la puissance de Satan incite quelquefois les croyants à commettre de mauvaises actions mais qu’aussi, quelquefois, elle se contente de les endormir.

En disant à Pierre: «l’esprit est prompt», le Seigneur reconnaît évidemment qu’il y avait chez ses disciples ce qu’il pouvait apprécier et estimer. Cependant, «la chair est faible», et Satan, à ce moment même, était terriblement actif, si bien que rien, si ce n’est veiller et prier, n’aurait répondu à la situation. Prenons cela aussi pour nous. Alors que s’approche la fin des temps, l’activité de Satan ne peut que croître et non diminuer, et il nous faut être éveillés, avec toutes nos facultés spirituelles en alerte, et être aussi remplis d’un esprit de prière dans la dépendance de Dieu.

À suivre