Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque semaine, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de la Genèse. 

Commentaire sur le livre de la Genèse

Samuel Prod'hom

Chapitre 28

Si, d’un côté, Isaac accepte la proposition de Rebecca à l’égard de Jacob, nous voyons par son attitude qu’il accepte le départ de son fils comme une conséquence de son manque de dépendance de Dieu, qui l’a exposé à bénir Ésaü à la place de Jacob. Il ne fait de reproches ni à Rebecca, ni à Jacob. De même, pour Jacob, son départ était la conséquence de la manière charnelle par laquelle il avait obtenu une bénédiction que Dieu avait promise et qu’Il aurait accomplie par Ses propres moyens. Rebecca doit aussi supporter le départ de son fils préféré comme résultat de son activité charnelle. Ainsi que Jacob, elle croyait aux bénédictions que Dieu avait promises; mais l’un et l’autre ne se fiaient pas à Dieu pour qu’Il les accomplisse en Son temps. Ils se servirent d’un manque de spiritualité momentané d’Isaac pour l’obtenir. Dieu veut nous bénir; c’est Son œuvre accoutumée. Il nous a appelés à Lui, nous a fait connaître Son amour, nous a donné un avenir glorieux. La foi saisit cela par pure grâce; mais il nous arrive souvent que, pour les choses de la vie présente, au lieu de nous attendre à Lui, qui a promis ce qui est nécessaire pour le voyage, nous agissons comme si tout dépendait de notre activité, et nous mettons Dieu de côté, comme s’Il n’était pas fidèle à Sa parole lorsqu’Il dit: «Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus» (Matt. 6:33); toutes les choses dont le Seigneur parle dans les versets qui précèdent.

Isaac appela Jacob et le bénit; il lui commanda de ne pas prendre de femme dans le pays de Canaan et l’envoya à Paddan-Aram en prendre une dans la famille de sa mère. Il lui dit: «Et le Dieu Tout-puissant te bénisse et te fasse fructifier et te multiplie, afin que tu deviennes une assemblée de peuples; et qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta semence avec toi, afin que tu possèdes le pays où tu as séjourné, lequel Dieu a donné à Abraham». Jacob est donc sûr de l’accomplissement des promesses, lors même qu’il quittait le pays par sa propre faute. Dieu le ramènerait, et non Rebecca, comme elle le lui avait dit. Dieu avait ramené Abram du pays d’Égypte pour qu’il demeure dans le pays (13:14-18). À Isaac, Il avait dit: Demeure dans le pays, et Je serai avec toi (26:3). Tandis que Jacob doit le quitter pour aller loin, laisser son père et sa mère, avoir derrière lui la haine meurtrière d’Ésaü, et faire de tristes expériences. Combien nous nous compliquons la vie, lorsque nous ne nous confions pas en Dieu pour marcher dans une simple dépendance de Lui-même!

Ésaü vit que son père avait béni Jacob en l’envoyant prendre une femme dans la maison de sa mère. Voulant se rendre favorable à son père auquel les femmes cananéennes ne plaisaient pas, il prit pour femme une des filles d’Ismaël, outre celles qu’il avait déjà, pour en avoir une qui descendit d’Abraham. Les gens du monde imitent volontiers les chrétiens, lorsqu’ils pensent que cela peut leur être avantageux matériellement. Mais, pour être agréables à Dieu, il faut d’autres motifs. Il faut commencer par croire pour avoir la vie divine, qui seule peut rendre capable de Lui plaire.

Au verset 10, nous voyons Jacob en route pour Charan, laissant derrière lui tout ce qui lui était cher. Quelle différence avec Éliézer, qui partait pour la même destination chercher aussi une épouse pour Isaac, dans une pleine communion avec son Dieu, qui fit prospérer son voyage. Mais, du côté de Dieu, rien n’est changé. Nous changeons; nos circonstances se compliquent par notre propre faute; mais Dieu demeure le même. Il se sert des conséquences de nos manquements pour nous discipliner et faire notre éducation spirituelle; et Il amènera tout à bonne fin, comme nous le verrons avec Jacob.

Jacob arriva dans un lieu où, le soleil s’étant couché, il passa la nuit. Évidemment, ce n’était pas la première nuit car pour arriver à Luz, nom primitif de Béthel, il avait parcouru une certaine distance depuis Beër-Shéba, plus de quatre-vingt kilomètres en pays montagneux. Mais c’était le lieu où Dieu voulait se rencontrer avec lui, vrai point de départ de son voyage et but de son retour, et son habitation future (chap. 31:12, 13; 35). Voyageur fatigué, isolé, ne trouvant qu’une pierre pour oreiller, son soleil étant couché à tous égards, il s’endort. Dieu attendait là ce pauvre fugitif, dont les pensées devaient être aussi noires que la nuit, pour l’encourager et le fortifier; car Jacob était Son élu, par grâce, quoique si indigne dans sa marche, tels que nous le sommes tous à tant d’égards. Jacob vit en songe une échelle dressée sur la terre, et dont le sommet touchait aux cieux. Sur cette échelle, les anges de Dieu montaient et descendaient; et l’Éternel se tenait sur elle, et lui dit: «Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac». Il lui renouvelle les promesses faites à ses pères, lui dit que sa semence sera comme la poussière de la terre, que toutes les familles de la terre seront bénies en elle. Puis Il ajoute: «Et voici, je suis avec toi; et je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans cette terre-ci, car je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que j’aie fait ce que je t’ai dit». Combien la grâce de Dieu est merveilleuse pour nous encourager, lorsque nous subissons les conséquences de nos fautes; et nous serions exposés à penser que, par nos manquements, nous compromettons toute bénédiction de la part de Dieu. Non seulement Jacob est assuré de l’accomplissement des promesses faites à Abraham mais, ce qui aurait dû être si encourageant pour lui, c’était d’entendre que Dieu était avec lui, qu’Il le garderait partout où il irait, le ramènerait dans le pays, et qu’Il ne l’abandonnerait pas jusqu’à ce qu’Il ait fait ce qu’Il lui avait dit. En même temps, par la vue de ces anges montant et descendant sur l’échelle, l’Éternel lui montrait qu’il y avait, pour le protéger, ces serviteurs célestes, qui sont «tous des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut» (Héb. 1:14). Par cette échelle, Dieu montre aussi que, par la grâce, des relations seront établies entre le ciel et la terre, non seulement en faveur d’un pauvre Jacob, mais pour le plein accomplissement des pensées de Dieu en bénédiction pour Son peuple terrestre et pour le monde entier. En Jean 1:52, le Seigneur dit à Nathanaël: «Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le fils de l’homme». C’est de la même scène dont il s’agit; mais c’est le Fils de l’homme qui est l’objet du service des anges, parce que c’est par Lui que les bénédictions seront répandues sur la terre.

Jacob pouvait donc se mettre en route plein de confiance en l’Éternel, qui lui assurait un avenir béni et Ses soins, Sa protection, durant tout son voyage et son séjour à Charan. Hélas, il n’en fut rien! Si Jacob croyait aux promesses faites aux pères, il montre là encore qu’il ne croit pas en Dieu pour les obtenir; il ne Le connaît pas pour jouir de Ses soins dans la vie pratique. Il n’a de confiance qu’en lui-même, comme nous le verrons tout le long de son séjour à Charan. Combien de chrétiens lui ressemblent! Ils sont sûrs de leur salut; mais, en route pour le ciel, ils ont plus de confiance en leur propre sagesse que dans le Dieu de leur salut, et se privent, souvent pendant longtemps, de la jouissance d’une vraie communion.

En se réveillant, Jacob dit: «Certainement, l’Éternel est dans ce lieu, et moi je ne le savais pas. Et il eut peur, et dit: Que ce lieu-ci est terrible! Ce n’est autre chose que la maison de Dieu, et c’est ici la porte des cieux!». Ces paroles nous disent à quelle distance de l’Éternel vivait le pauvre Jacob. Il ignorait la présence constante de Celui qui avait parlé de lui avant sa naissance. Il ne savait pas que l’Éternel était dans ce lieu, parce qu’il ne s’en était guère préoccupé dans la maison de son père. Cette présence était terrible pour lui. Il va sans dire que si nous n’avons que nos manquements et leurs conséquences pour réaliser la présence de Dieu, qui a les yeux trop purs pour voir le mal, nous ne pouvons qu’être effrayés par elle. Mais nos manquements ne font pas changer Dieu à notre égard; nous n’avons qu’à les Lui confesser et les abandonner; reconnaître et juger nos voies devant Lui, pour être ramenés dans la jouissance de Sa présence et de Sa communion, pour jouir de nos bénédictions présentes et éternelles.

Jacob appela le nom de ce lieu Béthel, ce qui signifie «maison de Dieu». Ce fut dès lors son nom, à la place de celui de Luz qu’elle avait auparavant. Luz signifie départ, ou séparation. L’homme dans son état naturel était séparé de Dieu par le péché; mais la grâce de Dieu a travaillé pour l’amener dans Sa présence et pour qu’il y habitât, comme nous le verrons avec Jacob, au chapitre 35, et comme c’est tout particulièrement la place du chrétien, qui y a été amené en vertu de l’œuvre de Christ, par laquelle tout ce qui le séparait de Dieu a été ôté. Jacob avait bien la foi, mais une foi qui ne pouvait réaliser tout ce qu’est Dieu, objet de la foi; une foi toujours obstruée par la confiance en lui-même. Cette rencontre avec Dieu lui fait comprendre qu’Il pourra accomplir ce qu’Il a dit; mais, au lieu de remplir son cœur de paix et de joie, cela lui suggère l’idée de faire une sorte de convention avec l’Éternel. Il fit un vœu, disant: «Si Dieu est avec moi… dans ce chemin où je marche, et qu’il me donne du pain à manger et un vêtement pour me vêtir, et que je retourne en paix à la maison de mon père, l’Éternel sera mon Dieu. Et cette pierre que j’ai dressée en stèle sera la maison de Dieu; et de tout ce que tu me donneras, je t’en donnerai la dîme». Dieu est, pratiquement, inconnu de Jacob. Il L’aperçoit, pour ainsi dire, à travers ses propres pensées, mais pas assez pour se confier en Lui. En sorte que, si l’Éternel tient Ses promesses, il le prendra pour son Dieu et il L’honorera en Lui donnant la dîme de ce qu’Il lui donnerait. Pauvre Jacob; s’il eut été laissé à lui-même, sans les secours de Celui auquel il se fiait si peu, il n’aurait guère eu de dîme à Lui offrir.

De quelles précieuses bénédictions son incrédulité ne l’a-t-elle pas privé? Dieu l’amènera finalement devant Lui, dans la jouissance de Sa communion; mais quelle perte de temps il a faite. Ce n’est que quelques vingt ans plus tard, après de pénibles expériences, qu’il fut amené dans l’état où il aurait dû être en quittant Béthel, ou plutôt dans la maison de son père, s’il se fut confié en Dieu, ainsi que sa mère.

En voyant que Dieu veut accomplir Ses pensées de grâce en notre faveur, malgré notre indifférence à Son égard et notre incrédulité, il pourrait paraître au raisonnement de la chair que ce n’est pas si important, d’être fidèles. Loin de nous une telle pensée! Il y a, au contraire, une grande perte. D’abord, nous déshonorons Dieu par notre incrédulité; et tout le temps qu’Il doit employer à nous discipliner pourrait être employé à Le servir et à L’honorer, temps dans lequel nous aurions pu acquérir des bénédictions éternelles en glorifiant le Seigneur par une vie de foi. Israël aurait pu entrer en Canaan l’année où il sortit d’Égypte; mais, à cause de son incrédulité, il n’y entra que quarante ans plus tard. Par les soins de Dieu, Jacob eut la fin merveilleuse qui nous est rapportée en Héb. 11:21-22. Il adora, appuyé sur le bout de son bâton. Il avait de quoi adorer Dieu, à la fidélité duquel il devait une si belle fin. Abraham put l’adorer ainsi tout le long de son pèlerinage.