Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque semaine, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de la Genèse. 

Commentaire sur le livre de la Genèse

Samuel Prod'hom

Chapitre 31

La prospérité de Jacob excita la jalousie des fils de Laban, voyant disparaître le troupeau de leur père dans celui de Jacob. Et le visage de Laban fut changé envers Jacob. Mais cela correspondait avec le terme de son séjour à Charan, tel que Dieu le voulait. «L’Éternel dit à Jacob: Retourne au pays de tes pères et vers ta parenté, et je serai avec toi».

Jacob fit venir Rachel et Léa, leur dit que le visage de leur père n’était plus le même envers lui; il leur exposa de quelle manière leur père avait agi à son égard, mais que Dieu ne lui avait pas permis de lui faire du mal, et que, s’il avait prospéré, c’est parce que Dieu l’avait favorisé. Il leur raconta ce que Dieu lui avait dit en songe, et que maintenant Il lui disait: «Je suis le Dieu de Béthel, où tu oignis une stèle, où tu me fis un vœu. Maintenant, lève-toi, sors de ce pays, et retourne au pays de ta parenté». Le Dieu de Béthel est le Dieu qui lui fit les promesses, lorsqu’il fuyait de devant Ésaü. Il veut l’engager à se confier en Lui pour rentrer dans son pays, en lui rappelant le vœu qu’il fit à Béthel, savoir que s’Il accomplissait Ses promesses, Il serait son Dieu. Dieu ayant été fidèle à Ses promesses, Il comptait que Jacob le serait aussi, quoique ce vœu soit misérable, exprimant plus d’incrédulité que de foi, puisqu’il ne prendrait Dieu pour son Dieu que sous condition. Mais Dieu lui rappelle ce fait, le seul auquel il pouvait relier ses rapports avec Lui, ce qui montre combien Jacob avait eu peu de rapports avec Dieu durant les vingt ans de son séjour. Dieu l’avait protégé, lui avait donné plus que du pain à manger et un vêtement; et Il lui disait de rentrer. Rachel et Léa lui répondirent: «Avons-nous encore une portion et un héritage dans la maison de notre père? N’avons-nous pas été réputées par lui comme des étrangères? car il nous a vendues, et a même toujours mangé notre argent… Et maintenant, fais tout ce que Dieu t’a dit» (v. 14-16).

Jacob prévoyait que Laban s’opposerait à son départ, ce qui était probable; mais il n’avait qu’à se confier en Dieu, qui lui avait dit: «Je serai avec toi». Au lieu de cela, il prépare une fuite clandestine qui lui attirera toutes sortes de désagréments. Il en est toujours de même lorsqu’au lieu d’obéir, quand nous connaissons la volonté de Dieu, nous prévoyons les difficultés et nous les mesurons avec nos propres forces, au lieu de les remettre à Dieu pour qui il n’y en a aucune. Et nous agissons comme si c’était Dieu qui avait besoin de nous pour accomplir ce qu’Il veut; et nous employons les mêmes moyens que ceux qui ne connaissent pas Dieu comme leur Père, ce qui ne fait que compliquer les difficultés. Lorsque nous connaissons la volonté de Dieu à l’égard de quoi que ce soit, nous n’avons qu’à obéir; qu’importe les difficultés qui peuvent en résulter, c’est Dieu qui s’en charge. Les jeunes Hébreux, en Dan. 3, ne se sont pas demandés s’ils avaient le courage d’affronter la fournaise. Ils ne connaissaient qu’une chose: ce que Dieu avait dit en Exode 20:4-6.

Jacob organisa le départ de sa famille et de tous ses biens, et se mit en route pour le pays de Canaan, sans en prévenir Laban, qui était allé tondre son menu bétail. «Et Jacob trompa Laban, l’Araméen, car il ne lui apprit pas qu’il s’enfuyait», est-il dit au verset 20. C’est la droiture qui doit caractériser toute la conduite du croyant, quelles que soient les conséquences que l’on puisse prévoir. La première pièce de l’armure pour faire face à Satan est la ceinture de la vérité. C’est ce qui donne la force pour ajouter toutes les autres pièces de l’armure complète de Dieu. Elle manqua à Jacob et à tous ceux qui agissent comme lui.

Jacob partit avec tout son bien, et passa le fleuve — probablement l’Euphrate — et se dirigea vers la montagne de Galaad. Le troisième jour, Laban apprit ce départ, et il poursuivit Jacob et l’atteignit au bout de sept jours, à la montagne de Galaad. Il était déjà au nord-est du pays de Canaan. Là, Dieu montra encore Sa fidélité envers Jacob en avertissant Laban en songe, lui disant: «Garde-toi de parler à Jacob, ni en bien, ni en mal». Sans cela, il eût pu agir avec violence, en se voyant privé de celui dont il avait su si bien profiter. Il reprocha à Jacob de l’avoir trompé, d’avoir emmené ses filles comme des captives de guerre, de s’être enfui en cachette sans l’avoir averti. Il ne pensait pas qu’il avait agi avec ses filles comme avec des esclaves, qu’il avait fait payer chèrement à Jacob. À part cela, ses reproches étaient justes et pouvaient faire réfléchir Jacob; mais c’est envers Dieu plus qu’envers Laban qu’il avait manqué. Laban se donne la belle part; il dit qu’il l’aurait renvoyé avec joie, avec des chants, avec le tambourin et avec la harpe. C’était bon à dire, maintenant qu’il était tout préservé de le faire. Il ajouta encore qu’il avait en sa main le pouvoir de lui faire du mal, ce qu’il aurait fait si Dieu ne l’avait pas averti, la nuit précédente, de ne lui parler ni en bien, ni en mal. Une chose lui tenait tout particulièrement à cœur; c’est que ses théraphim, ou dieux domestiques, que l’on consultait comme oracles, avaient disparu. Rachel les avait volés (v. 19). Laban dit: «Et maintenant que tu t’en es allé, parce que tu languissais tant après la maison de ton père, pourquoi as-tu volé mes dieux?» (v. 30). C’était en contradiction avec le retour à la maison de son père, où Dieu était connu de Jacob, que de prendre des faux dieux; mais Jacob ne le savait pas. Mais cela fait comprendre que l’influence de Jacob, au point de vue de la crainte de Dieu, avait été nulle dans sa famille. Comme motif de son départ clandestin, Jacob lui dit: «J’ai craint; car j’ai dit: De peur que tu ne me ravisses tes filles». Qu’avait-il à craindre, puisque le Dieu de Béthel lui avait dit de retourner à la maison de son père? Quant aux dieux, il dit: «Qu’il ne vive pas, celui auprès de qui tu trouveras tes dieux!». Paroles imprudentes, qui ne s’accomplirent pas grâce à l’habileté de la coupable; mais en réalité, c’est parce que Dieu ne permit pas qu’ils soient découverts. Rachel aura eu affaire avec Dieu pour sa conduite. Elle a montré qu’elle avait subi davantage l’influence de son père que de son mari. N’ayant rien trouvé, ce fut Jacob qui prit la parole, étant en colère contre son beau-père. Il lui reprocha la manière dont il l’avait traité durant ces vingt années qu’il l’avait servi. Malgré l’adresse avec laquelle il avait agi envers Laban, il avait été fidèle dans ce qu’il lui avait confié. Dans tous les reproches qu’il lui adresse, on voit qu’il avait eu affaire avec un homme sans conscience. Il l’avait servi quatorze ans pour ses filles et six ans pour son menu bétail; et il avait changé dix fois son salaire. Il reconnaît que, si le Dieu de son père, le Dieu d’Abraham, et la frayeur d’Isaac, n’eût été pour lui, il l’aurait renvoyé à vide; ce dont il était capable, puisque Dieu l’avait repris dans un songe. Jacob appelle Dieu «la frayeur d’Isaac», ici et au verset 53, faisant allusion à la frayeur qu’Isaac eut lorsqu’il se rendit compte qu’il avait risqué de bénir Ésaü à la place de Jacob, contrairement à la pensée de Dieu (27:33). Il est dit qu’il fut saisi d’un tremblement très grand. Laban veut encore se donner la belle part, comme si tout ce que Jacob avait était un pur don de sa part. Il dit à Jacob: «Les filles sont mes filles, et les fils sont mes fils, et le bétail est mon bétail, et tout ce que tu vois est à moi!» (v. 43). Puis il lui proposa de faire une alliance qui fut un témoignage entre eux. Laban sentait qu’il avait affaire avec un homme qui lui était supérieur, et il veut se mettre à l’abri de tout retour agressif. Si Jacob paraissait ainsi, c’est parce que Dieu était avec lui. Ils firent un monceau de pierres et ils mangèrent ensemble. Laban prit la parole et dit: «Ce monceau est aujourd’hui témoin entre moi et toi… quand nous serons cachés l’un à l’autre. Si tu maltraites mes filles, et si tu prends des femmes outre mes filles… regarde, Dieu est témoin entre moi et toi… et la stèle sera témoin, que moi je ne passerai point ce monceau pour aller vers toi, et que toi, tu ne passeras point ce monceau et cette stèle pour venir vers moi, pour faire du mal. Que le Dieu d’Abraham et le Dieu de Nakhor, le Dieu de leur père, juge entre nous» (v. 45-53). Laban parle comme un honnête homme qui ne ferait point de mal à son prochain, mais qui prend des mesures pour que son prochain ne lui en fasse pas. Il n’avait rien à craindre; Jacob ne reviendrait pas. Ce que Dieu voulait lui apprendre à Charan était fait; son éducation se continuerait ailleurs. Puis Jacob fit une chose que Laban ne pouvait pas faire; il offrit un sacrifice sur la montagne, et il invita ses frères à manger avec lui; et ils passèrent la nuit là. On voit que, malgré son état misérable, Jacob a conscience de sa relation avec Dieu; il le ressent tout particulièrement dans cette circonstance, où sa supériorité sur Laban se manifeste. Laban ne pouvait sacrifier au Dieu qu’il reconnaît comme le Dieu de ses pères, tout en conservant ses théraphim. Le monde peut prendre le langage du chrétien; mais il ne peut rien offrir à Dieu.

Laban se leva de bon matin, baisa ses fils et ses filles, les bénit et s’en retourna à Charan.