Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur l'évangile selon Matthieu.

Réflexions sur l'évangile selon Matthieu

F.B. Hole

Chapitres 7 et 8

Chapitre 7

Les enseignements du Seigneur, rapportés au chapitre 6, avaient pour but de placer ses disciples dans des relations telles avec leur Père qui est dans les cieux que Lui remplisse leurs pensées, qu’il s’agisse d’aumônes, de prières, de jeûnes ou de leur attitude à l’égard des richesses et des besoins de cette vie. Le chapitre 7 commence par des enseignements qui devaient régler leurs rapports avec leurs frères, et aussi avec les incrédules.

Juger son frère est une tendance très profondément ancrée dans le cœur humain. Il n’est pas interdit de juger les choses ou un enseignement; nous y sommes encouragés — nous le voyons, par exemple, en 1 Corinthiens 2:15; 10:15 — mais juger des personnes est défendu. L’assemblée est appelée à juger, dans certains cas, ceux qui en font partie, comme 1 Corinthiens 5 et 6 l’indiquent, mais à part cela, le jugement des personnes est une prérogative du Seigneur. Si, en dépit de l’interdiction du Seigneur, nous nous y complaisons, deux peines suivront immanquablement, comme Jésus le dit ici. D’abord, nous serons nous-même jugés, et il nous sera mesuré de l’exacte mesure dont nous aurons mesuré les autres. Secondement, nous serons entraînés dans l’hypocrisie. Dès le moment où nous nous mettons à juger les autres, nous devenons aveugles à nos propres défauts. La petite imperfection de notre frère prend une proportion énorme à nos yeux, et nous n’avons pas du tout conscience de notre propre gros défaut, de nature à fausser notre vue spirituelle. La forme de jugement la plus profitable pour chacun de nous est le jugement de soi-même.

Le verset 6 a en vue les impies, insensibles au bien et impurs dans leurs goûts. Les choses qui sont saintes et précieuses ne le sont pas pour eux; et si malgré tout nous les leur présentons, ils les méprisent, et nous risquons de subir leur violence. Il est juste que nous soyons des dispensateurs des choses saintes de Dieu, mais pas envers de telles personnes.

Toutefois si nous sommes appelés à donner, il nous faut d’abord recevoir, et c’est ce dont parlent les versets 7-11. Pour recevoir, nous devons nous approcher de Dieu — demander, chercher, frapper. Une réponse de la part de notre Père est assurée. Si nous demandons ce qui est nécessaire, nous le recevrons, car il ne nous donnera pas à la place un objet sans valeur comme une pierre, ou nuisible comme un serpent. Nous pouvons être certains qu’il nous donnera «des bonnes choses», car son caractère de Père est céleste. Ainsi sa mesure ne tombera pas au-dessous de celle d’un père sur la terre. Nous pouvons appliquer ici Ésaïe 55:9, et déclarer que, comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi ses pensées de Père sont élevées au-dessus de nos pensées. Nous ne pouvons évidemment pas atteindre son niveau. C’est pourquoi, au verset 12, le Seigneur ne demandait pas à ses disciples une mesure au-delà de celle qui est établie par la loi et les prophètes.

Dans les versets 13 et 14, le Seigneur regarde manifestement plus loin que ses disciples et s’adresse à la foule. Ceux qui la composaient se trouvaient confrontés au choix entre le chemin large et le chemin étroit, entre la destruction et la vie. Nous ne pouvons pas dire que la grâce de Dieu est étroite, car elle est apparue à tous les hommes; ce qui est étroit, c’est le chemin du jugement de soi et de la repentance. Peu nombreux sont ceux qui le trouvent, et encore moins nombreux ceux qui le proclament. La majorité des prédicateurs préfère annoncer des vérités plus agréables.

Nous avons ensuite l’avertissement contre les faux prophètes. On les reconnaît à leurs fruits, non pas à leurs belles paroles. Le fruit est le résultat et l’expression suprême de la vie, et il révèle le caractère de la vie dont il est l’aboutissement. Le faux prophète a une vie fausse qui se manifeste nécessairement par des mauvais fruits.

Il n’y a cependant pas seulement des faux prophètes; il y a aussi des faux disciples — ceux qui font profession de fidélité au Seigneur, mais chez lesquels le lien vital de la foi manque. La foi vitale, comme le dit l’apôtre Jacques, doit s’exprimer par des œuvres. Tous ceux qui se placent vraiment sous la seigneurie de Christ par la foi, doivent obligatoirement être prêts à faire la volonté du Père qui est dans les cieux, que Lui représentait. Judas Iscariote offre une illustration terrible des versets 22 et 23. Certes il a accompli des œuvres de puissance comme les autres disciples, mais à la fin, il est apparu qu’une relation de foi réelle n’avait jamais existé, et qu’il n’était qu’un ouvrier d’iniquité.

Aussi le Seigneur termine-t-il son discours par la parabole des deux maisons. Les constructeurs de l’une et de l’autre, le prudent et l’insensé, étaient des auditeurs des paroles de Jésus, mais un seul d’entre eux les mettait en pratique — le prudent. La parabole n’enseigne pas le salut par les œuvres, mais le salut par cette foi vivante qui conduit aux œuvres. Si nous reportons nos pensées au sermon sur la montagne nous verrons tout de suite que seule une foi véritable en Christ pouvait amener quelqu’un à faire ce qu’il enseignait. Nous discernerons aussi combien ses enseignements vérifiaient pleinement ses propres paroles du chapitre 5:17. Il nous a donné la plénitude de la loi et des prophètes, tout en ajoutant une lumière nouvelle au sujet du Père qui est dans les cieux, et en préparant par là le chemin pour la lumière plus complète de la grâce qui allait briller comme fruit de sa mort et de sa résurrection. C’est l’autorité avec laquelle il parlait qui frappait la foule. Les scribes s’appuyaient sur les enseignements des rabbins d’autrefois, tandis qu’il disait les choses qu’il connaissait de Dieu et avec Dieu. 

Chapitre 8

Les trois chapitres dans lesquels Matthieu nous rapporte les enseignements du Seigneur sont suivis par deux autres qui nous montrent ses œuvres de puissance. Jésus ne se contentait pas d’énoncer les principes du royaume; il en manifestait la puissance dans une variété de manières propres à attirer l’attention. Il y a cinq illustrations principales de cette puissance dans le chapitre 8, et autant dans le chapitre 9. Dans chacun des cas, nous pouvons dire que le miracle accompli par le Seigneur en relation avec des besoins extérieurs et visibles, prouvait qu’il pouvait s’occuper des besoins plus profonds de l’âme.

Le premier cas est celui de l’homme atteint de lèpre, une image du péché dans sa puissance en souillure, en corruption. Le pauvre homme était convaincu de la puissance de Jésus, mais pas pleinement persuadé de sa grâce. Toutefois, le Seigneur le délivre instantanément en le touchant et en prononçant une parole de puissance. Quatre mots seulement: «Je veux, sois net», et la chose est accomplie; constituant un témoignage aux sacrificateurs — si l’homme a fait comme il lui a été dit — que la puissance de Dieu était là au milieu d’eux.

Le deuxième cas, celui du centurion d’entre les Gentils et de son serviteur, illustre l’impuissance que le péché produit. Ici de nouveau, la puissance de la parole du Seigneur est mise en évidence. Le centurion lui-même le souligne, car il connaissait la puissance que revêt un ordre dans le système militaire romain, par exemple. Le rang de centurion n’était pas élevé, pourtant ceux qui étaient placés sous ses ordres lui obéissaient sans discuter; et la foi de cet homme découvrait en Jésus Celui qui pouvait accomplir un miracle. Le Seigneur qualifie sa foi de grande et de supérieure à tout ce qu’il avait trouvé en Israël; il prononce la parole nécessaire et le serviteur est guéri. Il annonce également que plus d’un Gentil venant de loin entrerait dans le royaume avec les patriarches d’Israël, alors que ceux qui considéraient cette place comme leur droit acquis seraient jetés dans les ténèbres de dehors.

Le troisième cas est celui de la belle-mère de Pierre. Ici, Jésus la touche et elle est instantanément guérie; il ne nous est pas dit qu’il ait prononcé une parole. Qu’il s’agisse du contact de sa main et de sa parole comme pour le lépreux, ou de sa parole seule comme pour le serviteur du centurion, ou seulement d’un contact, dans chacun des cas le résultat est identique — c’est la délivrance immédiate. Il n’y a pas eu de convalescence après la fièvre: la femme s’est aussitôt levée et a servi les autres. Le péché entraîne un état d’esprit et d’âme fébrile, qui disparaît au contact du Seigneur.

Dans les versets 16 et 17, nous avons d’abord un résumé de ses nombreuses œuvres de puissance et de grâce, le soir étant venu; puis la citation d’Ésaïe 53, qui nous révèle la manière et l’esprit dans lesquels il accomplissait ces choses. Certains ont utilisé à tort les paroles citées, leur faisant dire que, sur la croix, Jésus a porté nos maladies, et que, par conséquent, le croyant ne devrait jamais être malade. Nous avons ici la vraie application de ce passage. Il ne soulageait pas les hommes sans ressentir leurs peines et leurs maladies. Il portait dans son esprit le poids des maux qu’il chassait par sa puissance.

Les incidents rapportés dans les versets 18-22 nous montrent que comme pour notre délivrance, notre service doit résulter de l’appel de sa parole d’autorité. Un certain scribe s’engage à le suivre sans avoir reçu Son appel. Le Seigneur lui indique aussitôt ce qu’impliquerait de le suivre, lui, le Fils de l’homme qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête. Mais inversement, son appel suffit. Celui qui voulait donner la première place à un devoir terrestre était déjà un disciple. L’appel et le droit du Maître doivent être absolument impératifs. Le verset 23 nous montre qu’il avait des disciples qui reconnaissaient ses droits et le suivaient; ils lui offrent dans leur nacelle une place où reposer sa tête. Mais, même ainsi, marcher à sa suite les entraîne dans des difficultés.

Cela nous amène au quatrième de ces cas significatifs — la tempête sur la mer, type de la manière dont la puissance du diable déchaîne la mer agitée de l’humanité. Pour Jésus ce n’était rien et il dormait paisiblement. Mais au cri de ses disciples, il se lève et reprend ces puissants éléments de la nature. De même qu’un homme donne un ordre à son chien et que la bête obéissante vient se coucher à ses pieds, ainsi les vents et la mer se calment à la voix de leur Créateur.

Arrivé à l’autre rive, le Seigneur se trouve en face de deux hommes possédés par des serviteurs du diable. L’un d’entre eux peut être comparé à une forteresse spéciale tenue par toute une légion de démons, comme nous l’apprennent Marc et Luc, mais ils étaient bien évidemment deux et ainsi un témoignage suffisant était donné à la puissance de Jésus sur l’Ennemi. Les démons le connaissaient et ils savaient qu’ils n’avaient pas le pouvoir de résister à sa parole; aussi demandent-ils la permission d’entrer dans le troupeau de pourceaux impurs, qui ne se serait jamais trouvé là si Israël avait marché selon la loi. D’après le récit qui nous est donné, Jésus ne prononce qu’une seule parole — «Allez». Aussitôt les hommes sont délivrés, et les pourceaux détruits.

Nous avons considéré jusqu’ici quelques manifestations de la puissance du Seigneur; avant de quitter ce chapitre, voyons la réponse qu’elle a reçue de la part des hommes. Il y a un contraste frappant entre la «grande foi» du centurion et la «petite foi» des disciples dans la tempête. La grande foi est caractérisée par deux choses que nous trouvons au verset 8. Le centurion déclare: «Je ne suis pas digne», se condamnant lui-même, et se mettant ainsi de côté. Il ajoute, à l’adresse du Seigneur: «Dis seulement une parole». Il ne faisait aucun cas de lui-même, mais avait une haute opinion du Seigneur — si haute qu’il était prêt à donner foi à sa parole sans aucun support extérieur. On voudrait souvent que la parole du Seigneur soit confirmée par des sentiments, par la raison ou par l’expérience; mais une grande foi résulte de la découverte en Jésus de quelqu’un de si grand que sa seule parole suffit.

Pour les disciples, c’était juste le contraire. Leurs pensées étaient concentrées sur eux-mêmes. C’était: «Sauve-NOUS! NOUS périssons». Lorsque Jésus eut calmé la tempête, ils s’en étonnèrent, disant: «Quel est celui-ci?» Oui, en effet, quel était-il? S’ils l’avaient véritablement connu, ils auraient été surpris qu’il n’ait pas fait valoir sa puissance. Le fait est qu’ils avaient une haute opinion d’eux-mêmes et une bien petite du Seigneur; c’est là une petite foi. Aussi s’étonnent-ils en le voyant agir; tandis que dans le cas du centurion, c’est Jésus qui s’étonne de sa foi. Pourtant, malgré leur petite foi, ils l’aimaient et le suivaient.

Au début du chapitre, nous avons une foi en défaut chez le lépreux. Il voyait clairement la puissance de Jésus, mais ne discernait guère son bon vouloir. À la fin du chapitre, nous trouvons des hommes qui n’avaient pas de foi du tout.

Peu leur importait que des démons aient été chassés, car une délivrance spirituelle ne signifiait pas grand-chose pour eux. Ce qui comptait, c’était la perte de leurs pourceaux. Ils n’estimaient pas Jésus, mais bien leurs pourceaux! Figure appropriée des hommes du monde qui ont l’œil à toute sorte de gain matériel, mais qui n’ont pas de cœur pour Christ. Ceux-ci n’ont en définitive rien gagné, tandis que tous les autres ont reçu. Remarquez le fait précieux que la foi défectueuse et la faible foi ont obtenu la bénédiction tout aussi réellement et aussi pleinement que la grande foi. La bénédiction n’est pas en proportion de la qualité ou de la quantité de foi, mais elle dépend de la pure grâce du Seigneur. 

À suivre