Lectures hebdomadaires
Vous trouverez chaque semaine, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de la Genèse.
Commentaire sur le livre de la Genèse
Chapitre 32
Une nouvelle phase de l’histoire de Jacob commence avec ce chapitre, à partir du verset 24. Jusqu’ici, il était l’objet des soins de Dieu; mais sa nature active et indépendante l’empêchait d’en jouir et d’être en communion avec Dieu. Aussi il ne pouvait faire des progrès spirituels. Il en est ainsi de chaque croyant: Tant que la chair est active, elle l’empêche de jouir de ses rapports avec Dieu.
«Jacob alla son chemin. Et les anges de Dieu le rencontrèrent» (v. 1). L’Éternel veut l’encourager en lui faisant voir deux armées des serviteurs qu’Il emploie en faveur de ceux qui doivent hériter du salut (Héb. 1:14). Jacob avait déjà vu les anges montant et descendant sur l’échelle, à Luz, lors de son départ de la maison paternelle, Dieu montrant par là la relation qui existe en grâce entre le ciel et la terre, sur laquelle Il accomplirait Ses promesses. Mais cela ne l’avait impressionné que momentanément. À son retour, Dieu renouvelle cette vision des anges qu’Il lui fait voir sur la terre pour le protéger. Il les reconnaît comme «l’armée de Dieu. Et il appela le nom de ce lieu-là Mahanaïm», ou deux armées. Avec quelle sécurité il pouvait dès lors continuer sa route, ayant la promesse que Dieu serait avec lui, et la vue de ces deux armées célestes pour le protéger. Mais Jacob avait plus de confiance en lui-même qu’en Dieu et Ses anges. Il envoie des messagers à son frère Ésaü pour lui annoncer son retour de chez Laban et le prévenir, afin de trouver grâce à ses yeux; précaution qui n’eut pour résultat que de l’effrayer, car ses messagers revinrent en lui disant qu’Ésaü venait au-devant de lui avec quatre cents hommes. Comme un habile chef d’armée, il divise sa troupe en deux bandes, afin que, si Ésaü en frappe une, l’autre puisse s’échapper. Où était sa confiance au Dieu de Béthel, qui lui avait dit qu’Il serait avec lui? Elle était voilée par ses craintes. C’est ce qui nous arrive chaque fois que nous plaçons nos difficultés entre Dieu et nous, au lieu de placer Dieu entre elles et nous. Lorsque tout fut prêt, Jacob pria l’Éternel; il reconnut tout le bien qu’Il lui avait fait. Il avait passé ce Jourdain, vingt ans auparavant, avec son bâton; et maintenant, il avait deux bandes. Il Lui demande de le délivrer de la main de son frère, qu’il craignait avec raison, et il Lui rappelle toutes les promesses qu’Il lui a faites. Tout cela était bien; mais cette prière aurait dû précéder ses arrangements, avec la certitude que Dieu interviendrait. Il aurait dû attendre les directions de l’Éternel, comme David le dit au Psaume 5:3: «Éternel! Le matin, tu entendras ma voix; le matin, je disposerai ma prière devant toi, et j’attendrai». Le premier effet de la prière, si elle est faite avec foi, et non pour accomplir un devoir, doit être la paix, la tranquillité dans l’âme. Comme le disait une chrétienne dans une circonstance difficile: Je me réjouis de voir comment le Seigneur fera. Dieu veut faire descendre dans nos cœurs Sa paix qui surpasse toute intelligence, la paix dans laquelle Il vit. Lui peut tout et connaît tout, avant même de donner aucun signe extérieur de Son intervention. Il sait comment Il agira. La connaissance de Son amour et de Sa toute-puissance doit nous suffire pour demeurer tranquilles. On peut se mettre à table en présence de ses ennemis (Ps. 23:5), au lieu de les combattre. Jacob ne connaissait rien d’un tel état d’âme. Sa prière fait simplement partie des mesures qu’il prend. Il partage son bien en deux bandes; il prie, et il envoie des présents à son frère; et avec cela, il n’est sûr de rien (v. 20).
Il y a un autre élément qui a manqué à Jacob dès le début: C’est la confession à Dieu de ses manquements, qui ont été la cause de sa fuite et de toutes les difficultés qu’il a eues à Charan, sous le gouvernement de Dieu en discipline. Il avait toujours la conscience chargée des procédés qu’il avait employés pour ravir à son frère la bénédiction de son père, au lieu de se confier en Dieu qui l’avait promise. Pour pouvoir compter sur Dieu, il faut que tout soit en ordre entre Lui et nous, par la confession de nos manquements et le jugement de nous-mêmes et de nos voies.
Au lieu de rester tranquille, Jacob prépare des présents pour son frère. Il les échelonne sur la route, afin qu’il ait surprise sur surprise à mesure qu’il les rencontrerait, ce qui ne devait pas manquer de le disposer favorablement. C’était la sagesse selon l’homme. Mais Dieu avait-il besoin de cela, à moins qu’Il ne le lui ait commandé? «Car il disait: Je l’apaiserai par le présent qui va devant moi». Je l’apaiserai; sa confiance est dans ce je. Tout étant prêt, Jacob fit passer le gué de Jabbok à ses femmes, à ses enfants et à tout son bien; mais lui resta seul cette nuit-là. Jusque-là, Jacob avait dirigé ses affaires comme tout homme du monde un peu prévoyant eût pu le faire, sauf qu’en étant un objet de la grâce, Dieu était derrière la scène, surveillant tout en faveur de Son oint; car, malgré tout, il en était un. Maintenant, Dieu veut que Jacob ait affaire avec Lui et qu’il abandonne sa voie d’indépendance. Si nous ne sommes pas conséquents avec notre position, Dieu l’est, et Il veut bénir les objets de Sa grâce. Il peut nous laisser aller un certain temps dans notre chemin; mais Il nous aime et Il veut faire notre éducation spirituelle, afin de nous rendre capables de recevoir les bénédictions qu’Il nous destine. Pour cela, il faut être seul avec Lui, séparé de toute influence. C’est cette solitude que l’homme redoute le plus.
«Et Jacob resta seul; et un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore». Cet homme était un ange, un représentant de l’Éternel (voyez Osée 12:4, 5). C’est pénible, de soutenir une lutte avec Dieu! Combien il est plus facile et avantageux de vivre sous Sa dépendance, au lieu de suivre Son propre chemin, dans lequel on prie, sans doute, afin que Dieu soit avec nous dans le chemin que nous Lui traçons, au lieu de suivre en toute confiance le chemin tracé par Son amour et Sa sagesse, le chemin de la foi. Dans notre propre chemin, on avance malgré tout, déployant une énergie charnelle en présence des difficultés qui surgissent à chaque instant, comme si l’on tirait un char qui n’a pas de roues, parce que l’on a Dieu contre soi, avec une chair qui ne se soumet pas à la volonté de Dieu, car aussi elle ne le peut pas (Rom. 8:7). Pour que la chair laisse la place à Dieu, Il doit la briser; autrement, Il n’y peut rien. Dieu l’a cultivée pendant quatre mille ans et, n’ayant rien pu en obtenir, Il y a mis fin à la croix. C’est ce que Dieu accomplit figurément avec Jacob, au terme de la lutte: «Et lorsqu’il vit qu’il ne prévalait pas sur lui, il toucha l’emboîture de sa hanche; et l’emboîture de la hanche de Jacob fut luxée, comme il luttait avec lui» (v. 25). Jacob est atteint au siège de la force; il devint boiteux, c’est-à-dire un être dépendant. C’est là où Dieu voulait l’amener. C’est là où Il nous veut tous; pour cela, Il emploie les moyens qu’Il trouve à propos. Il veut faire de nous les «bienheureux… dont la force est en toi» (Ps. 84:5); pouvant dire aussi, comme David au psaume 62:1: «Sur Dieu seul mon âme se repose paisiblement; de lui vient mon salut». Puissions-nous tous réaliser un tel état d’âme! Nous le pouvons. Tout ce qu’est Dieu comme ressources est à notre disposition.
«Et il dit (l’Éternel): Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et il dit (Jacob): Je ne te laisserai point aller sans que tu m’aies béni». Cette fois, il adresse à Dieu une réelle prière, la première que l’on entend de sa bouche. Il a compris que la bénédiction devait provenir de Celui qui luttait avec lui. C’est de Lui, et non de son intelligence qui avait toujours été au service de sa ruse, qu’il dépendra désormais; quoique pratiquement, cette transformation ne se fît pas en un jour, comme nous le verrons encore au chapitre suivant. Mais l’œuvre par laquelle il pourrait réaliser la force qui est en dehors de lui-même, c’est-à-dire en Dieu, était accomplie. Il en est de même pour nous; tout a été accompli à la croix pour que nous en ayons fini avec notre vieil homme. Mais le réalisons-nous toujours? «Et il lui dit (l’Éternel): Quel est ton nom? Et il dit: Jacob. Et il dit: Ton nom ne sera plus appelé Jacob, mais Israël; car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as prévalu» (v. 27-28). À l’issue de cette lutte, Jacob doit confesser ce qu’il est, ce dont le nom est l’expression, ce qui l’a caractérisé depuis sa naissance. C’est Jacob, c’est-à-dire supplanteur. Il avait lutté avec les hommes et il avait prévalu sur tous. Par le passage du prophète Osée, nous voyons le sens dans lequel il prévalut dans la lutte avec Dieu (v. 28). Os. 12:5 ajoute: «Il pleura et le supplia». Par sa ruse, il avait prévalu sur les hommes; et, par la prière, il prévalut sur l’Éternel; outre le fait que Dieu ne peut rien avec la chair, sinon la mettre à mort. Quelle chose merveilleuse que la prière, par laquelle nous mettons, pour ainsi dire, Dieu en activité pour nous lorsque, dans le sentiment de notre impuissance, nous dépendons de Lui, qui est toujours disposé à répondre selon Son amour. Maintenant, Jacob doit laisser son nom de supplanteur, pour recevoir un nouveau nom, en rapport avec son nouvel état. Il se nommera Israël, ce qui veut dire vainqueur, ou prince de Dieu. Comme un prince, il aura à sa disposition la force de l’Éternel, dans la faiblesse que lui fera réaliser sa hanche déboîtée. Il marchera comme un prince, et non comme supplanteur. À son tour, Jacob demanda: «Je te prie, déclare-moi ton nom. Et il dit: Pourquoi demandes-tu mon nom? Et il le bénit là» (v. 29). Le nom est l’expression de la personne qui le porte. Lorsque Manoah demanda à l’ange de l’Éternel quel était son nom, il lui dit: «Pourquoi demandes-tu mon nom? Il est merveilleux» (Juges 13:17-18). En effet, le nom de Dieu est merveilleux! Qui sommes-nous pour le connaître? Par la révélation que Dieu nous en a faite en envoyant dans le monde Celui qui a dit: «Qui m’a vu a vu le Père», nous entrons quelque peu dans cette connaissance; mais, pour cela, il faut être dans un état pratique dans lequel le Seigneur peut se manifester à nous, comme Il le dit: «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui» (Jean 14:21). C’est dans la communion avec Dieu que nous pouvons jouir des communications de ce qu’Il est. Jacob n’était pas encore capable de recevoir la communication de ce qu’était Dieu. Nous verrons au chapitre 35 qu’après les exercices de conscience par lesquels il dut passer pour habiter à Béthel, Dieu put lui révéler Son nom, comme Il le fit à Abraham au chapitre 17:1. Abraham n’avait pas eu besoin de la même école pour le former que Jacob; car dès le début, il marcha avec Dieu. Mais si Jacob n’était pas encore capable de recevoir la révélation du nom de l’Éternel, il en reçoit la bénédiction. «Il le bénit là», est-il dit. Il peut avancer dans son chemin sous cette bénédiction, sans en avoir toujours la jouissance; ce qui nous arrive aussi. Nous avons été «bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Mais en jouissons-nous toujours?
«Et Jacob appela le nom du lieu Peniel — ou face de Dieu — Car j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée» (v. 30). Il avait vu Dieu face à face; Il n’était plus un Dieu de loin, comme Il avait été jusqu’ici, dont il avait été séparé par cette confiance qu’il avait en lui-même. Et, au lieu d’être terrassé par Sa présence, il avait été délivré. C’est l’histoire de la grâce telle que nous en sommes les objets. Il avait été délivré de tout ce que Dieu pouvait exiger d’un misérable Jacob; mais il avait été délivré de lui-même. «Et le soleil se levait sur lui comme il passait Peniel; et il boitait sur sa cuisse» (v. 31). C’était l’aurore d’un jour nouveau, d’une nouvelle vie; le soleil se levait, à la lumière duquel il allait marcher. Cette vie nouvelle se réaliserait en boitant sur sa cuisse. Extérieurement, en le voyant, on verrait un boiteux, un homme qui aurait toujours besoin d’un bâton, un appui en dehors de lui-même, un appui qui est Dieu. C’est appuyé sur ce bâton qu’il irait en Égypte, reconnaissant sa faiblesse et ce qu’avait été sa marche devant le Pharaon, mais en ayant conscience de sa dignité qui lui permettait de bénir un des plus grands monarques de la terre. Et c’est appuyé sur ce bâton qu’il adora (Héb. 11:21), après avoir eu l’intelligence de la pensée de Dieu pour bénir les fils de Joseph, avant de quitter ce monde avec la certitude qu’il ressusciterait pour jouir des bénédictions promises. Il donna des ordres touchant ses os afin qu’ils fussent transportés en Canaan lorsque ses descendants quitteraient l’Égypte.
Il est fait mention de deux sortes de boiteries dans la Parole: celle de l’homme naturel, incapable de marcher droitement devant Dieu, comme Mephibosheth en est une figure. Cette boiterie ne peut se guérir que par la nouvelle naissance, par laquelle, possédant une vie nouvelle, il est possible de marcher droitement dans la présence de Dieu. Mais celui qui possède cette vie, n’ayant pas de confiance en lui-même, deviendra un boiteux pour le monde, qui verra en lui un homme qui ne sait rien faire sans le secours de Dieu. Il ne veut pas user des moyens que le monde emploie; il n’a plus la force dont le monde se vante et dont il se vantait lui-même. Il est le bienheureux dont la force est en Dieu, son bâton merveilleux. Puissions-nous toujours paraître tels, devant le monde!
