Lectures hebdomadaires

Évangile selon Marc

F.B. Hole

Chapitre 1er

L’auteur de cet évangile est ce Jean, appelé Marc, dont nous parle Actes 15:37, qui avait manqué dans son service, quand il avait accompagné Paul et Barnabas dans leur premier voyage missionnaire, et qui par la suite était devenu entre eux un sujet de discorde. Il avait d’abord manqué lui-même et puis était devenu aussi une occasion de défaillance pour d’autres plus grands que lui. Triste début dans une carrière où il est plus tard si pleinement restauré qu’il devient un instrument utile au Seigneur, dans ce travail éminent qu’est la rédaction de l’évangile qui présente le Seigneur Jésus comme le parfait serviteur de l’Éternel, le vrai prophète du Seigneur.

Il intitule son livre «évangile», ou «bonne nouvelle» de «Jésus Christ, Fils de Dieu»; ainsi, dès le début, il ne nous est pas permis d’oublier qui est ce parfait serviteur. Il est le Fils de Dieu, et ce fait est encore souligné par les citations tirées de Malachie et d’Ésaïe aux versets 2 et 3, où celui dont le précurseur devait préparer le chemin est présenté comme étant d’origine divine: l’Éternel lui-même. La mission du messager, de celui qui crie dans le désert, marque le commencement même de l’annonce de la bonne nouvelle qu’apporte le Seigneur.

Ce messager, c’est Jean le baptiseur, et dans les versets 4 à 8, nous avons un bref résumé de sa mission et de son témoignage. Le baptême qu’il prêche est le baptême de repentance, en rémission de péchés, et ceux qui s’y soumettent viennent, confessant leurs péchés. Il leur faut reconnaître qu’en eux il n’y a rien de bon. Et donc, comme cela convient tout à fait, Jean se tient entièrement séparé de cette société qu’il lui faut condamner. Ce dont il est vêtu, ce dont il se nourrit, le lieu où il se tient, allant dans le désert, lui font prendre une place de séparation.

Moïse avait donné la loi; Élie avait accusé le peuple de s’en être détourné, et l’avait appelé à s’y soumettre à nouveau. Jean, bien qu’il vienne dans l’esprit et la puissance d’Élie, ne les exhorte pas à garder la loi, mais plutôt à confesser honnêtement qu’ils l’ont entièrement enfreinte. Cela les prépare pour la suite de son message concernant celui qui est infiniment plus grand, qui est sur le point de venir et les baptisera du Saint Esprit. Le baptême dont il les baptisera sera beaucoup plus grand que celui de Jean, exactement comme sa personne même est bien au-dessus de lui, Jean. Celui qui peut ainsi répandre l’Esprit Saint ne peut être moins que Dieu lui-même.

Le commencement de l’annonce de la bonne nouvelle dans l’œuvre de Jean étant ainsi décrit, nous sommes ensuite amenés au baptême de Jésus, résumé par les versets 9 à 11. Ici, comme dans tout cet évangile, une brièveté et une concision extrêmes caractérisent le récit. Jésus vient de Nazareth, cet endroit humble et méprisé de la Galilée, et se soumet au baptême de Jean, non pas qu’il ait quoi que ce soit à confesser, mais parce qu’il veut s’identifier avec ces âmes qui, par la repentance, font un pas dans la bonne direction. Alors il convient, avant son entrée dans le ministère public, que soit manifestée l’approbation du ciel sur le parfait Serviteur, de peur que ne soit mal interprétée l’humilité dont il fait preuve en se laissant baptiser. L’Esprit descend sur lui comme une colombe, et la voix du Père se fait entendre, rendant témoignage à sa personne et à sa perfection. Le serviteur du Seigneur est lui-même scellé de l’Esprit Saint, la colombe étant l’emblème de la pureté et de la paix. Étant devenu homme, il faut qu’il reçoive l’Esprit lui-même; bientôt, dans son élévation, il répandra cet Esprit comme baptême sur d’autres. C’est dans la puissance de cet Esprit qu’il s’avance pour servir. Il faut noter également que, pour la première fois, il y a une révélation claire de la divinité comme Père, Fils et Saint Esprit.

La première action de cet Esprit en ce qui concerne le Seigneur nous est présentée aux versets 12 et 13. S’avançant pour répondre à la volonté de Dieu, il faut qu’il soit mis à l’épreuve, et l’Esprit le pousse à cela. C’est ici que pour la première fois nous trouvons le mot «aussitôt», que nous rencontrons si souvent dans cet évangile. Pour être accompli comme il convient, le service doit être caractérisé par une prompte obéissance; c’est pourquoi nous voyons notre Seigneur comme celui qui n’a jamais perdu un instant dans le sentier où il a servi.

Il faut qu’il soit mis à l’épreuve avant d’entrer dans son ministère public, et cette épreuve a lieu tout de suite. Lorsque le premier homme est apparu, il a vite été mis à l’épreuve par le diable et il est tombé. Le second homme est là maintenant, et lui aussi doit être également mis à l’épreuve par le diable. Seulement, au lieu d’être dans un beau jardin, il est dans le désert — c’est ce qu’avait fait de son jardin le premier homme. Il est avec des bêtes qui sont sauvages, à cause du péché d’Adam. Il est mis à l’épreuve pendant quarante jours, un temps complet de mise à l’épreuve, et il en sort vainqueur, car à la fin de saints anges le servent.

Aucun détail quant aux différentes tentations n’est mentionné ici, simplement le fait que la tentation a eu lieu, dans quelles conditions, et ce qui en est résulté. Le serviteur du Seigneur est pleinement mis à l’épreuve et sa perfection est rendue manifeste. Il est prêt à servir. Aussi, au verset 14, Jean quitte la scène. L’introduction à l’annonce de l’évangile est finie, et sans autre explication nous pénétrons tout de suite dans un bref récit du merveilleux service accompli par le Seigneur.

Son message est décrit comme étant «l’évangile du royaume de Dieu», et un très court résumé de ce qu’il comporte se trouve au verset 15. Dans l’Ancien Testament, il est parlé du royaume de Dieu, en particulier dans Daniel. Au chapitre 9 de ce livre, une certaine période avait été fixée pour la venue du Messie et l’accomplissement de la prophétie. Le temps était accompli et, en lui, le royaume s’était approché. Il appelle les hommes à se repentir, et à croire à l’évangile. C’est en proclamant cela qu’il vient en Galilée. Pour le moment, il est seul dans ce service.

Mais il ne reste pas seul longtemps. Ici et là son message est reçu, et des rangs de ceux qui croient, il commence à en appeler quelques-uns qui doivent être plus étroitement associés à lui dans son service pour devenir à leur tour «pêcheurs d’hommes». Lui-même est le grand pêcheur d’hommes, comme cela est montré dans les deux circonstances rapportées aux versets 16 à 20. Il sait qui il veut appeler à son service. Voyant les fils de Zébédée, il les appelle aussitôt, et il est dit des fils de Jonas que lorsqu’il les appela, «aussitôt, ayant quitté leurs filets, ils le suivirent». Comme grand serviteur de Dieu, Jésus a été prompt à adresser son appel; comme serviteurs placés sous ses ordres, ils ont été prompts pour obéir.

Il vaut la peine de remarquer que ces quatre hommes qui ont été appelés sont diligents dans leur travail. Pierre et André sont occupés à pêcher, Jacques et Jean ne se prélassent pas pendant leur temps de repos, ils raccommodent les filets.

Au verset 16 nous lisons: «il marchait», mais au verset 21, ils entrent. Les hommes qu’il a appelés sont maintenant avec lui, écoutant ce qu’il dit et voyant ses œuvres de puissance. Entrant dans Capernaüm, il enseigne «aussitôt» le jour de sabbat, et ce qu’il dit porte la marque de l’autorité. Les scribes ne faisaient que répéter les pensées et les opinions d’autres personnes, s’appuyant sur l’autorité des grands rabbins des siècles précédents; aussi est-ce ce signe d’autorité qui étonne les gens. Elle est si évidente qu’ils la remarquent immédiatement. Il est vraiment ce prophète qui a les paroles de l’Éternel dans la bouche et dont Moïse avait parlé en Deutéronome 18:18-19.

Et non seulement il y a en lui autorité, mais aussi puissance, une vraie force active. Cela se manifeste à la même occasion dans la façon dont il s’occupe de l’homme possédé d’un esprit immonde. Sous la dépendance du démon, l’homme le reconnaît comme étant le Saint de Dieu, tout en le voyant comme celui qui est venu pour détruire. Devant cette provocation, le Seigneur se révèle comme le libérateur et non pas le destructeur. C’est le diable qui est le destructeur, et donc le démon, qui est son serviteur, fait ce qu’il peut dans ce sens en déchirant le pauvre homme avant de sortir de lui. Il ne peut garder son emprise sur sa victime en présence de la puissance du Seigneur.

De nouveau les gens sont saisis d’étonnement. Ils voient l’autorité qui s’exprime dans ce qu’il fait, comme ils l’avaient auparavant sentie dans ce qu’il disait, d’où leur double interrogation: Qu’est-ce que ceci? Qu’est-ce que cette nouvelle doctrine? Ces deux choses doivent toujours être maintenues ensemble dans le service de Dieu. Ce que l’on dit doit être étayé par ce que l’on fait. Lorsqu’il n’en est pas ainsi ou que, pire encore, nos œuvres contredisent nos paroles, notre service est faible ou vain.

Dans le cas de Jésus, les deux choses sont parfaites. Son enseignement est plein d’autorité et, avec la même autorité, il exige l’obéissance des démons; de là vient que sa renommée se répand avec une rapidité qui s’accorde à la promptitude avec laquelle il sert Dieu de façon admirable en faveur de l’homme.

Nous n’en avons pas encore fini avec les activités de cette admirable journée à Capernaüm, car le verset 29 nous dit qu’ayant quitté la synagogue ils entrèrent dans la maison de Simon et d’André. Ils font cela «aussitôt», c’est toujours le même mot caractéristique, indiquant la promptitude. Pas de perte de temps pour notre bien-aimé Maître, pas de perte de temps pour ceux qui le suivent maintenant, car ils lui parlent aussitôt (même mot) du besoin qui se trouve dans cette maison. Besoin humain, fruit du péché de l’homme, qui se présente àlui à tout moment. Il se manifeste aussi bien dans la maison de ceux qui sont devenus ses disciples qu’il s’est manifesté dans la synagogue, centre local de leurs rites religieux.

La puissance du démon était bien présente dans le cercle religieux, et la maladie dans le cercle familial. Et Jésus peut répondre largement à ces deux besoins. Le démon quitte l’homme complètement et aussitôt. La fièvre quitte la femme avec la même promptitude; et il ne faut aucune période de convalescence avant qu’elle reprenne ses tâches ménagères habituelles. Rien d’étonnant si, rapidement, «la ville tout entière est rassemblée à la porte».

Le tableau présenté aux versets 32 à 34 est très beau. «Le soir étant venu, comme le soleil se couchait», le travail de la journée étant terminé, des foules se rassemblent, apportant un grand nombre de personnes dans le besoin, et il dispense la grâce de sa puissance en guérison. Il ne veut pas qu’aucun témoignage lui soit rendu de la part des puissances des ténèbres. La grâce et la puissance qu’il manifeste sont un témoignage suffisant pour dire qui est celui qui sert parmi les hommes. Dans son évangile, Jean nous dit qu’il y a beaucoup d’autres choses que Jésus a faites et qui n’ont pas été rapportées. Quelques-unes sont indiquées ici sans que des détails soient donnés.

Le récit tel qu’il nous est donné par Marc avance rapidement. Tard dans la soirée, l’œuvre de grâce continue encore et puis, longtemps avant le jour, Jésus se lève et cherche la solitude pour la prière. Nous venons de remarquer l’autorité et la puissance du parfait serviteur de Dieu. Ici nous voyons sa dépendance de Dieu, sans laquelle il ne peut y avoir de vrai service. Il faut que le serviteur reste étroitement attaché au maître, et quoique celui qui sert soit fils, il ne se dispense pas de cette dépendance; au contraire, il en est l’expression la plus élevée dans son obéissance parfaite. En Hébreux 5:8, nous lisons qu’il apprit l’obéissance par les choses qu’il a souffertes et ce mot, sans aucun doute, s’applique à tout son chemin sur la terre, et pas seulement aux dernières scènes de souffrances d’un ordre plus physique.

Comme cela parle à tous ceux qui servent, si modeste que soit le service! Sa journée était si remplie d’activités, qu’il consacrait une grande partie de la nuit à la prière, et il était le Fils de Dieu. Notre impuissance est causée principalement par notre insuffisance dans le domaine de la prière individuelle dans le secret.

Les quatre versets suivants, 36 à 39, nous montrent la consécration du serviteur de Dieu. Simon et d’autres semblent avoir considéré sa retraite à l’écart comme un inexplicable excès de modestie ou peut-être comme une perte d’un temps qui était précieux. Tous le cherchaient et il semblait laisser échapper ce flot de popularité grandissante. Mais la popularité n’était en aucune façon ce qu’il poursuivait. Il s’était avancé comme serviteur pour prêcher le message divin et ainsi, sans tenir compte des sentiments de la foule, il continue son service dans les villes de la Galilée. Il se consacre à la mission qui lui a été confiée.

Et maintenant, dans les derniers versets de ce premier chapitre, nous avons un délicieux tableau de la compassion de ce parfait serviteur de Dieu. Un lépreux vient à lui, et il ne peut y avoir, quant à l’aspect physique, de spécimen plus repoussant de l’humanité. Ce pauvre homme ne manque pas de foi, mais elle est imparfaite. Il a foi en la puissance de Jésus, mais des doutes quant à sa grâce. Ce qui nous aurait animés, c’est le dégoût, accompagné d’indignation devant la méconnaissance de nos sentiments bienveillants. Le Seigneur est ému de compassion. Il est mû par elle, remarquez-le bien. Non seulement il regarde cette personne misérable avec un amour plein de compassion, mais il agit. La source profonde de l’amour divin qui est en lui jaillit et déborde. De sa main, Jésus le touche, de ses lèvres il parle, et l’homme est guéri. Il n’était pas vraiment nécessaire qu’il le touche, car le Seigneur a guéri de loin maint cas désespéré. Aucun Juif n’aurait songé à le toucher et à contracter ainsi la souillure. Mais c’est ce qu’a fait le Seigneur. Il était absolument impossible qu’il soit souillé et, s’il a touché le malade, c’est pour exprimer sa compassion autant que sa puissance. Cela confirmait sa parole — «je veux» — et enlevait pour toujours de l’esprit de cet homme tout doute quant à la volonté du Seigneur.

Nous voyons encore une fois comment notre Seigneur ne recherche pas l’enthousiasme des foules, ni la notoriété. Les instructions qu’il donne à l’homme sont destinées à permettre que le témoignage de sa guérison puisse se faire selon ce que Moïse avait prescrit. Mais lui, dans sa grande joie, fait exactement ce qu’on lui avait dit de ne pas faire, de sorte que pendant quelques jours le Seigneur doit éviter les villes et se tenir dans des lieux déserts. Peu de choses suscitent davantage l’intérêt et la passion de l’homme qu’une guérison miraculeuse. Mais le Seigneur recherchait des résultats spirituels. Il y a actuellement des mouvements religieux pour la guérison qui sont à l’origine de beaucoup d’agitation, en dépit du fait que leurs prétendues guérisons ressemblent bien peu à celles qu’opérait notre Seigneur. Les acteurs, dans ces mouvements, ne fuient pas les projecteurs de la publicité, mais y trouvent plutôt leur plaisir.

Chapitre 2

Ce chapitre s’ouvre sur une autre œuvre de puissance qui s’accomplit dans une maison particulière quand, après un certain temps, le Seigneur se trouve à nouveau à Capernaüm. Ce qui apparaît ici, c’est une foi caractérisée par la ténacité et, ce qui est assez remarquable, ce n’est pas celui qui souffre qui fait preuve d’une telle foi, mais ses amis. Le Seigneur est en train de prêcher à nouveau la Parole. C’est là son service avant tout; son travail de guérison ne s’exerce que lorsque l’occasion se présente.

Les quatre amis ont cette sorte de foi qui se rit des impossibilités, qui dit: Cela se fera, et Jésus le voit. Il s’occupe tout de suite du côté spirituel des choses, accordant le pardon des péchés au paralytique. Pour les scribes raisonneurs qui sont présents, ce n’est que blasphème. Il est bien certain qu’ils avaient raison en pensant que personne sinon Dieu ne peut pardonner les péchés, mais ils se trompent entièrement en ne discernant pas que Dieu est présent au milieu d’eux, et qu’il parle dans le Fils de l’homme. Le Fils de l’homme est sur la terre, et sur la terre il a le pouvoir de pardonner les péchés.

Cependant le pardon des péchés n’est pas quelque chose qui est visible aux yeux des hommes; il faut qu’il soit accepté par la foi dans la Parole de Dieu. La guérison instantanée d’un cas grave d’infirmité corporelle est visible aux yeux des hommes, et le Seigneur accomplit ensuite ce miracle. Ceux qui sont là ne peuvent pas plus délivrer l’homme de la maladie qui le tient prisonnier, qu’ils ne peuvent pardonner ses péchés.

Jésus peut faire les deux choses avec une égale facilité. C’est ce qu’il fait, présentant le miracle accompli dans le corps comme preuve du miracle qui concerne l’âme. Ainsi il met les choses en bon ordre. Le miracle d’ordre spirituel vient en premier lieu, celui qui concerne le corps ne vient qu’après.

Ici encore le miracle est instantané et complet. L’homme qui avait été complètement impotent se lève immédiatement, prend son lit et sort en présence de tous d’une manière qui fait rendre gloire à Dieu par toutes les lèvres. Le Seigneur commande et l’homme n’a qu’à obéir, car la possibilité de le faire lui est donnée en même temps qu’il reçoit le commandement du Seigneur.

Cette circonstance, qui souligne le but spirituel du service qu’accomplissait notre Seigneur, est suivie de l’appel de Lévi, qui nous est connu par la suite comme étant Matthieu le publicain. L’appel de cet homme à suivre le maître nous montre la puissante attraction de la parole de notre Seigneur. C’était une chose que d’appeler d’humbles pêcheurs à quitter leurs filets et leur dur labeur. C’en était une autre d’appeler un homme qui avait de la fortune et la tâche agréable de faire rentrer l’argent. Mais Jésus le fait avec deux mots: «Suis-moi», deux mots qui tombent dans l’oreille de Lévi avec une telle force qu’il se lève et le suit. Dieu veuille que nous sentions la puissance de ces deux mots dans notre cœur.

Quel merveilleux aperçu nous a été accordé du serviteur de Dieu, de sa promptitude, de son autorité, de sa puissance, de sa dépendance, de sa consécration, de ses compassions, de son refus de ce qui est superficiel et démagogique pour s’attacher à ce qui est spirituel et qui demeure, et finalement des puissants attraits de sa personne!

S’étant levé pour suivre le Seigneur, Lévi montre bien vite qu’il est devenu disciple d’une manière pratique. Il reçoit son nouveau maître dans sa maison en même temps qu’un grand nombre de publicains et de pécheurs, manifestant par là quelque chose de l’esprit du Maître. Lui qui était assis au bureau de recette fait montre maintenant de libéralité, afin que d’autres puissent s’asseoir à sa table. Il se met à accomplir cette parole: «Il répand, il donne aux pauvres» (Psaume 112:9), et cela sans qu’on lui dise de le faire. Il a commencé à exercer l’hospitalité envers ceux de son entourage, afin qu’eux aussi rencontrent Celui qui a gagné son cœur.

En cela il est un excellent modèle pour nous. Il a commencé par se dépenser pour les autres. Il a fait la chose qui était le plus à sa portée. Il a rassemblé pour qu’ils rencontrent le Seigneur ceux qui avaient des besoins et qui le savaient, plutôt que ceux qui étaient contents d’eux-mêmes dans leur pratique religieuse. Il a découvert que Jésus est un donateur qui cherche ceux qui sont disposés à recevoir.

Tout ceci est observé par les scribes et les pharisiens, propres justes qui expriment leur désapprobation sous la forme d’une question posée aux disciples de Jésus. Pourquoi Jésus fréquente-t-il des gens aussi vils, aussi dégradés? Les disciples n’ont pas à répondre, car le Seigneur lui-même répond à ces attaques. Sa réponse est complète et satisfaisante et elle est presque passée en proverbe. Ceux qui se portent mal ont besoin de médecin, et les pécheurs ont besoin du Sauveur. Ce ne sont pas des justes mais des pécheurs qu’il est venu appeler.

Peut-être les scribes et les pharisiens étaient-ils bien versés dans la loi, mais ils ne comprenaient rien à la grâce. Or Jésus était le serviteur de la grâce de Dieu. Et Lévi avait saisi quelque chose de cela. Et nous? Bien plus que Lévi, nous devrions saisir cela dans la mesure où nous vivons au moment où le jour de la grâce a atteint son plein midi. Cependant il peut nous arriver d’avoir quelque ressentiment contre Dieu parce qu’il est si bon envers des gens que nous aimerions dénoncer comme coupables: c’est ce que fit Jonas dans le cas des habitants de Ninive, et ce que faisaient les pharisiens pour les pécheurs. Le grand Serviteur de la grâce de Dieu est à la disposition de tous ceux qui ont besoin de lui.

La circonstance suivante (versets 18 à 22) montre les contradicteurs encore à l’œuvre. Ils s’étaient plaints du Maître aux disciples et maintenant c’est des disciples qu’ils se plaignent au Maître. Évidemment ils manquent de courage pour dire les choses en face. Cette façon détournée de critiquer est très courante, rejetons-la. Dans les deux cas, les disciples n’ont rien eu à répondre. Quand les pharisiens ont soutenu le caractère exclusif de la loi, c’est Jésus qui s’est opposé à eux en faisant valoir le caractère libéral de la grâce, et c’est Jésus qui les a réduits au silence. Maintenant ils veulent mettre sur les disciples le joug de la loi, et avec force Jésus revendique la liberté de la grâce.

La parabole, ou l’image dont il se sert implique de façon évidente que Lui est l’Époux, la personne importante, au centre de tout. Sa présence gouverne tout et apporte une merveilleuse abondance. Bientôt il sera absent et alors seulement il conviendra de jeûner. Notons cela, car nous sommes en un temps où jeûner est une chose qui convient. Depuis longtemps l’Époux est absent et nous l’attendons. Au moment où le Seigneur parlait, les disciples étaient dans la position d’un résidu pieux en Israël, recevant le Messie à sa venue. Après la Pentecôte, ils ont été baptisés en un seul corps, et ont été établis comme fondement de cette cité qui est appelée «l’Épouse, la femme de l’Agneau» en Apocalypse 21:9. À ce moment-là, ils avaient la place d’Épouse plutôt que celle de fils de la chambre nuptiale. Cette position, c’est la nôtre aujourd’hui. Cela ne fait que rendre encore plus clair qu’il ne nous convient pas de festoyer, mais de jeûner. Jeûner, c’est s’abstenir de choses légitimes pour être davantage consacré à Dieu, et pas simplement s’abstenir de nourriture pendant un certain temps.

Les pharisiens ne pensaient qu’à maintenir intacte la loi. Le danger pour les disciples, comme les évènements l’ont prouvé par la suite, n’était pas tellement cela, mais plutôt d’essayer de mélanger le judaïsme à la grâce qu’apportait le Seigneur Jésus. Le système légal était comme un vieil habit ou une vieille outre. Jésus apportait ce qui ressemblait à un solide morceau de drap neuf, ou à du vin nouveau avec son pouvoir d’expansion. Dans les Actes, nous pouvons voir comment les vieilles formes extérieures de la loi ont cédé devant la puissance débordante de l’évangile.

En vérité, nous voyons cela dans l’incident qui suit immédiatement et qui termine le chapitre 2. De nouveau les pharisiens viennent se plaindre des disciples au Maître. Maintenant, ils sont coupables de ne pas conformer leurs activités à la vieille outre qu’étaient certaines prescriptions concernant le sabbat. Les pharisiens poussaient leur respect du sabbat si loin, qu’ils condamnaient même le fait qu’on froisse des épis de blé dans la main, comme s’il s’agissait d’actionner un moulin. Ils soutenaient une interprétation très rigide de la loi dans ces questions mineures. Ils étaient de ceux qui observaient la loi avec un soin méticuleux, tandis qu’ils considéraient les disciples comme peu zélés.

Le Seigneur reçoit leur plainte et défend ses disciples en rappelant aux pharisiens deux choses. Premièrement ils auraient dû connaître les Écritures, qui rapportent comment il était arrivé à David de se nourrir, lui et ceux qui le suivaient, dans une situation critique. Ce qui normalement n’était pas selon la loi avait été permis en un jour où les choses n’étaient pas normales en Israël, à cause du rejet du roi légitime. 1 Samuel 21 nous en parle. À nouveau les choses ne sont pas normales et le roi légitime va être rejeté. Dans les deux cas, des besoins concernant l’Oint du Seigneur devaient être considérés comme plus importants que des détails qui se rapportaient aux exigences cérémonielles de la loi.

Deuxièmement, le sabbat a été institué pour l’homme et non l’inverse. Donc l’homme passe avant le sabbat et le Fils de l’homme, qui a sous son autorité tous les hommes, selon le Psaume 8, doit nécessairement être le Seigneur du sabbat et, en conséquence, il est habilité à en disposer selon sa volonté. Qui étaient les pharisiens pour contester son droit de le faire, même si Jésus était venu parmi les hommes sous la forme de serviteur?

Le Seigneur du sabbat était parmi les hommes et on le rejetait. Dans ces circonstances, les préoccupations de ceux qui étaient étroitement attachés au respect de la loi cérémonielle étaient déplacées. Leurs «outres» étaient vieilles et incapables de contenir la grâce débordante et l’autorité du Seigneur. L’«outre» de leur sabbat se perce devant leurs yeux mêmes.

Chapitre 3

Cependant les pharisiens n’étaient en rien convaincus, et ils ouvrent à nouveau tout le débat, un peu plus tard, quand, un autre jour de sabbat, Jésus entre en contact avec un besoin de l’homme, dans une de leurs synagogues. Le conflit se déchaîne autour de cet homme qui avait la main desséchée. Ils regardent Jésus, escomptant que leur sera fournie une occasion de l’attaquer. Il relève ce défi qui, quoique inexprimé, se trouve dans leur cœur, en disant à l’homme: «Lève-toi là, devant tous», le mettant ainsi bien en vue pour que tous les assistants soient témoins de ce défi.

Une autre question concernant le sabbat est maintenant soulevée. Par la loi Dieu a-t-il voulu interdire de faire du bien comme de faire du mal? Le sabbat fait-il d’un acte de miséricorde une transgression?

On peut rapprocher cette question: «Est-il permis de faire du bien... ou de faire du mal?», de Jacques 4:17. Si nous savons faire le bien et si nous ne le faisons pas, c’est pécher. Fallait-il que le parfait Serviteur de Dieu, qui connaissait le bien, et qui de plus avait toute la puissance pour le faire, retienne sa main d’agir parce qu’il se trouvait que c’était jour de sabbat? Impossible!

C’est de cette manière frappante que le saint Serviteur de Dieu justifiait son ministère de grâce, en la présence de ceux qui lui auraient lié les mains par des interprétations rigides de la loi de Dieu. Il est important que nous apprenions la leçon que nous enseigne tout cela, au cas où nous tomberions dans une erreur semblable. La «loi du Christ» est très différente dans son caractère et son esprit de la loi de Moïse; cependant, de la même façon on peut en faire mauvais usage. Si le joug de Christ, qui est léger et aisé, est tordu pour devenir un fardeau pesant et aussi un véritable obstacle à l’effusion de la grâce et de la bénédiction, cela devient une perversion plus grave que tout ce que nous voyons dans ces versets.

Le cœur des pharisiens était dur. Il était bien sensible à tous les aspects techniques de la loi, mais dur s’il s’agissait d’avoir de la sollicitude pour les besoins de l’homme ou d’avoir quelque sentiment de leur propre péché. Jésus voyait dans quel état affreux ils se trouvaient et il en était affligé, mais il ne retient pas la bénédiction. Il guérit cet homme et les laisse à leur péché. Ils étaient indignés parce qu’il avait enfreint la loi sur un des points auxquels ils tenaient tant. Eux-mêmes sortent pour enfreindre une des plus importantes prescriptions de la loi en tenant conseil pour le faire mourir. Voilà le pharisaïsme!

Devant cette haine meurtrière, le Seigneur se retire avec ses disciples. Nous le voyons, à la fin du chapitre 1, se retirer de tout l’éclat que donne la popularité. Il ne cherche pas à se faire bien voir, il ne désire pas non plus attiser la contestation. Ici nous trouvons le parfait Serviteur agissant exactement comme est exhorté à le faire l’esclave du Seigneur en 2 Timothée 2:24.

Mais sa personne a un tel pouvoir d’attraction que les hommes affluent vers lui, même quand il se retire. Une grande multitude se presse autour de lui; sa puissance et sa grâce se manifestent de bien des façons, et des esprits impurs reconnaissent en lui le Maître auquel il faut qu’ils obéissent, bien qu’il n’accepte pas leur témoignage. Il apporte la bénédiction aux hommes et les délivre; cependant il n’attend rien d’eux. D’abord il a à sa disposition sur le lac une petite barque, dans laquelle il peut se retirer loin de la foule qui le presse; et puis il monte sur une montagne où il appelle à lui seulement ceux qu’il veut, et d’entre eux il en choisit douze destinés à être apôtres.

Ainsi, non seulement il répond à la haine des chefs religieux en se retirant d’eux, mais aussi en appelant les douze qui, le moment voulu, iront poursuivre son service incomparable. Ainsi prépare-t-il l’élargissement du service et du témoignage. Les douze qui ont été choisis doivent être avec lui, et puis, quand leur temps d’instruction et de préparation sera terminé, il les enverra. Cette période d’instruction dure jusqu’au verset 6 du chapitre 6. Au verset 7 de ce même chapitre, nous avons le récit du vrai début de leur mission.

Le fait d’«être avec lui» est d’une immense importance pour celui qui est appelé à servir. Cela est tout aussi nécessaire pour nous que cela l’était pour eux. Ils avaient sa présence et sa compagnie sur la terre. Nous ne l’avons pas, mais nous avons son Esprit qui nous est donné et sa Parole écrite. Ainsi nous est-il permis, dans un esprit de prière, de garder le contact avec lui, et de recevoir cette éducation spirituelle qui seule nous forme pour le servir avec intelligence. Les douze furent d’abord choisis, puis formés, puis envoyés avec la puissance qui leur était accordée. Tel est l’ordre divin, et nous voyons ces choses présentées dans les versets 14 et 15. Ayant appelé et choisi les douze sur la montagne, il revient aux endroits fréquentés par les hommes et se trouve dans une maison. Immédiatement les foules s’assemblent. L’attirance qu’il exerce est irrésistible et l’on exige tant de lui qu’il n’y a pas de temps pour prendre les repas. Aussi la première chose dont sont témoins les douze, quand ils sont avec lui, est cette forte vague d’intérêt, et l’apparente popularité de leur Maître.

Cependant ils voient vite un autre aspect des choses, et en premier lieu que Jésus n’est absolument pas compris de ceux qui sont les plus proches de lui selon la chair. Sans doute sont-ils remplis de bienveillante sollicitude pour lui. Ils ne peuvent comprendre un tel labeur incessant et ils ont le sentiment qu’il convient de le saisir pour l’arrêter comme s’il n’avait plus son bon sens. Jean 7:5 éclaire cette attitude extraordinaire de leur part. Quand le Seigneur est parvenu à ce point de son service, ses frères ne croient pas en lui et apparemment sa mère n’a encore qu’une obscure idée de ce qu’il est vraiment en train de faire.

Mais en deuxième lieu, il y a des ennemis qui deviennent encore plus durs et qui ont encore moins de scrupules. Au verset 6 de notre chapitre, nous avons vu les pharisiens s’allier à leurs adversaires les hérodiens, pour tenir conseil contre lui afin de le faire mourir. Maintenant nous trouvons les scribes qui descendent de Jérusalem pour s’opposer à lui et l’accuser. C’est ce qu’ils font de la manière la plus irréfléchie, attribuant ses œuvres de grâce à la puissance du diable. Il ne s’agissait pas simplement d’outrage grossier, mais de quelque chose de délibéré, inspiré par la ruse. Ils ne pouvaient pas nier ce qu’il faisait, mais ils essayaient de noircir sa réputation. Ils admettaient l’évidente réalité des miracles et puis, volontairement et officiellement, déclaraient que c’étaient les œuvres du diable. Tel était le caractère de leur blasphème, et il convient d’être au clair à ce sujet pour examiner les paroles du Seigneur au verset 29.

Mais pour commencer il les fait venir à lui, et répond par un appel au bon sens. Leur opposition blasphématoire comportait une absurdité. Ils suggéraient en effet que Satan s’était mis à chasser Satan, que son royaume et sa maison étaient divisés contre eux-mêmes. Et si c’était vrai, cela impliquerait la fin de tout ce qui est activité satanique. Satan est bien trop avisé pour agir de la sorte.

Il nous faut admettre, hélas, que nous autres, chrétiens, n’avons pas été trop avisés pour agir de la sorte. La chrétienté est pleine de divisions qui sont proprement suicidaires, et c’est Satan lui-même qui, sans aucun doute, est à l’origine de cela. Sans la puissance du Seigneur Jésus dans le ciel, qui est restée toujours la même, et sans la présence de l’Esprit Saint qui habite dans la vraie Église de Dieu, le témoignage public de la chrétienté serait mort depuis longtemps. Que la foi n’ait pas péri pour disparaître de la terre est à la louange, non de la sagesse des hommes, mais de la puissance de Dieu. Après avoir démontré la folle absurdité de leurs paroles, le Seigneur se met à donner la vraie explication de ce qui s’est passé. Il est celui qui est plus fort que l’homme fort, et maintenant il est en train de piller ses biens en libérant beaucoup de ceux qui ont été emmenés captifs par Satan. Celui-ci est lié lorsque le Seigneur est là présent.

Troisièmement il avertit clairement ces malheureux scribes et pharisiens de l’énormité du péché qu’ils ont commis. Le parfait Serviteur a délivré des hommes de l’emprise de Satan dans la puissance de l’Esprit Saint. Pour éviter de l’admettre, ils taxent l’œuvre du Saint Esprit d’œuvre de Satan. C’est pur blasphème, le blasphème aveugle d’hommes qui ferment les yeux à la vérité. Ils se placent au-delà du pardon, avec comme seule perspective la condamnation éternelle. Ils ont atteint cet affreux état d’endurcissement dans la haine et l’aveuglement qui avait caractérisé autrefois le Pharaon en Égypte, et qui plus tard avait marqué le royaume du nord d’Israël quand la Parole du Seigneur avait été: «Éphraim s’est attaché aux idoles, laisse-le faire» (Osée 4:17). La volonté de Dieu est de laisser faire ces scribes de Jérusalem et cela signifie: pas de pardon, mais condamnation.

Voilà ce qu’était le péché qui ne pouvait être pardonné. Comprenant ce qu’il est réellement, nous pouvons facilement voir que les personnes qui ont une conscience délicate et qui aujourd’hui sont troublées parce qu’elles craignent de l’avoir commis, sont les dernières qui ont vraiment pu le commettre.

Le chapitre se termine avec l’arrivée des proches dont le verset 21 nous a parlé. Les paroles du Seigneur concernant sa mère et ses frères ont paru à certains inutilement dures. Il y avait certainement en elles une note de sévérité qui était la conséquence de leur attitude. Le Seigneur saisissait l’occasion de donner à ses disciples l’instruction dont ils avaient besoin. Ils l’avaient vu au milieu de beaucoup de labeur et apparemment populaire, et aussi au centre d’une opposition blasphématoire. Maintenant il faut que les disciples aient une démonstration frappante du fait que les relations que Dieu reconnaît et honore sont celles qui ont une base spirituelle.

Autrefois, en Israël, les liens de parenté dans la chair comptaient beaucoup. Maintenant ils doivent être mis de côté, pour faire place aux liens spirituels. Et la base de ce qui est spirituel se trouve dans l’obéissance à la volonté de Dieu; et pour nous aujourd’hui la volonté de Dieu se trouve enchâssée dans les Saintes Écritures. L’obéissance est la chose fondamentale. Elle est à la base de tout vrai service et il faut qu’elle nous caractérise, si nous voulons être liés au seul vrai et parfait Serviteur. Ne l’oublions jamais.

Chapitre 4, versets 1 à 20

Le chapitre précédent se termine par cette déclaration solennelle du Seigneur, que les liens qu’il allait maintenant reconnaître étaient ceux qui avaient une base spirituelle dans l’obéissance à la volonté de Dieu. Cette déclaration a très certainement fait naître dans l’esprit des disciples des questions sur la manière dont ils pourraient savoir quelle est la volonté de Dieu. En commençant ce chapitre, nous trouvons la réponse. C’est par sa parole qu’il nous fait connaître ce qu’il est et ce qu’il a fait pour nous. C’est de ces choses que découle sa volonté pour nous.

Il y a encore de grandes foules rassemblées auprès de lui, si bien qu’il les enseigne en étant sur une barque; mais c’est à ce moment qu’il commence à parler par des paraboles. La raison nous en est donnée aux versets 11 et 12. Les chefs du peuple l’ont déjà rejeté, comme l’a bien montré le chapitre précédent; les gens eux-mêmes sont, dans l’ensemble, indifférents, quand ils ne sont pas attirés par la passion du sensationnel, la curiosité, «les pains et les poissons». Plus tard ils changeront de bord, ils soutiendront les chefs dans leur hostilité meurtrière. Le Seigneur sait cela; aussi commence-t-il à dispenser son enseignement sous une forme qui le réserve à ceux qui ont des oreilles pour entendre. Il parle au verset 11 de «ceux qui sont dehors».

Cela montre que déjà une rupture se manifestait et qu’on pouvait distinguer ceux qui étaient dedans de ceux qui étaient dehors. Ceux qui étaient dedans pouvaient voir et entendre, percevoir et comprendre, et ainsi le «mystère» ou le «secret» du royaume de Dieu devenait clair pour eux. Les autres étaient aveugles et sourds, et le chemin de la conversion et du pardon se fermait pour eux. Si l’on ne veut pas entendre, vient un moment où on ne le peut pas. Les gens voulaient un Messie qui leur apporterait prospérité et gloire dans ce monde. Ils n’avaient que faire, comme les événements l’ont montré, d’un Messie qui leur apportait le royaume de Dieu sous la forme mystérieuse de la conversion et du pardon des péchés.

Aujourd’hui nous avons le royaume de Dieu précisément sous cette forme mystérieuse et nous y entrons par la conversion et le pardon, car c’est ainsi que l’autorité de Dieu s’établit dans notre cœur. Nous attendons toujours le royaume dans sa manifestation en gloire et en puissance.

La première parabole de ce chapitre est celle du semeur, de la semence et de ce qui est produit. Ayant dit cette parabole, Jésus conclut par ces mots solennels: «Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende». Qu’on ait des oreilles pour entendre ou qu’on n’en ait pas, montrerait immédiatement si un homme appartenait à ceux qui sont dedans ou à ceux qui sont dehors. La grande majorité des auditeurs du Seigneur ont évidemment pensé que c’était une jolie histoire agréable à entendre, mais ils ne vont pas plus loin, montrant qu’ils sont dehors. Pour d’autres, comme pour les disciples, cela ne suffit pas. Ils veulent arriver au sens profond de la parabole et s’informent plus avant. Ils appartiennent à ceux qui sont dedans.

Ce que dit le Seigneur au verset 13 montre qu’il faut comprendre cette parabole du semeur, sinon ses autres paraboles ne nous seront pas intelligibles. Elle détient la clef qui ouvre toutes les autres. Le Seigneur Jésus, quand il est venu, a tout d’abord soumis Israël à une épreuve capitale. Allait-on recevoir le Fils bien-aimé et rendre à Dieu le fruit qui était dû sous le régime de la loi? Il devient évident que non. Eh bien, un second ordre de choses doit alors commencer. Au lieu d’exiger quoi que ce soit de leur part, c’est le Seigneur qui sèmera la parole; celle-ci, au temps convenable, dans certains cas du moins, produira le fruit désiré. C’est ce que montre cette parabole, et si nous ne saisissons pas ce qu’elle signifie, nous ne comprendrons pas ce que le Seigneur a à nous dire par la suite.

Le Seigneur lui-même est le Semeur, sans aucun doute, et la Parole est le témoignage divin qu’il répand, car le «si grand salut qui a commencé par être annoncé par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’avaient entendu» (Hébreux 2:3). Dans l’évangile selon Jean, nous découvrons que Jésus est la Parole. Ici il sème la parole. Qui pouvait la semer comme lui qui était la Parole? Mais même quand c’est lui qui sème la parole, tous les grains qu’il sème ne fructifient pas. Dans un cas sur quatre seulement du fruit est produit.

Il est également certain que la parabole s’applique dans ses principes à tous ceux qui sont sortis après le Maître pour semer la parole, comme envoyés par lui, depuis lors jusqu’à aujourd’hui. Donc tout semeur de la semence doit s’attendre à connaître ces différentes expériences comme cela est indiqué dans la parabole. Les serviteurs imparfaits d’aujourd’hui ne peuvent espérer mieux que ce qui a marqué les semailles du parfait Serviteur quand il était sur la terre. La semence était la même dans chaque cas. La différence se trouvait dans l’état du sol sur lequel tombait la semence.

Chez ceux qui ont entendu la parole et sont semblables aux grains tombés le long du chemin, la parole n’a absolument aucune entrée. Leur cœur est comme un sentier où on est passé et repassé. Il n’y a pas même une impression superficielle, et Satan, par ses nombreux agents, ôte la parole. Le cas de ces auditeurs est celui d’une indifférence complète.

Les auditeurs assimilés à des terrains pierreux sont ceux qui sont impressionnables mais superficiels. Ils reçoivent la parole aussitôt avec joie, mais ils ne sont pas du tout sensibles à ce qu’elle implique réellement. Il a été dit, de vrais convertis, qu’ils ont «reçu la parole accompagnée de grandes afflictions, avec la joie de l’Esprit Saint» (1 Thessaloniciens 1:6). Cette affliction, qui avait précédé leur joie, résultait du fait qu’ils avaient été rendus conscients de leur péché, convaincus par l’action puissante de la parole. L’auditeur du terrain pierreux ne connaît pas ce temps d’affliction parce qu’il n’est pas conscient de ses vrais besoins, pour s’établir dans une joie qui n’est que superficielle, et qui disparaît — et lui avec elle — en présence de l’épreuve.

Les auditeurs assimilés à un terrain plein d’épines sont ceux qui sont préoccupés. Le monde remplit leurs pensées. Sont-ils pauvres, ils sont submergés par ses soucis. Sont-ils riches, par ses richesses et les plaisirs qu’apportent les richesses. Ne sont-ils ni pauvres ni riches, ils convoitent d’autres choses. Ils ont réussi à se sortir de la pauvreté, et ils convoitent pour avoir encore plus de ces bonnes choses du monde qui semblent être maintenant à leur portée. Absorbée par le monde, la parole est étouffée.

Les auditeurs semblables aux grains tombés dans la bonne terre sont ceux qui non seulement écoutent la parole, mais la reçoivent et portent du fruit. La terre a subi le travail de la charrue et de la herse. Ainsi a-t-elle été préparée. Cependant, même ainsi, toute bonne terre n’est pas également fertile. Il peut ne pas y avoir la même quantité de fruit, mais il y a du fruit.

Dans tout cela il y avait une grande instruction pour les disciples, il y en a une également pour nous. Bientôt le Seigneur va les envoyer prêcher, et alors eux aussi deviendront semeurs. Il fallait qu’ils sachent que c’était la parole qu’ils devaient semer, et à quoi ils devaient s’attendre quand ils la sèmeraient. Alors ils ne seraient pas trop affectés quand une grande partie de la semence semée semblerait s’être perdue, ou quand, après quelques résultats, au bout d’un certain temps on ne verrait plus rien; ou même quand, du fruit ayant été produit, il n’y en aurait pas autant qu’ils l’avaient espéré. Si nous savons, d’un côté quel est le but poursuivi, et de l’autre ce à quoi il faut s’attendre, nous sommes grandement fortifiés et affermis dans notre service.

Nous devons nous souvenir que cette parabole s’applique tout autant à la parole qui est semée dans le cœur des saints que dans le cœur des pécheurs. Aussi méditons-la avec des cœurs très exercés quant à la manière dont nous-mêmes nous recevons la parole qu’il nous est donné d’entendre, et aussi quant à la manière dont d’autres recevront la parole que nous leur présenterons.

Chapitre 4, versets 21 à 41

Dans les versets 21 et 22 suit la courte parabole de la lampe, et puis au verset 23 une autre parole d’avertissement, afin que nous ayons des oreilles pour entendre. À première vue, passer de la semence qui a été semée dans le champ à la parabole de la lampe allumée dans une maison peut paraître bizarre et sans lien apparent. Mais si vraiment nous avons des oreilles pour entendre, nous verrons vite que, dans leur signification spirituelle, les deux paraboles vont bien ensemble et sont liées. Quand la parole de Dieu est reçue dans un cœur exercé et préparé, elle produit du fruit que Dieu apprécie, et aussi de la lumière qui est vue et appréciée des hommes.

Aucune lampe n’est allumée pour être cachée sous un boisseau ou sous un lit. Elle doit rayonner tout autour d’elle à partir du pied de lampe. La deuxième partie du verset 22 est assez frappante: «Et rien de caché n’arrive, si ce n’est afin de venir en évidence». Le travail de Dieu dans le cœur par sa parole a bien lieu secrètement, et le regard de Dieu discerne le fruit lorsqu’il commence à apparaître. Mais lorsque c’est le moment, cette chose secrète qui a eu lieu doit nécessairement être mise en lumière. Toute vraie conversion est comme une nouvelle lampe qui s’allume.

Le boisseau peut représenter les affaires de la vie, et le lit, les aises et les plaisirs de la vie. On ne doit permettre ni à l’un ni à l’autre de cacher la lumière, comme on ne doit pas permettre aux soucis et aux richesses et aux «autres choses» d’étouffer la semence qui est semée. Avons-nous des oreilles pour entendre cela? Laissons-nous briller la lumière de notre petite lampe? Il n’y a rien de caché qui ne sera manifesté; aussi est-il tout à fait certain que, si une lampe a été allumée, elle doit nécessairement briller. Si rien n’est manifesté, c’est parce qu’il n’y a rien à manifester.

Cette parabole est suivie de l’avertissement qui concerne ce que nous entendons. Les voies de Dieu dans son gouvernement des hommes font partie de ce sujet. De la mesure dont nous mesurerons il nous sera mesuré. Si vraiment nous entendons la parole de telle manière que nous nous en emparions, nous en aurons plus de profit. Sinon nous commencerons à perdre même ce que nous avions. En Luc 8:18, nous avons des déclarations semblables qui se rapportent à la «manière» dont nous entendons. Ici elles se rapportent à «ce que» nous entendons.

L’accent est mis sur: «comment» nous entendons, dans la parabole du semeur, mais «ce que» nous entendons est d’importance au moins égale. Bon nombre se sont vus enlever même ce qu’ils avaient en prêtant l’oreille à l’erreur. Ils ont entendu et entendu très attentivement, mais, hélas, ce qu’ils ont entendu n’était pas la vérité, et les a pervertis. Si, en passant par notre oreille, l’erreur est semée dans notre cœur, elle produira des fruits désastreux, et le gouvernement de Dieu le permettra et ne l’empêchera pas.

Les versets 26 à 29 contiennent la parabole qui concerne le travail secret de Dieu. Un homme sème la semence et, quand la moisson est prête, il se remet au travail en y mettant la faucille pour la récolte. Mais quant à la croissance elle-même de la semence, depuis le début jusqu’à ce que le fruit soit produit, il ne peut rien faire. Pendant de nombreuses semaines il dort et se lève, de nuit et de jour; les opérations de la nature que Dieu a ordonnées font silencieusement le travail, bien que l’homme ne les comprenne pas. Le: «sans qu’il sache comment» est vrai aujourd’hui. Les hommes ont poussé très loin leurs recherches, mais le vrai comment de ces opérations merveilleuses qui se déroulent dans le grand laboratoire de la nature de Dieu leur échappe toujours.

Il en est de même dans ce que nous pouvons appeler l’atelier spirituel de Dieu et c’est une bonne chose que nous nous en souvenions. Certains d’entre nous tiennent beaucoup à analyser et à décrire exactement ce que sont les opérations de l’Esprit dans les âmes. Ces choses cachées exercent parfois une grande fascination sur notre esprit, et nous voulons saisir complètement tout ce qui se passe. C’est impossible. C’est notre heureux privilège de semer la semence et aussi, au temps convenable, de mettre la faucille et de récolter. Ce que la parole opère dans le cœur des hommes est secrètement accompli par le Saint Esprit. Son travail, bien sûr, est parfait.

L’œuvre de l’homme porte toujours la marque de l’imperfection. S’il arrive qu’il nous soit permis d’être pour quelque chose dans l’œuvre de Dieu, nous apportons l’imperfection dans ce que nous faisons. C’est ce que nous montre la parabole suivante aux versets 30 à 32. Le royaume de Dieu aujourd’hui existe d’une façon vitale et réelle dans l’âme de ceux qui, par la conversion, sont passés sous l’autorité et le contrôle de Dieu. Mais on peut aussi le considérer comme une chose plus extérieure qui se trouvera partout où des hommes font profession de reconnaître Dieu. Le premier est le royaume tel qu’il est établi par l’Esprit. L’autre le royaume tel qu’il est établi par les hommes. Ce dernier est devenu une chose grande et imposante sur la terre, étendant sa protection sur beaucoup d’«oiseaux du ciel». Et ce que ces oiseaux représentent, nous venons de le voir aux versets 4 et 15: des agents de Satan.

Cette parabole qui termine la série est pleine d’avertissements pour les disciples, comme les autres ont été pleines d’instruction. Ils sont avec le Seigneur et formés avant d’être envoyés pour leur mission. Nous avons vu au moins sept choses, à savoir que:

  1. Actuellement le travail du disciple est fondamentalement de semer.
  2. Ce qui doit être semé, c’est la parole.
  3. Les résultats du travail du semeur doivent être classés en quatre catégories; et dans un cas seulement il y a du fruit, et encore est-ce de façon variable.
  4. La parole produit de la lumière aussi bien que du fruit, et cette lumière doit être manifestée publiquement.
  5. Le disciple lui-même est auditeur de la parole aussi bien que semeur de la parole, et à cet égard il doit faire attention à ce qu’il entend.
  6. Le travail de la parole dans des âmes est le travail de Dieu et non le nôtre. Notre travail est de semer et de récolter.
  7. Comme le travail de l’homme participe à ce travail actuel qui est d’étendre le royaume de Dieu, le mal y pénétrera. Le royaume, considéré comme l’ouvrage de l’homme, donnera quelque chose d’imposant et pourtant de corrompu. C’est l’avertissement solennel dont nous avons à faire notre profit.

Il y a eu beaucoup d’autres paraboles exposées par le Seigneur et qui pourtant ne nous ont pas été rapportées. Celles qui ont été exposées et expliquées aux disciples étaient sans doute très importantes pour eux dans leurs circonstances particulières, mais pas de la même importance pour nous. Celles qui nous concernent directement sont rapportées en Matthieu 13.

Avec le verset 34 se terminent les enseignements du Seigneur et, du verset 35 à la fin du chapitre 5, nous reprenons le récit de ses actes merveilleux. Les disciples avaient besoin d’observer attentivement ce qu’il faisait et sa façon d’agir, comme d’entendre les enseignements sortant de ses lèvres; et nous aussi.

La foule qui a écouté ce qu’il a dit, sans le comprendre, est alors renvoyée, et Jésus et ses disciples passent à l’autre rive. C’est le soir, et Jésus est à la poupe, il dort sur un oreiller. Ce lac est connu pour les tempêtes soudaines et violentes qui l’agitent et l’une d’elles, d’une rare violence, se lève, menaçant de submerger la barque. Satan est «le chef de l’autorité de l’air», et donc nous croyons que sa puissance se trouvait derrière les forces déchaînées de la nature. Immédiatement donc les disciples sont placés devant une épreuve et un défi. Qui est cette personne qui dort à la poupe?

Satan pouvait-il disposer des forces de la nature au point de faire couler une barque où reposait le Fils de Dieu? Mais le Fils de Dieu est vu dans son humanité et il dort. Eh bien, quelle importance, vu qu’il est le Fils de Dieu! L’action de l’adversaire soulevant la tempête pendant qu’il dort est vraiment un défi qu’il lance. Jusqu’alors cependant les disciples n’ont compris ces choses que d’une manière très obscure — et ce n’est même pas sûr. Par conséquent ils sont remplis de crainte, car leurs ressources dans l’art de la navigation sont épuisées. Et ils le réveillent avec un cri d’incrédulité qui est un affront à sa bonté et à son amour, bien que témoignant de quelque foi dans sa puissance.

Le Seigneur se lève immédiatement dans la majesté de sa puissance. Il reprend le vent qui est l’instrument le plus direct de Satan. Il dit à la mer de faire silence et de se taire, et elle obéit. Comme un chien de chasse turbulent se couche humblement à la voix de son maître, ainsi la mer se couche à ses pieds. Il est le Maître absolu de la situation.

Ayant ainsi repris les forces de la nature et la puissance qui se cache derrière elles, Jésus se tourne vers ses disciples pour leur adresser de doux reproches. La foi a une vision spirituelle des choses, et jusque-là leurs yeux s’étaient à peine ouverts, pour discerner qui il était. S’ils avaient tant soit peu saisi ce qu’était sa gloire personnelle, ils n’auraient pas été si craintifs. Ayant été les témoins du déploiement de sa puissance, ils sont encore craintifs et ils se demandent encore quelle sorte d’homme il est. Un homme qui peut commander aux vents et à la mer et les soumettre à sa volonté, n’est évidemment pas un homme ordinaire. Mais qui est-il? Voilà la question.

Aucun disciple ne peut s’avancer pour servir, tant qu’il n’a pas répondu à cette question une fois pour toutes dans son âme. Voilà pourquoi, avant de les envoyer, Jésus doit présenter d’autres témoignages de sa puissance et de sa grâce devant leurs yeux, comme cela nous est rapporté au chapitre 5.

Nous aussi, de nos jours, nous devons être pleinement assurés de savoir qui il est avant d’essayer de le servir. Cette question: «Qui donc est celui-ci?» est une question qui vraiment requiert notre attention. Tant que nous ne pourrons pas y répondre comme il convient et de façon très claire, il faut que nous nous tenions tranquilles.

Chapitre 5

«Qui donc est celui-ci?» Lorsque la foi a été amenée à une pleine conviction en répondant à cette question qui concerne le Seigneur Jésus, cela entraîne l’assurance qu’il doit nécessairement être à même de répondre à n’importe quelle circonstance difficile. Cependant, malgré tout, il est bon pour le disciple de le voir vraiment ayant affaire aux hommes et aux peines qu’ils connaissent à cause du péché, dans sa grâce qui délivre. Dans ce chapitre, nous voyons le Seigneur qui manifeste sa puissance et, par là même, continue la formation de ses disciples. Cette formation peut être aussi la nôtre en parcourant le récit qui nous est donné.

Pendant la traversée du lac, la puissance de Satan a été à l’œuvre, cachée derrière la furie de la tempête; à l’arrivée sur l’autre rive, elle devient tout à fait évidente dans l’homme possédé d’un esprit immonde. Ayant connu la défaite dans ses œuvres les plus secrètes, l’adversaire maintenant lance ouvertement un défi sans perdre de temps, car cet homme rencontre immédiatement Jésus au moment où celui-ci débarque. C’est une sorte d’épreuve-test. Le diable a fait de ce pauvre malheureux une forteresse où il espère tenir bon à tout prix et, dans cette forteresse, il a jeté toute une légion de démons. Si jamais il y a eu un homme qui a été maintenu irrémédiablement captif des puissances des ténèbres, c’est bien lui. Dans son histoire, nous voyons le reflet de la condition où a sombré l’humanité, sous le pouvoir de Satan.

Il «avait sa demeure dans les sépulcres», et les hommes aujourd’hui vivent dans un monde qui devient de plus en plus un vaste cimetière, à mesure qu’une génération après l’autre disparaît dans la mort. Alors «personne ne pouvait le lier», car on avait souvent essayé fers et chaînes, mais en vain. Il n’était pas question de le maîtriser. Ainsi aujourd’hui il ne manque pas de mouvements, de méthodes qui ont pour but de refréner les mauvais penchants de l’homme, de réprimer leurs actions les plus violentes et de soumettre ce monde afin de le rendre agréable et d’y faire régner l’ordre. Mais rien n’y fait.

Alors, avec ce démoniaque, on a essayé autre chose. Et si on changeait sa nature? Il est dit cependant que «personne ne pouvait le dompter». Ainsi cette idée s’est-elle révélée inutile et il en a toujours été ainsi. Il n’est pas davantage au pouvoir des hommes de changer leur nature que de lui mettre un frein et de l’empêcher d’agir, «La pensée de la chair... ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas» (Romains 8:7). Aussi ne peut-elle pas être contrainte. Il est dit encore: «Ce qui est né de la chair est chair» (Jean 3:6), quelles que soient les tentatives pour l’améliorer. Aussi n’est-il pas question de la modifier ou de la changer. «Et il était continuellement, de nuit et de jour, dans les sépulcres et dans les montagnes», toujours agité, criant, toujours malheureux, se meurtrissant avec des pierres, se détruisant lui-même dans sa folie. Quel tableau! Et il nous faut ajouter, quel tableau caractéristique de l’homme sous la puissance de Satan! C’était un cas exceptionnel, il est vrai. L’emprise de Satan sur la majorité des hommes se fait d’une manière plus douce et les symptômes sont bien moins prononcés. Ils sont pourtant là. On peut entendre le cri de l’humanité, alors que les hommes se font du tort à eux-mêmes par leurs péchés.

Quand l’homme parle, les mots se forment sur ses lèvres, mais l’intelligence qui est derrière est celle des démons qui le contrôlent. Eux, ils savaient quelle sorte d’homme était le Seigneur, même si d’autres ne le savaient pas. D’un autre côté, ils ne savaient absolument pas à quoi correspondait son service. En vérité, il y aura une heure où le Seigneur livrera ces démons avec Satan leur maître aux tourments, mais tel n’était pas son service à ce moment-là. Encore moins était-ce son service à l’égard des hommes. Au démoniaque Jésus vient apporter, non pas les tourments, mais la délivrance.

Le Seigneur a ordonné aux démons de sortir, et ils savent qu’ils ne peuvent pas résister. Ils sont en présence du Tout-Puissant et ils sont obligés de faire ce qui leur a été ordonné. Il leur faut même demander la permission d’entrer dans les pourceaux qui paissent non loin de là. Les pourceaux, animaux impurs selon la loi, n’auraient pas dû se trouver là. Les esprits étant également impurs, il y a affinité entre eux et les pourceaux, affinité qui a des conséquences mortelles pour ces animaux. Les démons ont mené l’homme à l’auto-destruction en se servant de pierres tranchantes; avec les pourceaux, l’emprise est immédiate et complète. L’homme est délivré, les pourceaux sont détruits.

Le résultat, en ce qui concerne l’homme lui-même, est merveilleux. Ses errances incessantes sont finies, car il est «assis». Autrefois il ne portait pas de vêtements, comme Luc nous le dit. Maintenant il est «vêtu». Ses hallucinations ont cessé, car il est «dans son bon sens». L’application qu’on peut faire de tout ceci pour l’évangélisation est tout à fait évidente.

Le résultat, en ce qui concerne les gens de la contrée, est cependant tout à fait tragique. Ils montrent un état d’esprit qui laisse douter de leur bon sens, bien qu’aucun démon ne soit entré en eux. Ils n’ont aucune compréhension ou juste appréciation de Christ. En revanche ils s’accommodent fort bien de la présence des pourceaux. Si la présence de Jésus signifie la perte des pourceaux, alors ils préfèrent s’en passer, même si cette présence fait disparaître un démoniaque furieux. Et les voilà qui le prient de s’en aller de leur territoire.

Le Seigneur accède à leur désir et s’en va. Tout cela est une bien grande tragédie, même s’ils ne s’en rendent pas compte à ce moment-là. Suivra une tragédie plus grande encore: le Fils de Dieu sera chassé de ce monde; et la conséquence, ce sont dix-neuf siècles remplis de mal de toute sorte. Le départ du Seigneur a créé une nouvelle situation pour l’homme qui vient d’être délivré des démons. Naturellement il désire la présence de son Libérateur, mais il apprend que, pour le moment, il doit demeurer à la place où le laisse l’absence de Jésus et témoigner pour lui, particulièrement auprès des siens.

Notre position aujourd’hui est tout à fait semblable. Bientôt nous serons avec Jésus, mais actuellement il nous appartient de témoigner pour le Seigneur là où il n’est pas. Nous aussi nous pouvons raconter aux nôtres quelles grandes choses le Seigneur a faites pour nous.

Ayant retraversé le lac, le Seigneur se trouve immédiatement en présence d’autres cas de misère humaine. En chemin vers la maison de Jaïrus, où est couchée sa fille qui est à toute extrémité, il est arrêté par la femme qui a une perte de sang. Son mal dure depuis douze ans et échappe complètement à la compétence des médecins. Son cas à elle est désespéré, tout comme l’était celui du démoniaque. Lui était irrémédiablement captif d’une foule de démons, elle l’est d’une maladie incurable.

De nouveau, nous pouvons y voir une analogie avec l’état spirituel de l’humanité, et particulièrement avec les efforts d’une âme réveillée, comme cela nous est décrit en Romains 7.

Beaucoup de luttes, beaucoup d’efforts sincères, mais aucun soulagement comme résultat; c’est plutôt une aggravation de l’état du malade qui décrirait le cas qui nous est présenté ici, jusqu’à ce que l’âme arrive au bout de ses recherches et, après avoir tout dépensé, entende parler de Jésus. Alors, quand elle a cessé tout effort pour obtenir une amélioration et qu’elle est venue à Jésus, lui se révèle être le grand Libérateur.

Dans le cas du démoniaque, nous ne pouvons pas vraiment parler de foi, car il était complètement dominé par les démons. Dans le cas de la femme, nous pouvons seulement parler d’une foi qui est imparfaite. Elle a confiance dans la puissance de Jésus, puissance si grande que même ses vêtements la communiquent. Cependant elle doute de pouvoir parvenir jusqu’à lui. Les foules qui se pressent l’en empêchent et elle ne se rend pas compte à quel point lui, le parfait Serviteur, est à la disposition de tous ceux qui ont besoin de lui. Cependant, la guérison dont elle a besoin, elle la reçoit en dépit de tout. L’accès dont elle a besoin est rendu possible et la bénédiction lui est apportée. Satisfaite de cette bénédiction, elle se serait éloignée furtivement.

Mais il ne doit pas en être ainsi. Elle aussi doit témoigner de ce que la puissance de Jésus a fait, et par là elle doit recevoir une autre bénédiction pour elle-même. La façon qu’a notre Seigneur d’agir envers elle est pleine d’instruction spirituelle.

La parfaite connaissance que Jésus a de toutes choses est révélée. Il sait que de la puissance est sortie de lui et qu’on a touché ses vêtements. Il a posé la question, mais il connaît la réponse, car il se retourne pour voir «celle» qui a fait cela.

Sa question révèle aussi le fait que beaucoup l’ont touché de bien des manières; cependant personne d’autre n’a fait sortir de lui de la puissance en le touchant. Pourquoi cela? Parce qu’entre tous, elle seule l’a fait dans la conscience de ses besoins et avec foi. Quand ces deux choses sont là, ce n’est point en vain qu’on est en contact avec Jésus. Bon nombre d’entre nous aimeraient être comme cette femme et souhaiteraient recevoir la bénédiction, sans reconnaître publiquement celui qui les a bénis. Il ne doit pas en être ainsi. Le Seigneur mérite que nous confessions la vérité et que nous fassions connaître sa grâce qui sauve. Dès que la puissance est sortie de lui pour notre délivrance, vient pour nous le moment de témoigner. Et comme l’homme a dû aller dans sa maison vers les siens, la femme doit s’agenouiller à ses pieds en public. Tous deux lui ont rendu témoignage et, notons-le, tout à fait différemment de ce que nous aurions pu attendre. La plupart des hommes trouveraient peut-être que rendre témoignage chez soi est difficile. Pour les femmes ce serait plutôt rendre témoignage en public. L’homme a dû parler à la maison et la femme en présence de la foule. Cependant ce n’est pas à la foule qu’elle s’est adressée, mais à lui.

Comme fruit de sa confession, la femme elle-même reçoit une autre bénédiction: elle reçoit l’assurance définitive, par la parole du Seigneur, que sa guérison est entière et complète. Quelques minutes auparavant, elle a senti dans son corps qu’elle était guérie, et puis elle déclare toute la vérité, sachant ce qui lui était arrivé. C’est très bien, mais pas tout à fait suffisant. Si le Seigneur lui avait permis de s’en aller simplement avec ses bons sentiments et cette connaissance de ce qui lui était arrivé, elle aurait pu être la proie de bien des doutes et de bien des craintes dans les jours suivants. La moindre sensation de malaise aurait fait naître l’inquiétude quant à une rechute éventuelle, mais en l’occurrence elle reçoit la parole définitive de Jésus: «Sois guérie de ton mal». Voilà qui règle tout, sa parole à lui était beaucoup plus sûre que ses sentiments à elle.

Ainsi en est-il pour nous: quelque chose a été vraiment accompli en nous par l’Esprit de Dieu à la conversion, et nous le savons, et nos sentiments peuvent être des sentiments de bonheur. Mais cependant il n’y a pas une base solide sur laquelle puisse se fonder notre assurance, ni dans des sentiments, ni dans ce qui a été fait en nous. Le fondement solide pour l’assurance se trouve dans la parole du Seigneur. Nombreux sont ceux qui aujourd’hui manquent d’assurance, tout simplement parce qu’ils ont commis l’erreur que cette femme a été sur le point de commettre: ils n’ont jamais vraiment confessé Christ et reconnu ce qu’ils lui devaient. S’ils acceptent de réparer cette erreur, comme l’a fait cette femme, sa parole leur donnera toute assurance.

Au moment même où la femme est délivrée, le cas de la fille de Jaïrus devient plus critique. Arrive la nouvelle de sa mort, et ceux qui ont envoyé le message admettaient que la maladie puisse disparaître devant la puissance de Jésus, mais ils estiment que la mort est un domaine qui lui échappe. Nous avons vu Jésus triompher des démons et de maladie, même quand les victimes ne pouvaient compter sur aucun secours humain. La mort est, de toutes les choses, la plus irrémédiable. Jésus peut-il triompher de cela? Il le peut et c’est ce qu’il fait.

La manière dont il soutient la foi vacillante du chef de synagogue est très belle. Jaïrus avait été tout à fait confiant que Jésus pouvait guérir, mais maintenant, il s’agit de la mort. C’est la grande mise à l’épreuve de sa foi et aussi de la puissance de Jésus. «Ne crains pas, crois seulement», est la parole qui vient à lui. La foi en Christ ôtera la peur de la mort pour nous comme pour cet homme.

La mort n’était qu’un sommeil pour Jésus; cependant les pleureuses professionnelles se moquent de lui dans leur incrédulité. Il les met dehors et, en la présence des parents et de ceux de ses disciples qui sont avec lui, il ramène l’enfant à la vie. Ainsi, pour la troisième fois dans ce chapitre, la délivrance est apportée à quelqu’un dont le cas est désespéré à vues humaines.

Mais le commencement du verset 43 s’oppose absolument aux versets 19 et 33. Il ne doit pas y avoir de témoignage, cette fois-ci. Cela s’explique, nous le supposons, par l’incrédulité méprisante qui vient de se manifester. En même temps, le Seigneur montre le plus grand souci pour les besoins en nourriture de l’enfant. Tout comme il en a montré pour les besoins spirituels de Jaïrus quelques instants auparavant. Jésus pensait à la fois à son corps à elle et à sa foi à lui.

Chapitre 6

Après ces choses, laissant le rivage de la mer, Jésus va dans la région où il a passé son enfance. Comme il enseignait dans la synagogue, ses paroles étonnent les assistants. Ils reconnaissent parfaitement la sagesse de ses enseignements, et la puissance de ses actes, et cependant cela ne produit aucune conviction, aucune foi dans leur cœur. Ils le connaissaient, lui et ceux qui étaient sa parenté selon la chair (lire v. 3), et cela ne faisait que les rendre aveugles quant à sa réelle identité. Ils ne l’insultent pas par la façon dont ils expriment leur incrédulité, comme ceux qui pleuraient dans la maison de Jaïrus, mais ce n’en est pas moins pure incrédulité, et elle est si grande qu’il s’en étonne.

L’idée qu’ils se font de Jésus est exactement celle des unitaires modernes. Ils sont pleinement convaincus de l’humanité de Jésus, car ils connaissent bien ses origines selon la chair. Ils la voient si clairement que cela les rend aveugles à tout ce qu’il y a au-delà, et ils sont scandalisés en lui. L’unitaire voit l’humanité de Jésus, mais rien au-delà. Nous, nous voyons son humanité, aussi clairement que l’unitaire, mais au-delà nous voyons sa divinité. Cela ne nous trouble pas, que nous ne puissions pas saisir intellectuellement comment les deux choses peuvent se trouver en lui. Sachant que notre esprit est fini, nous n’espérons pas expliquer ce qui comporte l’infini. Si nous pouvions saisir et expliquer, nous saurions que ce que nous comprenons ainsi n’est pas d’essence divine.

Par suite de cette incrédulité «il ne put faire là aucun miracle», sinon qu’il guérit quelques malades qui évidemment avaient foi en lui. Cela souligne ce que nous venons de remarquer à propos du verset 43 du chapitre 5. De même qu’en présence de l’incrédulité grossière et moqueuse le Seigneur a retiré tout témoignage pour lui, de même, en présence de ses compatriotes incrédules, il ne fait aucun miracle.

Or nous pourrions être portés à penser qu’il aurait dû agir tout à fait différemment. Mais les Écritures semblent bien montrer que, lorsque l’incrédulité s’élève à la hauteur de la moquerie, le témoignage s’arrête. Voir Jérémie 15:17; Actes 13:41; Actes 17:32 jusqu’au premier verset du chapitre 18. Il est également évident que si Jésus de Nazareth était «approuvé de Dieu... par des miracles, des prodiges et des signes» (Actes 2:22), cependant le but principal n’était pas de convaincre l’incrédulité obstinée, mais d’encourager et de fortifier la foi qui était faible. Nous voyons en Jean 2:23-25 que lorsque les miracles de Jésus produisaient la conviction intellectuelle chez certains hommes, lui-même ne se fiait pas à la conviction ainsi produite. De là vient qu’il ne fait pas de grands miracles dans la contrée de Nazareth. Il ne «peut» pas en faire. Il est limité par des considérations morales et non pas physiques. Dans de telles circonstances, il ne convenait pas qu’il y eût des miracles, selon les voies de Dieu; et Jésus était le Serviteur de la volonté de Dieu.

Mais ce qui convenait, c’était de rendre fidèlement un témoignage clair, et alors «il visitait l’un après l’autre les villages à la ronde en enseignant». Un grand déploiement de miracles aurait pu produire un changement dans les sentiments et une conviction intellectuelle qui n’auraient été d’aucun profit. L’enseignement soutenu de la Parole signifiait: semer la semence, et de cela il y aurait du fruit qui en vaudrait la peine, comme nous l’avons vu.

Cela nous amène au verset 7 de ce chapitre, où nous lisons que les douze sont envoyés pour leur première mission. Leur période d’apprentissage est maintenant terminée. Ils ont écouté, telles qu’elles sont données au chapitre 4, les instructions du Seigneur, et ils ont été témoins de sa puissance telle qu’elle se manifeste au chapitre 5. Ils avaient également eu cette illustration frappante de la place que doivent occuper les miracles, et du fait que, s’il y a des moments où ils peuvent ne pas convenir, l’enseignement et la prédication de la Parole de Dieu sont toujours de saison.

On ne voit guère de nos jours de miracles et de signes dignes de ce nom; mais la Parole de Dieu demeure. Soyons reconnaissants que la parole soit vraiment toujours de saison, et soyons diligents pour la semer.

L’envoi des douze est le début d’un prolongement du ministère et du service du Seigneur. Jusque-là, tout avait été entre ses propres mains, avec les disciples comme spectateurs. Maintenant ils devaient agir en son nom. Le Seigneur tout seul peut répondre à tout. Eux ne peuvent pas répondre à tout; c’est pourquoi ils doivent aller deux par deux. Il y a aide et courage dans le fait qu’on est deux, car là précisément où l’un est faible, l’autre peut être fort, et celui qui les avait envoyés savait exactement comment les appareiller. Être deux est particulièrement utile dans le travail missionnaire; et ainsi dans les Actes nous voyons Paul qui agit selon cette instruction du Seigneur. Le service est une affaire individuelle, il est vrai, mais même aujourd’hui nous faisons bien d’estimer à sa juste valeur la communion dans le service. «Nous sommes collaborateurs de Dieu» (1 Corinthiens 3:9).

Avant leur départ, il leur est donné pouvoir ou autorité sur toute la puissance de Satan. Il leur est également commandé de se dépouiller même de ce qui semble normalement nécessaire aux voyageurs de ce temps-là. De plus leur message leur est donné. De même que leur maître avait prêché la repentance en vue du royaume (voir chapitre 1:15), ils devaient la prêcher.

Ceux qui servent aujourd’hui ne sont pas envoyés par un Christ qui est sur la terre, mais par un Christ qui est dans le ciel, et ceci amène certaines modifications. Notre message porte essentiellement sur la mort, la résurrection et la gloire de Christ, alors que le leur, dans la nature même des choses, ne le pouvait pas. Ils mettaient de côté ce qui est nécessaire aux voyageurs, vu qu’ils représentaient le Messie sur la terre, qui n’avait rien, mais qui était tout à fait capable de les soutenir.

Nous, nous suivons un Christ qui a été élevé dans la gloire, et en général sa puissance est en exercice pour libérer ses serviteurs de toute dépendance d’appui d’ordre spirituel, plutôt que d’ordre matériel. Cependant, nous pouvons certainement être réconfortés à la pensée qu’il n’envoie pas ses serviteurs sans leur donner de la puissance pour le service qui est placé devant eux. Si nous sommes appelés à chasser les démons, il nous donne la puissance pour le faire. Et si notre service ne consiste pas en cela, mais en quelque chose d’autre, la puissance nous sera aussi donnée pour y répondre.

Eux, comme nous-mêmes, doivent être caractérisés par la plus grande simplicité. Il ne s’agit pas de courir çà et là, de maison en maison pour chercher quelque chose de mieux. Ils sont ses représentants. Lui agissait par procuration par leur moyen; par conséquent, les rejeter, c’était le rejeter lui. Ceux qui le servent aujourd’hui ne sont pas apôtres, et pourtant, à un degré moindre, la même chose sans aucun doute demeure vraie. Le message de Dieu n’en est pas moins son message, même s’il est donné par des lèvres que marque la faiblesse.

Leur service, que ce soit pour prêcher, chasser les démons ou guérir, produit un tel effet que c’est son nom à lui, et non pas le leur, qui est rendu public, et même Hérode entend parler de sa renommée. Ce misérable roi avait si mauvaise conscience qu’immédiatement il croit que Jean le baptiseur, sa victime, est ressuscité. D’autres croient que Christ est Élie, ou l’un des prophètes d’autrefois. Personne ne sait, car personne n’a l’idée que Dieu puisse faire une chose nouvelle. À ce moment-là, Marc fait une petite digression pour nous raconter, dans les versets 17 à 28, comment Jean a été mis à mort sur l’ordre d’une femme vindicative. Tout méchant qu’il fût, Hérode possédait une conscience qui lui parlait, et nous voyons la ruse magistrale par laquelle le diable s’empare de lui. Le piège est tendu par le moyen d’une jeune femme belle de visage et de taille, d’une femme plus âgée, séduisante, qui rêve de vengeance, ainsi que d’une vanité stupide qui fait que ce malheureux roi fait plus de cas de son serment que de la loi de Dieu. Ainsi cet homme vaniteux et sensuel est, sans qu’il s’en rende compte, poussé jusqu’au meurtre, avec pour fin le jugement éternel. Sa conscience mal à l’aise ne fait naître que des craintes superstitieuses.

Au verset 29, Marc rapporte simplement que les disciples de Jean ont mis dans un sépulcre son corps supplicié. Il n’ajoute pas comme Matthieu qu «ils rapportèrent à Jésus ce qui était arrivé» (Matthieu 14:12). Il continue en relatant le retour des disciples de leur voyage, racontant à leur Maître tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. C’est alors que le Seigneur les fait venir à l’écart, dans un lieu désert, pour que, loin de la foule et du service qui les a occupés, ils passent un moment de tranquillité en sa présence. Il est instructif de remarquer que le passage de Matthieu laisse très certainement supposer que les disciples de Jean, affligés, sont arrivés aussi exactement au même moment.

N’oublions jamais qu’une période de repos dans la présence du Seigneur, loin des hommes, est nécessaire après une période où l’on a été occupé du service. Les disciples de Jean sont revenus de leur triste service, affligés, le cœur lourd. Les douze sont revenus de triomphantes rencontres avec la puissance des démons et de la maladie, et probablement tout exaltés par le succès. Les uns et les autres ont besoin de la paix que procure la présence du Seigneur, qui est bonne tout autant pour relever les cœurs abattus, que pour mettre un frein à un enthousiasme exagéré.

Cependant cette période de calme n’est que de courte durée, car les gens cherchent le Seigneur au milieu de la foule, et il ne veut pas se dérober à eux. Le cœur du grand Serviteur se révèle de façon très belle au verset 34, où il nous est dit qu’il est «ému de compassion». Les voir «comme des brebis qui n’ont pas de berger» ne faisait naître en lui que de la compassion, et non pas, comme si souvent dans notre cas, des sentiments de contrariété ou de mépris. Et il est mû par la compassion qu’il ressentait. Voilà qui est merveilleux.

Sa compassion le pousse à agir dans deux domaines différents. D’abord à s’occuper d’eux quant aux choses spirituelles, puis à subvenir aux besoins de leur corps. Remarquez l’ordre: ce qui est spirituel vient en premier lieu. «Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses», bien que ne soit pas rapporté ce qu’il a dit. Puis comme le soir est venu, il calme leur faim. D’après cet exemple, comment faut-il agir? Si les hommes ont des besoins matériels, il est bon que nous y subvenions, selon qu’il est en notre pouvoir. Mais donnons toujours la priorité à la Parole de Dieu. Les besoins du corps ne doivent jamais prendre le pas sur les besoins de l’âme dans notre service.

Nourrissant les cinq mille, le Seigneur met tout d’abord à l’épreuve ses disciples. Qu’avaient-ils compris du pouvoir qu’il avait de répondre à tous les besoins? Très peu de chose, semble-t-il, car en réponse à ses paroles: «Vous, donnez-leur à manger», ils pensent seulement aux ressources humaines et à l’argent. Or les ressources d’ordre humain ne sont absolument pas négligées. Elles sont très insignifiantes, mais le Seigneur fait en sorte que sa puissance se déploie en elles. Il aurait pu changer des pierres en pain ou, à la vérité, faire du pain à partir de rien, mais sa façon de faire est d’utiliser les cinq pains et les deux poissons.

Son œuvre s’est continuée exactement de la même manière pendant toute l’époque actuelle. Ses serviteurs possèdent certaines petites choses qu’il se plaît à utiliser. Et de plus il dispense ses libéralités d’une façon bien ordonnée, les gens étant assis en rangées de cent et de cinquante, et il emploie ses disciples à ce travail. Les pieds et les mains qui portent la nourriture aux gens sont ceux des disciples. Aujourd’hui les pieds et les mains des serviteurs sont employés, leur esprit et leur bouche sont mis à sa disposition pour que le pain de vie parvienne aux nécessiteux. Mais la puissance qui produit des résultats est entièrement la sienne. La faiblesse même des instruments employés rend cela manifeste.

Comme parfait Serviteur, Jésus prenait soin de rattacher au ciel tout ce qu’il faisait. Avant que le miracle s’opère, il lève les yeux vers le ciel et il rend grâces. Par là les pensées de la foule sont dirigées vers Dieu, source de tout, plutôt que vers lui, le Serviteur de Dieu sur la terre. Une parole pour nous contenant un principe semblable se trouve en 1 Pierre 4:11. Le serviteur qui dispense de la nourriture spirituelle doit la donner comme venant de Dieu, pour que ce soit Dieu qui soit glorifié en elle, et pas le serviteur.

Nous pouvons aussi tirer encouragement du fait que, lorsque cette grande foule est nourrie, il leur reste beaucoup plus que le peu avec lequel ils ont commencé. Les ressources divines sont inépuisables et le serviteur qui compte sur son maître ne sera jamais à court. De ce point de vue, il y a une très heureuse ressemblance entre les pains et les poissons placés dans les mains des disciples, et la Bible placée dans les mains des disciples aujourd’hui.

Après avoir nourri la foule, le Seigneur envoie immédiatement ses disciples de l’autre côté du lac et se consacre à la prière. Non seulement il rattachait tout au ciel en rendant grâces en présence des hommes, mais il gardait toujours le contact pour lui-même comme serviteur de la volonté divine. C’est dans Jean 6 que nous apprenons qu’à ce moment le peuple est enthousiaste et l’aurait, de force, fait roi. Les disciples auraient pu se laisser prendre à ce piège, mais pas Jésus.

La traversée de la mer fournit aux disciples une nouvelle preuve de l’identité de leur maître. Le vent contraire fait obstacle à leur progression, et c’est péniblement et lentement qu’ils avancent. À nouveau il se montre au-dessus du vent et des flots, marchant sur la mer et pouvant passer à côté d’eux. Ses paroles calment leurs alarmes, et sa présence dans leur barque met fin à la tempête; et malgré tout, le sens profond de ces choses leur échappe. Leurs cœurs n’étaient pas encore prêts à le comprendre. Néanmoins les gens en général avaient appris à reconnaître le Seigneur et sa puissance. Abondance de besoins lui est présentée, et il y répond avec abondance de grâce.

Chapitre 7

En commençant ce chapitre, nous voyons se manifester à nouveau l’opposition des chefs religieux. Les disciples, accaparés par le travail, comme nous l’a dit le verset 31 du chapitre précédent, n’observaient pas certaines ablutions traditionnelles, ce qui irritait les pharisiens qui montraient un attachement rigoureux à la tradition des anciens. Le Seigneur relève le défi pour le compte des disciples et répond en mettant à nu, allant au fond des choses, la position pharisaïque. C’étaient des hypocrites, et il le leur dit.

L’essence de leur hypocrisie était qu’ils faisaient profession d’un culte consistant en rites extérieurs, alors qu’intérieurement leur cœur était complètement éloigné. Rien ne compte pour Dieu si le cœur n’est pas droit.

Puis, en accomplissant leurs rites, ils mettaient de côté le commandement de Dieu pour le remplacer par leur propre tradition. Le Seigneur ne fait pas qu’affirmer cela, mais il en donne la preuve en prenant pour exemple la façon dont ils mettaient de côté le cinquième commandement par leurs règles concernant le «corban», c’est-à-dire les choses consacrées au service de Dieu. Sous prétexte de «corban», plus d’un Juif se débarrassait de tous ses devoirs légitimes envers ses parents âgés et pauvres. Et il faisait cela avec une apparence de sainteté, car apparemment n’y avait-il pas plus de piété à consacrer des choses à Dieu plutôt qu’à ses parents?

Les choses comprises sous le «corban» n’étaient pas des choses que Dieu exigeait. S’il en avait été ainsi, ces exigences auraient dû prévaloir. Il y avait des choses qui pouvaient être consacrées à Dieu si on le voulait, tandis que l’obligation de prendre soin de son père et de sa mère était un commandement formel. La tradition pharisaïque permettait à un homme d’utiliser une ordonnance facultative pour éviter d’observer un commandement formel. Ils pouvaient bien essayer de justifier leur tradition avec des arguments fallacieux qui avaient une apparence de piété, mais le Seigneur les accusait d’annuler la parole de Dieu. Ce qui est écrit en Exode 20:12 était, pour Jésus, «la parole de Dieu». Il n’y a dans ce passage aucune justification pour cette religiosité tâtillonne qui refuse le titre de «parole de Dieu» à la parole écrite.

Nous croyons que nous serions en droit de dire que toute tradition humaine dans les choses de Dieu va finalement à l’encontre de ce qu’enseigne la parole de Dieu. Ceux qui sont à l’origine de la tradition n’ont probablement pas une telle pensée, mais l’esprit du mal, qui régit tout cela et qui est derrière, a précisément cette intention.

Ayant démasqué les pharisiens comme étant des hommes dont le cœur était éloigné de Dieu et qui ont osé annuler la parole de Dieu, le Seigneur appelle la foule et proclame publiquement la vérité qui coupe à la racine toute prétention religieuse. L’homme n’est pas souillé par le contact avec les choses extérieures, mais c’est en lui-même que siège ce qui souille. Parole dure que celle-là, et seuls ceux qui ont des oreilles pour entendre la recevront.

Les disciples l’interrogèrent à ce sujet en particulier et, du verset 18 au verset 23, nous avons l’explication. L’homme est corrompu dans sa nature. Ce qui vient de son cœur même le souille. De son cœur viennent les mauvaises pensées qui deviennent toutes sortes de mauvaises actions. C’est l’acte d’accusation le plus terrible qui ait jamais été prononcé contre la nature humaine. Rien d’étonnant que le cœur du pharisien soit loin de Dieu, mais quelle chose terrible que des hommes, avec un cœur comme celui-là, déclarent s’approcher de Dieu et l’adorer!

Ces paroles pénétrantes de notre Seigneur coupent à la racine tout orgueil humain, et montrent le peu de valeur de toutes les démarches de l’homme sur le plan religieux comme sur le plan politique, quand elles ne s’occupent que de choses extérieures et laissent le cœur de l’homme tel qu’il est.

Les disciples ne comprenaient encore ces choses qu’à peine, et l’expérience nous montrera que les chrétiens professants sont très lents à les accepter et à les comprendre de nos jours. Mais nous n’irons pas très loin, sauf si nous les comprenons vraiment.

Cependant, c’est une chose de mettre à nu le cœur de l’homme, mais il faut encore autre chose, il faut faire connaître ce qu’est le cœur de Dieu. C’est ce que va faire le Seigneur, comme le montre le reste du chapitre.

Il va aux frontières mêmes de ce pays qui abritait tant d’hypocrisie, et là entre en contact avec une pauvre femme des nations, qui a le plus grand des besoins. La renommée du Seigneur est parvenue à ses oreilles et elle ne veut pas se voir opposer un refus. Cependant le Seigneur la met à l’épreuve par sa petite parabole sur le pain des enfants et les chiens. Sa réponse: «Oui, Seigneur, car même les chiens sous la table mangent des miettes», est heureusement exempte d’hypocrisie. En fait elle dit: Oui, Seigneur, il est vrai que je ne suis pas un enfant du royaume, mais un pauvre chien des nations, sans aucun droit à faire valoir; pourtant, j’ai confiance qu’il y a assez de puissance en Dieu, et assez de bonté dans son cœur, pour nourrir un pauvre chien comme moi.

Voilà la foi. Matthieu, en vérité, nous dit que le Seigneur l’a appelée une «grande foi», et elle le réjouit. Elle apporte à cette femme tout ce que son cœur désire. Sa fille est délivrée. Combien est grand le contraste entre le cœur de Dieu et le cœur de l’homme! L’un plein de bonté et de grâce, l’autre plein de toutes sortes de mal. Comme c’est heureux pour nous quand, au lieu d’entretenir l’hypocrisie, nous sommes caractérisés par la droiture et la foi.

Au verset 31, Jésus retourne à nouveau vers les contrées de la mer de Galilée, pour y rencontrer un homme qui est sourd et muet, condition qui, de façon frappante, symbolisait l’état dans lequel se trouvaient les Juifs. La pauvre femme des nations a eu des oreilles pour entendre, et en conséquence sa langue s’est déliée, et a pu prononcer des paroles de foi; mais eux sont sourds, et n’ont rien à dire.

En guérissant cet homme, le Seigneur accomplit certaines actions qui, sans aucun doute, ont un sens symbolique. Il le tire à l’écart, loin des foules, pour s’occuper de lui en particulier. Ses doigts, symbole de l’action divine, touchent ses oreilles. Ce qui vient de sa bouche touche la bouche du muet. C’est ainsi que s’accomplit l’œuvre, et le sourd-muet entend et parle tout à la fois. S’il y a des oreilles qui s’ouvrent pour entendre la voix du Seigneur, c’est le fruit de l’action divine qui s’opère en secret. Et si une langue peut prononcer la louange de Dieu ou la parole de Dieu, c’est parce que ce qui vient de sa bouche a été amené en contact avec la nôtre.

Rien n’est dit quant à la foi de cet homme. Ce qu’il ressent, il ne peut pas l’exprimer, et d’autres l’ont amené à Jésus. Cependant c’est une grâce pleine et sans réserve qui vient à sa rencontre. Encore une fois c’est un cas où la bonté du cœur de Dieu est manifestée par Jésus.

Évidemment la foule, dans une certaine mesure, est consciente de cela, et dans leur étonnement ils confessent: «Il fait toutes choses bien». À ce point du récit, ces paroles sont d’autant plus frappantes. Le début du chapitre nous révèle l’homme sous son vrai caractère, et nous trouvons que son cœur est une source d’où ne sort que le mal. Il fait toutes choses mal. Le parfait Serviteur révèle la bonté du cœur de Dieu. Il fait toutes choses bien.

Que de motifs nous avons nous aussi d’être d’accord avec ce verdict!

Chapitre 8

Quand les cinq mille ont été nourris, comme cela nous est rapporté dans le chapitre 6, les disciples ont pris l’initiative en attirant l’attention de leur Maître sur les besoins des foules. En cette deuxième occasion, c’est le Seigneur qui prend l’initiative et qui attire l’attention des disciples sur le dénuement des foules, exprimant sa compassion et son souci à leur égard. De nouveau, comme la première fois, les disciples ont simplement l’homme devant eux, et ne pensent qu’à ce qu’il peut faire, ce qui ne répond absolument pas à la situation. Ils n’avaient pas encore appris à mesurer la difficulté en la rapportant à la puissance de leur Seigneur.

C’est pourquoi, l’enseignement que Jésus avait donné, en nourrissant une grande foule avec des ressources matérielles vraiment infimes, est répété. Il y a de légères différences, aussi bien dans le nombre de personnes que dans le nombre de pains et de poissons utilisés, mais pour l’essentiel, ce miracle est une répétition de l’autre, et une fois encore le verset 15 du Psaume 132 est accompli, tandis que la puissance de Dieu se trouve manifestée devant leurs yeux.

Ayant nourri la multitude, Jésus la renvoie lui-même, et immédiatement après, part avec ses disciples pour gagner l’autre côté de la mer, comme la fois précédente. À son arrivée viennent certains pharisiens avec des intentions hostiles, demandant un signe du ciel. En fait, Jésus vient de donner des signes du ciel impressionnants, en la présence de milliers de témoins. Les pharisiens n’avaient aucune intention de le suivre, et donc n’avaient pas été là pour voir le signe pour eux-mêmes; cependant il y avait un témoignage suffisant, s’ils voulaient l’écouter. Bien sûr le fait est que, d’une part, ils n’avaient aucun désir d’être témoins d’un signe qui authentifiait Jésus et sa mission, et d’autre part, ils étaient incapables de voir et de reconnaître le signe même quand il était manifesté devant leurs yeux. Leur complète incrédulité remplit le cœur du Seigneur de chagrin.

Au verset 34 du chapitre précédent, lorsqu’il était confronté à la faiblesse humaine et à l’infirmité corporelle, Jésus a soupiré. Ici, placé devant l’aveuglement spirituel, il soupire profondément en son esprit. L’infirmité spirituelle est chose beaucoup plus grave que l’infirmité corporelle. Ils étaient les conducteurs aveugles d’une génération aveugle, et qui à tâtons cherchaient un signe. Aucun signe ne leur serait donné, car pour des aveugles, des signes sont inutiles. C’est l’occasion où, comme cela nous est rapporté au commencement de Matthieu 16, le Seigneur leur dit qu’ils savaient discerner l’apparence du ciel, mais pas les signes des temps.

Ne laissons pas là ce sujet comme si c’était quelque chose qui ne concernait que les pharisiens; dans son principe, il nous concerne nous aussi. Combien de fois le vrai croyant a été troublé et découragé, pensant que Dieu n’a pas parlé, n’a pas agi, n’a pas répondu, alors qu’en réalité il l’a fait; seulement nous n’avons pas eu des yeux pour voir. Peut-être avons-nous continué à le supplier pour qu’il donne plus de lumière, alors que pendant tout ce temps-là, tout ce qu’il fallait, c’était quelques fenêtres dans notre maison.

Le mobile qui faisait agir ces pharisiens était entièrement mauvais, puisque leur but était de le tenter. Aussi le Seigneur les laisse brusquement et gagne de nouveau l’autre rive qu’il venait de quitter peu de temps auparavant, et les disciples n’ont pas de pain. Ainsi, pour la troisième fois, ils sont en présence du problème soulevé par les cinq mille et les quatre mille qu’il fallait nourrir, mais à une toute petite échelle.

Hélas, les disciples n’affrontent pas dans la force de la foi un problème relativement petit, pas plus qu’ils ne l’ont fait quand il s’est posé dans des proportions plus grandes. Eux également n’avaient pas eu jusqu’ici des yeux pour voir la puissance et la gloire de leur Maître, comme elles avaient été manifestées par deux fois dans la multiplication des pains et des poissons. La foi véritable a une vision pénétrante. Ils auraient dû discerner qui il était, et alors ils auraient regardé non pas à leurs pauvres pains ou à leurs pauvres poissons, mais à Lui, et toutes difficultés se seraient évanouies. Dans les petites crises qui marquent notre propre vie, valons-nous mieux qu’eux?

L’accusation du Seigneur concernant le levain des pharisiens et le levain d’Hérode ne nous est pas expliquée ici comme dans Matthieu, mais il nous faut noter ce qu’elle signifie. Jésus fait allusion à la doctrine de ces deux factions, qui travaillait comme du levain dans ceux qui venaient d’être placés sous l’influence de l’une ou de l’autre. Le levain des pharisiens était l’hypocrisie, celui des hérodiens était une extrême mondanité. En Matthieu nous lisons ce qui concerne le levain des sadducéens, et il s’agissait de l’orgueil intellectuel qui les amenait à l’incrédulité rationaliste. Rien n’aveugle davantage l’esprit et l’intelligence que ces trois sortes de levain.

L’aveugle de Bethsaïda, dont il nous est parlé dans les versets 22 à 26, illustre exactement l’état des disciples à ce moment là. Quand on amène l’aveugle au Seigneur, celui-ci le prend par la main et le mène hors de la bourgade, le séparant des lieux fréquentés par les hommes, tout comme auparavant il a tourné le dos aux pharisiens, et à ceux qui étaient avec eux. En dehors de la ville, le Seigneur s’occupe de lui, accomplissant son œuvre en deux temps. C’est la seule fois, autant que nous nous en souvenions, qu’il a agi ainsi. Après avoir été touche une première fois, l’aveugle voit «des hommes comme des arbres qui marchent». Il voit, mais les choses sont terriblement brouillées. Il sait que les objets qu’il voit sont des hommes, mais ils ont l’air beaucoup plus grands qu’ils ne sont en réalité.

Il en était ainsi des disciples; l’homme avait trop d’importance à leurs yeux. Même quand ils regardaient le Seigneur lui-même, il semblait que, à leurs yeux, son humanité éclipsait sa déité. Ils avaient besoin comme l’aveugle d’être touchés une seconde fois avant de voir toutes choses clairement. La présence du Fils de Dieu parmi eux, dans le sang et dans la chair, a été cette première fois où ils ont été touchés et où en conséquence ils ont commencé à voir. Après sa mort, sa résurrection et son ascension dans la gloire, le Seigneur les a touchés une seconde fois, en répandant son Esprit, comme cela nous est rapporté en Actes 2. Alors ils ont vu toutes choses clairement. Nous pouvons bien prier avec ferveur que notre vision spirituelle ne soit pas celle d’une vue basse et brouillée, de peur que les grands arbres que nous croyons voir ne se révèlent être seulement de faibles petits hommes qui se pavanent. Nous pouvons connaître un tel état, comme la seconde épître de Pierre (1:9) le montre. Et nous sommes inexcusables, puisque le Saint Esprit a été donné.

L’aveugle, une fois guéri, ne devait pas entrer dans la bourgade, ni le dire à personne dans la bourgade; de plus le Seigneur lui-même se retire maintenant avec ses disciples à Césarée de Philippe, la bourgade la plus septentrionale dans les confins du pays, et très proche de la frontière des nations. Il est évident qu’il commence à se retirer et à retirer le témoignage rendu à sa messianité, de devant ces aveugles et leurs chefs encore plus aveuglés. Ici il soulève auprès de ses disciples cette question de savoir qui il était. Les hommes avaient avancé différentes suppositions, mais tous imaginaient qu’il était quelque prophète d’autrefois, revenu à la vie, tout simplement un homme, et personne ne s’intéressait assez à cette question pour trouver vraiment la réponse.

Alors Jésus interpelle ses disciples. Pierre devient leur porte-parole et répond en confessant qu’il est le Messie, mais ceci provoque seulement une réponse qui probablement les a grandement étonnés, et qui peut nous étonner aussi lorsque nous la lisons aujourd’hui. Il leur enjoint de ne dire à personne qu’il est le Messie et il commence à les instruire de son rejet, de sa mort et de sa résurrection qui doivent arriver bientôt.

Tout témoignage qui lui a été rendu comme Messie sur la terre est maintenant officiellement retiré. Dorénavant il accepte sa mort comme inévitable, et il commence à diriger les pensées de ses disciples vers ce qui, en conséquence, va arriver. Tel est le déroulement régulier des choses sur le plan humain, et cela ne contredit ni ne heurte le côté divin. Il sait dès le départ ce qui est devant lui.

De plus les disciples ne sont encore guère qualifiés pour rendre plus ample témoignage, si cela avait été nécessaire. Pierre, en vérité, a une certaine mesure de discernement spirituel, car il vient de confesser Jésus comme étant le Christ; cependant l’affirmation que son rejet et sa mort approchent soulève dans cet homme même une véhémente protestation. Pour cela l’esprit de Pierre était gouverné par Satan, et le Seigneur reprend cet esprit de mal qui était derrière les paroles de Pierre. Les pensées de Pierre étaient aux «choses des hommes», et ainsi il est tout à fait comme cet homme dont il nous a été parlé, et qui voyait les hommes comme des arbres qui marchaient. Bien qu’en Jésus il reconnût le Christ, il avait encore des hommes devant lui, et en cela les autres disciples ne valaient pas mieux que lui. Aussi comment pouvait-il aller comme témoin efficace du Christ qu’il reconnaissait? Rien d’étonnant, après tout, qu’à ce moment Jésus ait enjoint à ses disciples de ne parler de lui à personne.

Nous pouvons nous arrêter ici, chacun de nous, pour bien nous rendre compte que nous ne pouvons pas aller témoigner efficacement, si nous ne connaissons pas vraiment celui à qui nous rendons témoignage, et si nous ne connaissons pas et ne comprenons pas ce que sont les circonstances dans lesquelles nous sommes appelés à témoigner.

Dans les derniers versets de notre chapitre, en présence de la foule, le Seigneur commence à instruire ses disciples des conséquences qui suivraient son rejet et sa mort. Les disciples se voyaient suivre un Messie destiné à être reçu et glorifié sur la terre, mais la réalité était qu’il allait mourir et ressusciter, pour être alors glorifié dans le ciel. Cela entraînait un immense changement dans leurs perspectives d’avenir immédiat. Cela signifiait renoncer à soi-même, prendre sa croix, perdre sa vie dans ce monde, porter l’opprobre en étant identifié avec Christ et ses paroles au milieu d’une génération perverse.

La force de l’expression «se renoncer soi-même» va plus loin que «se sacrifier», qui exprime l’idée de se refuser quelque chose. Le Seigneur ne parle pas simplement de renoncer à quelque chose, mais de dire «non» à soi-même. Également, «prendre sa croix» ne signifie pas seulement supporter les épreuves et les difficultés. L’homme qui en ce temps-là prenait sa croix était mené à l’exécution capitale. C’était un homme qui devait accepter la mort des mains du monde. Dire «non» à soi-même, c’est accepter la mort intérieurement pour son propre esprit; prendre sa croix, c’est accepter la mort extérieurement des mains du monde. Voilà ce que doit nécessairement signifier être disciple, puisque nous suivons le Christ qui est mort, rejeté de ce monde.

Cette pensée est développée aux versets 35 à 37. Le vrai disciple de Christ n’aspire pas à gagner le monde entier; au contraire il est prêt à faire la perte de ce monde, et dans ce monde, à faire la perte de sa propre vie, pour l’amour du Seigneur et de son évangile. Le parfait Serviteur que dépeint Marc a donné sa vie pour qu’il y ait un évangile à prêcher. Ceux qui le suivent et sont ses serviteurs doivent être prêts à donner leur vie en prêchant cet évangile. S’ils avaient honte de Jésus maintenant, il aurait honte d’eux dans le jour de sa gloire.

À suivre