Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque semaine, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de la Genèse. 

Commentaire sur le livre de la Genèse

Samuel Prod'hom

Chapitre 26

L’histoire d’Isaac donnée dans ce chapitre correspond à celle d’Abraham dans les chapitres 12 à 20. Elle lui est semblable en plusieurs points, parce que la nature de l’homme est la même chez tous, et les circonstances dans lesquelles le père et le fils se trouvaient étaient à peu près les mêmes. Isaac avait, en plus de son père, les expériences faites par celui-ci, qui auraient dû lui servir. Mais nous savons que les expériences faites par ceux qui nous ont devancés nous ont été peu utiles. Il faut, pour qu’elles nous profitent, que la Parole jette sa lumière sur elles et dans nos consciences. Mais, si l’homme montre toujours les mêmes caractères, nous trouvons que Dieu, dans Sa grâce parfaite et dans Son gouvernement, demeure aussi le même envers les Siens.

Il y eut une famine dans le pays, comme il y en eut une aux jours d’Abraham. Pour le pèlerin de la foi, il ne peut y avoir que famine dans le pays où il est étranger. Dieu l’éprouve afin de manifester ce qu’il est et ce qu’est le Dieu pour qui il n’y a pas de famine. Isaac s’en alla vers Abimélec, roi des Philistins, à Guérar, où Abraham était descendu au chapitre 20. L’Éternel lui apparut et lui dit: «Ne descends pas en Égypte; demeure dans le pays que je t’ai dit; séjourne dans ce pays-ci, et je serai avec toi, et je te bénirai; car à toi et à ta semence je donnerai tous ces pays, et j’accomplirai le serment que j’ai juré à Abraham, ton père, et je multiplierai ta semence comme les étoiles des cieux, et je donnerai tous ces pays à ta semence,… parce qu’Abraham a écouté ma voix, et a gardé mon ordonnance, mes statuts et mes lois» (v. 3-5).

L’Éternel veut éviter à Isaac les expériences de l’Égypte, car Guérar était dans la direction de ce pays; probablement qu’il s’y serait acheminé. L’Éternel fortifie sa foi en renouvelant les promesses faites à Abraham. Le grand moyen que Dieu emploie pour nous faire réaliser le caractère d’étranger à ce monde, c’est de nous assurer la possession des bénédictions promises et de nous les rappeler. Pour le chrétien, ce sont les bénédictions célestes, dont il jouit déjà par la foi. Pour les patriarches, c’était le pays, lorsque l’Éternel y introduirait leur postérité. Les chrétiens hériteront aussi la terre; ils en jouiront d’une manière céleste, avec le Seigneur, lorsqu’Il en prendra possession. En attendant, nous ne pouvons en jouir, dans l’état où le monde se trouve; mais elle est à nous parce qu’elle est au Seigneur. Dans les promesses que l’Éternel renouvelle à Isaac, Il en présente l’accomplissement à cause de la foi et de l’obéissance d’Abraham. C’est bien Dieu qui est la source de toute bénédiction; mais, pour obtenir celles qu’Il promet, il faut la foi et l’obéissance. Personne ne pourrait être sauvé, si le salut n’était pas l’œuvre de Dieu; mais, pour le posséder, il faut la foi. Non seulement Abraham avait écouté la voix de l’Éternel, mais il avait gardé l’ordonnance de l’Éternel, Ses commandements, Ses statuts et Ses lois. Quelqu’un a dit que les ordonnances sont les règles ordonnées par le Seigneur et selon lesquelles Il agit. Les commandements sont l’expression de l’autorité divine à laquelle l’homme est tenu de se soumettre. Les statuts sont les règles établies; et la loi, la règle divine et parfaite. Tous les détails de la vie d’Abraham ne sont pas signalés dans son histoire; mais nous voyons que Dieu avait vu, dans sa marche de foi, l’accomplissement de tout ce qu’Il énumère ici. Rien n’est agréable à Dieu que l’obéissance à Sa Parole: «Voici, écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers» (1 Sam. 15:22).

À côté des promesses de Dieu et de la beauté de la foi, on rencontre, hélas, l’homme, toujours le même, s’il s’agit des manifestations de sa nature. La Parole de Dieu est la vérité; c’est pourquoi elle montre l’homme tel qu’il est, ce qui fait ressortir aussi la grâce et la miséricorde de Dieu. Isaac a entendu que l’Éternel lui a dit qu’Il serait avec lui (v. 3); et, au lieu de compter sur cette parole, il regarde à ce que sont les hommes du pays. Il craint pour sa femme, et tombe dans le même péché que son père, au milieu des mêmes hommes. On aurait de la peine à croire que le cœur de l’homme est tel, lors même que Dieu nous le dit, si l’on n’expérimentait pas que notre propre cœur est comme celui de tout homme. Combien de fois ne sommes-nous pas tombés dans les mêmes fautes? Abimélec doit reprendre Isaac qui, par son mensonge, a exposé les hommes de Guérar à commettre un grand péché (v. 9-10). En péchant nous-mêmes, nous pouvons entraîner d’autres à pécher aussi, et à les placer sous les jugements de Dieu. Abimélec dit à Isaac: «Tu aurais fait venir la coulpe — ou culpabilité — sur nous». Car Dieu, dans Son gouvernement, juge le mal où il se trouve. Ce roi menace de mort quiconque toucherait à Isaac et à sa femme. Délivré de son péché et de ses conséquences, Isaac est béni de l’Éternel; il sème et recueille au centuple, cette année-là. Ses biens matériels augmentent beaucoup. C’est aussi ce qui arriva à Abraham en Égypte. Mais les biens matériels ne sont pas la plus belle part des croyants; ils sont encombrants et excitent l’envie des hommes de ce monde, car ils ne possèdent pas les biens spirituels. Car nous avons, dans l’histoire d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, les principes divins qui doivent gouverner le chrétien, parce qu’ils étaient étrangers et forains dans le pays qu’ils habitaient. Ils devaient vivre de foi sur la terre étrangère, comme ceux dont les biens sont exclusivement célestes. C’est pourquoi nous puisons dans leur histoire des enseignements qui nous sont tout à fait applicables. Il est dit que «l’homme allait grandissant de plus en plus, jusqu’à ce qu’il devînt fort grand». C’était l’homme avec une grandeur matérielle et humaine, comme tout homme peut le faire. En voyant l’agrandissement de cet homme en troupeaux et en serviteurs, les Philistins lui portèrent envie, et ils bouchèrent avec de la terre tous les puits qu’Abraham avait creusés. Jamais le monde ne portera envie aux chrétiens qui progressent spirituellement, s’enrichissant des bénédictions célestes dans la connaissance du Fils de Dieu. Tandis que, si le chrétien s’amasse des biens de la terre, le monde les lui enviera; et, ce qu’il y a de plus triste, ce qui va figurément avec l’enrichissement des biens de la terre, ce sont les puits bouchés, si ces biens prennent le cœur. Les puits sont nécessaires dans les pays qui ne possèdent pas de fleuves, et où les sources ne jaillissent pas. Ce qui doit alimenter le chrétien dans un lieu tel que ce monde, qui ne lui fournit spirituellement ni eau ni nourriture, vient de Dieu et se puise dans Sa Parole, dont les puits sont une image. Nous avons déjà remarqué celui qui est typique entre tous: Lakhaï-Roï, le Dieu vivant qui se révèle. Si le cœur est aux choses de la terre, les puits sont bientôt bouchés, car l’ennemi empêche par tous les moyens possibles que l’on s’attache à la Parole de Dieu, et d’y puiser les richesses qu’elle contient. Remarquez qu’il est bien précisé que c’est avec de la terre que les puits, creusés au temps d’Abraham, furent bouchés (v. 15). Nos ancêtres dans le témoignage ont aussi creusé des puits; ils ont fait ressortir de la Parole des précieuses vérités qui furent méconnues durant des siècles, à la lumière desquelles nous pouvons marcher en attendant le Seigneur. Mais hélas! Pour beaucoup de leurs descendants qui s’attachent aux choses de ce monde, l’ennemi en a profité pour boucher ces puits de vérité avec la terre qu’on leur a préférée. Ceux qui sont dans ce cas peuvent faire envie au monde, quoiqu’on ne les aime pas mieux pour cela. J’ai entendu dire d’un de ces chrétiens-là: Puisqu’il a les biens du ciel, qu’il nous laisse donc la terre. Jamais un chrétien ayant le cœur aux choses de la terre n’aura une grande connaissance ni une grande jouissance des choses célestes. Ceux qui sont dans ce cas — et veillons à cet égard sur nous-mêmes — doivent faire comme Isaac, versets 17 à 22: «Et Isaac partit de là, et campa dans la vallée de Guérar, et y habita. Et Isaac recreusa les puits d’eau qu’on avait creusés aux jours d’Abraham, son père». Faisons donc ainsi, si nous nous sommes laissés gagner par les biens de la terre: Partir de là, et recreuser les puits. La Parole contient la pleine révélation de Dieu, la seule source de rafraîchissement céleste et de force pour le pèlerin de la foi; mais il faut y puiser. Elle ne présente pas ses richesses à la surface; il faut creuser. Il est dit dans les Proverbes, chapitre 13:4: «L’âme du paresseux désire, et il n’y a rien; mais l’âme des diligents sera engraissée» (voyez aussi les versets 3 à 5 du chapitre 10). Jacques dit aussi qu’il faut regarder de près dans cette loi parfaite (chapitre 1:25). On rencontrera des difficultés pour cela; mais il faut, dit le même apôtre, y persévérer. Les bergers de ce monde feront tout leur possible, comme ceux de Guérar, pour empêcher le chrétien de recreuser ces puits (v. 20 et suivants); et, les voyant recreusés, ils essaient d’en contester la propriété et l’emploi. Mais il ne faut pas perdre courage. Isaac en vint à bout, et il les appela du nom que leur avait donné son père. Nous pouvons jouir des mêmes vérités dont ont joui nos prédécesseurs, qui avaient plus de foi et de fermeté spirituelle que nous. Nous les nommons de la même manière, car le langage de la Parole ne subit pas de modifications; elle est immuable. Après les deux puits contestés par les bergers de Guérar, Isaac persévéra et en creusa encore un autre, pour lequel ils ne contestèrent pas. Si nous nous attachons à la Parole, nous trouverons de l’espace, ce que signifie Rehoboth, le nom du dernier puits; nous aurons de l’espace pour fructifier dans le pays, dans le domaine des choses de Dieu. «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous», dit Jacques (4:7). Dans cette voie, Isaac progressa. Il monta de là à Beër-Shéba, où se trouvait un autre puits, le puits du serment, où la limite avec le monde se trouve. Là, l’Éternel lui apparut et lui dit: «Je suis le Dieu d’Abraham ton père; ne crains pas, car je suis avec toi; et je te bénirai, et je multiplierai ta semence, à cause d’Abraham, mon serviteur». Cette nouvelle déclaration de Dieu fait penser qu’Isaac avait un peu perdu de vue sa relation avec Dieu dans le temps qui précède. Mais nous trouvons là de précieux enseignements, en figure. C’est quand nous quittons de cœur le monde et les choses qui sont dans le monde, et que nous recreusons les puits de la révélation divine, allant ainsi de progrès en progrès, que Dieu peut se révéler à nos âmes tout particulièrement, ce qui produit l’adoration, le culte. Il est dit qu’Isaac «bâtit là un autel, et invoqua le nom de l’Éternel; et il y dressa sa tente; et les serviteurs d’Isaac y creusèrent un puits» (v. 25). Que de choses merveilleuses dans ce seul verset: le culte est rétabli; le nom de l’Éternel est invoqué; les relations vivantes avec Dieu sont rétablies; il habite là et, de nouveau, un puits est creusé. La révélation de Dieu est infinie. Tant que nous serons dans le pays étranger, à chaque étape, nous pouvons creuser un puits, nous y désaltérer, jouir de la communion avec Dieu, de Sa proximité, car Il ne demande qu’à se révéler à notre âme. Puissions-nous réaliser constamment les quatre belles choses que nous trouvons figurées dans ce verset 25, non pas momentanément, mais habituellement! Dieu veut que nous habitions dans Sa présence. Nous verrons au chapitre 35 que Jacob reçoit l’ordre de venir habiter à Béthel — maison de Dieu — parce qu’il ne s’y rendait pas facilement. Mais Dieu veut notre bonheur et nous invite constamment à en jouir. Abraham réalisa cette habitation, en remontant d’Égypte, au chapitre 13:4 et 18; Isaac, dans notre chapitre, et Jacob, au chapitre 35:6-15. Le chrétien a été introduit dans cette présence de Dieu par l’œuvre de Christ à la croix, en sorte qu’il est naturel que nous y demeurions.

Abimélec, avec son ami et le chef de son armée, vint auprès d’Isaac. Celui-ci, étonné, leur demanda pourquoi ils venaient vers lui, puisqu’ils le haïssaient et l’avaient renvoyé d’auprès d’eux. Ils répondirent: «Nous avons vu clairement que l’Éternel est avec toi». Si le monde ne peut envier nos bénédictions célestes parce qu’il ne les connaît pas, il peut constater, par notre marche, si Dieu est avec nous, et cela tout particulièrement lorsque nous passons par l’épreuve. Si nous la traversons avec Dieu dans la paix, dans la confiance, sans manifester du découragement ou de l’amertume, le monde qui en est témoin doit reconnaître que nous possédons ce qu’il n’a pas, et que cela ne peut venir que de Dieu. Il peut dire, comme Abimélec: «L’Éternel est avec toi», et «Tu es… béni de l’Éternel» (v. 28-29). Pour cela, il faut se séparer du monde et ne pas marcher selon ses principes. La relation du chrétien avec Dieu est invisible, s’il a sa part avec le monde. Lot tourmentait son âme juste au milieu de Sodome; mais personne ne le savait; il n’y rendait aucun témoignage. Le témoignage d’Isaac devint clair dès qu’il monta à Beër-Shéba. Les hommes de ce monde ne se sentent pas en sûreté au milieu de l’état de choses, dans ce monde dont Satan est le prince. Il leur arrive souvent de rechercher la proximité des chrétiens dont ils ont observé la piété, tandis qu’ils ne font pas grand cas de ceux qui mondanisent avec eux, lorsqu’ils sont dans la peine. On voit quelque chose de cela dans la démarche d’Abimélec, à côté du sens typique.

Abimélec veut faire alliance avec Isaac. Il a compris sa supériorité, et craint sans doute qu’il use de représailles, se souvenant qu’il l’avait chassé, quoiqu’il prétende, au verset 29, ne lui avoir fait que du bien. L’homme ne connaît pas la grâce; il veut que le bien qu’il désire soit une réponse à ses bonnes œuvres. Si elles n’existent pas, il croit les voir. Abimélec reconnaît que non seulement l’Éternel est avec Isaac, mais il lui dit: «Tu es maintenant le béni de l’Éternel». Il comprend qu’en faisant alliance avec un tel homme, il sera en sécurité. C’est ce qui arrivera avec Israël restauré, après le temps de tribulation qu’il traversera, après l’enlèvement de l’Église. Le monde qui l’aura chassé lorsqu’il était dans sa prospérité matérielle, lorsqu’il verra ce peuple béni de l’Éternel, alors qu’il s’était si mal conduit au milieu des nations, il recherchera sa faveur. Car, en effet, comme l’Éternel le dit aux trois patriarches, toutes les nations se béniront en leur semence: à Abraham, au chapitre 22:18; à Isaac dans notre chapitre; à Jacob, chapitre 28:14.

L’alliance étant conclue, il est dit: «Et ils se levèrent de bon matin, et se jurèrent l’un à l’autre; et Isaac les renvoya, et ils s’en allèrent d’avec lui en paix». De nouveau, le puits de Beër-Shéba vint sur la scène, le puits du serment. Car c’est dans ce puits de la Parole de Dieu que nous avons la certitude de l’accomplissement de tout ce qui concerne l’Église, le peuple d’Israël et le monde.

Cet intéressant chapitre se termine par l’ombre que projette sur l’histoire d’Isaac la conduite de son fils Ésaü, dans son mariage avec les filles cananéennes. Hélas! Ce fait ne s’est que trop souvent reproduit dans des familles que Dieu a bénies. Il y a un fils ou une fille qui n’a pas suivi les traces de ses parents, et s’est allié au monde par le mariage, source de souffrance pour les parents.