L'obéissance de Christ

Hücking E.E

Etant devenu obéissant jusqu’à la mort

«Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus, lequel, étant en forme de Dieu, s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes; et il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix» (Philippiens 2: 5-8).

La gloire que Christ a portée dès l’éternité passée, appelée ici «forme de Dieu», est mise en contraste avec la «forme d’esclave» qu’il a prise en devenant un homme parmi les hommes. L’expression «forme d’esclave» ne se rapporte pas à sa pauvreté, car s’il était né comme fils de roi dans un palais splendide, cela aurait toujours été la «forme d’esclave» en regard de la «forme de Dieu» qu’il avait de toute éternité. Quant à sa nature, il est toujours demeuré Dieu, et quant à sa nature, il est devenu en même temps vrai homme: «l’homme Christ Jésus» - mystère éternel !

Mais il y a plus encore. A la nature humaine appartient aussi l’obéissance, et c’est pourquoi il a fait ce second pas: lui qui n’avait jamais dû obéir est devenu obéissant. Il l’a été si parfaitement que son obéissance est demeurée inébranlable jusqu’à la mort de la croix. Et qu’est-ce que la mort de la croix impliquait ? Rien de moins que le jugement de Dieu que nous avions mérité à cause de nos péchés ! Ainsi le Seigneur «s’est anéanti lui-même» en ce qu’il est devenu homme. Puis, étant homme, «il s’est abaissé lui-même» en ce qu’il est devenu obéissant. Quel puissant motif pour Dieu de l’élever haut, et de lui donner un nom au-dessus de tout nom ! Oui, «ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ?» (Luc 24: 26). Qu’il soit loué pour sa merveilleuse obéissance !

Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes

«De même le Christ aussi ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur, mais celui-là l’a glorifié qui lui a dit: «Tu es mon Fils; moi je t’ai aujourd’hui engendr黅 qui, durant les jours de sa chair,… quoiqu’il fût Fils, a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes; et ayant été consommé, il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel» (Hébreux 5: 5-9).

Ici aussi nous avons devant nous Christ dans son humanité. Cependant il n’est pas présenté ici dans la «forme d’esclave» en contraste avec la «forme de Dieu», mais comme «Fils», dans sa suprématie au-dessus de tous, au-dessus des anges, de Moïse, d’Aaron. Et pourtant il est homme, car la déclaration du psaume 2 citée ici: «Tu es mon Fils; aujourd’hui, je t’ai engendré», se rapporte au fait que c’est aussi comme homme que Christ était «Fils de Dieu» sur la terre (cf. Luc 1: 35).

Le souverain sacrificateur Aaron et ses successeurs étaient «des hommes, dans l’infirmité»; «la mort les empêchait de demeurer». Mais Christ, qui a été établi par Dieu dans une sacrificature éternelle, est «un Fils qui est consommé pour l’éternité» (Hébreux 7: 23, 28). Or pour devenir ce «grand souverain sacrificateur», il devait être à même de «sympathiser à nos infirmités». Et puisque lui-même n’était pas «enveloppé d’infirmité» (cf. 5: 2), il a dû apprendre, par l’expérience pratique, ce dont il n’avait pas eu besoin auparavant. Il a dû apprendre à vivre dans l’obéissance envers Dieu dans les circonstances de l’existence terrestre.

Malheureusement, nous n’apprenons souvent que par nos défaillances et nos faux pas, si même nous apprenons ainsi. Mais lui était parfaitement «saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs». C’est pourquoi il ne pouvait apprendre que par des souffrances. Ce sont les souffrances pour la justice qui l’ont accompagné dans sa vie entière, mais aussi les souffrances de la croix, car le mot «consommé», utilisé ici, inclut l’achèvement de son chemin terrestre (cf. Hébreux 2: 10; 5: 9; 7: 28).

Quelle consolation pour nous de savoir que lorsqu’il intercède pour nous, il sait de quoi il parle, et que nous recevrons miséricorde et trouverons «grâce pour avoir du secours au moment opportun»! C’est pour cela qu’il a suivi ce chemin de l’obéissance.

L’obéissance d’un seul

«Comme par la désobéissance d’un seul homme plusieurs ont été constitués pécheurs, ainsi aussi par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront constitués justes» (Romains 5: 19).

Dans ce passage, Adam et Christ sont placés devant nous. L’un et l’autre sont chefs d’une grande famille, d’une multiplicité d’hommes. Les «plusieurs» qui sont en relation avec Adam, ce sont tous les hommes, car tous font partie de sa descendance déchue. Ceux qui sont en relation avec Christ, ce sont tous ceux qui lui appartiennent: ils ont cru en lui; ils sont «justifiés gratuitement par la grâce de Dieu, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus» (Romains 3: 24); ils sont venus «à croire en lui pour la vie éternelle» (1 Timothée 1: 16).

La désobéissance du «premier homme» a précipité la race humaine de l’état d’innocence dans le péché; mais l’obéissance du «second homme» a comme résultat que ceux qui croient sont amenés dans la position de justes. Ils n’ont pas été rétablis dans l’état d’innocence; mais Dieu les a justifiés, c’est-à-dire les a déclarés justes. Leur conscience, si elle avait été une fois réveillée, ne pouvait plus de nouveau s’endormir; elle devait être purifiée (cf. Hébreux 9: 9, 14; 10: 2, 22). Christ, étant devenu homme, est entré comme tel dans l’état d’Adam; et, par son obéissance, il a accompli infiniment plus que ce qui était nécessaire pour rétablir ce qu’Adam avait corrompu par sa désobéissance.

Mais jusqu’où est allée cette obéissance du Seigneur? Arrêtons-nous encore un instant sur ce sujet.

Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite ! (Luc 22: 42)

Le Fils de Dieu, comme homme vivant sur cette terre, vient de lever les yeux au ciel et d’adresser au Père les merveilleuses paroles qui nous sont rapportées en Jean 17 , paroles uniques dans leur élévation et leur grandeur. Puis il s’en va avec ses disciples au-delà du torrent du Cédron, dans le jardin de Gethsémané.

Et là de nouveau, nous sommes témoins d’une prière qu’il adresse à son Père. Cette fois, il ne lève pas les yeux au ciel, mais il tombe sur sa face (Matthieu 26: 39). Devant lui se dresse la croix et ses terreurs. Toutefois, ce qui remplit son âme d’angoisse, ce ne sont pas les souffrances que les hommes vont lui infliger. Il en avait d’ailleurs déjà parlé plusieurs fois à ses disciples, et ils ne l’avaient pas compris (par exemple Luc 18: 31-34). C’est autre chose qui le jette sur sa face, quelque chose dont il dit: «pas ma volonté». A la croix, nos péchés devaient être mis sur lui; et chargé ainsi de ces péchés, il devait paraître en jugement devant Dieu. Toutefois, être mis en contact avec nos péchés ne pouvait être la volonté de Celui qui est saint et pur. Il s’était bien «anéanti lui-même», mais lorsqu’il a dû être «fait péché pour nous», il ne pouvait le faire lui-même; Dieu a dû le faire.

Ainsi, dans ces mots: «pas ma volonté», nous avons le témoignage de sa nature absolument exempte de péché. Ce n’est certainement pas, comme quelques-uns l’ont pensé, qu’il ait dû finalement faire le pas décisif pour surmonter l’horreur de ce qui était devant lui. Dès son entrée dans le monde, toute sa vie était marquée par sa détermination: «Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté», et en tout cela la croix était incluse. Jamais il n’a dû se contraindre afin de surmonter quoi que ce soit; sinon il n’aurait pas été le sacrifice parfait qui répondait à la nature de Dieu.

Mais nous voyons ici encore une autre chose: l’obéissance dans toute sa perfection et sa pureté. Le Fils de Dieu, comme Homme parfait, se soumet à une chose qui n’est pas sa volonté. La soumission qui se manifeste en cela est une caractéristique nécessaire de l’obéissance. Mais quels sont ses motifs?  Sa pureté et sa sainteté personnelles. Ce sont elles qui lui font dire: «Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite !» Tout autre motif ne serait pas l’obéissance pure, mais révélerait le germe de la propre volonté. Que Dieu nous donne de ne méditer ce sujet qu’avec beaucoup de révérence et avec une sainte crainte!