Osée

Chapitre 1er

Les trois premiers chapitres composent la première partie ou la révélation des desseins de Dieu à l’égard d’Israël. Dès l’entrée, Israël est traité comme étant dans un état de révolte contre Dieu. Le prophète devait s’unir à une femme corrompue (image prophétique, je n’en doute pas), dont la conduite était l’expression de celle du peuple. Le fils qu’elle enfante est un signe, par le nom que le prophète doit lui donner, du jugement de Dieu sur la famille de Jéhu, et sur le royaume d’Israël, qui devait cesser d’exister. En effet, après l’extinction de la famille de Jéhu, quoiqu’il y ait eu plusieurs rois, tout était confusion dans le royaume d’Israël; le royaume était perdu. Il paraît bien que, quoique le zèle de Jéhu ait été énergique pour extirper l’idolâtrie, de sorte que Dieu, dans son gouvernement extérieur, a pu, et, comme témoignage, a dû y mettre sa sanction et le récompenser, les mobiles de ce chef étaient loin d’être purs. Dieu donc, tout en le bénissant dans son gouvernement public, nous montre ici, où il révèle ses pensées et sa véritable appréciation des choses, qu’il juge justement et saintement, qu’il sait dévoiler ce que l’homme met dans ses actes d’ambition, de cruauté et même de ce faux zèle qui n’est au fond que de l’hypocrisie (couvrant du nom de zèle pour l’Éternel, ce qui n’est que la satisfaction de la volonté propre), en un mot, tout ce qui est de l’homme, et lui infliger sa juste rétribution, et cela d’autant plus qu’il se pare du nom de l’Éternel.

Jizreël, autrefois témoin du jugement de Dieu exécuté sur la maison d’Achab, serait maintenant témoin de la ruine de tout Israël.

Une fille ensuite est née à la femme que le prophète a prise. Dieu dit au prophète de l’appeler Lo-Rukhama, c’est-à-dire: plus de miséricorde. Non seulement le jugement était exécuté sur Israël, mais à part la grâce souveraine dont l’exercice était réservé pour les derniers temps, ce jugement était final. La patience de Dieu ne trouvait plus de place pour s’exercer envers le royaume d’Israël; Juda serait encore préservé par la puissance de Dieu.

Un second fils s’appelle Lo-Ammi, c’est-à-dire: pas mon peuple; car maintenant l’Éternel ne reconnaissait plus le peuple comme sien. Juda, qui pour un temps s’était maintenu dans cette position, quoique les dix tribus fussent perdues, a aussi, par son infidélité, plongé Israël tout entier sous le jugement terrible de n’être plus le peuple de Dieu et d’être abandonné par l’Éternel, qui ne voulait plus être son Dieu. Dieu ayant ainsi brièvement, mais clairement, prononcé le jugement du peuple, annonce immédiatement, avec une égale clarté, la grâce souveraine à son égard. Néanmoins, dit-il par la bouche du prophète, le nombre des fils d’Israël sera comme le sable de la mer, qu’on ne saurait compter. Mais cette grâce ouvre la porte à d’autres qu’aux Juifs; là où il avait été dit: vous n’êtes pas mon peuple, là ils seront appelés: fils du Dieu vivant1. L’application de ce passage aux gentils est constatée par l’apôtre, Rom. 9:24-26. Il cite, dans ce passage, la fin du second chapitre de notre prophète, comme exprimant la grâce envers les Juifs, et le verset que nous examinons, la miséricorde envers les gentils; au contraire, 1 Pierre 2:10, qui ne s’adresse qu’aux Juifs convertis, ne cite que la fin du second chapitre. Il n’y a pas de doute que les Juifs ne rentrent, selon ce principe, aux derniers jours; mais le Saint Esprit s’exprime ici, comme il l’a fait dans une foule de passages cités par l’apôtre, de manière à s’adapter à l’admission des gentils, lorsque le temps prévu de Dieu serait arrivé. Mais il va plus loin ici, et il annonce le retour des fils de Juda et des dix tribus, réunis et soumis à un seul chef dans la grande journée de la semence de Dieu2. Il est dit qu’ils remonteront hors du pays; mais c’est plutôt: «ils monteront du pays». On a supposé que c’est le retour d’un pays étranger; mais j’ai l’idée que le sens est plutôt que tous monteront à Jérusalem, comme un seul peuple, dans leurs fêtes solennelles.

1 On peut remarquer qu’il n’est pas dit: Ils seront mon peuple, expression moins applicable aux gentils, mais: «Fils du Dieu vivant», ce qui est précisément le privilège accordé en grâce à ceux amenés à la connaissance du Seigneur depuis la résurrection de Christ.

2 C’est le sens de Jizreël, ou plus exactement: Dieu sèmera.

Ainsi, le jugement du peuple, d’un peuple corrompu et infidèle, et la grâce envers les gentils, puis envers Israël comme peuple, sont très clairement annoncés en peu de mots, mais de manière à embrasser toute la série des voies de Dieu.