Marc

Chapitre 15

Devant Pilate, Jésus fait une belle confession, il ne fait que rendre témoignage à la vérité là où la gloire de Dieu l’exigeait et où ce témoignage s’opposait à la puissance de l’adversaire. À tout le reste il ne répond rien. Il les laisse faire; et l’évangéliste n’entre dans aucun détail. Rendre ce témoignage, c’était le dernier service et le dernier devoir qu’il eût à accomplir. Ce témoignage est rendu. Les Juifs Lui préfèrent Barrabas, le séditieux meurtrier; et Pilate, écoutant la voix de la foule gagnée par les principaux sacrificateurs, livre Jésus pour être crucifié. Le Seigneur subit les insultes des soldats, qui joignaient la fierté et l’insolence de leur classe à la dureté du bourreau dont ils accomplissaient les fonctions. Triste spécimen de notre nature! Le Christ qui venait pour les sauver, était pour le moment sous leur puissance. Il usait de sa puissance à Lui, non pour se sauver, mais pour délivrer les autres de la puissance de l’ennemi. Enfin ils le mènent à Golgotha pour le crucifier. Là, ils Lui présentent une mixtion assoupissante qu’il refuse; et on le crucifie avec deux brigands, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, accomplissant ainsi (car c’était tout ce qu’ils faisaient ou qu’ils pouvaient faire) tout ce qui était écrit concernant le Seigneur. C’était maintenant l’heure des Juifs et des sacrificateurs, ils avaient, hélas! atteint le désir de leur cœur. Ils rendent manifestes, sans le savoir, la gloire et la perfection de Jésus. Le temple ne saurait se relever sans être ainsi abattu; et, comme instruments, ils confirment le fait qu’il leur annonçait. En outre, il sauvait les autres et ne se sauvait pas lui-même. Ce sont les deux parties de la perfection de la mort de Christ en rapport avec l’homme.

Mais, quelles que fussent les pensées du Christ et ses souffrances par rapport aux hommes (ces chiens, ces taureaux de Basan), l’œuvre qu’il a dû accomplir avait une profondeur qui s étendait bien au-delà de ces choses extérieures. Les ténèbres couvraient la terre — témoignage sympathique et divin de ce qui couvrait, d’une obscurité bien autrement profonde, l’âme de Jésus, abandonné de Dieu pour le péché, mais qui montrait là, toutefois incomparablement plus que partout ailleurs, sa perfection absolue, tandis que les ténèbres marquaient, d’une manière extérieure, son entière séparation des choses du dehors, toute l’œuvre étant entre Lui et Dieu seul, selon leur perfection. Peu compris des autres, tout se passe entre Lui et Dieu: et Jésus, ayant jeté de nouveau un grand cri, expire (v. 37). Son service était achevé. Qu’avait-il de plus à faire dans un monde où il ne vivait que pour accomplir la volonté de Dieu? Tout était accompli, et nécessairement il s’en va. Je ne parle pas d’une nécessité physique, car sa force Lui restait encore; mais, moralement rejeté du monde, sa miséricorde envers ce monde n’y avait plus de place: la volonté de Dieu était accomplie parfaitement par lui-même. Il avait bu dans son âme la coupe de la mort et du jugement pour le péché. Il ne Lui restait plus qu’à mourir; et il expire obéissant jusqu’à la fin, pour commencer dans un autre monde (soit pour son âme séparée du corps, soit dans la gloire) une vie où le mal ne pourra jamais entrer, et où l’homme nouveau sera parfaitement heureux en la présence de Dieu.

Son service était terminé. Son obéissance avait un terme dans la mort — son obéissance, et par conséquent sa vie, en tant qu’accomplie au milieu des pécheurs. Quel eût été le but d’une vie où il n’y aurait plus eu d’obéissance à accomplir? or l’obéissance était parfaite dans sa mort, et il expire. Dès lors, le chemin des lieux saints est ouvert — le voile est déchiré depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion, un gentil, reconnaît dans Jésus mourant la personne du Fils de Dieu. Jusqu’alors le Messie et le judaïsme allaient ensemble. Dans la mort du Christ le judaïsme rejette le Christ, et il est le Sauveur du monde. Le voile ne cache plus Dieu. C’était tout ce que le judaïsme pouvait faire à cet égard. La manifestation de la parfaite grâce est là pour le gentil qui — parce que Jésus rendait sa vie avec un cri qui prouvait l’existence de tant de force — reconnaît que le Prince de la vie, le Fils de Dieu, était là. Pilate aussi s’étonne qu’il soit déjà mort. Il ne le croit que quand le centurion le lui certifie. Quant à la foi — loin de la grâce et même de la justice humaine — il ne s’inquiétait absolument pas de tout cela.

La mort de Jésus ne l’arrache pas aux cœurs de ces faibles qui l’aimaient (qui peut-être n’avaient pas été dans le combat, mais que la grâce faisait sortir maintenant de leurs retraites): ces femmes pieuses qui l’avaient suivi et qui avaient souvent pourvu à ses besoins, et Joseph qui, quoique touché dans sa conscience, ne l’avait pas encore suivi, fortifié à la fin par le témoignage de la grâce et de la perfection de Jésus (l’intégrité du conseiller trouvant dans les circonstances, non une occasion de crainte, mais ce qui le déterminait à se faire connaître) — ces femmes et Joseph s’occupent, chacun de leur côté, du corps de Jésus. Ce tabernacle du Fils de Dieu n’est pas laissé sans ces soins qui étaient dus par l’homme à Celui qui venait de le quitter. Au reste, la providence de Dieu, ainsi que son œuvre dans leurs cœurs, avait pourvu à tout cela. Le corps de Jésus est placé dans le tombeau, et tous attendent la fin du sabbat pour accomplir leur service à son égard. Les femmes avaient pris connaissance du lieu.