Marc

Chapitre 7

Le pouvoir dominant qui s’exerçait au milieu des Juifs s’était montré hostile au témoignage de Dieu, et avait mis à mort celui qu’Il avait envoyé dans la voie de la justice. Les scribes et ceux qui prétendaient suivre la justice, avaient corrompu le peuple par leur enseignement et violé la loi de Dieu. Ils lavaient les coupes et les pots, et non leur cœur; et pourvu que les sacrificateurs — la religion — y gagnassent, ils mettaient de côté les devoirs des enfants envers leurs parents. Mais Dieu regarde au cœur, et du cœur de l’homme sort toute espèce d’impureté, d’iniquité et de violence (v. 14-23). C’est là ce qui souille l’homme, et non de n’avoir pas les mains lavées. Voilà le jugement de cette religiosité sans conscience et sans crainte de Dieu, et le vrai discernement de ce qu’est le cœur de l’homme aux yeux de Dieu, qui a les yeux trop purs pour voir le mal.

Mais il faut que Dieu aussi montre son cœur et si Jésus jugeait celui de l’homme avec l’œil de Dieu — s’il manifestait ses voies et sa fidélité envers Israël, toutefois à travers tout, il montrait ce que Dieu était pour ceux qui sentaient qu’ils avaient besoin de Lui et qui venaient à Lui par la foi en le confessant et en s’appuyant sur sa pure bonté. Des contrées de Tyr et de Sidon vient une femme de la race réprouvée, gentile et syrophénicienne. Le Seigneur, en réponse à la prière qu’elle Lui fait de guérir sa fille, lui dit que les enfants (les Juifs) doivent être rassasiés premièrement, et qu’il ne convenait pas de prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens; réponse accablante pour la pauvre femme, si le sentiment qu’elle avait de ses besoins et de la bonté de Dieu n’avait pas dépassé et mis de côté toute autre pensée. Ces deux choses la rendaient humble de cœur, et prête à reconnaître la faveur souveraine de Dieu envers le peuple de son choix dans ce monde. N’avait-il pas le droit de se choisir un peuple? Et elle n’en était pas. Mais cela ne détruisait pas la bonté et l’amour de Dieu. Elle n’était qu’un chien de gentil, mais telle était la bonté de Dieu qu’il avait du pain même pour les chiens. Christ, expression parfaite de Dieu, manifestation de Dieu lui-même en la chair, ne pouvait renier sa bonté et sa grâce, et dire que la foi avait de Dieu des idées plus élevées que la réalité, car il était lui-même cet amour. La souveraineté de Dieu était reconnue — aucune prétention à un droit quelconque de la part de l’homme. La pauvre femme ne s’appuyait que sur la grâce. Sa foi saisissait, avec une intelligence donnée de Dieu, la grâce qui dépassait les promesses faites à Israël. Elle pénètre dans le cœur du Dieu d’amour ainsi qu’Il est révélé en Jésus, comme Lui pénètre dans le nôtre, et elle en savoure le fruit. Car ceci était introduit: Dieu lui-même directement en présence de l’homme et en relation avec lui, et l’homme tel qu’il était devant Dieu — et non pas une règle ou un système par lequel l’homme se prépare pour Dieu.

Dans le miracle qui suit (v. 31-37), nous voyons le Seigneur donner, par cette même grâce l’ouïe et la parole à un homme sourd et qui ne pouvait pas même exprimer ses pensées. Il ne pouvait avoir reçu aucun fruit par la parole de Dieu, et ne pouvait le louer. Le Seigneur est revenu au lieu où il s’était présenté comme la lumière sur Israël; ici, il agit avec le résidu seul. Il tire l’homme à l’écart, hors de la multitude. C’est la même grâce qui remplace toute prétention à la justice dans l’homme, et qui se montre aux malheureux. La forme sous laquelle elle se manifeste, quoique s’exerçant maintenant en faveur du résidu d’Israël, s’applique à l’état du Juif comme à celui du gentil — c’est la grâce. Mais pour ceux-ci aussi elle est la même: il tire l’homme à l’écart hors de la foule, afin que l’œuvre de Dieu soit manifestée. La foule de ce monde n’y avait réellement aucune part. Nous voyons ici Jésus; son cœur est ému de l’état de l’homme, et plus particulièrement de celui de son Israël toujours aimé, état dont le pauvre sourd-muet était une image frappante. Jésus fait entendre le sourd et parler le muet. Il en était ainsi individuellement, et il en sera de même de tout le résidu d’Israël aux derniers jours. Il agit lui-même, et fait toutes choses bien. La puissance de l’ennemi est détruite, la surdité de l’homme et son incapacité à se servir de sa langue telle que Dieu la lui avait donnée, sont ôtées par son amour, qui agit avec la puissance de Dieu.

Le miracle des pains rendait témoignage à la présence du Dieu d’Israël selon ses promesses; celui-ci à la grâce qui dépassait les limites de ces promesses de la part de Dieu, qui jugeait l’état de ceux qui prétendaient y avoir droit selon la justice, et celui de l’homme méchant en soi; cette grâce délivrait l’homme et le bénissait en amour, le soustrayant à la puissance de Satan, et le rendant capable d’entendre la voix de Dieu et de le louer.

Il reste, dans cette partie de l’histoire du Seigneur, quelques faits assez frappants que je désire signaler encore. Ils montrent l’esprit dans lequel Jésus travaillait alors. Il se retire loin des Juifs, après avoir montré le vide et l’hypocrisie de leur culte, et l’iniquité de tout cœur d’homme, ce cœur n’étant qu’une source de corruption et de péché.

Le Seigneur, en ce moment solennel qui mettait en évidence le rejet d’Israël, se retire loin du peuple, dans un endroit où l’occasion de servir au milieu de ce peuple ne se présentait pas; il se retire vers les frontières des villes étrangères et cananéennes de Tyr et de Sidon (chap. 7:24), et son cœur oppressé ne voulait même pas que quelqu’un sût où il était. Mais Dieu avait été trop visiblement manifesté dans sa bonté et dans sa puissance pour permettre que Jésus pût être caché là où il y avait des besoins. Le bruit de ce qu’il avait fait s’était répandu partout; et l’œil pénétrant de la foi découvrait ce qui pouvait seul répondre à ses besoins. La foi trouve Jésus, lorsque tous ceux qui avaient en apparence droit aux promesses se sont trompés par cette prétention même et par leurs privilèges. La foi est ce qui connaît ses besoins et ne connaît pas autre chose, et sait que Jésus peut seul y répondre. Ce que Dieu est pour la foi est manifesté à celui qui en a besoin, selon la grâce et la puissance qui sont en Jésus. Caché aux Juifs, il est grâce aux pécheurs. De même (chap. 7:33), quand il guérit le sourd de sa surdité et de sa difficulté à parler, il le conduit hors de la multitude, regarde vers le ciel et soupire. Oppressé dans son cœur par l’incrédulité du peuple, il prend à part celui qui vient d’être l’objet de l’exercice de sa puissance; il regarde vers la Source souveraine de toute bonté, de tout secours pour l’homme, et s’afflige à la pensée de l’état dans lequel l’homme se trouve.

Cette guérison montre donc plus particulièrement le résidu d’entre les Juifs selon l’élection de la grâce; résidu séparé, par une grâce divine, de la masse de la nation, la foi étant en activité dans ces quelques-uns.

Le cœur de Christ est loin de repousser son peuple terrestre. Son âme est accablée par le sentiment de l’incrédulité qui sépare Israël de Lui et de la délivrance; il ôte cependant le cœur sourd de quelques-uns et délie leur langue pour que le Dieu d’Israël soit glorifié.

Ainsi encore, lors de la mort de Lazare, Christ s’afflige de la douleur que la mort apporte au cœur de l’homme. Mais là, c’était un témoignage public.

Nous verrons, au chap. 8, un autre exemple de ce que nous venons de remarquer. Jésus conduit l’aveugle hors de la ville; il n’abandonne pas Israël dès qu’il y a la foi; mais il sépare de la masse celui qui a cette foi, et le met en rapport avec la puissance, la grâce, le ciel d’où la bénédiction découle — bénédiction qui, par conséquent, s’étendait aux gentils. La puissance ne s’exerçait pas au milieu de l’incrédulité manifeste. Cela dessine assez nettement la position de Christ à l’égard du peuple. Il continue son service, se retirant vers Dieu, à cause de l’incrédulité d’Israël; mais c’est vers le Dieu de toute grâce. Là son cœur trouve un refuge jusqu’à la grande heure de l’expiation.