Marc

John Nelson Darby

Chapitre 1er

L’évangile selon Marc a un caractère qui diffère, à certains égards, de tous les autres. Chaque évangile, nous l’avons vu, a son caractère particulier; chacun d’eux s’occupe de la personne du Seigneur à un point de vue différent: comme une personne divine, le Fils de Dieu; comme le Fils de l’homme, comme le Fils de David, Messie, présenté aux Juifs, Emmanuel. Mais Marc ne s’occupe d’aucun de ces titres. C’est le Serviteur, que nous trouvons ici — et en particulier son service pour porter la Parole — le service actif du Christ dans l’Évangile. La gloire de sa personne divine se montre, il est vrai, d’une manière toute particulière à travers son service, et comme malgré Lui; de sorte qu’il en évite les conséquences. Toutefois le service est le sujet du livre. Sans doute, nous verrons se développer le caractère de l’enseignement du Seigneur (et par conséquent la vérité s’affranchir des formes judaïques sous lesquelles elle était tenue), aussi bien que le récit de sa mort, de laquelle tout dépendait pour l’établissement de la foi. Mais ce qui distingue cet évangile, c’est le caractère de service et de Serviteur qui est attaché à la vie de Jésus — l’œuvre qu’il est venu faire personnellement dans sa vie sur la terre. C’est pourquoi l’histoire de sa naissance ne se trouve pas dans cet évangile. Marc commence son récit avec le début de la prédication de l’Évangile. Jean le Baptiseur est le héraut, le précurseur de Celui qui a apporté ces bonnes nouvelles aux hommes.

Le message est nouveau — du moins dans le caractère absolu et complet qu’il prend et dans son application directe et immédiate. Il ne s’agissait pas des privilèges juifs qui s’obtenaient par la repentance et le retour à l’Éternel. Le Seigneur allait venir, selon sa promesse. Jean, pour préparer son chemin devant Lui, prêchait la repentance en rémission des péchés. C’était cela dont on avait besoin: la rémission des péchés à ceux qui se repentaient était la grande chose, le but formel de la mission de Jean.

La repentance et la rémission des péchés se rapportent clairement à la responsabilité de l’homme; ici, c’est à celle d’Israël, dans sa position nationale devant Dieu; et, mettant cette responsabilité au clair quant à l’état de l’homme relativement à Dieu, dans sa condition morale et responsable, elles le qualifient pour la réception de la bénédiction que Dieu avait en vue — moralement, en ce qu’il juge les péchés en principe, comme Dieu le fait; et d’une manière responsable, en ce que Dieu les pardonne tous. Aussi la rémission est-elle nécessairement une chose présente et actuelle. Il y a un pardon gouvernemental, aussi bien qu’un pardon justifiant, mais le principe est le même, et le dernier est la base du premier. Seulement, où il est gouvernemental, il peut s’accompagner des voies variées de Dieu, mais le péché n’est plus compté quant à la relation présente avec Dieu; quant au pardon justifiant, c’est une chose éternellement vraie. Le pardon justifiant — comme en Rom. 4, qui montre, par la citation du Ps. 32, le caractère commun de non-imputation — est fondé sur l’œuvre de Christ; c’est pourquoi il est absolu et immuable. Le péché n’est pas compté, et ne peut jamais l’être, parce que l’œuvre qui l’ôte de devant les yeux de Dieu est faite et finie: cette œuvre — éternelle, absolue et immuable en elle-même — est la base de toutes les relations de Dieu avec l’homme en grâce. La grâce règne par la justice. Les chapitres 9 et 10 des Hébreux le montrent quand il s’agit de la conscience, de la venue à Dieu et cela dans les lieux saints. On trouve de même, en Rom. 3-5, où la question est judiciaire, un sujet de jugement, de colère et de justification. C’est le fondement des bénédictions, quelque grand qu’il soit en lui-même, non la fin, c’est-à-dire la paix avec Dieu et la réconciliation. Ici, c’était le terrain de toutes les bénédictions qu’Israël aura par la nouvelle alliance (fondée sur la mort de Christ), mais étant rejetés, ceux qui croyaient, entraient dans des bénédictions meilleures et célestes. En Exode 32:14-34, nous avons le pardon gouvernemental, non la justification. Dans le cas du grand péché de David, le péché était pardonné lorsqu’il était reconnu, l’iniquité en était ôtée, mais il en résultait un châtiment sévère, parce que David avait donné occasion aux ennemis de l’Éternel de blasphémer. La gloire de Dieu en justice devait être maintenue devant le monde (2 Sam. 12:13, 14).

Ici, il y avait l’offre faite à Israël d’un pardon actuel, qui sera accompli aux derniers jours; et alors, comme le long rejet se terminera dans le pardon gouvernemental, ils seront aussi — du moins le résidu — par la mort et l’effusion du sang de Christ, pardonnés et glorifiés pour la jouissance des promesses sous la nouvelle alliance (Comparez Actes 3).

Les prophètes avaient bien annoncé le pardon si le peuple retournait à l’Éternel; mais ici, le pardon était le but actuel de la prédication. Le peuple sort en masse pour en profiter. La conscience au moins était remuée; et quel que fût l’orgueil des chefs, l’état d’Israël était senti, aussitôt que quelque chose en dehors de la routine religieuse, agissait réellement sur le cœur et sur la conscience — c’est-à-dire quand Dieu parlait: Ils confessent leurs péchés (v. 4-5). Peut-être chez quelques-uns n’y avait-il que la conscience naturelle; c’est-à-dire qu’il n’y avait pas réellement une œuvre vivifiante; mais cette conscience tout au moins était mise en activité par le témoignage de Dieu.

Mais Jean (v. 6-8) rigidement séparé de tout le peuple, et vivant en dehors de la société humaine, annonce quelqu’un de plus puissant que lui et dont il n’est pas digne de délier la courroie des sandales: Celui-là ne prêchera pas seulement la repentance à laquelle on se soumettait par le baptême d’eau; il conférera le Saint Esprit, la puissance, à ceux qui recevront son témoignage. Ici notre évangile en vient rapidement au service de Celui que Jean a ainsi signalé. Il montre seulement et sommairement ce qui l’introduisait dans ce service.

Le Seigneur prend place au milieu des repentants de son peuple, et en se soumettant au baptême de Jean, il voit le ciel qui lui est ouvert, et le Saint Esprit qui descend sur lui comme une colombe. Le Père le reconnaît, sur la terre, pour son Fils en qui il trouve son plaisir. Puis Jésus est conduit par le Saint Esprit dans le désert, et là il subit la tentation de Satan. Pendant quarante jours, il est avec les bêtes sauvages, et les anges exercent leur ministère envers Lui (v. 9-13). Ici, nous voyons toute sa position — le caractère que prend le Seigneur sur la terre — tous les traits de ce caractère et ses rapports avec ce qui l’entourait sont rassemblés dans ces deux ou trois versets. Il en a été question en détail dans Matthieu.

Ensuite (v. 14) Jean disparaît de la scène pour faire place au ministère public de Christ, dont il n’était que le héraut; et Christ lui-même se présente dans la position de témoignage, en déclarant que le temps était accompli; qu’il ne s’agissait ni des prophéties, ni des temps à venir; que Dieu allait établir son royaume, et qu’on devait se repentir et recevoir la Bonne Nouvelle qui leur était annoncée dans ce moment même.

Notre évangéliste passe rapidement1 à toutes les parties du service de Christ. Ayant présenté le Sauveur comme entreprenant le ministère public qui appelait les âmes à recevoir la Bonne Nouvelle comme une chose présente (le temps de l’accomplissement des voies de Dieu étant arrivé), il nous fait voir Jésus comme appelant des autres à accomplir en le suivant cette même œuvre en son nom. Sa parole ne manque pas son effet: ceux qu’il appelle quittent tout, et le suivent2. Le jour du sabbat, il entre dans la ville pour enseigner (v. 21-22). Sa parole ne consiste pas en des raisonnements qui montrent l’incertitude de l’homme, mais elle vient avec l’autorité de quelqu’un qui connaît la vérité qu’il annonce — autorité qui était vraiment celle de Dieu qui peut communiquer la vérité. Il parle comme quelqu’un qui possède cette autorité, et il en donne les preuves. La Parole qui se présente ainsi aux hommes, a puissance sur les démons. Un homme possédé d’un démon était là (v. 23-26). L’esprit immonde rendait malgré lui témoignage à Celui qui parlait et duquel il ne pouvait supporter la présence; mais la Parole qui réveillait le démon était puissante pour le chasser. Jésus le reprend — lui ordonne de se taire et de sortir de l’homme; et l’esprit immonde, après avoir manifesté la réalité de sa présence et sa malice, se soumet et sort de l’homme. Telle était la puissance de la parole de Christ.

1 Cette rapidité caractérise Marc, comme aussi le mot «aussitôt» (eùthéôs).

2 C’est le fait en lui-même qui est présenté ici, comme aussi en Matthieu. Le récit de Luc donnera l’occasion d’entrer dans plus de détails sur l’appel des disciples. Depuis les jours de Jean le Baptiseur, ils avaient été plus ou moins associés au Seigneur — du moins, ceux-ci l’avaient été.

Il n’est pas étonnant que le bruit de ce miracle se soit répandu par tout le pays (v. 28); mais le Seigneur poursuit l’œuvre de son service partout où elle se présente (v. 29 et suiv.). Il entre dans la maison de Pierre, dont la belle-mère avait la fièvre. Il la guérit aussitôt; puis, le sabbat étant passé, on lui amène tous les malades. Lui, toujours prêt à servir (précieux Seigneur!) les guérit tous.

Mais ce n’était pas pour s’entourer d’une foule que le Seigneur travaillait; et le matin, longtemps avant le jour, il se rend au désert pour prier. Tel était le caractère de son service — accompli en communion avec son Dieu et Père, et sous sa dépendance. Il s’en va seul dans un lieu désert. Les disciples l’y trouvent et l’informent que tous le cherchent; mais son cœur est à son œuvre. L’attente générale ne le ramène pas. Il poursuit son chemin pour accomplir l’œuvre qui lui avait été donnée à faire — annonçant la vérité au milieu du peuple; car c’était là le service auquel il se vouait.

Or, quel que fût le dévouement de Jésus à ce service, son cœur n’était pas raidi par la préoccupation; il était toujours lui-même avec Dieu. Un pauvre lépreux se présente à Lui en reconnaissant sa puissance, mais incertain à l’égard de sa volonté, à l’égard de son amour qui exerçait cette puissance (v. 40 et suiv.). Or cette affreuse maladie non seulement isolait l’homme lui-même, mais souillait tous ceux qui l’auraient touché seulement. Mais rien n’arrête Jésus dans le service auquel l’appelle son amour. Le lépreux était un malheureux, renvoyé de la société de ses semblables et exclu de la maison de Jéhovah. Mais la puissance de Dieu était là. Le lépreux devait être rassuré à l’égard de la bienveillance sur laquelle son cœur abattu ne savait pas compter. Qui s’occupait d’un misérable comme lui? Il avait foi à la puissance qui était en Christ; mais ses pensées à l’égard de lui-même lui cachaient l’étendue de l’amour qui l’avait visité. Jésus avance sa main et le touche.

Le plus abaissé des hommes s’approche du péché et de ce qui en était le signe, et le chasse; l’homme qui, dans la puissance de son amour, touchait le lépreux sans se souiller, était le Dieu seul capable de chasser la lèpre qui rendait misérable et proscrit celui qui en était affligé.

Le Seigneur parle avec une autorité qui découvre tout de suite son amour et sa divinité: «Je veux, sois net» (v. 41). Je veux — c’était l’amour dont le lépreux doutait, l’autorité de Dieu, qui, seul, a le droit de dire: JE VEUX. L’effet suit l’expression de sa volonté. Il en est ainsi quand Dieu parle. Et qui guérissait la lèpre, sinon Jéhovah seul? Était-il le seul qui fût descendu assez bas pour toucher cet être souillé, qui souillait quiconque communiquait avec lui? Oui, il était le Seul; mais c’était Dieu qui était descendu, l’amour qui était parvenu si bas, et qui en le faisant, se montrait puissant pour sauver chacun qui s’y confiait. C’était l’incorruptible pureté en puissance, qui pouvait par conséquent agir en amour à l’égard du plus vil et trouvait son plaisir à le faire. Il est venu à l’homme souillé, non pour être souillé par le contact, mais pour enlever la souillure. Il touchait le lépreux en grâce, et la lèpre était ôtée.

Jésus se retire loin des acclamations des hommes et engage celui qui avait été guéri d’aller se présenter aux sacrificateurs, conformément à la loi de Moïse. Mais cette soumission à la loi, de fait, rendait témoignage qu’il était Jéhovah, car Jéhovah seul sous la loi purifiait souverainement le lépreux. Le sacrificateur était seulement le témoin que cela avait été fait. La guérison du lépreux ébruitée partout, en attirant la foule, renvoie Jésus au désert.