Luc

Chapitres 23 et 24

C’en était fait d’Israël quant à sa propre responsabilité. La gloire céleste du Fils de l’homme et la gloire personnelle du Fils de Dieu allaient bientôt éclater; et afin que tout soit accompli, Jésus est livré aux gentils. Ceux-ci, dans l’évangile qui nous occupe, ne sont pas présentés comme volontairement coupables. On trouve, sans doute, chez eux une indifférence qui est une injustice flagrante en pareil cas, et une insolence inexcusable; mais Pilate fait ce qu’il peut pour délivrer Christ, et Hérode désappointé, le renvoie sans jugement: la volonté positive de lui nuire est toute entière du côté des Juifs. C’est là le caractère de cette partie de l’historique dans l’évangile selon Luc. Pilate aurait aimé ne pas se charger d’un crime inutile, et il méprisait les Juifs; mais ceux-ci voulaient que Jésus fût crucifié et ils demandent qu’on relâche Barabbas, homme séditieux et meurtrier (vers. 20-25)1. Aussi le Seigneur, allant au Calvaire, annonce aux femmes qui pleuraient sur Lui avec des sentiments naturels de pitié, que c’en était fait de Jérusalem — qu’elles n’avaient pas à pleurer sur son propre sort, mais sur le leur — qu’il viendrait sur Jérusalem des jours auxquels elles estimeraient heureuses celles qui n’avaient jamais été mères, des jours auxquels on chercherait en vain un abri contre la frayeur et le jugement: car si en Lui, l’arbre vert, ces choses s’accomplissaient, que deviendrait l’arbre sec du judaïsme sans Dieu?

1 Ce forfait volontaire des Juifs est raconté aussi dans des termes expressifs dans l’évangile de Jean, c’est-à-dire leur crime national. Pilate les traite avec mépris, c’est alors qu’ils disent «Nous n’avons pas d’autre roi que César».

Cependant le Seigneur, au moment de son crucifiement, intercède pour Israël, disant: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font» (vers. 34); intercession à laquelle le discours que Pierre fait aux Juifs (Actes 3), est la remarquable réponse par le Saint Esprit descendu du ciel. Aveuglés entièrement, les principaux des Juifs, aussi bien que le peuple, insultent Jésus comme ne pouvant pas se délivrer, ignorant que cela était impossible, s’il était un Sauveur; tout leur était ôté. — Dieu établissait un autre ordre de choses, fondé sur l’expiation, une puissance de vie éternelle par la résurrection. — Affreux aveuglement duquel les pauvres soldats n’étaient imitateurs que selon la malignité de la nature humaine; mais le jugement d’Israël était dans leur bouche, et de la part de Dieu, sur la croix. Celui qui était sur cette croix était le roi des Juifs; bien abaissé, sans doute, car un malfaiteur pendu à ses côtés pouvait l’outrager; mais placé là par l’amour, pour le salut éternel et présent des âmes, comme cela se manifeste dans le moment même. Les paroles insultantes par lesquelles on reproche au Sauveur de ne pouvoir se délivrer lui-même de la croix, trouvent leur réponse dans la conversion du malfaiteur qui doit aller rejoindre Jésus ce jour-là même dans le paradis. Ce récit est la démonstration frappante du changement auquel cet évangile de Luc nous conduit. — Le roi des Juifs, du propre aveu de ceux-ci, n’est pas délivré; il est crucifié: c’est la fin des espérances de ce peuple. Mais en même temps un pécheur grossier, converti par la grâce sur le gibet même, va droit au paradis: une âme est éternellement sauvée. Ce n’est plus le royaume, comme on voit, mais une âme hors du corps dans le bonheur avec Jésus. On peut remarquer ici comment la présentation de Christ met en action la méchanceté du cœur humain. Aucun malfaiteur n’aurait pu se moquer ou adresser des reproches à l’un de ses compagnons sur le gibet. Mais du moment où Christ se trouve là, c’est ce qui lui arrive.

Je voudrais dire quelques mots sur la condition de l’autre malfaiteur et sur la réponse de Christ. On trouve chez ce malfaiteur tous les signes de la conversion et de la foi la plus remarquable. La crainte de Dieu, le commencement de la sagesse, est là — une conscience droite et énergique. Il ne dit pas à son compagnon «et justement», mais «nous y sommes justement», reconnaissant la parfaite justice sans péché de Jésus que ce pauvre pécheur témoigne être le Seigneur, quand ses propres disciples l’ont abandonné et renié. Et tout cela a lieu dans le moment où il n’y avait aucun signe de la gloire ni de la dignité de la personne de Jésus, dans le moment où les hommes ne voyaient dans celui-ci qu’un être semblable au brigand, et où son royaume n’était qu’un sujet de moquerie dans la bouche de tous. Le pauvre malfaiteur est enseigné de Dieu; tout lui est clair. Il est aussi certain que Christ aura le royaume, que s’il régnait actuellement en gloire. Tout son désir est que Christ veuille se souvenir de lui alors; et quelle confiance en Christ il témoigne par la connaissance de Sa personne, malgré son crime qu’il avoue! Cela montre combien Christ remplissait son cœur, et comment sa confiance dans la grâce, par sa clarté, faisait disparaître la honte humaine, car qui aurait aimé qu’on se souvînt de lui dans la honte d’un gibet! L’enseignement divin est particulièrement manifesté ici. Ne savons-nous pas par cet enseignement que Christ était sans péché, et être assuré de son royaume, c’était une foi au-dessus de toutes les circonstances. Le malfaiteur seul devient la consolation de Jésus sur la croix, et pour répondre à sa foi, Jésus doit penser à ce paradis qui attendait son âme pour le moment où il aurait achevé l’œuvre que son Père lui avait confiée. L’état de sanctification où était ce pauvre homme, par la foi, n’est pas moins à remarquer. Dans l’agonie de la croix, lors même qu’il croit que Jésus est le Seigneur, il ne cherche en Lui aucun soulagement à ses maux corporels, mais demande au Seigneur de se souvenir de lui dans son royaume, en venant pour régner, préoccupé qu’il est d’une seule pensée, celle d’avoir sa portion avec Jésus. Il croit au retour du Sauveur, à la résurrection, au royaume, quand le Roi est crucifié, rejeté, et que, selon l’homme, il n’y avait plus d’espoir pour la délivrance du peuple sur la terre; mais la réponse de Jésus va plus loin que la révélation de ce qui est propre à cet évangile, il introduit, comme objet d’attente prochaine, non le royaume, mais la vie éternelle, le bonheur de l’âme. À ce qu’avait demandé le malfaiteur, que Jésus se souvînt de lui quand viendrait son règne, Jésus répond qu’il n’attendrait pas, pour jouir du bonheur, jusqu’à ce jour de gloire manifeste et visible au monde: mais que, ce jour-là même, le pauvre pécheur croyant serait avec Lui en paradis: — précieux témoignage et parfaite grâce! Jésus crucifié était plus que Roi, il était Sauveur. Le pauvre malfaiteur en était le témoignage, il était la joie et la consolation du cœur du Seigneur, prémices de l’amour qui les avait placés l’un à côté de l’autre, où, si le pauvre brigand portait, de la part de l’homme, le fruit de ses péchés, le Seigneur de gloire en portait le fruit de la part de Dieu, traité lui-même comme un malfaiteur dans la même condamnation. Par une œuvre inconnue à l’homme, sauf à la foi, les péchés de son compagnon étaient loin pour toujours, ils n’existaient plus, leur souvenir n’était plus pour lui que le souvenir de la grâce qui les avait ôtés et qui en avait nettoyé pour toujours son âme, la rendant à l’instant propre pour entrer dans le paradis comme Jésus lui-même, son compagnon ici-bas.

Enfin, ayant tout accompli, le Seigneur encore plein de force, rend lui-même son esprit à son Père; il le lui confie, dernier acte de ce qui faisait toute sa vie, savoir la parfaite énergie du Saint Esprit, agissant dans une parfaite confiance en son Père et sous sa dépendance. Il remet son esprit à son Père, et il expire; car c’était la mort qu’il avait devant lui, mais la mort avec une foi absolue de confiance en son Père, la mort avec Dieu par la foi, et non celle qui sépare de Lui. À ce moment-là, la nature se voile, comme pour proclamer que Celui qui l’a créée, a quitté le monde (vers. 44-46): tout est ténèbres; — mais d’un autre côté, Dieu se révèle: le voile du temple se déchire de haut en bas. Dieu jusque-là s’était caché dans l’obscurité, et le chemin des lieux saints n’était pas encore manifesté, mais maintenant il n’y a plus de voile: ce qui a ôté le péché fait luire l’amour parfait de Dieu, et la sainteté de sa présence fait la joie de l’âme et non son tourment. Ce qui nous introduit en présence de la sainteté parfaite sans voile, abolit le péché qui nous empêchait de nous trouver là. Notre communion est avec Lui par Jésus, nous sommes saints et irrépréhensibles devant Lui en amour.

Frappé de tout ce qui s’est passé, le pauvre centurion, — tel est l’effet de la croix sur la conscience — reconnaît que le Jésus qu’il a crucifié, était certainement l’homme juste (vers. 47). Je dis: l’effet sur la conscience, parce que je ne prétends pas dire que la chose allât plus loin chez le centurion. On voit un effet semblable chez les spectateurs qui entouraient la croix; ils s’en vont en se frappant la poitrine, voyant que quelque chose de solennel était arrivé, que l’on s’était fatalement compromis avec Dieu (vers. 48).

Mais le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, avait tout préparé pour l’ensevelissement de son Fils qui l’avait glorifié en se livrant à la mort. Dans sa mort, il est avec le riche (És. 53:9). Joseph, homme juste qui n’avait pas consenti au péché de son peuple, place le corps du Sauveur dans un sépulcre où personne n’avait été mis encore. C’était le jour de la préparation avant le sabbat; mais le sabbat s’approchait. Les femmes qui avaient accompagné le Sauveur jusque-là, lors de sa mort, tout ignorantes qu’elles fussent, fidèles à l’affection qu’elles avaient eue pour Lui, pendant sa vie, voient où son corps a été déposé et vont préparer ce qu’il fallait pour l’embaumer. Luc ne parle de ces femmes qu’en général; et nous suivrons son récit tel quel: les détails se trouveront ailleurs (vers. 49-56, et chap. 24:1-11).

Les femmes viennent, trouvent la pierre enlevée et le sépulcre ne contenant plus le corps de celui qu’elles avaient aimé; mais, en perplexité à ce sujet, elles voient deux anges à côté d’elles, qui leur demandent pourquoi elles viennent chercher le vivant parmi les morts, et ils leur rappellent les paroles si claires de Jésus lui-même, prononcées en Galilée. Elles, étant retournées, vont annoncer ces choses à tous les disciples qui ne peuvent croire leur récit; mais Pierre court au sépulcre où il voit tout en ordre; et il s’en va étonné de ce qui venait d’arriver (vers. 12). Il n’y avait en tout ceci aucune foi en la parole de Jésus, ni en ce que disaient les Écritures. Mais dans le voyage à Emmaüs, le Seigneur fait le rapprochement de ces Écritures avec ce qui lui était arrivé, dévoilant aux esprits des deux disciples encore préoccupés de la pensée d’un royaume terrestre, que, selon ces Écritures qui révèlent les conseils de Dieu, Christ devait souffrir et entrer dans sa gloire, un Christ rejeté et céleste. Il réveille en eux cette attention ardente qui absorbe le cœur quand il est touché; ensuite il se révèle à eux en rompant le pain, acte qui était la figure de sa mort, non que ce qu’il ait fait là fût la célébration de la cène, mais cet acte particulier se rattachait dans sa signification au fait solennel rappelé aussi par la cène: — alors les yeux des disciples sont ouverts et Jésus disparaît. C’était bien réellement Lui, mais Lui ressuscité, qui venait de leur exposer le contenu des Écritures, et qui se présentait vivant avec les symboles de sa mort. Les deux disciples s’en retournent à Jérusalem.

Le Seigneur s’était déjà montré à Simon, et cette apparition dont nous n’avons pas d’autres détails, est mentionnée par Paul (1 Cor. 15), comme étant la première dont les apôtres jouirent. Pendant que les deux disciples, ayant trouvé les onze assemblés et ceux qui étaient avec eux, racontaient ce qui leur était arrivé, Jésus se présente lui-même au milieu d’eux; mais leurs pensées ne s’étaient pas encore faites à la vérité de sa présence en résurrection; ils ne savent pas réaliser l’idée de la résurrection du corps; aussi la présence de Jésus les agite. Le Seigneur fait servir leur trouble (très naturel, humainement parlant) à notre bénédiction, en leur donnant les preuves les plus sensibles que c’était bien lui ressuscité qu’ils voyaient, et lui avec le corps et l’âme qu’il avait avant sa mort; il les invite à le toucher, et il mange devant eux1; pas de doute donc que ce ne fût Lui.

1 Rien ne peut être plus touchant que la manière avec laquelle Il entretient leur confiance en Celui qu’ils ont connu, homme, tel qu’il avait été auparavant, homme toujours, bien que dans un corps spirituel. «Touchez-moi», dit-il, «voyez... que c’est moi-même». Béni soit Dieu, il est pour toujours un Homme, le même que nous avons connu, dans son amour parfait, au milieu de notre faiblesse.

Il y avait encore une chose importante à leur communiquer — base d’une foi vraie: les paroles de Christ et le témoignage des Écritures. C’est ce qu’il place devant eux. Mais deux choses étaient encore requises: premièrement, la capacité de comprendre la Parole. Jésus ouvre donc leur intelligence pour entendre les Écritures, et secondement il les établit comme témoins capables de dire, non seulement: Il en est ainsi, car nous l’avons vu, — mais aussi: Il en devait être ainsi, parce que Dieu l’a dit dans sa Parole, et le témoignage de Christ a été accompli, confirmé dans sa résurrection. — Maintenant la grâce manifestée en Jésus rejeté des Juifs, en Jésus mort pour nos péchés et ressuscité pour le salut de nos âmes, doit être annoncée à toutes les nations, c’est-à-dire la repentance et la rémission des péchés. C’est une grâce manifestée à la suite de la résurrection de Jésus, lorsqu’il a fait la paix et donne la vie selon la puissance de sa résurrection, lorsque la purification du, péché étant faite, le pardon est déjà accordé dans le don de la vie. En même temps, on devait commencer là où la patiente grâce de Dieu reconnaissait encore un lien par l’intercession de Jésus, mais qui ne pouvait être atteint que par la souveraine grâce, et où le péché le plus aggravé rendait le pardon plus nécessaire, et cela par un témoignage qui, venant d’en haut, devait agir avec Jérusalem, comme il agissait avec tous. Ils devaient prêcher la repentance et la rémission des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Le Juif, enfant de colère comme les autres, devait rester sur le même pied que ceux-ci. Le témoignage venait d’une plus haute source, où la différence de Juif et de gentil, la différence entre le formalisme légal du premier et le péché plus grossier du dernier pouvait être distinguée, bien qu’il l’envoie encore: «au Juif premièrement».

Mais il fallait encore quelque chose pour l’accomplissement de cette mission, savoir la puissance: il fallait que les disciples restassent à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils fussent revêtus de la puissance d’en haut, d’où Jésus allait leur envoyer le Saint Esprit par lui promis, et duquel les prophètes mêmes avaient parlé. — Après avoir béni ses disciples, les cieux et la grâce céleste caractérisant ses relations avec eux, Jésus se sépara d’eux et fut élevé dans le ciel, et eux revinrent à Jérusalem avec joie (vers. 48-53).

On aura remarqué que le récit de Luc est très général ici et renferme les grands principes sur lesquels sont basées la doctrine et les preuves de la résurrection. On y trouve l’incrédulité du cœur naturel dépeinte d’une manière frappante dans des récits simples et touchants; l’attachement des disciples à leur propre espérance du royaume; la peine avec laquelle la doctrine de la Parole s’empare de leur cœur, quoiqu’il s’ouvre avec joie à cette doctrine à mesure qu’ils la réalisent; la personne de Jésus ressuscité, encore un homme, l’excellente personne qu’ils avaient connue; la doctrine de la Parole; l’intelligence de la Parole donnée; la puissance de l’Esprit accordée — tout ce qui tenait à la vérité et à l’ordre éternel des choses mis en évidence. Toutefois, Jérusalem, encore reconnue comme point de départ de la grâce sur la terre selon les dispensations de Dieu envers elle, n’est pas, même comme localité, un point de contact et de liaison entre Jésus et ses disciples. Ce n’est pas de là qu’il les bénit, bien que, selon les vues de Dieu envers la terre, ce fût là qu’ils dussent attendre le Saint Esprit. Mais pour ce qui concerne les disciples eux-mêmes et leurs rapports avec lui, le Seigneur les conduit jusqu’à Béthanie, d’où il était parti pour se présenter à Jérusalem comme roi. C’est dans ce lieu que s’était accomplie la résurrection de Lazare; c’est là qu’il avait été reçu par cette famille, type le plus frappant du caractère du résidu qui s’attache à sa personne maintenant rejetée, avec des espérances meilleures. C’était là que Jésus s’était retiré quand il avait accompli pour les Juifs son témoignage, afin que son cœur pût se reposer pendant quelques moments au milieu de ces bien-aimés qu’il aimait et qui, à leur tour, l’aimaient par la grâce. Et c’est là aussi que, quant aux circonstances extérieures, il établit le lien entre le résidu attaché à sa personne, et le ciel: et de là il est enlevé en haut.

Jérusalem n’est que le point de départ public des apôtres, pour leur ministère, comme elle avait été le dernier lieu de la scène de son propre témoignage. Quant aux apôtres eux-mêmes, leur souvenir de la personne de Jésus, séparé d’avec eux, se lie à Béthanie et au ciel; et c’est de là que le témoignage devait venir pour Jérusalem même. Ceci est d’autant plus frappant, si nous le comparons avec Matthieu. Là, le Seigneur va en Galilée, le lieu d’association avec le résidu juif, il n’est pas fait mention de l’ascension, et la mission confiée aux disciples est exclusivement envers les nations; c’était rapporter à ceux-ci ce qui avait été confié aux Juifs avec défense de le réintroduire désormais.