Luc

Chapitre 18

Or, en présence de toute la puissance des ennemis et des oppresseurs (car il y en aurait, comme nous l’avons vu, puisque l’on pouvait être dans le cas de perdre la vie), il y avait une ressource pour le résidu affligé, savoir la persévérance dans la prière en tout temps, du reste, la ressource du fidèle, de l’homme, s’il comprend qu’il en est ainsi. Dieu vengera ses élus, quoique, quant à l’exercice de leur foi, il mette celle-ci à l’épreuve. Mais quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il sur la terre cette foi qui s’attend à son intervention? Telle était la solennelle question à laquelle il est laissé à la responsabilité de l’homme de répondre; question qui implique qu’à peine on peut s’attendre à ce qu’on trouvera la foi sur la terre, quoiqu’elle dût y être. Néanmoins, là où il y a de la foi, elle est agréable à Celui qui la cherche, et elle ne sera pas désappointée ni confondue.

On remarquera que le royaume — et c’est bien le royaume qui est en cause — est présenté de deux manières au milieu des Juifs dans ce temps-là, savoir: 1° dans la personne de Jésus, alors présent (chap. 17:21); 2° dans l’exécution du jugement au milieu duquel les élus seuls seront épargnés, la vengeance de Dieu s’exerçant en faveur de ces élus. C’est pourquoi aussi ceux-ci ne devaient penser qu’à plaire à Dieu, quelque paisible ou quelque oppresseur que le monde pût être. Il s’agit du jour du jugement des méchants et non de l’enlèvement des justes pour le ciel: ceux-ci sont préfigurés plutôt par Abraham et Énoch; les autres qui sont épargnés pour vivre sur la terre, par Noé et Lot. Cependant il y a des oppresseurs desquels le résidu doit être vengé. Le vers. 31 du chap. 17 nous indique que le résidu ne doit penser qu’au jugement et, comme hommes, ne se lier à rien: dans un pareil moment, ceux qui en faisaient partie devaient s’attendre à Dieu seul comme des gens détachés de tout.

Au vers. 9 du chapitre 18, le Seigneur reprend la description des caractères qui étaient propres pour entrer dans le royaume maintenant, en Le suivant. Depuis le vers. 351, la grande transition s’approche historiquement. Le vers. 8 de ce chapitre termine l’avertissement prophétique à l’égard des derniers jours. Le Seigneur continue ensuite à montrer quels sont les caractères personnels en harmonie avec l’état de choses introduit par la grâce. Ainsi, la propre justice est loin d’être une recommandation pour entrer dans le royaume (vers. 9-14): le plus misérable pécheur qui reconnaissait son péché, était justifié devant Dieu plutôt que le propre juste; — celui qui s’élève sera abaissé; celui qui s’abaisse sera élevé. Quel exemple et quel témoin de cette vérité que Jésus Christ, le Seigneur lui-même!

1 Le cas de l’homme aveugle à Jéricho est, comme cela a déjà été indiqué, le commencement (dans tous les évangiles synoptiques) des derniers événements de la vie de Christ ici-bas.

Puis, l’esprit d’un enfant, petit, simple, croyant ce qu’on lui dit, de peu d’importance à ses propres yeux, contraint de céder à tous, voilà ce qui convenait aussi pour le royaume de Dieu (vers. 15-17). Quel autre esprit le Seigneur aurait-il pu admettre dans ce royaume? De plus, les principes du royaume, tel qu’il serait établi par le rejet de Jésus, formaient un entier contraste avec des bénédictions temporelles liées à l’obéissance à la loi, toute bonne que fût, à sa place, cette loi. Il n’y avait nulle bonté dans l’homme: Dieu seul est bon (vers. 18 et suiv.).

Le jeune homme qui avait observé cette loi extérieurement dans sa marche est appelé à tout quitter pour suivre le Seigneur. Jésus connaissait les circonstances de ce jeune homme et son cœur, et il met le doigt sur la convoitise qui y régnait et qui était alimentée par la fortune dont il jouissait. «Une chose te manque encore: vends tout ce que tu as, et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; et viens, suis-moi». Il fallait tout vendre et suivre Jésus, ensuite de quoi, il y avait un trésor dans les cieux. Mais le jeune homme s’en va tout triste. Les richesses, qui aux yeux de l’homme semblaient être un signe de la faveur de Dieu, n’étaient plus qu’un obstacle dès qu’il s’agissait du cœur et du ciel. En même temps, le Seigneur annonce que l’homme qui abandonnerait pour le royaume de Dieu ce qui avait du prix à ses yeux, recevrait beaucoup plus dans ce monde, et, dans le siècle qui vient, la vie éternelle. Nous pouvons remarquer que le Seigneur ne fait que poser ici un principe universel en rapport avec le royaume (vers. 21-34).

Enfin, le Seigneur, en chemin pour Jérusalem, déclare explicitement et à part à ses disciples, qu’il allait être livré, maltraité et mis à mort pour ressusciter ensuite: ce à quoi les disciples ne comprennent rien, quoique ces choses fussent l’accomplissement des paroles des prophètes. Si le Seigneur devait faire partager sa croix à ceux qui le suivaient, il ne pouvait pas ne pas la porter lui-même. Il marchait devant ses brebis dans ce chemin d’abnégation et de dévouement; et il était seul à frayer le chemin, car les pieds de son peuple n’avaient pas encore passé par là, et ne pouvaient le faire qu’après Lui.

Maintenant commence, au vers. 35, l’historique du dernier voyage du Seigneur à Jérusalem. Il va s’y présenter de nouveau pour la dernière fois comme le Fils de David, mettant sur la conscience de la nation ses droits à ce titre, tout en faisant voir les conséquences du rejet qu’on ferait de lui. Près de Jéricho1, la ville de malédiction, il rend la vue à l’aveugle qui croit à son titre de Fils de David. C’est bien ce qui est arrivé à ceux d’entre les Juifs qui ont cru et l’ont suivi; et ils verront de plus grandes choses encore.

1 En Luc, la venue du Seigneur à Jéricho est rapportée comme un fait général en rapport avec son voyage tout entier dont il est question à partir du chap. 9:51. C’est effectivement en sortant de Jéricho qu’il voit l’aveugle. Nous n’avons ici que le fait général, rapporté ainsi afin de donner au récit dans son ensemble — à l’histoire de Zachée et à celle de l’aveugle — sa place morale.