Luc

Chapitre 14

Quelques points spéciaux de morale sont développés dans les chapitres suivants1.

1 Les chap. 15 et 16 nous présentent l’énergie souveraine de la grâce, ses fruits et ses conséquences, placés en contraste avec toute bénédiction terrestre apparente, avec le gouvernement de Dieu envers Israël sur la terre, et l’ancienne alliance. Le chap. 14, avant de nous introduire dans cette pleine révélation, nous montre la place que l’on devait prendre dans un monde tel que celui-ci, en vue de la justice distributive de Dieu ou du jugement qu’il exécutera quand il viendra. L’élévation de soi-même dans ce monde conduit à l’abaissement, tandis que s’abaisser soi-même, s’anéantir selon ce que l’on est, d’un côté, — et de l’autre, agir en amour, nous procure l’élévation de la part de Celui qui juge moralement. — Vient ensuite la responsabilité, découlant de la présentation de la grâce, et ce qu’il en coûte de s’en acquitter dans un monde tel que celui-ci. En un mot, le péché existant ici, s’élever soi-même c’est lui satisfaire, c’est l’égoïsme, c’est aimer le monde où le péché se déploie; on s’abaisse moralement, et moralement on est loin de Dieu. — L’amour agissant, c’est représenter Dieu aux hommes de ce monde; — toutefois, c’est en renonçant à tout, que nous devenons ses disciples.

Le Seigneur, invité à manger chez un pharisien, y revendique les droits de la grâce contre le sabbat, le sceau de l’ancienne alliance, en jugeant l’hypocrisie qui savait bien le violer, quand l’intérêt personnel y était engagé. Puis il montre quel esprit d’humilité et de petitesse convient à l’homme devant Dieu, et comment cet esprit doit s’unir à l’amour quand on possède les biens de ce monde. Sans doute, une pareille marche — qui était réellement celle de Christ — opposée qu’elle est à l’esprit du monde, nous y ôte notre place: la société n’y paie pas de réciprocité. Mais il y avait une autre époque de lumière plus excellente que celle qui aurait lui par la présence d’un Messie terrestre, une époque de lumière dont les rayons perçaient déjà au travers des ténèbres causées par le rejet du Messie, l’époque de la résurrection des justes, bannis par le monde de son sein. Quelles que fussent même les ténèbres qui accompagnaient ce rejet, celui-ci amenait, comme conséquence nécessaire dans la sagesse de Dieu, cette merveilleuse lumière. Dans ce déploiement de la puissance de Dieu, ces justes auraient leur place à part: il y aurait une résurrection des justes, où l’on aurait la récompense de ce que l’on aurait fait par amour et pour le nom du Seigneur. On comprend la force de cette allusion à la position dans laquelle se trouvait alors le Seigneur, prêt à être mis à mort dans ce monde-ci.

Et le royaume, que deviendrait donc ce qui le concernait dans ce moment-là? Le Sauveur en donne le tableau dans la parabole renfermée dans les vers. 16-24. Méprisé par les principaux des Juifs que Dieu invitait à participer au grand souper, le Seigneur chercherait d’abord les pauvres du troupeau; mais comme il y avait encore de la place dans sa maison, il enverrait dès lors chercher les gentils, et les introduirait par son appel puissant et efficace, lorsqu’ils ne le chercheraient pas; — c’était l’activité de sa grâce. — Les Juifs, comme Juifs, n’y auraient pas de part. Mais il en coûterait à ceux qui voudraient entrer (vers. 28-33): il faudrait tout abandonner dans ce monde et rompre tout lien avec lui. Plus une chose serait près du cœur, plus elle serait dangereuse et plus il fallait la haïr; non que les affections soient mauvaises, mais Christ étant rejeté du monde, tout ce qui lie à la terre devait coûte que coûte être sacrifié pour lui. Il fallait le suivre, savoir haïr sa propre vie et la perdre, plutôt que de se relâcher ou de tenir compte de quelque chose en marchant à la suite de Jésus; pour le suivre, il fallait sacrifier tout ce qui tenait à la vie naturelle, car il s’agissait du salut, du Sauveur et de la vie éternelle. Aussi charger sa croix et suivre Jésus était le seul moyen d’être son disciple; et sans la conviction qu’il en était ainsi, on ne devait pas commencer à bâtir. Il fallait voir si, ayant la conscience qu’extérieurement l’ennemi est beaucoup plus fort que nous, on oserait, comme parti pris et quoi qu’il en fût, aller à sa rencontre par la foi en Christ; et il fallait également rompre avec tout ce qui tenait à la chair comme telle.

Au reste (vers. 34, 35), chacun était appelé à rendre un témoignage particulier et en même temps à porter le caractère de Dieu lui-même, tel qu’il avait été rejeté en Christ, caractère dont la croix était la vraie mesure. Si les disciples ne réalisaient pas ces choses, ils ne valaient rien, puisque Dieu ne les laissait ici-bas qu’en vue de cela. L’Église l’a-t-elle conservé, ce caractère? Question solennelle pour nous tous!