Luc

Chapitre 6

Les récits qui se trouvent ici, vers. 1-10, et que nous avons mentionnés déjà en passant, ont trait à la même vérité et sous un point de vue important. Le sabbat était le signe de l’alliance entre Dieu et Israël; le repos après le travail achevé. Les pharisiens blâment les disciples de ce qu’ils broient des épis entre leurs mains. Mais un David rejeté franchissait les barrières de la loi quand ses besoins l’exigeaient. Lorsque l’Oint de Dieu fut rejeté et mis dehors, toutes choses devinrent, pour ainsi dire, communes [1 Sam. 21:5]. Le Fils de l’homme (fils de David, rejeté comme le fils de Jessé, roi élu et oint), était Seigneur du sabbat. Dieu était Seigneur du sabbat, puisqu’il avait établi cette ordonnance. Il l’avait établie et, lors de sa présence en grâce, l’obligation de l’homme cédait devant la souveraineté de Dieu; et le Fils de l’homme était là avec les droits et la puissance de Dieu: fait merveilleux! Aussi la puissance de Dieu, présente en grâce, ne laissait pas subsister la misère, parce que c’était le jour de la grâce. Mais c’était mettre de côté le judaïsme, l’obligation de l’homme envers Dieu, et Christ était la manifestation de Dieu en grâce envers les hommes1. Jésus se prévalant des droits de la bonté suprême et montrant la puissance qui légitimait ses prétentions à faire valoir ces droits, guérit en pleine synagogue un homme qui a la main sèche. Mais ceux qui étaient là sont remplis de fureur contre cette manifestation de puissance qui déborde et qui rompt les digues de leur propre justice et de leur orgueil. Toutes ces circonstances, comme on peut le remarquer, sont rassemblées dans un ordre et une relation parfaite entre elles2.

1 Ceci est un point important. Avoir part au repos de Dieu est le privilège distinctif des saints du peuple de Dieu. L’homme ne le possédait pas à la chute et cependant le repos de Dieu n’en demeure pas moins la portion spéciale de son peuple. Il ne l’a pas obtenu sous la loi. Mais avec chaque institution nouvelle sous la loi, Dieu insiste de nouveau sur le sabbat, cette expression formelle du repos de premier Adam, et Israël en jouira à la fin de l’histoire de ce monde. Jusque-là, comme dit le Seigneur, dans cette précieuse parole: «Mon Père travaille... et moi je travaille». Pour nous, le jour du repos n’est pas le septième jour, cette fin de la semaine du monde, mais bien le premier jour, le jour après le sabbat, le commencement d’une nouvelle semaine, d’une nouvelle création, le jour de la résurrection de Christ, le point de départ d’un nouvel état pour l’homme, dont la création qui nous entoure attend l’accomplissement, tandis que nous sommes devant Dieu en Esprit, comme Christ l’est lui-même. De là vient que le sabbat, le septième jour, le repos de la première création sur un terrain humain et légal, est toujours rejeté dans le Nouveau Testament, bien qu’il ne soit vraiment mis de côté que lorsque le jugement sera exécuté; mais, comme ordonnance, le sabbat mourut avec Christ dans la tombe où Il le passa — seulement il avait été donné à l’homme comme une faveur. Le jour du Seigneur est notre jour, avant-goût béni du repos céleste.

2 Je puis remarquer ici que lorsque l’ordre chronologique est suivi dans Luc, c’est le même ordre que celui de Marc, l’ordre des événements eux-mêmes; non pas comme en Matthieu où les faits sont placés de manière à faire ressortir le but de l’Évangile. Seulement Luc introduit de temps en temps une circonstance qui a pu se passer à un autre moment afin d’illustrer le sujet présenté historiquement. Mais au chapitre 9, Luc arrive au dernier voyage à Jérusalem (vers. 51), et dès lors suivent une série d’instructions morales jusqu’au chap. 18:31; ces instructions ont sans doute été pour la plupart sinon toutes données durant la période du voyage, mais elles n’ont guère à faire avec les dates.

Le Seigneur a montré que la grâce qui avait visité Israël, selon tout ce qu’on pouvait attendre du Dieu tout-puissant fidèle à ses promesses, ne pouvait cependant se borner aux limites étroites de ce peuple, ni s’adapter aux ordonnances de la loi; il avait montré que les hommes voulant le vieux, la puissance de Dieu agissait selon sa propre nature; il avait montré que le signe le plus sacré, le plus obligatoire de l’ancienne alliance devait reconnaître son titre à Lui, supérieur à toute ordonnance, et faire place aux droits de l’amour divin qui était en activité. Mais les choses anciennes étaient ainsi jugées et disparaissaient. Le Seigneur s’était montré lui-même en tout, particulièrement par l’appel de Pierre, comme le centre nouveau autour duquel devait se grouper tout ce qui cherchait Dieu et la bénédiction; car il en était la manifestation vivante dans l’homme. Ainsi Dieu était manifesté, l’ancien ordre de choses usé et incapable de contenir cette grâce, le résidu séparé. Celui-ci entoure le Seigneur du monde — d’un monde qui ne voyait aucune beauté en Lui qui fît qu’il le désirât. Le Seigneur agit maintenant selon la nouvelle position qu’il a prise: la foi le cherche encore en Israël, mais cette puissance de grâce manifeste Dieu d’une autre manière. Dieu, comme centre de bénédiction dans le Christ homme, s’entoure des hommes; mais il est amour, et dans l’activité de cet amour, il cherche ce qui était perdu. Nul, sauf un seul, Celui qui était Dieu et qui le révélait, ne pouvait s’entourer de ses compagnons. Aucun prophète ne le fit (voyez Jean 1). Nul autre que Dieu ne pouvait envoyer avec l’autorité et la puissance d’un message divin. Christ avait été envoyé, et maintenant il envoie (vers. 12 et suiv.). Et cette mission d’apôtres (ou d’envoyés, car Jésus les nomme ainsi) renferme cette profonde et merveilleuse vérité que Dieu est actif en grâce. Il s’entoure des bienheureux; il cherche des malheureux, de pauvres pécheurs; et si Christ, vrai centre de bonheur et de grâce, s’entoure de ceux qui le suivent, il envoie les siens pour rendre témoignage de l’amour qu’il est venu manifester. Dieu s’est manifesté dans l’homme et cherche les pécheurs par l’homme qui a une part dans le déploiement le plus immédiat de la nature divine des deux manières. Il (l’homme) est avec Christ comme étant tel, c’est-à-dire homme; il est envoyé par Christ. Christ lui-même — comme homme, l’homme rempli du Saint Esprit — envoie: aussi le voit-on toujours manifesté dans la dépendance de son Père; avant de choisir les apôtres, il se retire pour prier et passe toute la nuit en prière.

Et maintenant, il va plus loin que de se manifester comme personnellement rempli du Saint Esprit pour introduire la connaissance de Dieu au milieu des hommes; il devient le centre duquel doivent s’approcher ceux qui cherchent Dieu, et la source d’une mission qui accomplit son amour: le centre de la manifestation de la puissance divine en grâce; et ainsi, il appelle autour de Lui le résidu qui devait être sauvé. Sa position à tous égards se résume dans ce qui est dit lorsqu’il est descendu de la montagne. De sa communion avec Dieu il descend avec ses apôtres dans la plaine1; il est entouré de la foule de ses disciples, et ensuite d’une grande multitude attirée par sa parole et ses œuvres (vers. 17). L’attrait de la parole de Dieu les rassemble autour de Lui; puis il guérit la misère de l’homme et chasse la puissance de Satan. Le pouvoir qu’il exerçait résidait dans sa personne; la vertu qui sortait de Lui donnait ces témoignages extérieurs de la puissance de Dieu présente en grâce: l’attention du peuple était attirée sur Lui par ces moyens, Cependant, ainsi que nous l’avons vu, les choses vieilles auxquelles les masses s’attachaient, s’en allaient: le Seigneur s’entourait lui-même des cœurs fidèles à Dieu, des appelés de sa grâce. Ici donc (vers. 20 et suiv.), il n’annonce pas proprement, comme dans Matthieu, le caractère du royaume, pour montrer quel serait celui de l’économie à venir, en disant: «Bienheureux les pauvres en esprit; bienheureux, etc.»; mais il distingue le résidu par son attachement à Lui. Il déclare aux disciples qui le suivaient qu’ils étaient des personnes bénies: — ils étaient pauvres et méprisés, mais ils étaient bienheureux: ce seraient eux qui auraient le royaume. Ceci est important, car le Seigneur sépare le résidu et le met en relation avec lui-même pour recevoir la bénédiction: il dépeint d’une manière remarquable le caractère de ceux qui sont ainsi bénis de Dieu.

1 Proprement: «un terrain uni» sur la montagne.

Le discours du Seigneur se divise en plusieurs portions, comme suit:

Vers. 20-26. Contraste entre le résidu manifesté par le fait que ceux qui le composaient étaient devenus ses disciples, et la masse qui se contentait du monde. Le Seigneur ajoute un avertissement à ceux qui occupaient la position de disciples et qui, dans cette position, gagnaient la faveur du monde. Malheur à eux! Il est à remarquer à ce propos qu’au vers. 22, il n’est pas question, comme en Matthieu, d’être persécuté pour la justice, mais seulement de ce que l’on subira pour l’amour de Son nom: la position de chacun se dessinait par son attachement à la personne de Jésus.

Vers. 27-36. — Caractère de Dieu leur Père dans la manifestation de sa grâce en Christ, caractère que l’on devait imiter et qui est particulièrement développé. Il révèle, remarquez-le, le nom du Père et les place dans la position d’enfants.

Vers. 37-38. Ce caractère est particulièrement développé dans la position de Christ tel qu’il était venu dans ce temps-là, Christ accomplissant son service sur la terre. Ceci impliquait le gouvernement et les récompenses de la part de Dieu, principe qui trouvait son application à la vie et au service du Christ lui-même.

Vers. 39. Condition des conducteurs de la masse du peuple en Israël, et relation de celle-ci avec eux.

Vers. 40. Condition des disciples en relation avec Christ.

Vers. 41-42. Moyen de parvenir à cette condition et de voir clair au milieu du mal: pour arriver à ce dernier but, il faut ôter le mal de soi-même.

Vers. 43 et suiv. En général, le propre fruit de chaque arbre caractérise l’arbre. Il s’agissait non pas d’entourer Christ pour l’entendre, mais que le Christ eût pour le cœur une telle valeur que les motifs qui arrêtaient le cœur fussent ôtés et que l’on mît en pratique ce qu’il disait.

En résumé, dans ces chap. 5 et 6, Christ agit dans une puissance qui chasse le mal, parce qu’Il le trouve, et que lui-même est bon: Dieu seul est bon. Il atteint la conscience et appelle les âmes autour de Lui; il agit en rapport avec l’espérance d’Israël et la puissance de Dieu pour nettoyer le peuple, lui pardonner et lui donner de la force. Mais c’est une grâce dont nous avons tous besoin: et la bonté de Dieu, l’énergie de son amour qui restaure, ne se bornaient pas à ce peuple; l’exercice de cette puissance ne s’accordait pas avec les formes dont les Juifs vivaient, ou plutôt ne pouvaient vivre; et le vin nouveau devait être mis dans des outres neuves. La question du sabbat tranchait celle de l’introduction de cette puissance: le signe de l’alliance lui faisait place; Celui qui exerçait la puissance était le Seigneur du sabbat. La bonté du Dieu du sabbat n’était pas arrêtée, comme si elle était placée entre des mains liées par ce qu’il avait ordonné en rapport avec cette alliance. Alors, selon la volonté de Dieu, le Seigneur rassemble autour de lui-même les vaisseaux de sa grâce et de sa puissance (vers. 12 et suiv.): ils étaient les bienheureux, les héritiers du royaume. Le Seigneur dépeint aussi leur caractère: ce n’était pas l’insouciance et l’orgueil que donnait l’ignorance de Dieu, de Dieu justement aliéné d’Israël qui l’avait offensé, et qui méprisait la glorieuse manifestation de sa grâce en Jésus. Les disciples partagent la honte et la douleur qu’un tel état du peuple de Dieu devait produire chez ceux qui avaient part aux pensées de Dieu: c’est leur gloire d’être haïs, proscrits, honnis pour l’amour du nom du Fils de l’homme qui était venu porter leurs misères. Ils auront part à sa gloire quand la nature de Dieu se glorifiera en faisant tout selon ses pensées: dans le ciel ils ne seront plus haïs; ils auront là leur récompense, et non pas en Israël. «Leurs pères en ont fait de même aux prophètes». Malheur à ceux qui étaient à leur aise en Sion dans l’état de péché où Israël se trouvait et où le Messie était rejeté et maltraité!

En un mot, nous trouvons ici le contraste entre le caractère du vrai résidu et celui des orgueilleux d’entre le peuple. Puis vient la conduite convenable aux disciples; conduite qui, quant à ses éléments essentiels, se résume dans un mot, savoir le caractère de Dieu en grâce, tel qu’il s’est manifesté en Jésus sur la terre. Mais Jésus, tout en étant la manifestation de Dieu en chair, avait aussi un caractère de service qui lui appartenait comme Fils de l’homme. L’application, de ceci aux circonstances particulières des disciples est ajouté aux v. 37-38, comme il a été dit plus haut; et aux vers. 39 et 40, nous sont présentés les gouverneurs d’Israël et la portion des disciples. Rejetés comme Jésus, les disciples auront sa portion, mais en supposant qu’ils le suivront parfaitement. Ils auront cette portion en bénédiction, en grâce, en caractère, en position aussi. Quelle grâce!1 Aussi le jugement de soi-même, et non pas de son frère, est-il le moyen de voir clair moralement. L’arbre étant bon le fruit le sera: le jugement de soi-même s’applique aux arbres; et il en est partout et toujours ainsi. Dans le jugement de soi-même, ce ne sont pas seulement les fruits qui sont corrigés, mais on l’est soi-même; ensuite l’arbre est connu par son fruit: non seulement par du fruit bon, mais par son fruit. Le chrétien porte le fruit de la nature de Christ; mais il faut nous souvenir qu’il s’agit du fruit du cœur et de l’obéissance pratique et réelle.

1 Ceci cependant n’a pas trait à la nature d’une manière intrinsèque, car en Christ, il n’y avait pas de péché. Le mot que nous traduisons par «parfait» [cf. Matt. 5:48 différent de Luc 6:36; accompli en 6:40] n’a pas non plus ce sens-là. Il signifie quelqu’un qui a été instruit à fond, qui a été complètement formé par l’enseignement de son maître, omnibus numeris absolutus. Il sera semblable à son maître, dans tout ce en quoi il a été formé par lui. Christ était la perfection; nous croissons en Lui en toutes choses, «selon la mesure de la stature de la plénitude du Christ» (cf. Col. 1:28).

Ici donc, la Parole place devant nos yeux les grands principes de la nouvelle vie dans son plein développement pratique en Christ; c’est la chose neuve, le goût et le caractère du vin nouveau, le résidu assimilé à Christ qu’il suivait, à Christ, le nouveau centre du mouvement de l’Esprit de Dieu et de l’appel de sa grâce. Christ est sorti de la cour murée du judaïsme dans la puissance d’une vie nouvelle et par l’autorité du Très-Haut qui avait apporté la bénédiction au-dedans de cette enceinte où l’on ne savait pas le reconnaître. Il en est sorti quant aux principes de cette vie même qu’il annonçait; mais historiquement il faisait encore partie du système qui y était renfermé.