Luc

Chapitre 3

Au chapitre troisième, nous trouvons l’exercice du ministère de la Parole envers Israël, par un témoignage qui annonce en même temps l’introduction du Seigneur dans ce monde: ce ne sont pas les promesses à Israël et ses privilèges assurés de la part de Dieu, ni la naissance de l’enfant, héritier de toutes les promesses; l’empire même, témoin de la captivité d’Israël, servant d’instrument à l’accomplissement de la Parole qui concernait le Seigneur.

«Or, en la quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, et Hérode tétrarque de la Galilée, etc.» (vers. 1-2). Les années sont comptées ici d’après le règne des gentils: la Judée est une province entre les mains de l’empire des gentils, et les autres parties du pays de Canaan sont partagées entre divers chefs subordonnés à l’empire. Le système juif cependant continue; et les souverains sacrificateurs sont là pour indiquer par leurs noms les années de leur assujettissement aux gentils, et en même temps pour conserver l’ordre, la doctrine et les cérémonies des Juifs, autant que cela était possible dans les circonstances où Israël se trouvait.

«Or, en la quinzième année de Tibère César... la parole de Dieu vint à Jean, le fils de Zacharie, au désert. Et il alla dans tout le pays des environs du Jourdain, prêchant le baptême de repentance en rémission de péchés» (vers. 3 et suiv.). Or la parole de Dieu est toujours sûre, et lorsque le peuple de Dieu a manqué de fidélité, de sorte que ses relations avec Dieu ne trouvent pas de fondement dans l’intégrité du peuple, lorsque, en un mot, il n’y a point d’autre moyen que celui-là, alors Dieu maintient ses relations souverainement, par le moyen des communications d’un prophète. Mais dans le cas présent, le message de l’Éternel à son peuple avait un caractère particulier, car Israël était ruiné, ayant abandonné le Seigneur. La bonté de Dieu avait encore laissé subsister le peuple et l’avait laissé extérieurement dans la jouissance des formes de son culte et du service divin; mais le trône du monde était transféré aux gentils. Il s’agissait pour Israël de se repentir, d’être pardonné, et de prendre une nouvelle place par la venue du Messie.

Le témoignage de Dieu n’est donc point en rapport avec ses ordonnances à Jérusalem (quoique le juste s’y soumette): le prophète non plus ne les appelle pas à être fidèles, sur le terrain sur lequel ils se trouvaient; c’est la voix de Dieu dans le désert, aplanissant ses sentiers, afin que Dieu arrivât comme du dehors pour celui qui se repentirait et qui se préparerait à son arrivée. Aussi, puisque c’était l’Éternel lui-même qui venait, sa gloire ne serait pas renfermée dans les étroites limites d’Israël: «Toute chair» verra la délivrance opérée par Dieu (vers. 6). L’état du peuple même, était cet état duquel Dieu, en annonçant la colère qui allait fondre sur une nation rebelle, appelait les âmes à sortir par la repentance. Au reste, si Dieu venait, il voulait des réalités, des fruits réels de justice, et non un peuple qui n’en eût que le nom; aussi en susciterait-il un pour lui-même, selon sa puissance souveraine qui savait former pour elle-même ce qu’elle voulait avoir devant ses yeux. Dieu arrivait: il voulait la justice quant à la responsabilité de l’homme, car il était juste. Il pouvait se susciter une semence d’Abraham par sa puissance divine, et cela de pierres même s’il le trouvait bon. C’est la présence, la venue de Dieu lui-même qui caractérise tout ici.

Or la cognée était «déjà» mise à la racine des arbres, et chacun était jugé d’après ses fruits. Il ne suffisait pas de s’appeler Juif: si l’on jouissait de ce privilège, où en étaient les fruits? Là où Dieu trouverait des fruits selon son cœur, il reconnaîtrait le bon arbre. Jean s’adresse à la conscience de tous. Ainsi, les péagers haïs des Juifs comme instruments de l’oppression fiscale des gentils, et les soldats qui exécutaient les ordres arbitraires des gouverneurs païens ou des rois imposés au peuple par les Romains, étaient exhortés à faire ce que la vraie crainte de Dieu devait leur enseigner, en contraste avec l’iniquité qui se pratiquait habituellement selon la volonté de l’homme. Jean exhorte à la charité pratique la foule qui l’interroge; tandis que le peuple, envisagé comme peuple, est à ses yeux une race de vipères qu’attendait la colère de Dieu. La grâce agit à leur égard, en les avertissant du jugement qui était à la porte.

Dans les vers. 3-14, nous avons donc ces deux choses: vers. 3-6, la position de Jean vis-à-vis du peuple comme tel, dans la pensée que Dieu lui-même allait paraître; vers. 7-14, l’appel de Jean à la conscience des individus, faisant comprendre (vers. 7-9) que, devant la présence du Dieu juste et saint, les privilèges formels du peuple ne présentaient aucun abri: s’en couvrir n’était qu’attirer sur soi la colère, car le peuple était sous le jugement et exposé à la colère de Dieu. Au vers 10, Jean en vient aux détails; puis, vers. 15-17, la question du Messie se résout.

Du reste, comme nous l’avons dit, le grand sujet de tout ce passage, la grande vérité qui éclate aux yeux du peuple dans le témoignage de Jean le baptiseur, c’est que Dieu lui-même va paraître. L’homme doit se repentir: les privilèges accordés en attendant, comme moyens de bénédiction, ne sauraient être invoqués contre la nature et la justice de Celui qui venait, ni détruire la puissance par laquelle il pouvait se créer un peuple selon son cœur; toutefois la porte de la repentance est ouverte selon sa fidélité envers un peuple qu’il aimait.

Or il y avait une œuvre spéciale pour le Messie, selon les conseils, la sagesse et la grâce de Dieu. «Lui vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu» (vers. 16), c’est-à-dire qu’il introduirait la puissance et le jugement qui écartent le mal — l’Esprit Saint, écartant le mal par une puissance qui agit en sainteté et en bénédiction — le feu, symbole de ce jugement qui consume et détruit ce qui s’oppose à la volonté de Dieu. Le Christ baptise de l’Esprit Saint: ce n’est pas simplement un renouvellement de désirs, mais la puissance en grâce au milieu du mal; il baptise de feu: c’est le jugement qui consume le mal. Ensuite ce jugement s’applique à Israël, son aire. Christ mettra le froment ailleurs en sûreté; la balle sera brûlée par le jugement.

Mais Jean est mis en jugement par le chef royal du peuple: non pas que cet événement ait eu lieu historiquement au moment dont il vient d’être question; mais l’Esprit de Dieu veut montrer la fin du témoignage de Jean au point de vue moral, pour commencer le récit de la vie de Jésus, le Fils de l’homme, mais né Fils de Dieu dans ce monde.

C’est avec le vers. 21 que cette histoire commence; et de quelle manière étonnante et pleine de grâce! Dieu avait appelé par Jean le baptiseur son peuple à la repentance; et ceux qui écoutaient sa parole venaient se faire baptiser par celui-ci: c’était le premier signe de la vie et de l’obéissance. Et comme tout le peuple était baptisé, Jésus aussi vient, Jésus, parfait en vie et en obéissance, vient en grâce pour le résidu de son peuple; il prend place avec ce résidu; il est baptisé du baptême de Jean, comme le résidu l’avait été. Touchant et merveilleux témoignage! Jésus n’aime pas de loin, ni en pardonnant seulement; il vient se placer par la grâce là où le péché de son peuple avait placé celui-ci: c’était une place prise sous l’influence du sentiment que l’Esprit convertissant et vivifiant de son Dieu donnait à ce peuple. Jésus y pousse son peuple par sa grâce; mais il l’accompagne dans le chemin dans lequel il l’introduit, dès le premier pas qu’il y fait; il prend place avec lui dans toutes les difficultés du chemin et marche à la rencontre de tous les obstacles qui s’y présentent, s’identifiant réellement avec le pauvre résidu, ces «excellents de la terre en qui il trouvait ses délices», appelant l’Éternel, son Seigneur, s’anéantissant et disant que sa bonté ne s’élevait point jusqu’à l’Éternel (Ps. 16). En s’identifiant ainsi avec les siens dans leur confession, le Seigneur ne prend pas sa place éternelle, mais celle de l’humiliation, et partant de la perfection, dans la position jusqu’à laquelle il s’était abaissé, mais une perfection qui reconnaissait l’existence du péché; parce qu’en effet il y avait du péché, et le résidu a dû le sentir en retournant à Dieu: ce sentiment était le commencement du bien, de l’œuvre de la grâce et de l’Esprit dans le résidu. C’est là que Jésus prend place avec lui pour aller jusqu’au bout. En Christ, quelque humble que fût la grâce, c’était la grâce qui s’accomplissait par la justice, car c’était en Lui l’amour et l’obéissance, ainsi que la marche par laquelle il glorifiait son Père. Il est entré par la porte.

Jésus donc, en prenant cette position d’humiliation que demandait l’état du peuple bien-aimé, et dans laquelle la grâce le plaçait, Jésus se trouvait dans celle de l’accomplissement de la justice et de tout le bon plaisir du Père dont il devenait ainsi l’objet. Le Père pouvait le reconnaître comme satisfaisant son cœur là où se trouvait le péché (et en même temps les objets de sa grâce), de sorte qu’il pouvait donner libre cours à sa grâce. La croix était le plein accomplissement de cette œuvre de grâce, dans laquelle Jésus s’est identifié avec les siens pour porter toutes les conséquences de leur état. Il y a une différence, il est vrai, entre la croix et cette identification avec eux dans sa vie d’amour, et nous dirons un mot de cette différence en parlant de la tentation du Seigneur: mais le principe de ce qu’il fait est le même dans les deux cas. Christ était ici avec le résidu, au lieu d’être substitué et mis à sa place pour expier le péché. Mais l’objet des délices du Père avait pris place par grâce avec son peuple, lorsque ce peuple confessait son péché devant Dieu1 et qu’il était en ce sens dans son péché, quoique renouvelé pour le confesser; sans quoi le Seigneur n’aurait pu être avec lui, sauf comme témoin pour lui adresser la grâce prophétiquement.

1 Il prenait cette place au milieu du résidu pieux et avec lui, dans l’acte qui les distinguait de ceux qui ne se repentaient pas; cette place était celle qui convenait au peuple, le premier acte de la vie spirituelle. Le résidu qui entoure Jean représente le vrai Juif prenant sa vraie place devant Dieu. C’est là que Christ entre avec lui.

Jésus, ayant pris cette position et priant, occupe la place de l’homme pieux dépendant de Dieu; et son cœur s’élevant à Lui, dirigé vers Dieu (encore l’expression de la perfection dans cette position!), le ciel s’ouvre à lui. Par le baptême, il prenait sa place avec le résidu; en priant, il montrait sa perfection dans ses propres rapports avec Dieu dans la place qu’il avait ainsi prise. La dépendance de Dieu et le mouvement du cœur vers Dieu, comme la première chose qui y surgit et l’expression de son existence pour ainsi dire, est la perfection de l’homme ici-bas; et dans ce cas-ci, de l’homme dans les circonstances où il se trouvait dans ses relations avec Dieu, et Jésus avec lui. Ici, le ciel peut s’ouvrir; et remarquez-le, ce n’est pas le ciel s’ouvrant pour chercher quelqu’un qui était éloigné de Dieu, ni la grâce ouvrant le cœur à la conscience de cet éloignement; mais c’est la grâce et la perfection de Jésus qui fait ouvrir le ciel, comme il est dit: «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie». Ainsi aussi c’est la perfection positive de Jésus1 qui est le motif de l’ouverture du ciel. Une fois que ce principe de réconciliation existe, remarquez-le aussi, le ciel et la terre ne sont plus aussi éloignés l’un de l’autre. Il est vrai que, jusqu’après la mort de Jésus, cette relation de paix et de communion a dû se concentrer sur la personne de Jésus lui-même; mais le fait qu’elle était établie en Lui, renfermait toutes les conséquences précieuses qui en découlent pour nous. La proximité entre le ciel et l’homme était établie en grâce, quoiqu’elle ne pût s’étendre encore plus loin; car le grain de froment a dû rester seul jusqu’à ce qu’il tombât en terre et mourût. Cependant les anges, ainsi que nous l’avons vu, ont pu dire: «Sur la terre, paix et bon plaisir [de Dieu] dans les hommes»; et nous voyons l’ange avec les bergers et l’armée céleste, à la vue et à l’ouïe de la terre, louant Dieu de ce qui est arrivé, mais ici, le ciel ouvert sur l’homme et le Saint Esprit descendant sur lui visiblement.

1 Remarquez ici que Christ n’a pas, comme Étienne, un objet dans le ciel sur lequel fixer son attention. Lui est l’objet du ciel. Il est l’objet d’Étienne par le Saint Esprit, lorsque les cieux s’ouvrent devant le premier martyr. Sa personne demeure toujours clairement en évidence, même lorsqu’il met son peuple dans la place qu’il occupe, ou lorsqu’il s’identifie avec lui. Voyez sur ce sujet l’évangile de Matthieu.

Examinons la portée de ce dernier fait. Christ a pris place avec le résidu dans son faible et humble état; mais en y accomplissant la justice. La parfaite faveur du Père repose sur lui, et l’Esprit Saint vient l’oindre et le sceller de sa présence et de sa vertu. Fils de Dieu, homme dans ce monde, le ciel est ouvert à Jésus, et toute l’affection du ciel se concentre sur Lui et sur tous les siens en Lui1. Le premier pas que font ces âmes humiliées dans le chemin de la grâce et de la vie, voit Jésus là avec elles, et s’il est là, c’est la faveur et la dilection du Père et la présence de l’Esprit. Et souvenons-nous toujours que c’est sur Lui homme, quoiqu’il soit en même temps Fils de Dieu.

1 Je ne parle pas ici de l’union de l’Église avec Christ en haut; mais de ce qu’il a pris place avec le résidu qui vient à Dieu par la grâce, amené par l’efficace de sa Parole et par la puissance de l’Esprit. C’est, je présume, la raison pour laquelle nous voyons tout le peuple être baptisé, et alors Jésus vient et s’associe avec eux.

Telle est la position de l’homme accepté devant Dieu: Jésus nous présente cette position comme en étant lui-même la mesure, l’expression. Elle est caractérisée par ces deux choses, que l’homme fait les délices du Père, et qu’il est scellé du Saint Esprit dont la puissance repose sur lui. Ensuite cela a lieu dans ce monde, et est connu de celui qui en jouit. Le ciel est ouvert à l’homme en Jésus. Il y a cette différence maintenant, déjà notée dans notre position actuelle, d’avec celle de Jésus, que nous regardons par le Saint Esprit dans le ciel où est Jésus; mais nous prenons sa place ici-bas.

Il nous faut contempler l’homme tel qu’il est vu dans la personne et la position de Jésus dans ce moment — le ciel ouvert — la puissance du Saint Esprit sur Lui et en Lui — le témoignage du Père — et la relation du Fils avec le Père.

«Et Jésus lui-même commençait d’avoir environ trente ans, étant, comme on l’estimait, fils de Joseph: d’Héli, etc.» (vers. 23 et suiv.). — On remarquera qu’ici la généalogie de Jésus est tracée non jusqu’à Abraham ou à David, afin qu’Il soit héritier des promesses selon la chair, mais jusqu’à Adam, pour montrer que Jésus est le vrai Fils de Dieu, homme dans ce monde, où le premier Adam avait perdu son titre, tel qu’il le possédait. Le second Adam, le Fils de Dieu, accepté du Père, était là, et se préparait à prendre sur Lui les difficultés dans lesquelles le péché et la chute du premier Adam avaient placé, ceux qui, d’entre sa race, s’approchaient de Dieu sous l’influence de la grâce. L’Ennemi était par le péché en possession du premier Adam, et il faut que Jésus remporte la victoire sur lui, s’il veut délivrer ceux qui étaient sous sa puissance; il doit lier l’homme fort: le vaincre en pratique, c’est la seconde partie de la vie chrétienne. La joie avec Dieu, la lutte avec l’Ennemi, voilà ce qui compose la vie du racheté, scellé du Saint Esprit et marchant par sa puissance; il est avec Jésus et Jésus avec lui dans ces deux parties de sa vie.