Luc

Chapitre 2

La scène change ici. On sort de ces relations selon la grâce entre Dieu et Israël, pour être placé de prime abord devant l’empereur païen du monde, le chef du dernier empire de Daniel, exerçant sa puissance sur la terre d’Emmanuel et sur le peuple de Dieu, comme si Dieu ne les connaissait pas. Cependant nous assistons à la naissance du Fils de David, d’Emmanuel lui-même; mais cet événement s’accomplit extérieurement sous la puissance du chef de la Bête, d’un empire païen. Quel étrange état de choses le péché n’introduit-il pas? Toutefois ce qui le fait ressortir ici, c’est la grâce, l’intervention de Dieu. — Mais d’autres circonstances encore, auxquelles, il est bon de faire attention, se rattachent à la mission de Jésus au milieu de cet état de choses. Lorsqu’il est question des intérêts et de la gloire de Jésus, toute cette puissance qui gouverne sans la crainte de Dieu, toute cette puissance qui domine en cherchant sa propre gloire là où le Christ devait dominer, toute la gloire impériale, n’est qu’un instrument entre les mains de Dieu pour l’accomplissement de ses desseins. Pour ce qui est du fait public dont la Parole nous entretient, nous voyons l’empereur romain exerçant un pouvoir despotique et païen là où aurait dû être le trône de Dieu, si le péché du peuple n’eût rendu l’établissement de ce trône impossible dans «la sainte cité». L’empereur veut que tout le monde se fasse enregistrer, et chacun se rend dans sa ville. La puissance terrestre se signale par un acte qui montre sa suprématie sur ceux qui (comme le peuple de Dieu) auraient dû être libres de tout, sauf du gouvernement de leur Dieu, ce qui d’ailleurs fait leur gloire; et cet acte par son caractère montre la complète dégradation et l’assujettissement du peuple: ils sont, à cause de leurs péchés, esclaves des païens dans leurs corps et dans leurs biens1; mais cet acte, d’ailleurs, n’aboutit à autre chose qu’à accomplir l’admirable dessein de Dieu, qu’à faire naître le Roi libérateur dans le village où, selon le témoignage de Dieu, sa naissance devait avoir lieu. Et plus que cela, cette divine Personne qui devait faire éclater la joie et les louanges du ciel, est née au milieu des hommes, lui-même un enfant dans ce monde.

1 Néhémie 9:36, 37

L’enregistrement ordonné ici par César Auguste est d’autant plus remarquable, que, sitôt le dessein de Dieu accompli, il n’a pas eu de suite sur le moment, mais plus tard seulement, sous le gouvernement de Cyrénius1.

1 Je ne doute nullement que la seule vraie traduction de ce passage ne soit: «Le recensement même n’a eu lieu que lorsque Cyrénius était gouverneur de la Syrie», ou, si l’on veut, «a premièrement eu lieu quand Cyrénius, etc.». Le Saint Esprit rapporte cette circonstance pour faire voir qu’une fois le dessein de Dieu historiquement accompli, ce n’est que plus tard qu’on a donné suite au décret de l’empereur. Ce passage qui, pour moi, est simple et clair dans son texte, a donné lieu à beaucoup de discussions.

L’état de choses que nous rencontrons ici en Israël et dans le monde, c’est donc la suprématie des gentils et l’absence du trône de Dieu. Le Fils de l’homme, le Sauveur, Dieu manifesté en chair, vient y prendre place, mais une place que la grâce seule avait pu trouver et occuper dans un monde qui ne le connaît pas.

Le Fils de Dieu est né dans ce monde, mais il n’y trouve pas de place. Le monde est chez soi, ou au moins il trouve par ses ressources mondaines une place dans l’hôtellerie: le Fils de Dieu n’en trouve que dans la crèche. Est-ce pour rien que le Saint Esprit relève cette circonstance? Non certes. Dans ce monde il n’y a pas de place pour Dieu, ni pour ce qui est de Dieu; mais l’amour qui a amené Dieu ici-bas en est d’autant plus parfait. Jésus commença sa carrière dans une crèche et la termina sur la croix; et, durant sa vie, il n’avait pas un lieu où reposer sa tête.

Dans le monde, le Fils de Dieu paraît, enfant participant à toute la faiblesse et à toutes les circonstances de la vie humaine ainsi manifestée1. Mais si Dieu entre dans le monde et qu’une crèche le reçoive dans la nature qu’il a prise en grâce, les anges s’occupent de cet événement duquel dépend le sort de tout l’univers et en qui s’accomplissent tous les conseils de Dieu: car Dieu se choisit les choses faibles pour anéantir les choses fortes. Ce pauvre petit enfant est l’objet de tous les conseils de Dieu, le soutien et l’héritier de la Création tout entière, le Sauveur de tous ceux qui hériteront de la vie et de la gloire éternelles. De pauvres gens qui s’acquittaient fidèlement de leur tâche pénible, loin de l’inquiète activité d’un monde ambitieux et pécheur, reçoivent les premières nouvelles de la présence du Seigneur sur la terre. Le Dieu d’Israël ne cherchait pas les grands de son peuple, mais avait égard aux pauvres du troupeau.

1 C’est-à-dire comme un petit enfant. Il n’a pas paru comme le premier Adam sortant dans sa perfection des mains de Dieu: Il est fils de l’homme, et né de femme, ce qu’Adam n’était pas.

Deux choses se présentent ici: l’ange qui vient annoncer aux bergers de Judée l’accomplissement des promesses de Dieu à Israël; et le chœur des anges qui, dans leurs louanges célestes, célèbrent la portée réelle de ce merveilleux événement.

«Aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur», dit le messager céleste aux pauvres bergers qu’il visite. C’était annoncer une bonne nouvelle pour eux et pour tout le peuple.

Mais la naissance du Fils de l’homme, Dieu manifesté en chair, et l’accomplissement de l’incarnation avaient une portée tout autrement grande, Le fait que ce pauvre petit enfant était là méconnu et abandonné à son sort, humainement parlant, avait une portée qui, pour les intelligences célestes, pour la foule des armées célestes, dont les louanges retentissaient lors de la déclaration faite par l’ange aux bergers, se résumait ainsi: «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts; et sur la terre, paix; et bon plaisir [de Dieu] dans les hommes!» Ces quelques mots embrassent une telle étendue de pensées que, dans un travail comme celui-ci, il est difficile de s’en occuper convenablement: quelques remarques sont cependant nécessaires. — D’abord, il est profondément doux de voir que la pensée de Jésus dont les anges sont remplis, exclut tout ce qui pouvait oppresser le cœur dans ce qui a accompagné sa présence sur la terre. Le péché était là; hélas! il était manifesté dans la position même où se trouvait cet enfant merveilleux. Mais si le péché l’avait placé là, la grâce l’y avait placé aussi: la grâce surabonde; et en pensant à Lui, la bénédiction, la pensée de Dieu à l’égard du péché, ce que Dieu est, en tant que manifesté en la personne de Jésus, absorbent l’esprit, possèdent le cœur, et sont pour lui un soulagement dans un monde comme celui-ci. On ne voit que la grâce; et le péché ne fait que rehausser la plénitude, la domination et la perfection de cette grâce. Dieu, dans ses voies glorieuses, efface le péché à l’égard duquel il agit et qu’il montre ainsi dans toute sa difformité: mais il y a ce qui surabonde. Jésus, venu en grâce, remplit le cœur. Il en est de même dans tous les détails de la vie chrétienne; et c’est là la vraie source de puissance morale, de sanctification et de joie.

Ensuite, cette présence de Jésus né comme un enfant sur la terre, fait ressortir d’abord ce qui est exprimé par ces mots: «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts!» L’amour de Dieu, sa sagesse, sa puissance qu’il a manifestés non pas en tirant l’univers du néant, mais en se mettant au-dessus du mal, et en faisant de l’effet de toute la puissance de l’Ennemi, l’occasion (et cela par le moyen de la faiblesse même dont Il s’était revêtu) de montrer que cette puissance n’était qu’impuissance et folie devant ce que l’on peut appeler la faiblesse de Dieu; l’accomplissement de ses éternels conseils; la perfection de ses voies là où le mal était entré; la manifestation de Lui-même au milieu de ce mal de manière à se glorifier devant les anges: toutes ces choses réunies donnaient lieu à ces louanges. Dieu, en un mot, était manifesté de telle sorte par la naissance de Jésus, que l’armée des cieux, à laquelle sa puissance était familière depuis longtemps, pouvait entonner: «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts!» Et toute voix se joignait à la célébration de ces louanges. Quel amour que cet amour! et Dieu est amour. Quelle pensée purement divine que celle de Dieu devenu homme! Quelle suprématie du bien sur le mal! Quelle sagesse, si Dieu voulait s’approcher du cœur de l’homme! Quelle convenance de s’adresser ainsi à l’homme! Quel maintien de la sainteté de Dieu! Quelle proximité du cœur de l’homme, quelle participation à ses besoins, quelle expérience de son état! Mais par-dessus tout, Dieu au-dessus du mal en grâce, et visitant dans cette grâce le monde souillé, pour se faire connaître comme jamais il n’avait été connu.

La présence de Celui qui manifestait Dieu sur la terre, a, en second lieu, pour effet que la «paix» sera sur la terre. Rejeté, son nom y sera une occasion de guerre, mais le chœur céleste occupé du fait de sa présence et du résultat de cette présence, quand elle aura produit tout son effet, et considérée dans ses propres fruits, en célèbre les conséquences bénies et bienheureuses. Le mal disparaîtra; l’introduction de l’amour parfait bannira toute inimitié: Jésus, puissant en amour, dominera et prêtera le caractère dans lequel il est venu à toute la scène qui l’entourera, au monde où il venait de paraître, afin que celui-ci fût selon son cœur qui trouvait dans ce caractère ses propres délices (voyez Prov. 8:31)1. Voyez, dans des termes plus brefs, Ps. 85:11, 12. Les moyens par lesquels ces bénédictions seront accomplies, savoir la rédemption, la destruction de la puissance de Satan, la réconciliation de l’homme avec Dieu par la foi, et celle de toutes choses dans les cieux et sur la terre, ne sont pas indiqués. Tout dépendait de la présence et de la personne de Celui qui était né: tout se renfermait en Lui. L’état de bénédiction annoncé dans le chœur des anges naissait avec la naissance de cet enfant. Offert à la responsabilité de l’homme, l’homme est incapable d’en profiter; et la bénédiction renfermée dans la présence du Seigneur manque tout entière: la position même de l’homme en est aggravée. Mais pour celui qui s’attachait à la personne de Jésus, toutes les conséquences bénies de sa présence en découlaient nécessairement. C’était, après tout, l’intervention de Dieu accomplissant les conseils de son amour, le propos arrêté de son bon plaisir; et une fois Jésus là, la conséquence ne pouvait pas manquer, quelqu’interruption qu’il y eût à son accomplissement: Jésus en était le garant; il était venu au monde; il contenait et il exprimait dans sa personne toutes ces conséquences. Le Fils de Dieu au milieu des pécheurs, disait pour l’intelligence spirituelle: «Paix sur la terre!»

1 Cette citation nous conduit à une connaissance glorieuse à la fois de ce qui avait lieu alors et de notre bénédiction. L’intérêt spécial de Dieu est dans les fils des hommes; la sagesse (Christ est la sagesse de Dieu) fait les délices de l’Éternel tous les jours, se réjouissant en la partie habitable de sa terre, avant la création, suivant son dessein, et ses délices dans les fils des hommes. Son incarnation en est la preuve certaine. En Matthieu, nous avons notre Seigneur, lorsqu’il prend sa place avec le résidu, pleinement révélé. C’est dans le Fils, prenant cette place comme homme et étant oint du Saint Esprit, que toute la Trinité est pleinement révélée. C’est une merveilleuse révélation des voies de Dieu.

Cette présence de Jésus sur la terre, a pour troisième effet: «le bon plaisir1, l’affection de Dieu dans les hommes». Rien de plus simple: puisque Jésus était un homme, il n’avait pas pris les anges, mais la semence d’Abraham; les hommes étaient les objets de sa grâce infinie. C’était un témoignage glorieux que l’affection, le bon plaisir de Dieu se concentraient sur cette pauvre race dans laquelle, tout éloignée qu’elle fût de Lui, il voulait accomplir tous ses conseils glorieux. En Jean 1, «la vie était la lumière des hommes». En un mot, c’était la puissance de Dieu présente en grâce dans la personne du Fils de Dieu, prenant part à la nature et s’intéressant au sort d’un être qui s’était éloigné de Lui, et faisant de cet être même la sphère de l’accomplissement de tous ses conseils et de la manifestation de sa grâce et de sa nature à toutes ses créatures. Quelle position pour l’homme! car c’est bien dans l’homme que tout cela s’accomplissait. Tout l’univers devait apprendre dans l’homme et dans ce que Dieu était pour l’homme, ce que Dieu est en lui-même, le fruit de tous ses conseils glorieux, ainsi que «son repos» parfait en sa présence et d’après sa nature d’amour.

1 C’est le même mot lorsqu’il est dit de Christ: «En qui j’ai trouvé mon plaisir». Il est beau de voir ces êtres célestes célébrer sans arrière-pensée l’élévation d’une autre race à cette place glorieuse, par l’incarnation de la Parole. C’était à la gloire de Dieu, et cela leur suffisait. Combien cela est beau!

Voilà ce qu’impliquait la naissance de cet enfant dont personne ne tenait compte, mais qui était le sujet naturel et merveilleux des louanges des saints habitants du ciel, de ces multitudes de l’armée céleste auxquelles Dieu en avait donné la connaissance. «Et il arriva, lorsque les anges s’en furent allés d’avec eux au ciel, que les bergers dirent entre eux: Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître» (vers. 15). La foi était en exercice dans ces simples Israélites; elle trouvait sa joie dans la bénédiction qui s’accomplissait devant leurs yeux, et qui donnait une réalité vivante à cette grâce que Dieu leur avait faite en leur annonçant la bénédiction elle-même. Ces mots: «la parole qui leur avait été dite» (v. 17), ajoutent leur témoignage de bonté à tout ce dont nous jouissons en grâce de la part de Dieu.

L’enfant reçoit le nom de Jésus le jour de sa circoncision, selon les coutumes des Juifs (comp. chap. 1:59), mais selon les conseils et les révélations de Dieu communiqués par les anges de sa puissance. Tout au reste s’accomplit selon la loi: car historiquement nous nous trouvons toujours en rapport avec Israël. Celui qui est né de femme «est né sous la loi» (Gal. 4:4).

La pauvreté des circonstances dans lesquelles Jésus a été placé ici-bas se montre encore dans le sacrifice offert pour la purification de sa mère. «Et quand les jours de leur purification, selon la loi de Moïse, furent accomplis, ils le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur (selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur, que tout mâle qui ouvre la matrice sera appelé saint au Seigneur), et pour offrir un sacrifice, selon ce qui est prescrit dans la loi du Seigneur, une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes» (vers. 22-24).

Mais un autre point important est ici mis en relief par le Saint Esprit, tout chétif en apparence que puisse être Celui qui en fournit l’occasion. Jésus est reconnu du résidu pieux d’Israël en tant que le Saint Esprit agit en celui-ci, et il devient une pierre de touche pour toute âme en Israël. L’état de ce résidu enseigné par le Saint Esprit, c’est-à-dire conduit par la grâce, et qui, ainsi éclairé de la lumière de Dieu, avait pris sa vraie position, était celui-ci: il avait la conscience de la misère et de la ruine d’Israël, mais s’attendait au Dieu d’Israël et à sa fidélité immanquable pour la consolation de son peuple; et Dieu était avec ce résidu. Il avait fait connaître à ceux qui comptaient ainsi sur sa bonté, la venue du rédempteur d’Israël qui avait été promis et qui devait être l’accomplissement de cette bonté pour le peuple (vers. 25 et suiv.).

Ainsi, en présence de l’oppression des gentils et de l’iniquité d’un peuple qui mûrissait dans le mal, le résidu qui compte sur Dieu ne perd pas ce que, dans le chapitre précédent, nous avons vu appartenir à Israël: dans la misère du peuple, il a pour consolation ce que la promesse et la prophétie annonçaient pour la gloire d’Israël.

Le Saint Esprit avait averti Siméon qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur: voilà sa consolation, et elle était grande; elle se renfermait dans la personne de Jésus le Sauveur, sans aller plus loin dans les détails de la manière ou des temps de l’accomplissement de la délivrance d’Israël. Siméon aimait Israël et s’en allait en paix, puisque Dieu le bénissait selon les désirs de sa foi. La joie de la foi s’arrête au Seigneur et à son peuple, mais elle voit dans la relation qui existe entre eux, toute l’étendue de ce qui donne lieu à cette joie. Le salut, la délivrance de Dieu étaient venus en Christ; et la présence de Christ était pour la révélation des gentils jusqu’alors cachés dans les ténèbres de l’ignorance sans révélation, et pour la gloire d’Israël, peuple de Dieu. Ce que le Saint Esprit dit ici par la bouche de Siméon, est l’expression du résultat du gouvernement de Dieu en Christ, c’est-à-dire du millénium. Mais si l’Esprit révélait à ce pieux et fidèle serviteur de Dieu l’avenir qui dépendait de la présence du Fils de Dieu, il lui révélait qu’il tenait ce Sauveur lui-même dans ses bras, lui donnant ainsi une paix présente et une telle conscience de la faveur de Dieu que la mort en avait perdu ses terreurs. Ce n’était pas une connaissance de l’œuvre de Jésus qui se rapportait à une conscience éclairée et convaincue; mais c’était l’accomplissement des promesses faites à Israël, la possession du Sauveur et la preuve de la faveur de Dieu, de sorte que la paix qui en découlait remplissait l’âme de Siméon. Il y avait pour lui trois choses: la prophétie qui annonçait la venue du Christ, la possession du Christ, et l’effet de sa présence dans tout le monde. Nous sommes ici en rapport avec le résidu d’Israël, et par conséquent nous ne trouvons pas l’Église et les choses célestes proprement dites: le rejet de l’objet de ces témoignages vient après. Ce qui nous est présenté dans cette portion de l’évangile est tout ce qui appartient au résidu en fait de bénédiction par la présence de Jésus; l’œuvre du Seigneur n’est pas le sujet dont l’Esprit de Dieu parle dans ces passages.

Quel beau tableau et quel témoignage rendu à cet enfant, dont nous suivons l’histoire pas à pas, que la manière dont, par la puissance du Saint Esprit, il remplissait le cœur de ce saint homme sur la fin de sa vie terrestre! Et remarquez quelles étaient les communications de l’Esprit de Dieu à ce faible résidu inconnu au milieu des ténèbres qui couvraient le peuple! Qu’il est doux en même temps de penser combien de ces âmes, remplies de grâce et de la communion du Seigneur, ont fleuri dans l’ombre, inconnues de l’homme, mais connues et chéries de Dieu, de ces âmes qui, quand elles paraissent, sortant selon sa volonté de leurs retraites pour rendre témoignage à Christ, jouissent elles-mêmes et nous parlent d’une manière si douce pour nos cœurs, d’une œuvre de Dieu qui se fait malgré tout ce dont l’homme s’occupe, et s’accomplit derrière la scène pénible et pleine d’amertume qui se déploie dans ce monde! Mais le témoignage de Siméon, ce saint homme de Dieu, était plus que l’expression des pensées profondément intéressantes qui avaient rempli son cœur, comme fruit de ce qui se passait entre Dieu et lui. Cette connaissance de Christ et des pensées de Dieu à son égard qui se développe en secret entre Dieu et l’âme, donne de l’intelligence sur l’effet de la manifestation au monde de Celui qui est l’objet dont l’âme s’occupe. L’Esprit parle de cet effet par la bouche de Siméon. Précédemment, nous recevions de la même source et par le même moyen la déclaration du sûr accomplissement des conseils de Dieu dans le Messie, la joie de son propre cœur; maintenant, c’est l’effet de la présentation de Jésus comme le Messie à Israël ici-bas qui nous est dépeint. Quelle qu’ait été la puissance de Dieu en Christ dans la bénédiction, Dieu mettait le cœur de l’homme à l’épreuve. Il serait ainsi, en découvrant les pensées de plusieurs, une occasion de chute pour plusieurs, le moyen de relever plusieurs de leur état d’abaissement et de dégradation; car il était lumière en lui-même et les pensées de bien des cœurs seraient d’autant plus découvertes qu’il a été abaissé dans un monde rempli d’orgueil. Marie même, toute mère du Messie qu’elle fut, aurait le cœur transpercé d’une épée; car son enfant serait rejeté, les relations naturelles du Messie avec le peuple rompues et méconnues. Ainsi la contradiction des pécheurs contre le Seigneur mettrait à découvert les cœurs, leurs désirs, leurs vœux, leur ambition, quelles que fussent les formes de la piété.

Tel était le témoignage rendu au Christ en Israël selon l’action de l’Esprit de Dieu dans le résidu, au milieu de la misère et de l’esclavage du peuple: dans sa personne était renfermé le plein accomplissement des conseils de Dieu envers Israël et envers le monde par Israël, pour la joie du cœur du fidèle qui avait espéré dans les promesses, mais l’épreuve, dans ce moment-là, de tous les cœurs par un Messie auquel on contredirait. Les conseils de Dieu et le cœur de l’homme se révélaient en Lui.

Malachie avait dit que ceux qui craindraient l’Éternel dans le mauvais temps où l’on tiendrait pour heureux les orgueilleux, s’entretiendraient souvent ensemble (Mal. 3:15-16): ce temps était bien arrivé en Israël. Depuis Malachie jusqu’à la naissance de Jésus, Israël n’avait fait que passer de la misère à l’orgueil qui, du reste, commençait à poindre déjà du temps du prophète; mais ce que Malachie disait du résidu: «Ils ont parlé l’un à l’autre», s’accomplissait aussi. Nous voyons qu’ils se connaissaient mutuellement dans ce tableau ravissant du peuple de Dieu. «Elle parlait de Lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance» (v. 38). Anne paraît ici, cette sainte veuve qui ne quittait pas le temple et qui, consciente de la misère d’Israël, assiégeait le trône de Dieu avec un cœur de veuve pour une nation dont Dieu n’était plus le mari, et qui était réellement veuve comme elle. Anne sort pour annoncer à tous ceux qui repassaient ces choses ensemble, que le Seigneur avait visité son temple. Ils attendaient la délivrance à Jérusalem, et le Libérateur méconnu des hommes était là. Quel sujet de joie pour ce pauvre résidu! Quelle réponse à sa foi!

Après tout néanmoins, Jérusalem n’était pas le lieu où Dieu visitait le résidu de son peuple, mais cette ville était le lieu de l’orgueil de ceux qui disaient: «le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel…» (Jér. 7:4). Joseph et Marie ayant accompli ce que la loi exigeait, vont prendre leur place et Jésus la sienne, dans le lieu méprisé dont il devait porter le nom, et dans les contrées où le résidu méconnu, les pauvres du troupeau, avaient pour la plupart leur place, et où le témoignage de Dieu avait annoncé l’apparition de la lumière. Là sa vie d’enfant s’écoule dans l’accomplissement physique et intellectuel de la nature véritablement humaine qu’il avait prise: simple et précieux témoignage! Mais quand le moment est arrivé pour Lui de s’entretenir avec les hommes, il n’en a pas moins la conscience de sa relation avec son Père. Cette humanité et sa relation avec le Père se trouvent réunies dans ce qui est dit à la fin du chapitre. Dans le développement de son humanité se manifeste le Fils de Dieu sur la terre. Joseph et Marie qui, tout en s’étonnant de tout ce qui lui arrivait, ne connaissaient pas sa gloire d’une manière complète par la foi, blâment l’enfant selon la position dans laquelle il se trouvait personnellement par le fait, et extérieurement vis-à-vis d’eux (de fait, Joseph n’était pas son père du tout). Or ceci donne lieu à la manifestation d’un autre caractère de perfection de Jésus. S’il était Fils de Dieu et en avait toute la conscience, il était homme obéissant, essentiellement et toujours parfait et sans péché; il était enfant obéissant, quel que fût d’ailleurs le sentiment d’une relation qui n’avait en elle-même aucun rapport avec celle de la soumission à des parents humains; la conscience de l’une de ces relations ne nuisait pas à sa perfection dans l’autre: que Jésus fût Fils de Dieu, assurait sa perfection comme homme et enfant sur la terre.

Mais il y a une autre chose importante à remarquer ici: c’est que cette perfection ne tenait pas à ce qu’il fût oint du Saint Esprit. Il a accompli son ministère public d’après la puissance et la perfection de cette onction sans doute; mais sa relation avec son Père tenait à sa personne même. Le lien subsistait entre Lui et son Père: il en avait toute la conscience, quel que fût le moyen ou la forme de sa manifestation publique et de la puissance de son ministère. Il était tout ce qu’un enfant doit être, mais c’était le Fils de Dieu qui était tel. Sa relation avec son Père lui était aussi connue que son obéissance à Joseph et à sa mère était belle, convenable et parfaite.

C’est là que nous terminons cette touchante et divine histoire de la naissance et des premiers jours du divin Sauveur, Fils de l’homme, histoire qui, donnée de Dieu, porte l’empreinte de la grâce qui nous l’a accordée et qui a été manifestée dans les faits dont elle parle. Impossible de trouver quelque chose de plus profondément intéressant. Désormais, c’est dans son ministère, dans sa vie publique, que nous allons le retrouver, rejeté des hommes, mais accomplissant les conseils et l’œuvre de Dieu; et séparé de tous pour le faire, selon la puissance du Saint Esprit qui était en Lui sans mesure, et pour fournir cette carrière à laquelle rien ne peut se comparer: elle est le centre et le moyen, et le seul possible, comprenant sa mort, son offrande sans tache à Dieu, de toute relation de nos âmes avec Dieu, la perfection de la manifestation de sa grâce, et le fondement des seules relations que Dieu puisse maintenant reconnaître de toutes les créatures avec Lui.