Luc

Chapitre 1er

Plusieurs avaient entrepris de donner le récit de ce qui était historiquement reçu au milieu des chrétiens, selon que les compagnons du Seigneur le leur avaient raconté. Or Luc ayant suivi ces choses depuis le commencement et en ayant eu ainsi une exacte connaissance, avait trouvé bon d’en écrire méthodiquement à Théophile, afin que celui-ci eût la certitude des choses dans lesquelles il avait été instruit. C’est ainsi que Dieu a pourvu à l’instruction de l’Église tout entière, par la doctrine contenue dans le tableau de la vie de Jésus que nous devons à cet homme de Dieu, qui, mû personnellement par des motifs chrétiens, a été dirigé et inspiré par le Saint Esprit pour le bien de tous les croyants1.

1 L’union des motifs et de l’inspiration que les incrédules ont voulu mettre en contradiction se trouve à chaque page de la Parole; aussi ces deux choses ne sont-elles incompatibles que dans l’esprit borné de ceux qui ne connaissent pas les voies de Dieu. Dieu ne peut-il donc point donner des motifs et par ces motifs engager un homme à entreprendre une tâche quelconque, et puis le diriger parfaitement et absolument en tout ce qu’il fait? Eût-ce été même une pensée humaine (ce que je ne crois pas), si Dieu l’approuvait, ne pouvait-il pas veiller sur l’exécution, afin que le résultat fût entièrement selon sa volonté?

Au vers. 5, l’évangéliste commence par les premières révélations de l’Esprit de Dieu relatives à ces événements, événements dont l’état du peuple de Dieu et l’état du monde dépendaient tout entiers, et dans lesquels Dieu devait se glorifier pour toute l’éternité.

Le récit nous fait entrer de suite dans l’atmosphère judaïque, au milieu des institutions judaïques: ce sont les ordonnances juives de l’Ancien Testament, les pensées et l’attente qui s’y rattachent qui forment le cadre dans lequel le grand et solennel fait est placé. Hérode, roi de Judée, en fournit la date; et c’est un sacrificateur de l’une des vingt-quatre classes, homme juste et intègre, que nous rencontrons aux premiers pas sur notre chemin. Sa femme était des filles d’Aaron, et tous les deux justes devant Dieu, marchant sans reproche dans tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur (Jéhovah). Tout chez eux était en règle devant Dieu selon sa loi, dans le sens judaïque; mais ils ne jouissaient pas de la bénédiction souhaitée par tout Juif: ils n’avaient pas d’enfant. Cependant il était selon les voies, on peut dire, ordinaires de Dieu dans son gouvernement au milieu de son peuple, d’accomplir sa bénédiction en manifestant la faiblesse de l’instrument dont il se servait; faiblesse qui, d’après les pensées humaines, ôtait dans ce cas-ci tout espoir. Telle avait été l’histoire des Sara, des Rebecca, des Anne, et de bien d’autres dont la Parole nous parle pour nous instruire dans les voies de Dieu.

Cette bénédiction, objet des vœux, souvent exposés à Dieu, du pieux sacrificateur, ne lui avait pas été accordée jusqu’alors: l’exaucement tardait. Mais maintenant lorsque, au moment d’exercer son ministère régulier, Zacharie s’approche pour offrir l’encens qui, selon la loi, devait monter (figure de l’intercession du Seigneur) comme un parfum devant Dieu, et tandis que le peuple priait en dehors du lieu saint, l’ange de l’Éternel se présente au sacrificateur à la droite de l’autel des parfums (vers. 8 et suiv.). À la vue de ce glorieux personnage, le trouble s’empare de l’esprit de Zacharie; mais l’ange l’encourage en lui déclarant qu’il porte de bonnes nouvelles, et en lui faisant connaître l’exaucement de ses vœux, longtemps et en apparence inutilement présentés à Dieu: «Ne crains pas, Zacharie, parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean», c’est-à-dire «la faveur de l’Éternel». «Et il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance», qui sera pour eux un sujet d’actions de grâces. Mais ce n’est pas seulement comme fils de Zacharie, que cet enfant devait réjouir les cœurs de plusieurs: l’Éternel le donne à Zacharie, et il sera grand devant le Seigneur; il sera Nazaréen et rempli du Saint Esprit dès le ventre de sa mère, et aussi il fera retourner le cœur de plusieurs des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu. Il ira devant sa face dans l’esprit d’Élie et avec la même puissance, pour rétablir en Israël, dans ses sources mêmes, l’ordre moral, pour ramener les désobéissants à la pensée des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé.

«L’esprit d’Élie» était un zèle ferme et ardent pour la gloire de l’Éternel et pour l’établissement ou le rétablissement, par la repentance, des relations d’Israël avec Lui. Le cœur de Jean tenait à ce lien du peuple avec leur Dieu, selon la force et la gloire de ce lien même, mais dans le sentiment de l’état de décadence du peuple, et conformément aux droits de Dieu qui se rattachaient à ces relations elles-mêmes. En effet, quoique la grâce de Dieu envers son peuple eût envoyé Jean, l’esprit d’Élie était un esprit légal en un certain sens; il faisait valoir les droits de l’Éternel en jugement. La grâce, par lui, ouvrait la porte à la repentance; c’était la grâce, mais non la grâce souveraine qui apporte le salut même, quoique cependant elle en préparât la voie. C’est dans la force morale de son appel à la repentance que Jean est ici comparé à Élie, dans le but de rapprocher Israël de l’Éternel. Or l’Éternel, en effet, était là quand Jésus a paru.

Mais la foi de Zacharie en Dieu et dans sa bonté n’était pas, cas trop ordinaire, hélas! à la hauteur de sa requête; et quand celle-ci est exaucée à une époque qui rendait nécessaire une intervention particulière de la puissance de Dieu, il ne sait pas marcher sur les traces des Abraham et des Anne, et il demande encore comment la chose peut se faire?

La bonté de Dieu fait tourner le manque de foi de son serviteur en un châtiment instructif pour lui, et pour le peuple, en une preuve que Zacharie a été visité d’en haut: Zacharie restera muet jusqu’à ce que la parole de l’Éternel soit accomplie; et les signes qu’il fait au peuple étonné de sa longue station dans le sanctuaire, en expliquent la cause.

Or la parole de Dieu s’accomplit en faveur de Zacharie; et Élizabeth, reconnaissant la bonne main du Seigneur qui l’avait bénie, se cache avec un tact qui tenait à sa piété. La grâce qui la bénissait ne la rendait pas insensible à ce qui était une honte en Israël, et qui, tout en étant ôté, laissait aux yeux des hommes des traces de cet opprobre dans les circonstances surnaturelles mêmes de la bénédiction qui lui était accordée. Il y avait là une justesse de sentiment convenable à une sainte femme. Mais ce qui se dérobe justement à l’homme, a toute sa valeur devant Dieu, et Élisabeth est visitée dans sa retraite par la mère du Seigneur.

Ici la scène change pour introduire le Seigneur lui-même dans cette scène merveilleuse qui se déroule devant nos yeux. Dieu, qui avait tout préparé d’avance, envoie maintenant annoncer à Marie la naissance du Sauveur. Dans le lieu que l’homme eût le moins soupçonné, et dont la renommée suffisait aux yeux du monde pour la condamnation de ceux qui en sortaient, une jeune fille inconnue à tous ceux que le monde connaissait, était fiancée à un pauvre charpentier; Marie était son nom. Or tout était renversé en Israël: le charpentier était de la maison de David. Mais les promesses de Dieu qui jamais ne les oublie, et jamais ne méconnaît ceux qui en sont les objets, trouvaient ici le lieu de leur accomplissement; la puissance et les affections de Dieu se dirigent ici selon leur énergie divine. Qu’importait que Nazareth fût grand ou petit, sinon pour montrer que Dieu ne s’attend pas à l’homme, mais que c’est à l’homme de s’attendre à Dieu! Gabriel est donc envoyé à Nazareth, «à une vierge, fiancée à un homme dont le nom était Joseph, de la maison de David» (vers. 27).

Le don de Jean à Zacharie avait été une réponse aux prières de celui-ci — Dieu était fidèle à sa bonté envers un peuple qui s’attend à Lui. Mais ici, il y a une visitation de la grâce souveraine: Marie, vase d’élection, avait dans ce but trouvé grâce aux yeux de Dieu; elle était favorisée par la grâce souveraine et bénie entre les femmes1. Elle devait concevoir et enfanter un fils qu’elle appellerait Jésus. «Et voici, tu concevras dans ton ventre, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume» (vers. 31-33).

1 Les expressions «tu as trouvé grâce» et «favorisée par la grâce», n’ont pas du tout la même signification. Personnellement, Marie avait trouvé grâce, de sorte qu’elle ne devait pas craindre; mais Dieu, dans sa souveraineté, lui avait accordé cette grâce, cette faveur immense d’être la mère du Seigneur; elle était en cela l’objet de la faveur souveraine de Dieu.

On remarquera que le sujet placé ici devant nos yeux par le Saint Esprit est la naissance de l’enfant, tel qu’il serait ici-bas dans ce monde, tel qu’il serait, enfanté de Marie: Lui qui serait né. L’instruction du Saint Esprit sur ce point est divisée en deux portions; l’une concernant l’enfant qui naîtra; l’autre relative à la manière de sa conception et à la gloire qui découlera de son résultat. Ce qui est présenté ici n’est pas la nature simplement divine de Jésus, la Parole qui était Dieu et qui a été faite chair, mais ce qui était né de Marie et la façon particulière de cette naissance. Nous savons bien que c’est de ce même précieux et divin Sauveur proclamé par l’apôtre Jean qu’il est question en Luc; mais il est présenté ici sous un autre aspect d’un intérêt infini pour nous, et nous devons le considérer sous le jour dans lequel le Saint Esprit le montre comme né de la vierge Marie dans ce monde de larmes. Occupons-nous d’abord des vers. 31-33.

Celui qui était annoncé par l’ange était un enfant vraiment conçu dans le sein de Marie qui l’a enfanté au temps réglé pour la nature humaine par Dieu lui-même: elle l’a porté jusqu’au terme pour accoucher. Ceci ne nous dit rien encore du comment: c’est le fait qui est révélé, fait pour nous d’une importance impossible à exagérer ou à mesurer: Il était réellement et vraiment homme, né comme nous d’une femme, non pas quant à la source, ni quant à la manière de sa conception dont nous ne parlons pas encore, mais quant à la réalité de son existence comme homme! C’était une personne vraiment et réellement humaine, redisons-le encore.

Mais d’autres choses qui se rattachent à la personne de Celui qui doit naître sont aussi racontées. Son nom sera appelé Jésus, c’est-à-dire, Jéhovah le Sauveur: il sera manifesté dans ce caractère et avec cette puissance: car il était réellement celui dont il portait ainsi le nom. Ceci n’est pas rattaché au fait «qu’il sauvera son peuple de leurs péchés», comme en Matthieu, où l’on trouve la manifestation de la puissance de l’Éternel, du Dieu d’Israël, à ce peuple dans l’accomplissement des promesses à lui faites. Ici nous voyons que Jésus a droit à ce nom; mais le titre divin reste caché sous la forme d’un nom personnel; car Celui que Luc nous présente c’est le Fils de l’homme, quelle que fût d’ailleurs sa puissance divine.

Ensuite, selon les paroles de l’ange, celui qui naîtrait «serait grand»; et né dans ce monde, il «serait appelé le Fils du Très-Haut». Avant que le monde fût, il était le Fils du Père; mais né dans ce monde, cet enfant, tel qu’il serait ici-bas, serait appelé Fils du Très-Haut, titre qu’il démontrerait avoir le droit de porter, et par ses actes et par tout ce qui manifesterait ce qu’il était. Pensée précieuse et pleine de gloire pour nous! un enfant né d’une femme jouit à juste titre de ce nom, suprêmement glorieux pour quelqu’un qui avait la position d’un homme et l’était réellement devant Dieu.

Mais à celui qui naîtrait se rattachent encore d’autres choses: Dieu lui donnera le trône de David, son père. De nouveau, nous le voyons bien ici, il est considéré comme né homme dans ce monde; le trône de David, son père, lui appartient: Dieu le lui donnera. Il est par droit de naissance héritier des promesses terrestres, qui, quant à la royauté, se concentraient dans la famille de David: mais ce sera selon les conseils et la puissance de Dieu. Il régnera «sur la maison de Jacob», non seulement sur la Judée et dans la faiblesse d’une puissance passagère et d’une vie éphémère; ce sera «à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume». — En effet, ainsi que Daniel l’avait dit (chap. 2:44), ce royaume «ne sera jamais détruit» et «ne passera point à un autre peuple»: il sera établi selon les conseils de Dieu qui ne changent pas, selon sa puissance qui ne fait pas défaut. Jusqu’à ce qu’il remette le royaume à Dieu le Père, Jésus exercera une royauté indiscutable que, tout étant accompli, il remettra à Dieu, mais dont la force royale ne défaudra jamais entre ses mains. Tel serait l’enfant qui allait naître, cet enfant véritablement né d’une manière miraculeuse comme homme. Pour celui qui savait comprendre son nom, il était Jéhovah le Sauveur, et il serait roi sur la maison de Jacob selon une puissance qui ne défaillirait, ni ne manquerait jamais, jusqu’à ce qu’elle se confondît avec la puissance éternelle de Dieu comme tel.

Le grand sujet de la révélation donnée par l’ange à Marie, c’est que l’enfant serait conçu et né: ce qui est ajouté encore, c’est la gloire qui lui appartient étant né. Mais c’est la conception que Marie ne comprend pas; et Dieu lui permet de demander à l’ange comment elle aurait lieu. La question de Marie était selon Dieu; et je ne crois pas qu’ici il y eût manque de foi. Zacharie avait constamment demandé un fils, et il ne s’agissait que de la puissance et de la bonté de Dieu pour réaliser ses vœux. Amené par la déclaration positive de Dieu au point où il n’y avait plus qu’à se confier dans une promesse, il ne s’y fie pas, lors même qu’il n’y avait dans un ordre de choses naturel, qu’à attendre un exercice extraordinaire de la puissance de Dieu. Mais Marie demande avec une sainte confiance, puisque Dieu la favorisait ainsi, comment s’accomplirait, en dehors de l’ordre naturel, la chose qui lui était annoncée: de l’accomplissement elle ne doute pas1; elle demande le comment de ce qui s’accomplira, puisque cela doit se faire hors de l’ordre de la nature. L’ange poursuit sa mission en communiquant à Marie la réponse de Dieu à cette question qui, dans les voies de Dieu, a été, grâce à la réponse qu’elle a reçue, une occasion de révéler la conception miraculeuse de Jésus. Il s’agissait de Sa naissance de la vierge Marie: c’était de cela que l’ange parlait. Le Seigneur Jésus était Dieu et il était homme. Cette personne née, et née de la vierge Marie, et qui a marché ici-bas, était Dieu, et elle est devenue homme. Ce n’est pas cela toutefois qui nous est spécialement déclaré ici, mais bien la manière de la conception; ce n’est pas non plus ce qu’elle était auparavant, mais la conception miraculeuse de Celui qui est né tel qu’il a été dans ce monde. Selon les paroles de l’ange, le Saint Esprit viendrait sur Marie et agirait en puissance sur ce vase de terre, sans la volonté de celui-ci, ni celle d’aucun homme. Dieu est donc la source de la vie de l’enfant promis à Marie en tant que né dans ce monde, et par Sa puissance cet enfant est sorti du sein de Marie, de cette femme élue de Dieu: «La puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu» (vers. 35). Saint par sa naissance, conçu par l’intervention de la puissance de Dieu agissant sur Marie, puissance qui était le principe divin de son existence ici-bas dans ce monde, celui qui commencerait ainsi son existence, ce fruit du sein de Marie, aurait dans ce même sens le titre de Fils de Dieu; cette sainte chose qui serait née de Marie serait appelée le Fils de Dieu. Ce n’est pas ici la doctrine de la relation éternelle du Fils avec le Père: l’évangile de Jean, l’épître aux Hébreux, celle aux Colossiens constatent cette précieuse vérité et signalent son importance; mais ici, c’est ce qui a été né en vertu de la conception miraculeuse qui est, à ce titre-là, appelé Fils de Dieu.

1 Voyez, au verset 45, ce que dit Élisabeth: «Bienheureuse est celle qui a cru!»

Ensuite, l’ange annonce à Marie la bénédiction d’Élisabeth par la toute-puissance de Dieu; et devant la volonté de son Dieu, Marie s’incline soumise à Ses desseins, comme vase de leur accomplissement, reconnaissant dans ces desseins une élévation qui ne lui laissait, à elle, leur passif instrument, que la place de la soumission à ce que Dieu voulait. C’était sa gloire par la faveur de son Dieu.

Mais il convenait que des merveilles accompagnassent et rendissent un juste témoignage à cette intervention miraculeuse de Dieu. La communication de l’ange ne reste pas sans fruit dans le cœur de Marie, et dans une visite à Élisabeth, elle va reconnaître ces voies merveilleuses de Dieu. La piété de la vierge se montre ici d’une manière touchante. L’intervention miraculeuse de Dieu l’a rendue humble au lieu de l’élever: elle a vu Dieu et non pas elle-même dans ce qui est arrivé; et bien plus, la grandeur de ces merveilles a amené Dieu assez près d’elle pour la cacher à elle-même. Elle se courbe devant sa sainte volonté: mais dans tout ceci, Dieu est trop proche de son cœur pour qu’elle s’y voie comme quelque chose d’important. La visite de la mère du Seigneur d’Élisabeth à cette dernière était toute naturelle, car Dieu avait visité la femme de Zacharie (l’ange le lui avait annoncé), et elle s’intéressait aux choses de Dieu, parce que Dieu était près de son cœur par la grâce qui l’avait visitée. Conduite par le Saint Esprit dans son cœur et dans ses affections, Élisabeth, parlant par cet Esprit, reconnaît la gloire qui se rattachait à Marie en vertu de la faveur de Dieu qui l’avait élue pour être la mère de son Seigneur. Sous l’influence de la même inspiration, elle reconnaît aussi la foi pieuse de Marie et lui annonce l’accomplissement de la promesse que Dieu lui avait faite. Tout ce qui se passe est un témoignage éclatant rendu à Celui qui devait naître au milieu d’Israël et des hommes. — Alors le cœur de Marie s’épanche en actions de grâce. Elle reconnaît Dieu son Sauveur dans la grâce qui l’a remplie de joie, et sa propre petitesse, figure de l’état du résidu d’Israël, petitesse qui servait d’occasion à la grandeur de Dieu pour intervenir avec un plein témoignage que tout était de Lui. Quelle que fût la piété convenable à un instrument qu’il employait, piété qui se trouvait en effet chez Marie, celle-ci n’était grande qu’en tant qu’elle se cachait, car alors Dieu était tout, et c’était par elle qu’il intervenait pour la manifestation de ses voies merveilleuses. En faisant quelque chose d’elle-même, elle perdait sa place: mais elle n’a rien fait ainsi. Dieu l’a gardée par sa grâce, afin que Sa gloire fût pleinement déployée dans l’événement divin. Et Marie reconnaît cette grâce, et en même temps que tout est grâce envers elle.

Le caractère et l’application des pensées qui remplissent le cœur de Marie, sont tout judaïques. On peut rapprocher du cantique qui nous les fait connaître, le cantique d’Anne (1 Samuel 2) qui célèbre prophétiquement cette même intervention divine (voyez les vers. 44-45). Mais Marie, il faut le remarquer, remonte aux promesses faites aux pères, non pas à Moïse, et elle embrasse tout Israël. On voit dans ses paroles la force de Dieu qui s’accomplit dans l’infirmité quand il n’y a plus de ressource et que tout est contraire. C’est le moment qui convient à Dieu; et pour cela, il lui faut des instruments qui soient nuls, afin que Lui soit tout.

Il n’est pas dit, chose à remarquer aussi, que Marie fût remplie du Saint Esprit; et il me semble que c’est une distinction honorable pour elle. Le Saint Esprit visitait Élisabeth et Zacharie d’une manière exceptionnelle; mais quoique l’on ne puisse douter que Marie ne fût sous l’influence de l’Esprit de Dieu, la réponse de celle-ci était un effet plus intérieur de l’action de cet Esprit et se rattachait davantage à sa propre foi, à sa piété, et aux relations habituelles de son cœur avec Dieu, formées par cette foi et cette piété. Marie s’exprimait par conséquent en termes qui étaient davantage la voix de ses propres sentiments. Elle rendait grâces pour la bonté et la faveur dont elle était l’objet, elle de si basse condition, et cela en relation avec les espérances et la bénédiction d’Israël. Dans tout ceci, il y a, ce me semble, une convenance très frappante avec la grâce merveilleuse qui avait été faite à Marie. Je le répète, Marie est grande en tant qu’elle n’est rien; mais étant favorisée de Dieu d’une manière sans pareille, tous les âges la diront bienheureuse. Mais dans le cantique qui nous occupe, sa piété et ce qui l’exprime ayant un caractère plus personnel, étant une réponse à Dieu plutôt qu’une révélation de sa part, Marie se borne clairement à ce qui, pour elle, devait être la sphère de cette piété, savoir Israël, les espérances de ce peuple et les promesses à lui faites. Elle atteint, nous l’avons vu, au point de vue le plus élevé des relations de Dieu avec Israël; mais elle ne le dépasse pas.

Marie reste trois mois auprès d’Élisabeth, de la femme bénie de Dieu, de la mère de celui qui sera la voix de Dieu dans le désert; puis elle se retire pour suivre humblement sa propre voie, afin que celles de Dieu s’accomplissent. Rien de plus beau dans son genre que ce tableau des entretiens de ces femmes pieuses, inconnues au monde, mais instruments de la grâce de Dieu pour accomplir ses desseins glorieux, infinis dans leurs conséquences. Elles se cachent et se meuvent dans une scène où rien n’entre que la piété et la grâce — mais Dieu est là, pas plus connu du monde que ces pauvres femmes qu’il ignorait, mais préparant et accomplissant ce que les anges désirent sonder jusqu’au fond. Cela se passe dans l’ombre, loin d’un monde qui ne connaît pas Dieu; mais les cœurs des pieuses femmes, visités de Dieu et touchés par sa grâce, répondaient par leur piété mutuelle à ces visites merveilleuses d’en haut; et la grâce de Dieu se reflétait d’une manière vraie dans le calme du cœur de Marie qui reconnaissait Sa main et Sa grandeur en se confiant en Sa bonté et en se soumettant à Sa volonté. C’est une grâce pour nous d’être admis là d’où le monde a été exclu par son incrédulité et son éloignement de Dieu, et où Dieu a agi de la sorte.

Mais ce que la piété reconnaît en secret par la foi, dans les visitations de Dieu, doit enfin se publier et s’accomplir à la face des hommes. Le fils de Zacharie et d’Élisabeth est né, et son père, obéissant à la parole de l’ange, cesse d’être muet (vers. 57 et suiv.); il annonce la venue du rejeton de David, de la corne du salut d’Israël dans la maison du roi élu, pour accomplir toutes les promesses faites aux pères et toutes les prophéties par lesquelles Dieu avait annoncé la bénédiction future de son peuple. L’enfant que Dieu a donné à Zacharie et à Élisabeth ira devant la face de l’Éternel pour lui préparer le chemin; car le Fils de David est «l’Éternel qui vient», selon les promesses et la parole par laquelle Dieu avait annoncé la manifestation de sa gloire.

La visitation d’Israël par l’Éternel, célébrée par la bouche de Zacharie, embrasse tout le bonheur du millénium. Ce bonheur se rattache à la présence sur la terre de Jésus, l’apportant dans sa personne qui en fait le centre et la sûreté. Toutes les promesses sont oui et amen en Lui; toutes les prophéties l’entourent de la gloire qui se réalisera à cette époque (dans le millénium), et font de Lui la source même d’où elle jaillit. Abraham trouvait sa joie à voir la journée glorieuse du Christ. — C’est ce que fait toujours le Saint Esprit quand il s’agit de l’accomplissement de la promesse en puissance: il s’avance jusqu’au plein effet que Dieu opère à la fin. La différence ici est que ce ne sont plus des joies annoncées pour un avenir lointain, quand il y aurait eu pour cela un Christ ou un enfant à naître, pour introduire ces jours de réjouissance, en des temps encore obscurs à cause de leur éloignement: le Christ est là, à la porte, et c’est l’effet de sa présence qui est célébré. Nous savons que, puisqu’il a été rejeté et qu’il est maintenant absent, l’accomplissement de ces choses est nécessairement renvoyé à son retour; mais sa présence amènera cet accomplissement qui est annoncé comme rattaché à cette présence.

On observera que ce premier chapitre se renferme dans les strictes limites des promesses faites à Israël, c’est-à-dire aux pères. Nous y trouvons les sacrificateurs, le Messie, le précurseur de celui-ci, les promesses faites à Abraham, l’alliance de la promesse et le serment de Dieu. Ce n’est pas la loi; mais l’espérance d’Israël, fondée sur la promesse, l’alliance et le serment de Dieu, et confirmée par les prophètes, qui trouve sa réalisation dans la naissance de Jésus, du Fils de David. Ce n’est pas la loi, je le répète, mais Israël sous la bénédiction, non encore accomplie, sans doute, mais dans les relations de la foi avec Dieu qui devait l’accomplir. Il ne s’agit que de Dieu et d’Israël, de ce qui s’était passé en grâce entre Lui et son peuple seul.