Luc

John Nelson Darby

Introduction

Le Sauveur nous est présenté dans Luc sous le caractère de Fils de l’homme déployant la puissance de l’Éternel en grâce au milieu des hommes. C’est pourquoi cet évangile fait davantage mention de l’action présente de la grâce et de ses effets, et rapporte même la prophétie au temps présent. Elle ne le remplace pas, comme en Matthieu, par d’autres dispensations, mais le remplit de la grâce céleste qui sauve. Au commencement, sans doute (et précisément, parce qu’Il devait être révélé comme homme et en grâce envers les hommes), nous le voyons, dans une espèce de préface, dans laquelle nous avons un tableau exquis du résidu pieux, présenté à Israël auquel il avait été promis et en relation avec lequel, selon la chair, il s’est placé par sa naissance dans ce monde. Mais ensuite, cet évangile nous présente des principes moraux qui s’appliquent à l’homme quel qu’il soit, tout en manifestant pour le moment au milieu du peuple et de diverses manières cette puissance de Dieu en grâce dans son application aux besoins des hommes.

Après la transfiguration qui est rapportée dans Luc plus tôt1 que dans les autres évangiles, nous trouvons le jugement de ceux qui ont rejeté Jésus, et le caractère céleste de la grâce qui, puisqu’elle est grâce, s’adresse aux nations, aux pécheurs, sans avoir égard particulièrement aux Juifs, renversant les principes légaux par lesquels ceux-ci prétendaient être en relation avec Dieu, et quant à leur position extérieure, y avaient été appelés à l’origine en Sinaï. Les promesses inconditionnelles faites à Abraham, etc., et leur confirmation prophétique, sont un autre sujet. Elles seront accomplies en grâce et devaient jusque-là être saisies par la foi. Ce qui devait arriver à ce peuple selon le juste gouvernement de Dieu, nous est annoncé ensuite; et à la fin, nous trouvons le récit de la mort et de la résurrection du Sauveur, événements qui accomplissent la rédemption. Il est à remarquer que Luc qui, sous le rapport moral, met de côté le système judaïque pour établir les relations de l’homme avec Dieu sur la base de la révélation de Dieu lui-même, donne beaucoup plus de développements que les autres évangélistes à son récit des faits qui tiennent aux relations de Jésus avec les Juifs. C’est lui qui introduit le Fils de l’homme comme l’homme devant Dieu selon le cœur de Dieu, en le faisant voir comme rempli de toute la plénitude de Dieu demeurant en lui corporellement. L’homme devant Dieu selon le cœur de Dieu, Jésus, est Médiateur entre l’homme et Dieu, et centre d’une sphère morale beaucoup plus vaste que celle du Messie au milieu des Juifs: et c’est essentiellement de ces nouvelles relations (vraiment anciennes dans les conseils de Dieu) que Luc s’occupe. Cependant nous trouverons dans les premiers chapitres de son évangile beaucoup plus de détails qu’ailleurs à l’égard de l’entrée de Jésus au milieu des Juifs (représentés par le pieux résidu de ce peuple), lorsqu’Il a été fait chair, ainsi que sur les faits qui se sont succédés à cette époque, faits propres à servir pour ce peuple de preuves de la mission de Jésus en entrant dans ce monde, à attirer son attention et à la fixer sur l’enfant qui leur était né.

1 C’est-à-dire, quant au contenu de cet évangile. Le récit du dernier voyage du Seigneur se rendant à Jérusalem commence au chap. 9 et continue jusqu’au chap. 18. Au vers. 31 de ce chapitre est mentionné le fait qu’il monte à Jérusalem, et dès lors l’évangéliste donne surtout une série d’instructions d’une portée morale et montre les voies de Dieu en grâce qui vont être introduites. Au vers. 35 du chap. 18, nous trouvons l’aveugle de Jéricho déjà mentionné comme formant le début de la dernière visite du Seigneur à Jérusalem.

Il faut ajouter que ce qui caractérise le récit de Luc, et donne son intérêt particulier à cet évangile, c’est qu’il nous présente ce que Christ est, — Lui-même; et non pas sa gloire officielle ou une position relative prise par Lui, ni la révélation de sa nature divine en elle-même, non plus que sa mission comme le grand Prophète. C’est Lui tel qu’il était, homme sur la terre; la personne que j’aurais rencontrée chaque jour si, en ce temps-là, j’eusse vécu en Judée ou en Galilée.

J’ajouterai une remarque concernant le style de Luc, qui pourra faciliter au lecteur l’étude de cet évangile. Il condense souvent une quantité de faits dans un court récit général, et développe ensuite un fait isolé, où sont exposés des principes moraux et la grâce.