2 Timothée

Chapitre 1er

L’apôtre se place, d’emblée, sur le terrain de la grâce, de la vie individuelle qui ne change pas dans son caractère essentiel, et en dehors des privilèges de l’Assemblée: non pas que ceux-ci eussent changé, mais l’apôtre ne pouvait plus les rattacher à l’ensemble du corps sur la terre. Ici, Paul est apôtre, selon la promesse de la vie éternelle qui est dans le christ Jésus. Il ne parle pas de Christ seulement sous le caractère de Messie, ou comme Tête du corps, mais de la promesse de la vie en Lui.

Il s’adresse à son bien-aimé fils Timothée; il se souvient de son affection; il désire beaucoup le voir, se souvenant de ses larmes (répandues probablement quand Paul avait été fait prisonnier ou lorsque, à cette occasion, Timothée s’était séparé de lui ou avait appris sa captivité). Ce qui est exprimé ici, c’est la confiance d’un ami parlant à un cœur qu’il connaît. Nous voyons quelque chose de cette confiance, mais dans la perfection qui était propre au Sauveur, en Jésus sur la croix, dans ce qu’il dit à Jean et à sa mère. Une pareille forme d’expression ne conviendrait pas à Paul. Les affections des hommes se montrent par et dans leurs besoins, les besoins de leurs cœurs; l’affection du Seigneur, par sa condescendance. En Christ tout est parfait en soi; en nous, c’est seulement par la grâce que tout est à sa place. Mais, lorsqu’il n’y a plus la séparation pour le service en puissance, ne connaissant autre chose que le service, alors la nature selon Dieu reprend sa vraie place. Le miel était interdit dans l’offrande de gâteau consacrée, qui devait être faite par le feu.

L’apôtre ne parle plus ici (v. 3) du caractère élevé de son œuvre, mais de sa position personnelle, justement sentie selon l’Esprit. Il avait servi Dieu, suivant en cela ses ancêtres avec une conscience pure. De toute manière, il était un vase à honneur; il était revêtu du lustre d’une bonne conscience depuis plus d’une génération, et sa piété personnelle, fondée sur la vérité, se traduisait en service rendu à Dieu. Il ne s’agit pas ici d’un jugement porté par l’apôtre sur l’état intérieur de chaque génération de ses ancêtres, mais de leur caractère. Paul rappelle un fait semblable dans le cas de Timothée, mais sa foi personnelle, connue de l’apôtre lui-même, est mentionnée, en sorte que le lien était chrétien bien qu’il se joignît à un sentiment personnel1. Le judaïsme, quant à ses obligations extérieures, est entièrement négligé ici; car le père de Timothée était grec, et le mariage de sa mère juive était impur selon la loi, rendant aussi Timothée impur selon la loi et le privant des droits judaïques: aussi, de fait, il n’avait pas été circoncis comme enfant. Paul l’avait fait circoncire, ce qui n’était de nouveau pas selon la loi, à moins que Timothée ne se fût fait prosélyte. Les païens et leurs enfants étaient exclus d’Israël, comme nous le voyons dans Néhémie. Ce que Paul avait fait à l’égard de Timothée était au-dessus de la loi: il n’en parle pas ici — il laisse le père païen hors de vue, et s’occupe seulement de la foi sincère de la mère et de la grand-mère de Timothée, de leur foi personnelle et de celle de son cher disciple lui-même.

1 C’est en réalité le fondement de l’exhortation du verset 6. Lorsque l’apôtre voit la foi d’un si grand nombre renversée, il reporte ses pensées sur la confiance personnelle de son cœur en Timothée, que la grâce avait fortifié par l’atmosphère où il avait vécu.

L’état de l’Assemblée n’est qu’une occasion de plus pour l’exercice de la foi de l’apôtre et pour son activité zélée, pleine de cœur et de courage. Les difficultés et les dangers se multipliaient de toutes manières, l’infidélité des chrétiens s’ajoutant à toutes les autres, mais Dieu n’en était pas moins avec les siens. Dieu ne nous a pas donné un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de conseil, de sorte que l’ouvrier du Seigneur, l’homme de Dieu, celui qui se tient en communion avec Dieu pour le représenter sur la terre, doit ranimer le don qui est en lui, et, comme l’apôtre l’exprime avec une force et une clarté admirables et touchantes, endurer les souffrances de l’Évangile selon la puissance de Dieu (vers. 7, 8). Ici, l’apôtre pouvait en appeler à un don spécial de l’Esprit qui avait été conféré à Timothée par l’imposition de ses mains. Dans la première épître, il avait parlé de la prophétie qui avait appelé ou désigné Timothée pour la possession de ce don, et nous avait dit que ce témoignage de la prophétie avait été accompagné de l’imposition des mains des anciens; ici il nous dit que l’imposition de ses propres mains avait été le moyen de conférer ce don à Timothée.

L’apôtre rappelle ce don à Timothée, cette preuve de la puissance et de la réalité de son ministère (et de celui de l’apôtre lui-même), en vue du temps actuel où son exercice était plus difficile. Quand tout fleurit et que le progrès de l’Évangile est remarquable, quand le monde même est frappé de ce progrès, on trouve l’œuvre facile malgré les difficultés et l’opposition; et — tel est l’homme — à la suite de cette opposition, on est hardi et persévérant; mais quand les autres, des chrétiens même, abandonnent l’ouvrier, quand le mal et la déception produits par l’Ennemi entrent au milieu du témoignage, quand l’amour s’est refroidi, et que, parce qu’on est fidèle, la prudence s’effraie et veut ralentir notre allure, en de pareilles circonstances, garder sa fermeté, persévérer dans l’œuvre, ne pas perdre courage, n’est pas chose facile. Il faut posséder le christianisme avec Dieu, en sorte qu’on sache pourquoi l’on est ferme; et il faut être soi-même en communion avec Dieu, afin de posséder la force nécessaire pour continuer à travailler en son nom, et d’avoir l’appui de sa grâce en tout temps.

Dieu nous a donc donné l’Esprit de puissance, d’amour et de conseil: l’apôtre avait une telle position de la part de Dieu qu’il avait pu conférer à Timothée le don nécessaire pour son service; mais l’état d’esprit et d’âme pour employer ce don faisait partie de l’héritage de tout chrétien qui s’appuie réellement sur Dieu. Timothée ne devait non plus avoir honte, ni du témoignage qui, extérieurement, n’avait plus son premier élan dans le monde, ni de Paul qui était maintenant prisonnier. Qu’il est précieux de posséder ce qui est éternel, ce qui est basé sur la puissance et sur l’œuvre de Dieu Lui-même! Les souffrances de l’Évangile étaient là, mais Timothée devait y prendre part et ne point reculer, mais les endurer selon la puissance de Dieu. Dieu nous a sauvés, nous a appelés d’un saint appel, non selon nos œuvres, comme si quelque chose dépendait de l’homme, mais selon son propos arrêté, et selon sa grâce qui nous a été donnée dans le christ Jésus, avant les temps des siècles (vers. 9). C’est là pour nos âmes le fondement sûr et inébranlable, un rocher contre lequel les flots des difficultés se brisent en vain, faisant preuve d’une force à laquelle nous ne pourrions résister un instant; mais montrant en même temps leur impuissance totale contre les conseils et l’œuvre de Dieu. Les efforts de l’Ennemi ne font que montrer qu’il est sans force en présence de ce que Dieu est, et de ce que Dieu a fait pour nous. L’apôtre lie à cela son ministère et les souffrances qu’il endurait, mais il savait qui il avait cru; il savait que son bonheur était assuré et réservé auprès de Dieu.

Ce que nous avons à chercher, c’est la puissance de l’Esprit, afin que nous réalisions, par la foi, ce que Dieu nous a donné, et que nous restions, quant à nos cœurs, quant à notre foi pratique, dans la conscience de notre union avec Christ, sur ce fondement inébranlable qui n’est rien moins que la fermeté et la gloire de Dieu Lui-même, car son propos arrêté, qui nous donne une place et une portion en Christ Lui-même, a été maintenant manifesté par l’apparition de ce même Christ.

Il ne s’agit plus d’une nation choisie dans le monde pour y déployer les principes du gouvernement de Dieu tels qu’ils sont manifestés dans ses voies en justice, en patience, en bonté et en puissance sur la terre (quelque inébranlables d’ailleurs que soient les conseils de Dieu, quelque sûr que soit son appel), à l’égard du peuple qu’il a appelé.

Il s’agit du conseil de Dieu, formé et établi en Christ avant que le monde existe, d’un conseil qui a sa place dans les voies de Dieu, en dehors et au-dessus du monde, en rapport avec la personne du Fils de Dieu et pour manifester un peuple uni avec Lui dans la gloire. C’est donc une grâce qui nous a été donnée en Lui avant les temps des siècles. Caché dans les conseils de Dieu, ce dessein de Dieu a été manifesté avec la manifestation de Christ, en qui il avait son accomplissement. Ce n’étaient pas seulement des bénédictions et des voies de Dieu à l’égard des hommes; c’était la vie, la vie éternelle pour l’âme, et l’incorruptibilité pour le corps. Ainsi Paul était apôtre selon la promesse de la vie.

Tant que Christ Lui-même était en vie, quoique la vie se trouvât en Lui, ce dessein de Dieu ne pouvait être accompli à notre égard. La puissance de la vie, la puissance divine dans la vie devait se manifester par la destruction de la puissance de la mort introduite par le péché, au moyen de laquelle Satan règne sur les pécheurs. Christ donc a annulé la mort dans sa résurrection, et, par l’Évangile, a mis en évidence la vie et l’incorruptibilité, c’est-à-dire, cet état de la vie éternelle, qui place l’âme et le corps au-delà de la mort et de sa puissance. Ainsi l’Évangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle de cette œuvre, s’adresse à tous les hommes. Fondé sur les conseils éternels de Dieu, établi dans la personne de Christ, l’œuvre nécessaire à son accomplissement étant accomplie par Christ Lui-même, possédant un caractère tout à fait en dehors du judaïsme et du simple gouvernement de Dieu sur la terre, l’évangile de Paul était adressé à tous les hommes. Étant la manifestation des conseils éternels et de la puissance de Dieu, ayant affaire avec l’homme captif et accablé sous la puissance de la mort, mais aussi avec l’accomplissement d’une victoire qui place l’homme en dehors de cette puissance et dans un état tout nouveau qui dépend de la puissance de Dieu et de ses conseils, l’Évangile s’adresse à l’homme, à tous les hommes, juifs ou gentils, sans distinction. Paul voyait Adam mort par le péché, Christ vivant dans la puissance de la vie divine; il annonçait cette bonne nouvelle à l’homme: la délivrance et un état de choses tout nouveau.

C’est à annoncer cet Évangile que l’apôtre avait été appelé comme héraut; pour cela qu’il souffrait; et dans la conscience de ce qui en était la cause, il n’avait pas honte de souffrir; car il savait qui il avait cru et il connaissait Sa puissance. Paul croyait à l’Évangile qu’il prêchait et ainsi à la puissance victorieuse de Celui en qui il croyait; il pouvait mourir, pour ce qui regardait la vie qu’il avait reçue du premier Adam, il pouvait être déshonoré et honni dans le monde et par le monde; mais la vie en Christ, la puissance par laquelle Christ avait acquis une place pour l’homme en dehors de la condition du premier Adam, la vie comme Christ la possède maintenant, n’était pas atteinte. Non que la vie ne fût pas là auparavant; mais la mort et celui qui avait le pouvoir de la mort n’étaient pas vaincus, et, au-delà de la tombe fermée, tout était ténébreux: parfois un éclair pouvait briller à travers la nuit, une base vraie pouvait être posée pour les justes conclusions d’un pharisien; mais la vie et l’incorruptibilité n’ont brillé qu’en Christ et dans sa résurrection.

Toutefois ce n’est pas là tout ce qui est exprimé ici. L’apôtre ne dit pas: «en quoi j’ai cru»; mais «qui j’ai cru»: différence importante, qui place le chrétien, quant à sa confiance, en relation avec la personne de Christ Lui-même. Paul avait parlé de la vérité, mais la vérité se lie à la personne de Christ: Lui est la vérité; et en Lui la vérité a de la vie, de la force, se lie à l’amour qui applique cette vérité à l’âme, qui la soutient dans le cœur, et le cœur par elle: «Je sais, dit l’apôtre, qui j’ai cru». Il avait confié son bonheur à Christ: en Lui était cette vie à laquelle l’apôtre avait part; en Lui la force qui la soutenait et gardait dans le ciel l’héritage de gloire réservé à cette vie, là où elle se déployait.

Encouragé par cette espérance et se confiant en Jésus, l’apôtre avait tout supporté pour Lui et pour les siens; il avait accepté toute souffrance ici-bas, il était content de mourir tous les jours. Il avait remis à Jésus le dépôt de son bonheur dans la gloire de cette vie nouvelle; en attendant, il travaillait dans l’affliction, sûr de retrouver, au jour où il verrait Jésus et où toutes ses peines seraient terminées, ce qu’il avait confié à un fidèle Maître et Sauveur. C’était en vue de ce jour-là, et pour retrouver alors son bonheur et sa joie, qu’il les Lui avait confiés.

Bientôt, du reste, Paul devait avoir fourni sa carrière. Ses yeux se dirigent donc sur Timothée pour le bien de l’Assemblée ici-bas: il exhorte celui-ci à retenir ferme la vérité telle qu’il la lui avait enseignée (elle était le témoignage du Seigneur), mais la vérité dans sa réalisation par la foi en Christ et selon la puissance de l’amour que l’on trouve dans la communion avec Lui. L’apôtre lui-même l’avait réalisée, ainsi que nous l’avons vu. La vérité et la grâce vivante en Jésus, en foi et en amour, amour qui donne à la vérité sa force et sa valeur, ce sont là, pour ainsi dire, les pivots de la force et de la fidélité en tout temps, et en particulier pour l’homme de Dieu quand l’Assemblée en général est infidèle.

La vérité, telle qu’elle a été enseignée par les apôtres et exprimée par eux-mêmes, la manière dont ils l’ont présentée, le «modèle des saines paroles», est l’expression, par inspiration, de ce que Dieu a voulu révéler, et cela dans toutes les relations dans lesquelles la vérité est liée ensemble dans toutes ses parties diverses, selon la nature vivante et la puissance de Dieu, qui en est le centre nécessaire comme il en est la source. Rien autre que la révélation ne saurait être cette expression. Dieu exprime tout ce qu’il veut communiquer, selon la vérité exacte des choses et d’une manière vivante. C’est par sa parole même que tout existe; il est la source et le centre de tout; tout découle de lui, tout se rapporte à une personne vivante, savoir à Lui-même, qui est la source de tout, de qui tout tire son existence. Cette existence n’a lieu qu’en relation avec Lui, et les relations de toutes choses avec Lui et entre elles-mêmes se trouvent dans l’expression de sa pensée, du moins selon la mesure dans laquelle il se met en relation avec l’homme dans toutes ces choses. Si le mal entre, pour ce qui regarde la volonté ou ses conséquences en jugement, c’est que la relation avec Dieu est rompue; et la relation qui est rompue est la mesure du mal.

On voit ainsi l’immense importance de la parole de Dieu. Elle est l’expression de la relation de toutes choses avec Dieu, soit quant à leur existence où il s’agit de la création, soit quant à ses conseils, soit même quant à sa nature à Lui, à la communication de la vie reçue de Lui et au maintien de son vrai caractère. Elle procède du ciel, comme en procédait la Parole vivante; elle révèle ce qui est au ciel, mais, ainsi que le faisait la Parole vivante, s’adapte à l’homme ici-bas, le dirige là où il y a de la foi, mais le conduit là-haut où la Parole vivante s’en est allée comme homme.

Plus nous étudierons la Parole, plus nous verrons son importance. De même que Christ, la Parole vivante, elle a sa source en haut, et révèle ce qui est en haut; elle est aussi parfaitement adaptée à l’homme ici-bas: elle nous donne une règle parfaite selon ce qui est là-haut, et si nous sommes spirituels, elle nous y conduit: notre bourgeoisie est dans les cieux. Il faut distinguer entre la relation dans laquelle était l’homme comme enfant d’Adam, et celle où il est comme enfant de Dieu. La loi est la parfaite expression des exigences de la première; elle est la règle de vie pour l’homme en Adam; mais elle se trouve être la mort. Une fois que nous sommes fils de Dieu, la vie du Fils de Dieu comme homme ici-bas devient notre règle de vie. «Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés».

Dans sa nature, comme source de toute existence et centre de toute autorité et de ce qui subsiste en dehors de Lui, Dieu est le centre de tout et soutient tout. Quant à ses conseils, Christ en est le centre; et ici l’homme a une place spéciale; le bon plaisir de la sagesse était éternellement en Christ, et tout doit être sous ses pieds. Afin que la nature et les conseils de Dieu ne fussent pas séparés (ce qui du reste est impossible, mais cela était dans ses conseils, afin que cette séparation n’eût pas lieu), Dieu est devenu homme. Christ est Dieu manifesté en chair, la Parole faite chair. Ainsi la nature divine, l’expression de cette nature se trouvent dans Celui qui est l’objet de ses conseils, et qui en forme le centre. Ainsi Christ est la vérité et le centre de toutes les relations qui existent; tout se rapporte à Lui; on est par Lui, pour Lui ou contre Lui; tout subsiste par Lui; si l’on est jugé, c’est comme ennemi de Christ; il est la vie (spirituellement) de tout ce qui jouit de la communication de la nature divine; comme aussi il soutient tout ce qui existe; sa manifestation met au clair la vraie position de toutes choses: ainsi il est la vérité. Tout ce qu’il dit, étant «les paroles de Dieu», est esprit et vie: vivifie, en agissant selon la grâce, et juge, eu égard à la responsabilité de ses créatures.

Mais il y a plus encore: Christ est la révélation de l’amour. Dieu est amour, et en Jésus l’amour est en activité et connu du cœur qui le connaît, Lui. Le cœur qui connaît Dieu vit dans l’amour, et connaît l’amour en Dieu. Mais Christ est aussi l’objet en qui Dieu nous est révélé et est devenu l’objet de notre entière confiance. La foi est née par sa manifestation. La foi existait bien en vertu des révélations partielles de ce même objet par lequel Dieu se faisait connaître; mais ce n’étaient que des anticipations partielles de ce qui a été pleinement accompli dans la manifestation de Christ, du Fils de Dieu. L’objet de la foi est toujours le même: autrefois, sujet de la promesse et de la prophétie, maintenant la révélation personnelle de tout ce que Dieu est, «l’image du Dieu invisible», Celui en qui le Père aussi est connu.

Ainsi la foi et l’amour prennent naissance, ont leur source dans l’objet qui, par la grâce, les a créés dans l’âme, objet dans lequel on a appris ce que c’est que l’amour, et à l’égard duquel la foi s’exerce. Par lui nous croyons en Dieu. Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître.

Ainsi la vérité est révélée, car Jésus est la Vérité, l’expression de ce que Dieu est, de manière à mettre toutes choses parfaitement à leur place dans leurs vraies relations avec Dieu et entre elles. La foi et l’amour trouvent l’occasion de leur existence dans la révélation du Fils de Dieu, de Dieu comme Sauveur en Christ.

Mais il reste encore un aspect de l’accomplissement de l’œuvre et des conseils de Dieu, que nous n’avons pas encore touché: c’est la communication de la vérité et de la connaissance de Dieu. Cette communication est l’œuvre du Saint Esprit dans laquelle la vérité et la vie se réunissent, car nous sommes engendrés par la Parole. C’est l’énergie divine dans la déité, active en tout ce qui met Dieu en rapport avec la créature ou la créature avec Dieu. Agissant selon la perfection divine comme Dieu, en union avec le Père et le Fils, le Saint Esprit révèle les conseils dont nous avons parlé et les rend efficaces dans les cœurs, selon le propos arrêté du Père et par la révélation de la personne et de l’œuvre du Fils. J’ai dit «l’énergie divine», non pas comme définition théologique, dont je ne m’occupe pas ici, mais comme vérité pratique; car, bien que tout ce qui regarde la création soit attribué au Père (à part le jugement qui est confié tout entier au Fils, parce qu’il est Fils de l’homme) et au Fils, l’action immédiate sur la créature et dans la création, là où cela a lieu, est attribuée à l’Esprit.

L’Esprit de Dieu planait sur la surface des eaux, quand cette terre a été formée par Dieu; par son Esprit le ciel est peuplé d’astres; nous sommes nés de l’Esprit, scellés par l’Esprit; par l’Esprit les saints hommes de Dieu ont parlé; l’Esprit opère dans les dons, distribuant à chacun comme il Lui plaît; il rend témoignage avec notre esprit; il soupire en nous; nous prions par l’Esprit, si la grâce de prier ainsi nous est faite. Le Seigneur Lui-même, né comme homme dans ce monde, a été conçu du Saint Esprit; par l’Esprit de Dieu il chassait les démons. L’Esprit rend témoignage de tout, c’est-à-dire de toute vérité dans la Parole: l’amour du Père, la nature et la gloire de Dieu Lui-même, le caractère de Dieu; la personne, la gloire et l’amour du Fils, l’œuvre du Fils forment le sujet du témoignage de l’Esprit, avec tout ce qui regarde l’homme en rapport avec ces vérités. Le témoignage de l’Esprit quant à ces choses est la Parole; et, produit par le moyen des hommes, il prend la forme de la vérité formellement présentée par révélation. Christ est la vérité, ainsi que nous l’avons vu, il est le centre de toutes les voies de Dieu; mais ce dont nous parlons maintenant c’est de la divine communication de cette vérité; et ainsi il peut être dit que la Parole est la vérité1. Mais bien que la vérité révélée soit communiquée par le moyen des hommes, de sorte qu’elle prend une forme adaptée à l’homme, sa source est divine, et Celui qui l’a communiquée est divin, l’Esprit duquel il est dit: «Il ne parlera pas de par lui-même» (Jean 16:13), c’est-à-dire à part du Père et du Fils. Par conséquent la révélation de la vérité a toute la profondeur, l’universalité de relations, la liaison inséparable avec Dieu (sans laquelle elle ne serait pas la vérité, car tout ce qui est séparé de Dieu est mensonge), que la vérité elle-même possède, et possède nécessairement, parce qu’elle est l’expression des relations de toutes choses avec Dieu en Christ, c’est-à-dire des pensées de Dieu Lui-même, dont toutes ces relations ne sont que l’expression. La Parole juge aussi, il est vrai, tout ce qui n’est pas en accord avec ces relations et juge selon la valeur de la relation qui a été rompue, en rapport avec Dieu Lui-même, et avec la place que cette relation a dans ses pensées2. Lorsque cette Parole est reçue par l’opération vivifiante du Saint Esprit dans le cœur, elle est efficace; il y a la foi; l’âme est en relation vivante, réelle, pratique avec Dieu, selon ce qui est exprimé dans la révélation qu’elle a reçue. La vérité, qui parle de l’amour de Dieu, de la sainteté, de la purification de tout péché, de la vie éternelle, de la relation d’enfant, nous place, lorsqu’elle est reçue dans le cœur, en relation vivante, réelle, actuelle, avec Dieu, selon la force de toutes ces vérités, comme Dieu les conçoit et les a révélées à l’âme. Ainsi elles sont vitales et efficaces par le Saint Esprit; et la conscience de cette révélation de la vérité, comme aussi de la vérité de ce qui est révélé, et de l’ouïe réelle de la voix de Dieu dans sa Parole, est la foi.

1 C’est pourquoi il est aussi dit (1 Jean 5): «L’Esprit est la vérité».

2 Ceci est vrai quant à la culpabilité. Mais Dieu étant parfaitement révélé, et cela en grâce, comme le Père et le Fils, notre conception de la ruine dans laquelle nous sommes a bien plus de profondeur que le sentiment de notre culpabilité qui a interrompu les relations précédentes. Nous étions coupables selon notre responsabilité comme hommes; mais nous étions aqeoi, sans Dieu dans le monde, et (lorsqu’on connaît Dieu) c’est là une chose terrible. Le commencement de l’épître aux Romains traite de la question de notre culpabilité; Éphésiens 2, de l’état où nous étions; Jean 5:24 est un bref résumé de la grâce quant à ces deux choses. La relation est maintenant entièrement nouvelle, étant basée sur le dessein de Dieu, sur la rédemption et sur notre adoption comme enfants de Dieu.

Mais tout ceci est vrai dans la Parole révélée, avant qu’on y croie, et afin qu’on y croie — qu’on croie à la vérité; quoique le Saint Esprit seul y fasse entendre la voix de Dieu et produise ainsi la foi: et ce qui y est révélé, est, d’un côté la divine expression de ce qui tient à l’infini, et de l’autre, s’exprime dans le fini. Ainsi la Parole est la divine expression de ce qui a la profondeur de la nature de Dieu — duquel tout vient, avec les droits duquel tout est en relation — mais de ce qui est développé (puisque cette Parole s’occupe de ce qui est en dehors de Dieu) dans la création et dans le fini.

L’union de Dieu et de l’homme dans la personne de Christ est le centre — le centre nécessaire, peut-on dire (maintenant que nous en avons connaissance) — de tout cela, ainsi que nous l’avons vu: la Parole inspirée en est l’expression selon la perfection de Dieu et (Dieu en soit béni, car le Sauveur est le grand sujet des Écritures, «car», dit-il: «elles... rendent témoignage de moi») dans des formes humaines.

Mais cette Parole, étant divine, inspirée, est la divine expression de la nature, des personnes et des conseils divins. Rien que ce qui n’est pas inspiré de cette manière ne peut avoir cette place, car nul, sinon Dieu, ne peut parfaitement exprimer ou révéler ce que Dieu est: la Parole est, par conséquent, infinie dans ce qui coule en elle, parce qu’elle est l’expression des profondeurs de la nature divine et qu’elle est liée à ces profondeurs; c’est pourquoi, y étant ainsi liée, elle est infinie, bien qu’exprimée dans un sens fini, et, pour autant, elle est finie dans son expression et par là adaptée à l’homme fini. Rien d’autre, même coulant et jaillissant de la même source, n’est l’expression divine des pensées et de la vérité divines; rien d’autre n’est en union directe avec la source sans mélange. La liaison immédiate est rompue: ce qui est dit n’est plus divin. Ce qui est dit peut contenir bien des vérités: mais la dérivation vivante, l’infini, la liaison avec Dieu, ce qui dérive immédiatement et d’une manière non interrompue de Dieu, manquent; l’infini n’y est plus. L’arbre croît par sa racine, et toutes ses parties, de la racine jusqu’aux feuilles, forment un ensemble; l’énergie de la vie y coule, une sève qui vient de la racine. On peut considérer une partie de l’arbre comme Dieu l’a placée, comme partie de l’arbre: on peut voir l’importance du tronc, la beauté du développement dans les moindres détails, l’imposante grandeur de l’ensemble où l’énergie vitale réunit la liberté et l’harmonie des formes; on sent que c’est un tout, uni par la même vie, comme ce tout est produit par elle. Les feuilles, les fleurs, les fruits, tout nous parle de la chaleur de ce soleil divin qui les a développés, de la source inépuisable et jaillissante qui les nourrit; mais on ne peut pas séparer une partie de l’arbre, quelque belle qu’elle soit, sans lui ôter l’énergie de la vie et sa relation avec le tout.

Quand la puissance de l’Esprit de Dieu produit la vérité, elle se développe en union avec sa source, soit dans la révélation, soit même dans la vie et dans le service de l’individu, bien que, dans les deux derniers cas, il y ait, par la faiblesse de l’homme, un mélange d’autres éléments. Quand l’esprit de l’homme saisit et veut formuler la vérité, il le fait selon la capacité de l’homme, qui n’en est pas la source; la vérité, telle qu’il l’exprime, fût-elle même pure, est séparée en lui de sa source et de son ensemble; mais, en outre, la formule porte toujours l’empreinte de la faiblesse de l’homme; l’homme ne saisit la vérité que partiellement; il n’en expose qu’une partie: dès lors elle n’est plus la vérité. De plus, il faut, quand l’homme la sépare de l’ensemble de la vérité où Dieu l’a placée, il faut nécessairement qu’il la revête d’une nouvelle forme, d’une enveloppe qui vient de l’homme; aussitôt l’erreur se mêle avec elle! Ainsi la vérité qu’il reproduit n’est plus partie vitale de l’ensemble; elle est partielle, et partant pas la vérité; elle est, de fait, mêlée avec l’erreur. C’est de la théologie.

Dans la vérité, il y a, quand Dieu l’exprime, l’amour, la sainteté, l’autorité qui sont en Lui, l’expression des propres relations de Dieu avec l’homme et de la gloire de sa personne. Quand l’homme formule la vérité, tout cela manque et ne saurait se retrouver dans son expression de la vérité, parce que c’est l’homme qui la formule: ce n’est plus Dieu qui parle. Dieu formule bien la vérité, c’est-à-dire il exprime la vérité dans des paroles certaines. Si l’homme se met à formuler la vérité, sa formule n’est plus la vérité donnée de Dieu. Ainsi, retenir ferme la vérité comme Dieu l’a formulée, retenir le type, la forme ou modèle de son expression est de toute importance; en la gardant, on est en relation avec Dieu, selon la certitude de ce qu’il a révélé. Cette révélation divine de la vérité est la sûre ressource de l’âme quand l’Assemblée a perdu sa force et son énergie, n’est plus un soutien pour les faibles, et quand ce qui porte le nom d’Assemblée ne répond plus à ce caractère de «colonne et... soutien de la vérité» qui lui est donné dans la première épître1.

1 Les doctrines ou dogmes de l’Écriture ont leur importance et s’adaptent à l’âme la plus simple en ceci, que ce sont des faits et ainsi des objets de foi, non point des notions. Ainsi, que Christ soit Dieu, que Christ soit homme, que le Saint Esprit soit une Personne, et autres déclarations semblables, ce sont des faits saisis par la foi dans l’âme la plus simple.

La vérité, la vérité claire, positive, donnée comme révélation de Dieu en des paroles revêtues de son autorité, dans lesquelles il a Lui-même formulé cette vérité, en communiquant les faits et les pensées divines nécessaires pour le salut des hommes et pour leur participation à la vie divine, voilà ce qu’il faut retenir ferme.

On n’est sûr de la vérité que lorsqu’on retient les expressions mêmes de Dieu qui la renferment. Je puis, par la grâce, parler de la vérité en toute liberté, chercher à l’expliquer, à la communiquer, à la faire peser sur la conscience selon la mesure de la lumière et de la puissance spirituelle qui m’ont été accordées; je puis chercher à démontrer sa beauté, les relations de ses différentes parties entre elles; tout chrétien, et en particulier ceux qui ont un don de Dieu, conféré dans ce but, peuvent le faire; mais la vérité que j’explique et que je propose est la vérité telle que Dieu l’a donnée avec ses propres paroles dans la révélation qu’il en a faite: je retiens le modèle des saines paroles que j’ai reçues d’une source divine et par une autorité divine; il me donne une certitude quant à la vérité.

Ici le rôle de l’Assemblée, si elle est fidèle, est important à remarquer. Elle reçoit, elle maintient la vérité dans sa propre foi; elle la garde, elle lui est fidèle, elle lui est assujettie comme à une vérité, à une révélation qui vient de Dieu Lui-même. Elle n’est pas la source de la vérité. En tant qu’Assemblée, elle ne la propage, elle ne l’enseigne pas. Elle dit: «Je crois» — non pas: «Croyez». Dire: «Croyez» est la fonction du ministère, dans lequel l’homme est toujours individuellement en relation avec Dieu par un don qu’il tient de Lui et pour l’exercice duquel il Lui est responsable. Ceci est de toute importance. Ceux qui ont ces dons sont membres du corps. L’Assemblée exerce sa discipline à l’égard de tout ce qui est chair en eux, dans l’exercice réel ou apparent du don, comme partout ailleurs. Elle se conserve dans la pureté, sans avoir égard à l’apparence des personnes, étant dirigée dans cette discipline par la Parole, car c’est sa responsabilité; mais elle n’enseigne pas, elle ne prêche pas.

La Parole est avant l’Assemblée, car celle-ci a été rassemblée par la Parole: les apôtres, un Paul, ceux qui furent dispersés par la persécution, mille autres âmes fidèles ont annoncé la Parole; et ainsi l’Assemblée a été formée. On a dit que l’Assemblée a été avant les Écritures: pour ce qui regarde le contenu écrit du Nouveau Testament, cela est vrai; mais la Parole prêchée a été avant l’Assemblée; l’Assemblée n’en est jamais la source, mais le fruit l’édification même de l’Assemblée réunie vient directement de Dieu, par les dons qu’il a accordés, le Saint Esprit distribuant à chacun comme il lui plaît.

Les Écritures sont le moyen que Dieu a employé pour conserver la vérité, pour nous en donner la certitude, vu la faillibilité des instruments de sa propagation depuis que la révélation a cessé.

Si, au commencement, il a tellement rempli quelques hommes de son Esprit que l’erreur était exclue de leur prédication; si, outre cela, il a alors donné des révélations dans lesquelles il n’y avait que sa propre Parole, il n’en est pas moins vrai que, en thèse générale, la prédication est le fruit de l’œuvre du Saint Esprit dans le cœur; il y a seulement mesure de spiritualité et par conséquent possibilité d’erreur. À l’égard de ces communications, quelle que soit la puissance de l’œuvre de l’Esprit, nous avons à nous juger (voyez Actes 17:11; 1 Cor. 14:29). Nous verrons plus loin que les Écritures sont ce qui donne de la sûreté, dans ce jugement, à ceux qui sont conduits de Dieu.

Nous trouvons ainsi, dans les voies de Dieu à l’égard du sujet qui nous occupe maintenant, trois choses étroitement unies, mais différentes: le ministère, l’Assemblée, et la parole de Dieu, c’est-à-dire la Parole écrite; quand elle n’est pas écrite, elle rentre dans la catégorie du ministère.

Le ministère — pour ce qui regarde la Parole, car le ministère de la Parole n’est pas le seul service — prêche au monde, et enseigne ou exhorte les membres de l’Assemblée.

L’Assemblée jouit de la communion de Dieu, elle est nourrie et croît par le moyen de ce que les divers membres lui fournissent. Elle conserve la vérité; elle en est le témoin dans sa confession. Elle maintient la sainteté par la grâce et par la présence du Saint Esprit, elle jouit de la communion mutuelle et, en amour, elle prend soin des besoins temporels de tous ses membres.

La Parole écrite est la règle donnée de Dieu, qui contient tout ce qu’il a révélé. Elle est complète (Col. 1:25): elle peut, puisqu’elle est la vérité, être le moyen de communiquer la vérité à l’âme; le Saint Esprit peut l’employer comme moyen; mais, en tout cas, elle est la règle parfaite, elle est la communication, qui fait autorité, de la volonté et des pensées de Dieu pour l’Assemblée.

L’Assemblée est soumise, elle doit être fidèle, n’avoir pas de volonté. Elle ne révèle pas; elle maintient la vérité dans sa confession; elle veille sur ce qu’elle a; elle ne communique pas — elle a reçu, elle doit garder fidèlement. L’homme dirige: c’est Christ; la femme obéit et est fidèle aux pensées de son mari, au moins elle doit l’être (1 Cor. 11): c’est l’Assemblée. Les oracles de Dieu lui sont confiés elle ne les donne pas, elle leur obéit.

Le ministère est tenu individuellement à cette fidélité; cela se comprend, et dans notre épître nous avons tout particulièrement affaire avec cette responsabilité individuelle. Ce qu’est l’Assemblée sous ce rapport est révélé dans la première épître à Timothée (chap. 3:15). Ici l’individu doit tenir ferme ce modèle des saines paroles qu’il a reçu d’une source divine; car l’apôtre, dans sa fonction apostolique, était, comme instrument, une source divine de vérité. Ni Timothée, ni l’Assemblée ne pouvaient formuler un tel modèle des saines paroles; leur part était de le tenir ferme après l’avoir reçu.

Et ici, comme nous l’avons dit, l’individu, quelque infidèle que soit l’Assemblée, l’individu est tenu à être fidèle, il y est toujours tenu.

Voici donc ce qu’il y a à faire: la vérité constatée par la Parole inspirée, nous devons — je dois — la retenir telle qu’elle est formulée dans ce qui a été révélé; je dois la retenir, non comme proposition seulement, mais en union avec le Chef, dans la foi et l’amour qui est dans le christ Jésus. La force pour accomplir ce devoir vient d’en haut, car ici un autre point nous est présenté: le Saint Esprit a bien été donné à l’Assemblée, mais dans notre passage, il s’agit d’un temps d’infidélité (vers. 15). L’Esprit a été donné à l’homme de Dieu, à chaque chrétien et à chaque serviteur, en vue du service qui leur a été assigné. Par l’Esprit Saint, nous devons garder le bon dépôt qui nous a été confié: c’est donc là ce que l’homme de Dieu avait à faire dans des temps comme ceux d’alors; or maintenant cette infidélité est allée bien plus loin. Possédant la promesse de la vie éternelle et abandonné par la masse des chrétiens, le chrétien fidèle doit tenir ferme la vérité comme cette vérité a été formulée par l’autorité divine (c’est cette vérité que nous avons dans la Parole, non seulement la doctrine; car on peut prétendre avoir la doctrine de Pierre ou de Paul, mais on ne saurait prétendre avoir leurs paroles, la forme de la vérité telle que Pierre ou Paul l’ont donnée, ailleurs que dans leurs écrits), et tenir cette vérité ferme dans la foi et dans l’amour qui sont en Christ. Ensuite il faut, par la puissance du Saint Esprit, garder la substance de la vérité, ce qui nous a été confié comme trésor, le dépôt des richesses et de la vérité divines qui nous a été donné comme notre part ici-bas.

Aux versets 15-18, nous voyons la masse des chrétiens tout à fait détournée de l’apôtre, de sorte que l’affection et la fidélité d’un seul étaient pour lui d’un grand prix. Quel changement s’était déjà opéré dans les chrétiens depuis le commencement de l’Évangile! Comparez cela avec les Thessaloniciens, ou les Éphésiens: c’était le même peuple au milieu duquel (Éphèse était la capitale de ce qui est appelé ici Asie) Paul avait prêché, de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie avaient entendu l’Évangile (Actes 19:10), et voyez comment tous l’avaient maintenant abandonné.

Il ne faut pas supposer toutefois que tous eussent abandonné la profession du christianisme; mais leur foi s’était affaiblie, et ils n’aimaient pas à s’identifier avec un homme mal vu des autorités, méprisé, persécuté, prisonnier, avec un homme qui, par son énergie, attirait sur lui des injures et des difficultés personnelles. Ils se retiraient de Paul et le laissaient répondre seul pour lui-même. Triste suite de la décadence spirituelle! Mais de quel sentiment ne faut-il pas que l’homme de Dieu soit animé en un pareil moment!