Le chien de Pépé (suite)
Le chien de Pepe (Suite)
Résumé de l’épisode précédent
Maintenant que Grand Pepe est parti pour Madrid, Pepe est content d'avoir Red pour égayer son quotidien ! Il a même pu récupérer sur un chantier de quoi fabriquer un cerceau pour entraîner son chien à sauter au travers.
C'est maintenant à lui de remplacer son père et Grand Pepe pour lire la Bible. Le passage lu ce soir-là leur rappelle, à sa mère et à lui, que Dieu est avec eux et qu'il les soutiendra.
— j'aimerais que Papa rentre à la maison, dit Pepe lorsqu'il a fini. Il m'a recommandé de prendre soin de toi jusque-là. Red et moi nous allons le faire ensemble. Et le Seigneur Jésus aussi.
Tandis que sa mère le serre dans ses bras, il demande :
— Maman, est-ce que Red peut coucher avec moi ce soir ? Mon frère m'a dit qu'elle le pourrait une fois qu'il serait parti. Elle n'a plus de puces maintenant. Elle est propre. S'il te plaît, dis oui…
Maria soupire. Elle allait lui dire qu'il pourrait dormir avec elle, comme il avait l’habitude de le faire parfois lorsque son père était absent. Mais elle réalise à quel point il aimerait dormir avec son chien.
— D'accord, dit-elle.
Il se jette à son cou en disant :
— Tu es la meilleure maman du monde ! je t'aimerai toujours !
Il faut du temps avant que Red soit installée pour la nuit. Elle veut jouer et cela se transforme en une bagarre, accompagnée de nombreux jappements, où chacun tire la couverture à soi. Il fait trop sombre pour que Pepe puisse suffisamment voir sa chienne pour l'attraper et la calmer et ses mains qui tâtonnent l'excitent encore davantage.
— Arrête, sinon maman va te jeter dehors, avertit-il. Chut !
Mais il gâte tout en riant tellement qu'elle ne le prend pas au sérieux. Ils finissent pourtant par s'endormir au milieu d'un amas désordonné de draps et de couvertures.
Chapitre 10
Les problèmes commencent quelques jours plus tard. Pepe rentre en courant de l'école pour ne pas perdre une minute avec Red, mais il la trouve complètement désintéressée à ses jeux. Normalement, elle vient à sa rencontre en bondissant. Mais cet après-midi, bien qu'elle remue la queue, elle ne fait même pas l'effort de se lever. Le museau posé sur ses pattes, elle lui lance un regard misérable. Sa truffe est sèche, son corps brûlant,
— Que lui arrive-t-il ? demande Pepe à sa mère.
Une peur terrible s'empare de lui. Sans pouvoir l'expliquer, il sait instinctivement que Red est gravement malade. Et dans ses yeux remplis de crainte, il lit qu'elle aussi le sait.
Son état empire au fil des heures. Maria essaie toutes sortes de médicaments naturels pour stopper la maladie. Finalement, tout ce que Pepe peut faire c'est de la prendre dans ses bras et de prier en pleurant sur elle.
— S'il te plaît, Seigneur Jésus, ne permet pas qu'elle meure. Ne la laisse pas mourir ! Maintenant que tu viens juste de me la donner, tu ne peux pas la laisser mourir !
C'est la plus longue nuit que Pepe ait jamais connue. Il s'endort en la tenant serrée dans ses bras et sa mère les recouvre tous les deux d'un drap. Elle n’as pas le cœur de les séparer. Quant à elle, elle passe la nuit à maintenir le feu allumé, à veiller sur eux et à prier.
Le lendemain matin Red est encore en vie. Maria se dépêche d'aller à la cabine et de demander à la standardiste d'appeler le vétérinaire le plus proche.
— Dites-lui que c'est urgent. Il doit venir, peu importe le prix. Il doit sauver le chien de mon fils.
Puis elle rentre précipitamment à la maison et la matinée semble s'éterniser tandis qu'ils attendent la venue du vétérinaire. Red est couchée sous la couverture, les yeux clos. Pepe s'est installé à côté d'elle, blotti sous une autre couverture, pâle et tremblant de crainte.
C'est ainsi que Mlle Beamish les trouve lors de sa promenade matinale. Autrefois, elle aurait fui une scène aussi émouvante et dramatique. Mais maintenant, elle est comme impliquée dans les espoirs et les rêves de Pepe. Elle s'installe sur la chaise que Maria tire pour elle près du feu, boit la tisane qu'elle lui apporte et leur tient compagnie.
— Elle va aller mieux, assure Pepe. Le Seigneur Jésus va faire en sorte qu'elle aille mieux.
Malgré son regard fixe, il paraît si sûr, que Mlle Beamish se fait du souci pour lui. Elle ne veut pas qu'il perde sa foi comme elle l'avait fait lorsqu'elle avait à peu près son âge.
La grisaille matinale est comparable à ce qui se passe dans son propre cœur. C'est comme si un brouillard s'y était installé il y a bien des années. La famille de Pepe est si chaleureuse qu'il a commencé à se dissiper, comme quand le soleil transperce peu à peu les brumes les plus épaisses. Elle ne veut pas que cela s'arrête.
— Oh ! Dieu ! implore-t-elle dans son cœur. Ne déçois pas ce garçon.
Pepe saute sur ses pieds en voyant la voiture qui, non sans peine, avance sur la plage dans leur direction. Enfin le vétérinaire ! C'est un homme barbu qui, surpris par cet appel si extraordinaire et désespéré, a fait tout son possible pour arriver au plus vite. Mais il ne leur cache pas qu'il est certainement déjà trop tard. Il injecte cinq produits différents à Red, mais elle ne semble même pas s'en rendre compte. Pepe tressaille à chaque piqûre.
— J'ai fait tout ce que j'ai pu, dit finalement le vétérinaire. Il me faut quand même vous réclamer le paiement.
Il est convaincu que Red va mourir et qu'ils ne voudront pas le payer. Il leur annonce qu'elle a la leptospirose, une maladie que l'on attrape au contact des rats.
— Un beau chien aurait dû être vacciné. Je l'ai fait maintenant mais...
Pepe raconte l'histoire de Red dans son entier pendant que sa mère va sortir de sa cachette tout l'argent qu'elle a réussi à économiser. Cela suffit juste.
— Son sort sera décidé dans quelques heures, dit le vétérinaire en retournant à sa voiture. Et il s'en va.
Pepe est si épuisé qu'il se couche, Red à ses côtés. Mlle Beamish les quitte en promettant de revenir le lendemain pour avoir des nouvelles. Maria se couche elle aussi, et bientôt le «Café Playa» s'endort, tandis que le brouillard descend et enveloppe tout dans son grand manteau gris.
Il fait encore nuit lorsque Pepe se réveille. Tout d'abord, il ne sait plus pourquoi il est couché tout habillé. Puis tout lui revient.
— Red ! crie-t-il en s'asseyant tout alarmé.
Elle est couchée à ses pieds. Mais, à son cri, elle redresse la tête. En un instant, Pepe a sauté du lit et allumé la lumière.
— Red, crie-t-il encore. Mais il n'aurait pas eu besoin d'avoir si peur : au simple coup d'œil, il sait qu'elle va mieux.
Il saute sur le matelas et l'embrasse en répétant :
— Tu vas mieux ! Tu vas mieux !
Ils se serrent l'un contre l'autre et Red lui lèche le visage. Bientôt, elle est sur ses pattes, faible et branlante, mais bien vivante.
Les jours et semaines passent. Pepe les inscrit sur son calendrier de chiens et, petit à petit, la date du retour de José se rapproche.
Chaque samedi, il raconte à son père au téléphone les différentes choses que Red apprend à faire : elle s'assied sur commande, elle aide à ramasser du bois pour le feu et est très douée pour ramener à la maison des objets dans sa gueule. Elle a un sens de l'odorat si développé que, s'il cache quelque chose, elle finit toujours par le retrouver. Elle n'a pas encore appris à sauter à travers un cerceau mais, tôt ou tard, elle arrivera puisqu'elle est si intelligente ?
De temps en temps, Grand Pepe les appelle de Madrid. Il leur raconte ce qu'il fait. ll est très occupé. Il fait non seulement des millions d'«ailes d'ange», mais il expérimente aussi toutes sortes de nouvelles idées. Son chef est très content de lui.
— Peut-être que c'était juste pour lui d'y aller, il a l'air vraiment content. Peut-être ai-je eu tort de m'opposer à son départ... dit un jour Maria. Elle ne parait pas entièrement convaincue, mais ces paroles rendent Pepe heureux. Elles signifient qu'elle n'a plus de rancune contre son frère.
Grand Pepe leur a envoyé des cartes postales avec des vues de la métropole. Pepe les affiche dans le café à côté des dessins de Madge et Red; il peut ainsi les voir de son lit. Grand Pepe a aussi envoyé un mandat pour payer le vétérinaire. Ils sont très reconnaissants parce que la facture avait épuisé toutes leurs réserves.
Même lorsqu'il fait frais et qu'il y a du vent, que le ciel soit orageux ou non, il n'y a guère de jours où Mlle Beamish ne vient pas prendre sa tisane. Maria n'est plus aussi timide; elle essaie de lui parler et elles apprennent à se comprendre.
— Tu feliz cuando José volvert*, dit Mue Beamish. Son espagnol, bien qu'encore hésitant, va en s'améliorant.
Maria acquiesce d'un signe de tête. Elle a le même sourire que Pepe. Mlle Beamish sait qu'elle sera elle aussi heureuse. José lui a manqué tous ces derniers mois. Comme c'est bizarre ! Jamais personne ne lui manquait autrefois. Elle a gaspillé tant d'années !
A suivre
*Toi heureuse quand José rentrer
