Le chien de Pépé (suite)

RESUME DE L’EPISODE PRECEDENT

Pepe appartient à une famille très modeste. Il rêve de posséder un chien, un setter irlandais. Son père est parti pour travailler sur un chantier pendant plusieurs mois. Un beau matin, JaKe vient annoncer à Mlle Beamish, une amie de la famille, qu'il a trouvé un chien abandonné. L'animal est dans un bien piteux état mais il semble que c'est un setter irlandais. Pepe est invité à venir le voir. Pour lui, pas de doute : c'est la réponse à ses prières !

 

 — Red, dit Pepe. Ce mot exprime toute son affection, et il le répète. Red ! C'est ton nom. C'est anglais. L'aimes-tu ? Je pense que ça va aller pour une fille. Je vais t'emmener chez moi et faire en sorte que tu ailles mieux. Lorsque mon père rentrera, tu seras toute belle et il n'en croira pas ses yeux.

Ce soir-là, Red a partagé le souper de Pepe sur la plage. La lumière vacillante du feu et l'obscurité sont à son avantage : son piteux état est à peine visible.. Maria a apporté des herbes et du lard et elle les fait revenir dans une casserole.

—          Nous, les bohémiens, nous savons deux ou trois choses sur les moyens de guérir. Elle aura bientôt de nouveau tout son poil, promet-elle.

—          Mais nous lui donnerons quand même des cachets, n'est- ce pas ? demande Pepe. Jake lui a donné des vitamines et du foie, ainsi que des instructions pour une nourriture adaptée.

—          Des comprimés, de la pommade, de l'amour et des prières ! dit Maria en riant. Comment ne redeviendrait-elle pas en bonne santé et belle avec tout cela ?

—          Et c'est moi qui raconterai tout à Papa samedi, d'accord ? demande Pepe. Il faut qu'il sache, au cas où il amènerait un autre setter comme il l'a promis.

Lorsqu'il travaille loin de la maison, José téléphone le samedi après-midi. La famille se rend à la cabine et attend l'appel. C'est toujours un événement excitant, mais cette fois-ci ce sera vraiment spécial.

Maintenant, c'est Grand Pepe qui fait la lecture ; il lit l'histoire de la brebis perdue. «Quel est l'homme d'entre vous, qui, ayant cent brebis et en ayant perdu une, ne laisse les quatre-vingt- dix-neuf au désert, et ne s'en aille après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée ? et l'ayant trouvée, il la met sur ses propres épaules, bien joyeux; et, étant de retour à la maison, il appelle les amis et les voisins, leur disant: Réjouissez-vous avec moi, car j'ai trouvé ma brebis perdue.»

Pepe songe au moment où son frère a ramené Red à la maison dans ses bras et il pousse un soupir de satisfaction.

— Red était comme une brebis perdue, dit-il, et Jésus savait où elle était. Et je suis un peu comme le berger, n'est-ce pas ? Même si je ne l'ai pas exactement trouvée moi-même. Le Seigneur Jésus m'aurait aidé à la découvrir si les Anglais ne l'avaient trouvée en premier, n'est-ce pas ?

— C'est un miracle, acquiesce sa mère. Et si Jésus se soucie autant des brebis et des chiens perdus, combien plus prend-il soin des gens qui sont égarés !

Avant d'aller se coucher, ils prient pour tous ceux qui, dans leur ville, sont perdus parce qu'ils ne connaissent pas Jésus comme leur Seigneur et Sauveur personnel.

Cette nuit-là, Pepe ne parvient pas à s'endormir. Sa mère ne permet pas que Red vienne à l'intérieur et il n'arrête pas de se demander comment elle va, toute seule dehors. Lorsqu'il suppose que Grand Pepe s'est endormi, il se faufile doucement dehors, juste pour vérifier. Elle s'est pelotonnée en une boule serrée, presque sur les cendres qui restent du feu de bois. Il fait froid. Il s'assied à côté d'elle et essaie de se réchauffer en croisant ses bras sur sa poitrine. Avec reconnaissance, Red se rapproche de lui. Bientôt, il sent son museau noir se frayer un passage sous son coude et chatouiller ses côtes. A cet instant-là, il est le garçon le plus heureux du monde ! Grand Pepe sort et s'installe à côté de lui.

— Tu vas devenir vraiment fou de ce chien ! dit-il au bout d'un moment. Mais il le dit avec beaucoup de gentillesse.

Est-ce que ton livre de chien dit si les setters irlandais sont de bons chiens de garde ? demande- t-il après un long silence.

— Pourquoi ?

—Parce que j'ai décidé de m'en aller. Toi et Red vous devrez prendre soin de Maman jusqu'à ce que Papa rentre.

Pepe est complètement abasourdi.

—Mais... mais... Papa a dit d'attendre jusqu'à ce qu'il rentre à la maison. Comment peux-tu partir sans sa permission ?

—Parce que j'ai vingt ans et que, pour la première fois de ma vie, j'ai la possibilité de faire quelque chose que j'aime vraiment, une chose pour laquelle je sais que je suis doué.

— Mais pourquoi ne le fais-tu pas ici ?

—Parce qu'ici personne ne veut de ce que je sais faire. Combien d' « ailes d’anges» les gens vont-ils manger ici ? Il y a cinq millions de personnes à Madrid !

—Cinq millions ! Comment pourras-tu taire autant d'«ailes d'ange» ? Tu n'auras même plus le temps de dormir !

 —Ne sois pas si bête ! rit Grand Pepe. Surtout, ne dis rien à Maman jusqu'à ce que je le lui aie dit moi- même. Je veux juste que tu sois de mon côté lorsque je le lui dirai.

—Mais moi non plus veux pas que tu partes !

—Tu as Red maintenant. Tu n'as plus besoin de moi.

Chapitre 8

Les premiers jours passés en compagnie de Red sont bien différents de ce que Pepe s'était imaginé — le petit chiot tout doux qu'il allait porter partout ou le compagnon enjoué qui danserait à ses côtés le long de la plage. Et quant à sauter à travers des cerceaux et à ouvrir des portes... Mais il sait se contenter de s'asseoir à côté d'elle, caressant sa tête et la débarrassant de ses parasites. Dormir et manger, manger et dormir, semble être tout ce qu'elle souhaite faire pour le moment. Il ne peut même pas la serrer dans ses bras à cause de la pommade nauséabonde que sa mère a confectionnée et dont elle l'a recouverte. Elle pue tellement que même rester assis à côté d'elle n'est pas très plaisant. Pour encourager à la fois Red et lui-même, Pepe sort son livre et lui montre sa photo favorite.

— C'est toi, dit-il, regarde bien. C'est à cela que tu vas ressembler lorsque tu iras mieux.

Elle lèche la page d'un coup de langue, mais Pepe ne sait pas vraiment si c'est parce qu'elle veut la manger ou si c'est qu'elle s'est reconnue. Elle ne pense qu'à manger. Son appétit est énorme. Mlle Beamish apporte un sachet de foie et un carton de lait de temps à autre, ainsi que des vitamines, et Red reçoit une part de tout ce qui sort de la marmite. Pepe est patient. Chaque soir il prie pour Red et chaque jour elle gagne un peu plus de forces. Il a fallu du temps pour démêler le fouillis de poils qui lui restent sur la tête et sur les pattes, en prenant bien soin de ne pas lui faire mal, ni de l'effrayer. Puis arrive le beau jour où sa peau semble guérie et propre, et commence même à se couvrir de poils duveteux de couleur cuivre.

Au début, elle n'a pas même la force de se promener ou de jouer. Tout ce que Pepe peut faire avec le collier en cuir vert et la laisse est de les lui montrer et de lui parler de tous les endroits où ils iront ensemble un jour. Tandis que les endroits dégarnis disparaissent peu à peu et que le poil redevient luisant, son caractère enjoué commence à se manifester. Les mouvements de ses pattes efflanquées sont plus souples et elle se met à piaffer d'impatience. Ses yeux autrefois collés par le pus sont à nouveau propres, et on y discerne une lueur qui remplit de joie le cœur de Pepe. Tout le monde réalise maintenant qu'il s'agit bien d'un setter irlandais et qu'elle sera belle.

— Je pense que l'amour et les soins ont plus fait pour ce chien que les vitamines, dit Mlle Beamish à Jake et Merry lorsqu'ils l'accompagnent un jour pour voir comment Pepe s'en sort avec Red.

—Sans oublier la prière, ajoute Pepe lorsque Jake lui rapporte ce que Mlle Beamish a dit. Quand je suis malade, c'est Jésus seul qui peut me guérir.

Jake et Merry doivent partir le lendemain avec Madge et tous les chiots. Les élèves de Merry l'attendent. Jake a fait une rapide esquisse de Madge avec ses chiots autour d'elle. Il a aussi fait un dessin plus détaillé de Red.

—Un cadeau d'adieu, dit-il à Pepe dont les yeux brillent de surprise et de joie.

Grand Pepe a confectionné des «ailes d'ange» tout spécialement pour eux. Ils s'installent aux tables sous le soleil d'hiver.

Chacun bavarde dans un mélange d'anglais et d'espagnol. Merry prend quelques photos et promet d'en envoyer à Mlle Beamish pour tout le monde.

—Peut-être reviendrons-nous un jour, dit-elle.

Mlle Beamish est surprise de réaliser à quel point elle jouit de ces moments. Le climat espagnol a un effet étrange sur elle ! Elle n'a jamais connu autant de plaisir en Angleterre.

Maria se risque à les inviter tous pour la réunion du dimanche. Ensuite, elle se sent toute gênée et s'éclipse dans la cuisine, ne réapparaissant que pour prendre congé d'eux. Plus tard, elle songe que c'est le Seigneur seul qui lui a donné le courage et les mots, parce que jusqu'ici elle n'a jamais osé témoigner ouvertement de sa foi. Mais elle sait qu'elle a bien fait, parce que la dame anglaise a accepté l'invitation.

—Le Seigneur touche son cœur, dit-elle. Peut-être que d'ici que Papa rentre, elle fera partie des nôtres.

A suivre