Première Epitre de Jean (Suite)

F.B. Hole

 

Chapitre 5 - versets 6-13

Ce point étant réglé, une autre question se pose. Comment, de quelle manière, le Christ est-il venu ? La réponse se trouve au verset 6: Il est venu «par l’eau et par le sang».

Voici de nouveau une de ces brèves affirmations, telles que l’on en trouve si fréquemment dans les écrits de Jean; très simples quant à leur forme, mais plutôt obscures quant à leur signification, et pourtant offrant une riche moisson d’instructions à ceux qui les méditent dans un bon esprit. Ce passage se rapporte clairement à ce qui est arrivé lorsqu’un soldat romain a percé le côté de Christ avec une lance, après sa mort, selon le récit de Jean. Aucun des autres évangélistes ne rapporte cet événement. Mais Jean lui donne une importance toute spéciale en nous disant: «Celui qui l’a vu rend témoignage; et son témoignage est véritable; et lui sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez» (Jean 19: 35). Jean a écrit son évangile afin que nous croyions «que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu» (20: 31). Ainsi, de façon évidente, cet épisode du sang et de l’eau témoigne du fait que Jésus est à la fois Christ et le Fils; ces deux points sont devant nous dans notre passage.

Premièrement, l’eau et le sang témoignent de sa véritable humanité. Le Fils de Dieu est venu parmi nous dans la chair et le sang; un homme réel et véritable, non pas un fantôme, ni une apparition. Ce fait n’a jamais été plus clairement établi qu’au moment où, de son côté percé, il est sorti du sang et de l’eau.

L’eau et le sang ont chacun leur signification propre. L’eau évoque la purification et le sang, l’expiation. Nous pouvons donc dire que la venue de Christ était caractérisée par la purification et l’expiation. Ces deux choses étaient des nécessités absolues pour que les hommes puissent être bénis: ils devaient être purifiés de la corruption morale dans laquelle ils étaient, et leurs péchés devaient être expiés pour qu’ils puissent être amenés à Dieu. L’un de ces éléments règle la question morale, l’autre, la question judiciaire; les deux sont également nécessaires. Ni une restauration morale sans acquittement judiciaire, ni un acquittement judiciaire sans une restauration morale, n’auraient mis notre situation en ordre.

Voilà donc un autre témoignage au fait que Jésus est le Fils de Dieu. Il était bien un vrai homme, mais aucun homme ordinaire n’aurait pu venir dans la puissance de la purification et de l’expiation. Pour cela, il devait être le Fils, Celui qui était la parole de la vie.

Dans l’évangile, il est fait mention «du sang et de l’eau», alors que l’épître parle «de l’eau et du sang». L’évangile nous donne ce que nous pourrions appeler l’ordre historique: tout d’abord notre besoin de pardon, ensuite notre besoin de purification. Mais dans l’épître, le point important est ce qui est opéré en nous, comme étant nés de Dieu. Or la caractéristique essentielle de notre nouvelle vie, c’est qu’elle est sainte : «il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu» (3: 9). Elle est sainte dans sa nature, de sorte qu’en la recevant, nous avons été les objets d’une merveilleuse purification. De manière très appropriée, l’eau vient donc en premier; elle est liée dans nos pensées avec la mort de Christ, car nous ne devons jamais séparer dans nos esprits l’oeuvre accomplie en nous de l’oeuvre accomplie pour nous.

Mais bien que l’eau soit mentionnée en premier, il est spécialement souligné au verset 6 que la venue de Christ était «non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang». Sa venue dans le monde n’était pas seulement pour une purification morale, mais aussi pour l’expiation. Ceci est particulièrement important pour nous aujourd’hui, car l’une des idées favorites de l’incrédulité religieuse moderne est que nous pouvons mettre de côté toute pensée d’expiation, tout en retenant que Christ est venu comme un réformateur, afin de nous laisser un merveilleux exemple et de purifier les moeurs des hommes par la force de son exemple. De fait ils soutiennent qu’il n’est venu que dans la puissance de l’eau. Sa mort comme exemple suprême de l’abnégation héroïque doit servir à exorciser l’esprit d’égoïsme de nos coeurs. Mais sa mort comme expiation du péché par le sang, ils ne la veulent absolument pas.

Ceux qui renient la valeur du sang tout en acceptant celle de l’eau auront finalement affaire avec l’Esprit de Dieu dont ils rejettent le témoignage. L’Esprit qui rend témoignage est la vérité; par conséquent, son témoignage est la vérité. Ces hommes seront manifestés comme étant menteurs dans le jour qui doit venir, si ce n’est avant. Dans l’évangile, où le fait historique est raconté, Jean se contente de prendre lui-même la place de témoin, comme nous l’avons vu. Mais à l’époque où il écrit l’épître, des hommes s’étaient levés, remettant en question toute la vérité. Cela conduit Jean à s’effacer lui-même, canal humain du témoignage, devant l’Esprit qui est le témoin divin et primordial. Et Jean déclare que celui qui est la vérité a parlé. Son témoignage établit qui est venu et ce que sa venue signifie réellement.

«Car il y en a trois qui rendent témoignage: l’Esprit, et l’eau, et le sang, et les trois sont d’accord pour un même témoignage» (versets 7, 8). L’Esprit de Dieu est le témoin vivant actif. L’eau et le sang sont les témoins silencieux, mais les trois témoignages convergent. Le point de convergence se trouve dans les versets 11 et 12. Les versets 9 et 10 sont une parenthèse.

Le témoignage, nous devons bien le réaliser, qu’il soit rendu par l’Esprit ou par l’eau et le sang, est le témoignage de Dieu (verset 9). Il doit être traité comme tel. Il est évident que nous acceptons le témoignage des hommes; nous sommes contraints de le faire pratiquement chaque jour. Nous l’acceptons, bien qu’il soit souvent entaché par l’imprécision, même lorsqu’il n’y a pas d’intention de tromper. Le témoignage de Dieu est incomparablement plus grand, que ce soit dans son thème ou dans son caractère. Le Fils en est le thème et la vérité absolue en est le caractère. Lorsque le Fils était sur la terre, il rendait témoignage à Dieu. Maintenant l’Esprit est sur la terre et le témoignage de Dieu est rendu au Fils. N’est-ce pas remarquable?

De plus, celui qui croit au Fils de Dieu maintenant a le témoignage au-dedans de lui-même, puisque l’Esprit, qui est le témoin, nous a été donné et habite en nous. Nous commençons, bien sûr, en croyant le témoignage qui nous est rendu au sujet du Fils de Dieu. Et ensuite, «par l’Esprit qu’il nous a donné», nous avons le témoignage en nous-mêmes. Aucun incrédule ne peut avoir ce témoignage au-dedans de lui-même, car, ne croyant pas le témoignage que Dieu a rendu au sujet de son Fils, il «l’a fait menteur». Quelle chose terrible!

Le témoignage de Dieu est «au sujet de son Fils». Il consiste en particulier en ceci: «Dieu nous a donné la vie éternelle», à nous qui croyons, «et cette vie est dans son Fils» (verset 11). L’Esprit de Dieu en est le témoin vivant et permanent. Il est appelé ailleurs par l’apôtre Paul: «l’Esprit de vie dans le Christ Jésus». A ceci aussi l’eau et le sang rendent témoignage, mais d’une manière plutôt négative. Lorsque nous voyons la vie du Fils de Dieu livrée à la mort en faveur de ceux dont les vies étaient perdues, nous comprenons que cela signifie qu’il n’y avait aucune vie en eux. L’apôtre Paul confirme aussi cela en disant que «si un est mort pour tous, tous donc sont morts». C’est-à-dire: tous étaient morts, et à cause de cela le Fils de Dieu a livré sa vie à la mort. L’eau et le sang attestent qu’il n’y a pas de vie dans l’homme, dans le premier Adam et sa race,  mais uniquement dans Celui qui a donné sa vie et qui l’a reprise par la résurrection.

Ainsi, le témoignage est que nous avons la vie éternelle. Elle nous a été donnée de Dieu et elle «est dans son Fils». «Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie» (verset 12). La conclusion est parfaitement claire. Personne ne peut «avoir» le Fils, s’il nie le Fils, comme le faisaient les docteurs anti-chrétiens. Au chapitre 2, nous avons vu que ceux qui nient le Fils ne peuvent «avoir» le Père (verset 23). Ici nous voyons qu’ils ne peuvent «avoir» le Fils et par conséquent, la vie.

Le verset 13 nous donne la signification du mot «avoir» dans ce contexte. On aurait pu s’attendre à ce que Jean dise ici: «Je vous ai écrit ces choses, à vous qui avez le Fils». Au lieu de cela, il indique ce qui est impliqué dans l’expression «avoir le Fils»: c’est croire «au nom du Fils de Dieu». C’est celui qui croit au Fils de Dieu qui «a» le Fils et qui «a» la vie éternelle. Jean a été conduit à écrire ces choses afin que nous qui croyons, nous le sachions.

En écrivant ces choses, Jean avait certainement en vue d’aider et de rassurer les croyants simples qui pouvaient avoir été effrayés et ébranlés par les prétentions des antichrists. Ils arrivaient avec leurs philosophies savantes et leurs nouvelles lumières; et ils considéraient les croyants qui attachaient simplement leur foi à «ce qui était dès le commencement» comme bien éloignés du haut niveau de «vie» intellectuelle dont ils jouissaient. Pourtant c’était bien celui qui croyait simplement au nom du Fils de Dieu qui avait le Fils, et qui avait la vie; et cette vie était la vie éternelle, la seule vie qui compte.

Aujourd’hui, ce verset reste avec toutes ses heureuses applications pour les croyants inquiets. Par tout ce qu’il a écrit, l’apôtre Jean nous a fait savoir quels sont les signes caractéristiques de la vie; et nous pouvons savoir que nous avons la vie, non seulement à cause de ce que Dieu a dit, mais également parce que les signes de la vie sont manifestés. La caractéristique principale de la vie, ce ne sont pas les sentiments heureux, auxquels certaines personnes pensent tellement, mais l’amour et la justice.

(A suivre)