Les rejetés sont reçus
Esaïe 56
Les exhortations du chapitre 55 se poursuivent jusqu’au verset 8 du chapitre 56. Depuis le verset 9 jusqu’à la fin du chapitre 57, nous trouvons les reproches que Dieu adresse à ceux de son peuple qui l’ont abandonné.
Marche dans la crainte de Dieu (versets 1-8)
Le chapitre 56 commence par un appel de l’Eternel à son peuple. Il l’invite à garder le jugement et à pratiquer la justice, non pas afin que le salut et la justice puissent venir, mais parce que ceux-ci sont déjà proches (verset 1; 46: 13; 51: 5; 62: 1). C’est un appel à la repentance et à se tourner vers Christ, celui-ci étant sur le point de paraître dans sa gloire comme Fils de l’homme.
Cet appel renouvellera les prédications à la repentance adressées autrefois au peuple juif incrédule par Jean le baptiseur et par le Seigneur Jésus (Matthieu 3: 1, 2, 8; 4: 17; 5: 20). Ce témoignage ayant été refusé, tous deux ont été mis à mort. Il en est résulté que le royaume de Dieu et le salut de Dieu pour la terre qui y est lié n’ont pu être introduits en ce temps-là. Toutefois, le plan de Dieu n’a pas été annulé pour autant, mais il s’est accompli dans sa plénitude. Selon le merveilleux propos divin, Israël a été mis temporairement de côté, et le temps de la grâce a été introduit. C’est dans ce temps que le message du salut est apporté à tous les hommes et que l’assemblée du Dieu vivant est formée, constituée de tous les rachetés. Toutefois, à la fin du temps de la grâce, Dieu reprendra ses relations interrompues avec Israël, son peuple terrestre.
Le verset 2 montre clairement qu’il s’agit de la préparation morale des Juifs pour le royaume de Dieu qui va venir, et non pas de la proclamation de l’évangile au temps actuel. Le troisième «Bienheureux» du livre d’Esaïe, que nous avons ici, concerne ceux qui gardent la loi et se tiennent ainsi éloignés du mal (cf. 30: 18; 32: 20). L’observation du sabbat est mise en évidence, ce qui est un indice clair qu’il s’agit ici essentiellement du peuple terrestre de Dieu et non pas de l’humanité en général (Exode 20: 8-11). Cependant le regard du prophète dépasse déjà les limites d’Israël, lorsqu’il s’adresse de façon très générale à «l’homme» et au «fils d’homme»1.
1 «L’homme»: hébr. enosch: l’homme dans sa faiblesse et sa fragilité. «Le fils d’homme»: hébr. ben-adam: le fils de l’homme.
A la différence de la loi du Sinaï qui, au temps où elle était en vigueur, s’appliquait en principe au peuple d’Israël mis à part pour Dieu, le message du salut dans un temps futur s’adressera à tous les hommes. Certes avant et pendant le Millénium, la différence entre Israël et les nations sera aussi maintenue (contrairement au temps actuel où «il n’y a ni Juif, ni Grec»), mais le temple de Jérusalem sera appelé «une maison de prière pour tous les peuples» (verset 7; 49: 6).
Deux groupes d’hommes, qui selon la loi du Sinaï n’avaient pas accès jusqu’à Dieu, sont mentionnés au verset 3. Il y a d’une part les «fils de l’étranger», qui craignent de demeurer séparés du peuple de Dieu et de n’avoir aucune part à ses bénédictions, et d’autre part les «eunuques» du peuple d’Israël, qui se comparent à un arbre sec parce qu’ils n’auront pas de descendance (cf. Deutéronome 23: 1-3). Dans les deux cas, il s’agit d’hommes qui ont écouté l’appel à la repentance, mais qui n’ont pas encore saisi par la foi toute l’ampleur de la grâce de Dieu.
Or l’Eternel lui-même apporte ses consolations à ces deux groupes, dans les versets suivants. Pour lui, ce ne sont pas l’origine et la position des hommes qui sont déterminantes, mais leur foi, leur obéissance et leur amour pour lui. L’observation du sabbat et l’attachement à l’alliance de l’Eternel se rapportent ici à ce temps futur dans lequel Dieu évaluera la conduite des hommes selon d’autres critères qu’aujourd’hui (versets 4, 6). A l’eunuque sont assurés une place dans la maison de Dieu, le temple de Jérusalem, et un nom impérissable, meilleur que beaucoup de fils et de filles (verset 5). De même, l’étranger qui s’attache à l’Eternel aura libre accès à la «montagne sainte» de Dieu, le lieu de son habitation, et pourra lui offrir des sacrifices agréés. «Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples» (verset 7). Dans le Millénium, Jérusalem et le temple seront le centre du monde. Toutes les nations de la terre s’y rendront pour adorer l’Eternel (66: 23; Zacharie 14: 16). La promesse de Dieu à Abraham qu’en lui et en sa semence seraient bénies toutes les familles de la terre sera alors pleinement accomplie (Genèse 12: 3; 22: 18).
Le Seigneur Jésus, lors de sa seconde purification du temple, cite ce passage d’Esaïe: «Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations» (Marc 11: 17). On ne peut guère y voir une allusion au temps actuel de la grâce. Les deux évangélistes qui, généralement, décrivent de la manière la plus claire les cas où le Seigneur se tourne vers les nations, omettent les mots «pour toutes les nations» (Matthieu 21: 13; Luc 19: 46). Les paroles du Seigneur étaient simplement la condamnation publique de la profanation de la maison de Dieu. Jérémie avait aussi fait cela en son temps (Jérémie 7: 11).
Ce passage se termine par une importante déclaration de Dieu (verset 8). Ce ne sont pas les politiciens de ce monde qui décident du destin du peuple terrestre de Dieu, mais c’est lui-même «qui rassemble les exilés d’Israël» d’entre toutes les nations. Ainsi que nous avons pu le voir au cours de ces dernières décennies, de nombreux Juifs dispersés depuis bien longtemps sont rentrés dans le pays de la promesse même si c’est dans l’incrédulité. Il en manque encore beaucoup, plus particulièrement ceux qui font partie des dix tribus. Mais tous doivent retourner dans leur pays. Cependant, là ne s’achève pas la grande oeuvre de Dieu. Avec toutes ces âmes appartenant à son peuple terrestre, il en rassemblera «encore d’autres» (cf. 11: 11; 66: 18). En Apocalypse 7, Jean voit, outre les 144 000 scellés de toutes les tribus d’Israël, «une grande foule que personne ne pouvait dénombrer, de toute nation et tribus et peuples et langues, se tenant devant le trône et devant l’Agneau» (verset 9). Ils ont tous lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau; ils ont passé par la grande tribulation et l’Agneau lui-même les paîtra durant le Millénium.
La méchanceté des conducteurs (versets 9-12)
A première vue, il semble qu’il n’y a guère de rapport entre le passage précédent et celui que nous abordons, qui s’étend jusqu’à la fin du chapitre 57. Pourtant c’est le même Dieu qui reçoit en grâce ceux qui viennent à lui dans la repentance et la foi, et qui est inexorable vis-à-vis du mal, particulièrement lorsqu’il se manifeste dans son propre peuple (Jérémie 25: 29; Ezéchiel 9: 6; 1 Pierre 4: 17).
L’Eternel appelle tout d’abord les bêtes des champs et de la forêt à venir dévorer (verset 9). Dans la Bible, les bêtes symbolisent souvent les hommes sans aucune relation avec Dieu. Pensons par exemple aux quatre bêtes qui représentent les grands empires des nations, dans le livre de Daniel, et à Nebucadnetsar devenu pour un temps sans intelligence, comme une bête (Daniel 4: 31-33; 7: 3-6, 17; cf. Psaumes 73: 22). Au temps de la fin, Dieu fera venir l’Assyrien, le roi du nord et son armée, comme verge sur son peuple, à cause de son idolâtrie sa réception de l’Antichrist. Ces instruments de Dieu fondront alors comme des bêtes sur les hommes (cf. 8: 7, 8; Daniel 11: 40, 41).
L’état du peuple juif rend cette offensive de l’ennemi non seulement nécessaire, mais aussi très facile. Les conducteurs du peuple, les sacrificateurs et les prophètes, ceux qui devraient être ses sentinelles, sont eux-mêmes comme des bêtes sans raison, spirituellement aveugles et sans aucune connaissance des pensées et des voies de Dieu. Au lieu d’être comme des chiens de berger vigilants et de protéger les troupeaux qui leur sont confiés, ils sont semblables à des chiens muets, incapables d’aboyer et aimant à sommeiller (verset 10). Au lieu de veiller, ils restent couchés indolents, ils sommeillent et ils rêvent.
Mais lorsqu’il s’agit de leurs propres intérêts, ils sont comme des chiens voraces. Ils ne savent pas être rassasiés. Au lieu d’être de vrais bergers pour le peuple de Dieu, dans leur folie, ils ne poursuivent que leurs objectifs égoïstes (verset 11; Ezéchiel 34: 1-10; Michée 2: 11; 3: 5). Dans un langage imagé sévère, le prophète achève la description de ces conducteurs spirituels et de leur conduite, en nous montrant comment ils vivent jour après jour (verset 12; cf. 28: 7).
