Première Epitre de Jean (Suite)
Chapitre 5 - versets 1-5
Lorsque nous sommes placés en face de nos responsabilités envers nos frères, nous sommes toujours enclins, si la chair domine en nous, à nous abriter derrière la question de Caïn: «Suis-je le gardien de mon frère?» Nous ne sommes peut-être pas exactement le gardien de notre frère, mais nous devons certainement être son aide, dans un esprit d’amour. Nous sommes également enclins à poser une question semblable à celle du docteur de la loi, dans le récit de Luc 10. Voulant se justifier lui-même, il demande: «Et qui est mon prochain ?» Nous pourrions demander: «Et qui est mon frère ?» La réponse à cette question nous est donnée d’une manière très directe au début du chapitre 5. «Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu» (verset 1) Ainsi nous devons reconnaître comme notre frère toute personne qui croit en Jésus comme étant le Christ, quel qu’il soit. Aucune sélection ne peut être admise.
Beaucoup de croyants, de ceux qui sont nés de Dieu, peuvent ne pas nous attirer du tout sur le plan humain. Par notre éducation ou nos habitudes, nous pouvons n’avoir que très peu de choses en commun avec eux. De plus, il se peut que, dans les choses de Dieu, il y ait bien des points sur lesquels nous ne voyons pas de la même manière. Eh bien ! c’est justement avec de telles personnes que nous sommes mis à l’épreuve. Avons-nous le droit de nous désintéresser complètement d’eux et de passer de l’autre côté ? Certainement pas. Si j’aime seulement le frère qui est gentil et agréable avec moi, je fais ce que n’importe qui pourrait faire. «Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense avez-vous? Les publicains même n’en font-il pas autant ?» (Matthieu 5: 46). Mais si j’aime mon frère parce qu’il est engendré de Dieu, bien qu’il ne soit pas gentil et agréable avec moi, je manifeste l’amour qui est la nature de Dieu lui-même. Rien n’est plus grand que cela.
Le verset 2 semble résumer cela en nous disant que nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, quand nous aimons Dieu et que nous marchons dans l’obéissance. L’amour de Dieu nous amène à aimer ses enfants, et le commandement de Dieu nous enjoint de le faire. Alors, sans aucun doute, lorsque nous aimons effectivement Dieu et gardons ses commandements, nous aimons effectivement ses enfants. L’amour et l’obéissance vont ensemble, comme nous l’avons déjà vu dans cette épître; ainsi il est impossible d’aimer Dieu sans lui être obéissant.
Peut-être avons-nous déjà vu un enfant serrer sa maman dans ses bras, l’embrasser, et lui dire: Oh ! maman, je t’aime tellement ! Et pourtant, cinq minutes plus tard, quand la maman lui demande quelque chose qui ne s’accorde pas tout à fait avec ses désirs, c’est la crise de rage et la désobéissance. Celui qui assiste à cette scène saura apprécier «l’amour» qui a été si hautement clamé quelques minutes auparavant. Il ne vaut pas grand chose. Alors, souvenons-nous que «c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements» (verset 3).
L’enfant peut avoir trouvé quelque peu pénible la demande de sa mère, car elle le sortait de son jeu. Si nous nous égarons dans des chemins de désobéissance, nous n’avons même pas cette excuse, puisqu’il est écrit: «ses commandements ne sont pas pénibles» (verset 3). Ce que Dieu enjoint est en parfait accord avec l’amour qui est la nature divine. Et nous possédons cette nature, si nous sommes réellement engendrés de Dieu.
Ce serait effectivement pénible, s’il nous était commandé de faire ce qui est totalement opposé à notre nature, comme ce le serait pour un chien de manger du foin ou pour un cheval de manger de la viande. La loi de Moïse avait amené «des fardeaux pesants et difficiles à porter», car elle avait été donnée à des hommes dans la chair. Nous avons reçu des commandements, mais nous avons également reçu une nouvelle nature qui trouve son plaisir dans les choses commandées. Voilà ce qui fait toute la différence ! Paul confirme les paroles de Jean lorsqu’il dit: «Dieu opère en vous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir» (Philippiens 2: 13). Jacques les confirme également quand il parle de «la loi parfaite, celle de la liberté» (Jacques 1: 25).
C’est avec joie que nous reconnaissons chaque vrai croyant comme notre frère, puisqu’il est engendré de Dieu. Au verset 4, nous découvrons une autre caractéristique du croyant: il est victorieux du monde. Cette victoire sur le monde est liée à notre foi. La «foi», ici, n’est pas simplement notre faculté spirituelle qui discerne et reçoit la vérité, mais c’est aussi la vérité que nous recevons, la foi chrétienne. Or l’essence même de cette foi, c’est que Jésus est le Fils de Dieu (verset 5).
Maintenant, voyez où nous en sommes arrivés. Nous avons eu devant nous la sphère chrétienne, la famille de Dieu, composée de ceux qui ont été engendrés de lui. Or Dieu est amour. Par conséquent, ceux qu’il a engendrés ont sa nature et demeurent dans son amour. Comme ils demeurent en lui, et lui demeure en eux, ils s’aiment les uns les autres et gardent ses commandements. Mais de plus, ils sont victorieux du monde au lieu d’être vaincus par lui. Bien qu’elle traverse le monde, la famille de Dieu est séparée du monde et elle est plus forte que lui.
Le secret de la victoire a deux aspects. L’un, c’est l’oeuvre que Dieu opère dans les croyants; l’autre, la foi en Jésus comme le Fils de Dieu, le divin Objet qui nous est présenté pour être reçu par la foi.
Au verset 14 du chapitre 2, nous avons appris que la victoire sur «le méchant» est possible pour ceux qui sont nés de Dieu. Au verset 9 du chapitre 3, nous avons vu que celui qui est né de Dieu «ne pratique pas le péché». Maintenant, nous voyons que celui qui est né de Dieu est victorieux du monde. Nous constatons donc qu’être né de Dieu assure la victoire sur le diable, la chair et le monde.
Mais un autre élément est à considérer: non ce qui est accompli en nous, mais ce qui est placé devant nous dans l’évangile. Jésus est le Fils de Dieu. Il n’est pas simplement le plus grand de tous les prophètes, celui qui doit introduire sur la terre un ordre de choses que les autres prophètes ont annoncé. Il est le Fils qui est dans le sein du Père, celui qui a fait connaître des choses célestes se trouvant bien au-delà et bien au-dessus de ce monde. Lorsque la foi s’approprie cela, le monde perd son attrait et peut être mis de côté comme une chose sans valeur. Celui qui est né de Dieu et qui vit dans la foi en Jésus comme le Fils de Dieu, ne peut pas être captif du monde. Il en est victorieux.
Bien sûr, dans tout ceci, les choses sont encore placées devant nous d’une manière abstraite. Ainsi, nous les voyons selon leur nature fondamentale, en éliminant de nos pensées, pour un moment, d’autres considérations qui sont liées à notre état sur la terre et qui introduiraient des réserves. Il est très utile de voir les choses de cette manière abstraite, car cela nous instruit quant à leur véritable nature et nous amène à les voir comme Dieu les voit. De plus, nous les voyons telles qu’elles seront manifestées dans le jour futur où Dieu aura terminé son travail en ce qui nous concerne, car il «l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ» (Philippiens 1: 6).
S’il s’agit de l’état dans lequel nous sommes aujourd’hui, combien il est loin de ce que nous avons considéré ! Combien peu nous demeurons dans l’amour, et par conséquent en Dieu et Dieu en nous ! Soyons honnêtes et reconnaissons-le. Mais en même temps, attachons-nous fermement aux normes divines et jugeons-nous d’après elles. Cela contribuera à notre santé spirituelle et produira du fruit.
Le fait reçu par la foi que Jésus est le Fils de Dieu est au coeur même de tout. Jésus Christ, ce personnage historique, a vécu dans le monde. Personne ne peut raisonnablement nier ce fait. Mais qui est-il? voilà la question ! La substance de notre foi, de la foi chrétienne, c’est qu’il est le Fils de Dieu.
