Grâce pour tous les hommes

A. Remmers

EsaÏe 55

Les chapitres 55 à 57 contiennent des exhortations en vue de la délivrance que Dieu va opérer. Il y a d’abord une invitation pour le peuple de Dieu, mais aussi pour tous les hommes, à venir à Lui et à recevoir les bénédictions spirituelles qu’il donne à ceux qui reviennent de leurs mauvaises voies et qui l’écoutent. Dans ce passage, Esaïe se montre d’une façon particulière comme «l’évangéliste» parmi les prophètes. Cependant, si nous pouvons bien faire une application de ces paroles à l’évangile de la grâce dans le temps actuel, ne perdons pas de vue que la grâce annoncée ici concerne Israël et les nations au début du Millénium.

L’invitation (55, 1-3)

Le premier verset contient un triple «venez». Tous ceux qui ont soif sont appelés à venir acheter de l’eau pour boire, de la nourriture pour manger, ainsi que du vin et du lait — tout cela sans argent. Nous avons ici des symboles fréquemment utilisés dans la Bible: l’eau de la vie, le pain de vie, le vin comme image de la joie, le «pur lait intellectuel» de la parole de Dieu. Tout cela est offert pour rien à ceux qui ont soif. Dieu seul, dans sa libre grâce, donne gratuitement (Jean 4: 10-14; 6: 35Apocalypse 22: 17Psaumes 104: 151 Pierre 2: 2). Ceux qui sont appelés ont soif, mais ils n’ont pas d’argent, c’est-à-dire que tout leur fait défaut, ils ne possèdent rien (cf. 41: 17). Le même principe est valable aujourd’hui: «Tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu, — étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus» (Romains 3: 23-24).

Les hommes peuvent se donner beaucoup de peine, mais tous leurs efforts ne sont rien d’autre aux yeux de Dieu que de «l’argent pour ce qui n’est pas du pain» et «le labeur pour ce qui ne rassasie pas», c’est-à-dire qu’ils manquent le but, la délivrance éternelle de l’âme. Pour obtenir le salut, ils sont appelés à écouter Dieu, afin de recevoir les vrais biens et d’être rassasiés et rafraîchis quant à leur âme (verset 2). Le début du verset 3 montre qu’acheter sans prix signifie écouter la parole de Dieu et retourner à lui, ouvrir son oreille et son coeur afin que l’âme reçoive la vraie vie.

C’est par ce chemin que les hommes d’Israël qui, par la repentance et par la foi, ont acheté gratuitement l’eau de la vie et sont nés de nouveau, entreront dans le royaume de Dieu sur la terre (Jean 3: 3-5). Dieu fera une «alliance éternelle» avec eux (verset 3; cf. 61: 8). C’est «l’alliance de paix» déjà mentionnée au verset 10 du chapitre précédent. Il est ainsi évident que ces versets se rapportent au peuple d’Israël et non pas à tous les hommes.

Cela est encore souligné par l’expression: «les grâces assurées (ou: immuables) de David». Ainsi que nous l’avons vu, la nouvelle alliance que Dieu fera avec son peuple terrestre repose sur le sacrifice de Jésus Christ. C’est dans sa personne aussi que «les grâces assurées de David» seront accomplies. Dieu a promis qu’un descendant de David sera assis sur le trône d’Israël «pour toujours» (2 Samuel 7: 12-17Psaumes 89: 3, 4, 49Esaïe 9: 6; 11: 1Ezéchiel 34: 24). Lorsque le Seigneur Jésus est venu vers son peuple comme le roi promis, il y a deux mille ans, il a été rejeté et mis à mort. Pour que la promesse divine puisse se réaliser, il fallait qu’il soit ressuscité (et glorifié à la droite de Dieu) afin de pouvoir, après son apparition en gloire, monter sur le trône de David. Les «grâces assurées de David», que Paul rappelle dans son discours devant les Juifs d’Antioche, reposent essentiellement sur la résurrection de Christ (verset 3; Actes des Apôtres 13: 34). Le fait de la résurrection constitue ainsi le fondement aussi bien de l’accomplissement des promesses faites à Israël que de la révélation de la grâce de Dieu dans le temps actuel (cf. 2 Timothée 2: 8Romains 4: 25). «Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables!» (Romains 11: 33).

Christ, le Souverain (55: 4, 5)

Par un double «voici», notre attention est à nouveau dirigée sur Christ, personne centrale de cette scène. Dans le Millénium, il sera non seulement, comme roi d’Israël, le garant des «grâces assurées de David», mais d’une façon plus large, il sera établi par Dieu «pour témoignage aux peuples» et «pour chef et commandant des peuples» (verset 4). Son gouvernement riche de bénédiction sur le monde entier est l’objet de nombreuses prophéties (cf. 2: 1-4; 11: 10; 42: 1; Daniel 9: 25Apocalypse 1: 5).

Le second «voici» s’adresse directement au Roi (verset 5). Comme Messie, il n’avait été d’abord envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (cf. Matthieu 15: 24). Néanmoins, il appellera alors une nation qu’il n’avait pas connue, et une nation qui ne le connaissait pas accourra vers lui «à cause de l’Eternel, ton Dieu, et du Saint d’Israël; car il t’a glorifié». Ce sont les croyants d’entre les nations qui seront placés sous le règne du Messie dans le Millénium (cf. Psaumes 18: 43Zacharie 8: 22). Lorsqu’il viendra dans sa gloire comme Fils de l’homme et qu’il s’assiéra sur le trône de sa gloire, alors toutes les nations seront assemblées devant lui, et il séparera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les chèvres (Matthieu 25: 31-40). Les brebis à sa droite sont ceux qui ont pris soin de ses serviteurs pendant le temps de la tribulation, et qui ont cru à leur message, l’évangile du royaume. Ils hériteront du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde. C’est l’un des résultats du fait que Dieu l’a glorifié comme Fils de l’homme (Jean 13: 32).

Le retour à Dieu (55: 6-13)

La condition unique pour être reçu par le Roi qui vient, c’est la foi. D’où l’exhortation: «Cherchez l’Eternel tandis qu’on le trouve; invoquez-le pendant qu’il est proche» (verset 6). Comme Jean le baptiseur qui annonçait le Seigneur Jésus dans le désert de Judée, les prédicateurs de l’évangile du royaume, dans les temps qui précèderont l’apparition de Christ, appelleront premièrement les Juifs incrédules rentrés au pays à retourner à leur Dieu: «Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché» (Matthieu 3: 2; cf. Matthieu 24: 14). La hâte s’impose, car lorsque le Seigneur Jésus sera apparu, il sera trop tard. Il est merveilleux de constater une fois de plus que la grâce est offerte aussi longtemps que possible. Mais il est aussi dit: «Aujourd’hui, si vous entendez sa voix…» (Psaumes 95: 7, 8Hébreux 3: 7, 8).

Les Juifs incrédules sont exhortés à juger leurs voies et leurs pensées, c’est-à-dire à se repentir et à retourner à l’Eternel et à sa miséricorde — «à notre Dieu, car il pardonne abondamment» (verset 7). Merveilleuses paroles de la grâce pour le peuple terrestre de Dieu, mais aussi pour les nombreuses personnes qui s’en vont aujourd’hui au-devant de la perdition!

Toutefois l’appréciation de Dieu au sujet de l’homme pécheur, ainsi que sa miséricorde et son pardon, ne s’accordent nullement avec l’image que l’homme se fait volontiers de lui-même. Combien les pensées et les voies de Dieu sont au-dessus de celles des hommes (versets 8, 9)! Nous avons vu à quel point les pensées de Dieu relativement à son Messie diffèrent de celles des Juifs incrédules (52: 15; 53: 4, 5). Et ceux-ci se sont indignés de ce que le salut en Christ, selon le dessein de la grâce de Dieu, soit prêché aux nations. Un Sauveur crucifié est encore aujourd’hui un scandale pour beaucoup de personnes (Actes des Apôtres 22: 21-231 Corinthiens 1: 18-25). Oui, ses pensées célestes sont infiniment au-dessus de celles des hommes sur la terre. Et pourtant la terre est la scène des voies de Dieu — que ce soit en rapport avec Israël, ce qui est présenté surtout dans l’Ancien Testament, ou avec l’assemblée, ce qui est révélé dans le Nouveau.

Tout cela est éclairé par une comparaison. La pluie et la neige descendent des cieux et y retournent sous forme de vapeur d’eau après avoir arrosé la terre, afin que le blé croisse et que les hommes reçoivent de la nourriture et de la semence pour les moissons suivantes (verset 10). Il en est de même de la Parole vivante qui sort de la bouche de Dieu. S’il annonce par elle le retour spirituel de son peuple — par le moyen de l’envoi de son serviteur, prédit jusque dans ses détails — alors s’accomplira aussi ce qui est dit ici: «Elle ne reviendra pas à moi sans effet, mais fera ce qui est mon plaisir, et accomplira ce pour quoi je l’ai envoyée» (verset 11). La réception d’Israël par Dieu sera «la vie d’entre les morts» (Romains 11: 15). Quelle confirmation de la vérité et de la fiabilité de la parole prophétique, mais aussi quelle démonstration de la puissance de vie de toute la parole de Dieu qui, dans tous les temps, enseigne aux hommes le chemin qui conduit de la mort à la vie éternelle (Jacques 1: 211 Pierre 1: 23-252 Pierre 1: 19)!

Dans les deux derniers versets apparaît devant les yeux du prophète l’image du retour des prisonniers de l’Assyrien, de ceux qui ont fui devant ses armées et devant l’Antichrist — et peut-être aussi du résidu des dix tribus lors de l’apparition de Christ (cf. 52: 12; Matthieu 24: 31). Ce glorieux événement apportera aux fidèles du peuple de Dieu la délivrance définitive du joug et de la persécution. Dieu lui-même les fera sortir «avec joie» et les conduira «en paix». Alors «les montagnes et les collines éclateront… en chants de triomphe, et tous les arbres des champs battront des mains», c’est-à-dire que toute la création y prendra part avec joie (verset 12; cf. 35: 1, 2; 44: 23; 49: 13; Romains 8: 19-22). C’est seulement alors, au début du Millénium, que la malédiction du péché, sous la figure de l’épine et de l’ortie, sera ôtée de la terre, et qu’à leur place croîtront le cyprès et le myrte (verset 13; cf. Genèse 3: 18Esaïe 41: 19Apocalypse 22: 3). Ainsi qu’Esaïe l’a déjà mentionné plusieurs fois, d’énormes bouleversements auront lieu dans la nature. Les transformations que Dieu opérera sont brièvement décrites ici (cf. 11: 6-9; 29: 17; 41: 18-20).

Tout cela «sera pour l’Eternel un nom, un signe à toujours, qui ne sera pas retranché». Les bénédictions du Millénium auront un double effet: le nom de l’Eternel sera glorifié, et il y aura devant les hommes un rappel continuel de son oeuvre de grâce et de justice.