Première épître de Jean (suite)
Chapitre 4, versets 11-21
Cet amour merveilleux nous impose une obligation: «Nous devons». Ce n’est pas que nous pouvons aimer, ni même que nous aimons effectivement, mais que nous devons nous aimer l’un l’autre, ayant été aimés d’un tel amour. Ne nous soustrayons pas à la pensée de l’obligation. Ce n’est pas une obligation légale, quelque chose que nous devions réaliser pour assurer notre position devant Dieu. C’est une obligation basée sur la grâce, et sur la nature que nous possédons comme étant nés de Dieu. Comme enfants de Dieu, c’est dans notre nature d’aimer, mais cela n’enlève rien au fait que nous en avons le devoir.
Nous devons nous aimer les uns les autres; parce qu’ainsi l’amour de Dieu «est consommé» ou rendu parfait «en nous» (verset 12). L’amour a été versé sur nous, et son but est entièrement, ou parfaitement, atteint lorsqu’il se déverse depuis chaque croyant sur ceux qui l’entourent. Alors, effectivement, Dieu demeure en nous car il est amour et il peut être vu comme étant reflété par ses enfants. Ce verset peut être comparé avec Jean 1: 18. Les deux versets débutent de la même manière. Dans l’évangile, Dieu est manifesté dans le Fils. Dans l’épître, il doit être vu comme demeurant dans ses enfants. C’est ce qu’implique clairement ce verset.
Si Dieu demeure en nous, il sera certainement vu en nous, mais si nous savons qu’il demeure en nous, c’est par l’Esprit qu’il nous a donné. Nous pouvons comparer le verset 13 avec la dernière phrase du chapitre précédent. Là il demeure en nous. Ici nous demeurons en lui et lui en nous. Mais dans les deux cas, il nous est dit que la connaissance de ces merveilleuses réalités est par l’Esprit qui nous a été donné. Etant nés de Dieu, nous avons sa nature qui est amour; mais en plus de cela, «il nous a donné de son Esprit», et par cette onction nous savons que nous demeurons en lui et lui en nous.
Cependant l’Esprit est la puissance pour le témoignage; et ainsi le témoignage caractéristique des enfants de Dieu est placé devant nous au verset 14. Le «nous» de ce verset peut de nouveau désigner, tout au moins dans son sens premier, les apôtres. Ils l’ont vu comme le Sauveur du monde d’une manière différente de nous. Mais dans un certain sens, nous pouvons tous le dire. Nous savons que le Père a envoyé le Fils dans un but non moindre que celui-là. Il a souvent été remarqué que l’évangile de Jean conduit nos pensées au-delà de tout ce qui se rapportait aux Juifs, pour les porter sur les desseins divins plus vastes liés au monde entier.
En Jean 1, par exemple, Jésus n’est pas annoncé comme celui qui doit sauver Israël, mais comme celui «qui ôte le péché du monde». En Jean 4, les Samaritains l’entendent eux-mêmes et découvrent qu’il est le Christ, «le Sauveur du monde». Or ce qu’ils ont découvert, c’est ce que nous avons tous découvert, et qui devient le thème de notre témoignage.
Quel merveilleux enchaînement dans tout ce que nous avons considéré! Dieu est amour. Son amour a été manifesté dans l’envoi du Fils. Nous vivons par lui. L’Esprit nous est donné. Nous demeurons en Dieu. Dieu demeure en nous. Nous nous aimons les uns les autres. Dieu, qui est invisible, est reflété par nous devant les hommes. Nous témoignons devant les hommes que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde. Tout pivote autour de l’amour l’amour divin qui nous a été révélé et qui opère maintenant en nous.
Et plus l’amour est opérant en nous, plus notre témoignage au Sauveur du monde sera efficace.
Lorsque Jean écrivait son épître, c’était une chose bien connue qu’un homme Jésus de Nazareth était apparu dans le monde et était mort crucifié. Il n’y avait pas un besoin particulier de témoigner de cela. Mais le témoignage qui devait être rendu concernait la vérité quant à sa personne qui était-il réellement et qu’était-il venu faire? Ainsi nous témoignons qu’il était le Fils, envoyé par le Père, ayant en vue le salut du monde. Tous ceux qui reçoivent le témoignage chrétien croient en Jésus comme étant le Fils de Dieu et le confessent comme tel. Et quant à celui qui le confesse ainsi, «Dieu demeure en lui et lui en Dieu».
Nous avons déjà remarqué que ce mot «demeurer» caractérise cette épître. Au chapitre 2, à partir du verset 6, nous avons quatre fois demeurer en lui (versets 6, 24, 27, 28). On en trouve une cinquième mention au verset 6 du chapitre 3, et une sixième dans le dernier verset de ce chapitre. Mais dans ce sixième passage, le fait parallèle de son habitation en nous est introduit, et nous savons qu’il demeure effectivement en nous par l’Esprit qu’il nous a donné.
Au chapitre 4, cette seconde pensée qu’il demeure en nous est particulièrement soulignée (versets 12, 13, 15, 16). Elle n’est pas dissociée du fait que nous demeurons en lui, mais c’est elle qui est ici clairement mise en relief. L’ordre dans lequel les choses sont présentées est clair et instructif. Il faut d’abord qu’il soit bien établi pour nous que nous demeurons en lui, et ensuite, comme découlant de cela, il demeure en nous. Dans ces quatre versets, son habitation en nous est successivement mise en relation avec: 1° nous aimer l’un l’autre; 2° il nous a donné son Esprit; 3° confesser Jésus comme Fils de Dieu; 4° demeurer dans l’amour, dans ce que Dieu est en lui-même. Il demeure en nous afin que son caractère, son amour, sa vérité, soient manifestés par nous.
Nous pouvons observer en passant combien cela concorde avec l’enseignement de l’apôtre Paul. En lisant les premiers chapitres de l’épître aux Ephésiens, nous trouvons que le trait caractéristique est «en Christ». Nous sommes en lui. Dans l’épître aux Colossiens, le thème est «Christ en vous». Nous sommes en Christ afin que Christ puisse être en nous. Il y a cette différence pourtant: pour Paul, il est davantage question de notre position et de notre état; pour Jean, il s’agit plutôt de vie et de nature.
Une autre caractéristique de notre épître est que dans les expressions «demeurer en lui», le mot «lui» se rapporte parfois à Christ et parfois à Dieu. Par exemple, en 2: 6; 2: 28 et 3: 6, il s’agit assez clairement de Christ. En 3: 24 et 4: 13, 15, 16, il s’agit de Dieu. En 2: 24, il s’agit de demeurer «dans le Fils et dans le Père». Mais en 2: 27 il serait difficile de dire qui est en vue. La manière dont tout le sujet est traité nous montre combien réellement le Fils est un avec le Père; de sorte que nous ne pouvons pas être dans le Fils sans être dans le Père, et que nous ne pouvons être dans le Père qu’en étant dans le Fils. Pour cette raison, le Fils est mentionné en premier lieu en 2: 24.
Mais dans le passage qui est sous nos yeux, il s’agit de Dieu. Nous demeurons en lui, et il demeurera en nous. Dans l’épître aux Colossiens, nous sommes vus comme le corps de Christ, et lui sera manifesté en nous. Ici nous sommes les enfants de Dieu, nous constituons sa famille, nous tirons de lui notre vie et notre nature, et ainsi, celui qui est Père demeurera en nous et sera manifesté. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu; de plus, le Dieu qui est amour sera vu demeurant en lui.
Demeurer dans l’amour, quelle chose merveilleuse! N’importe quel récipient jeté dans l’océan et restant dans l’océan sera rempli de l’eau de l’océan; ainsi l’enfant de Dieu, immergé dans l’amour de Dieu, en sera rempli. Dépendant de cela, c’est la chose nécessaire pour que notre témoignage au sujet du Père envoyant le Fils soit efficace. Il est nécessaire et bon que nous rendions témoignage de notre bouche; mais si, en plus de cela, Dieu, dans la plénitude de son amour, est vu demeurant dans ses enfants, alors le témoignage aura certainement un effet. Un chrétien rempli de l’amour de Dieu a de la puissance, sans même en être conscient.
Au verset 17, nous trouvons «l’amour avec nous». L’amour a été «consommé avec nous»: cela signifie que l’amour de Dieu a été amené à son apogée et à son but final en ce qui nous concerne. Celui qui demeure en Dieu parce qu’il demeure dans l’amour, et en qui Dieu demeure par conséquent, doit nécessairement avoir de l’assurance au jour du jugement. Il aura même de l’assurance quant au jour du jugement avant que celui-ci n’arrive c’est-à-dire, déjà maintenant.
C’est une chose merveilleuse que l’amour de Dieu brille sur nous; mais que nous soyons amenés à demeurer en lui, afin que Dieu qui est amour demeure en nous, cela nous amène véritablement à un sommet. Cela implique que «comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde». Cette courte phrase a une signification très profonde. Elle est parfaitement vraie si nous la lisons en relation avec notre position et notre acceptation devant Dieu. Mais c’en est une application et non pas son interprétation dans son contexte. Quand le Fils est devenu chair, il y a eu l’homme parfait, qui demeurait en Dieu et en qui Dieu demeurait. Il en a été ainsi lors de son passage sur la terre et il en est ainsi dans sa gloire actuelle dans le ciel. Et de nouveau, nous devons dire: «ce qui est vrai en lui et en vous» (2: 8). Voilà les enfants de Dieu, ils demeurent en Dieu et Dieu en eux. Ils sont comme il est, et c’est un état actuel.
Quelle merveille, ce point culminant de l’amour! Si nous le comprenons, même dans une très faible mesure, nous aurons certainement de l’assurance au jour du jugement. Bien que ce jour doive être celui de la terreur pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, il ne peut susciter de la crainte dans le coeur de celui qui, maintenant et dans ce monde, demeure en Dieu et dans lequel Dieu demeure.
C’est ce que le verset 18 nous dit. Il n’y a véritablement «pas de crainte dans l’amour». Cet amour parfait du côté de Dieu car tout procède de lui doit nécessairement chasser la crainte et tous ses tourments. Il est possible que certains entretiennent de la crainte, soit à l’égard du jour du jugement soit à l’égard d’autre chose. S’il en est ainsi, ils ne sont pas consommés rendus parfaits dans l’amour. Du côté de Dieu, l’amour a été consommé envers nous rendu parfait. De notre côté, nous pouvons être en défaut à cet égard. Nous pouvons bien croire que Dieu nous aime, et pourtant ne pas demeurer dans l’amour d’une façon telle que la crainte ne trouve aucune place dans nos coeurs.
L’amour de Dieu, lorsque nous le connaissons et en jouissons, non seulement chasse toute crainte de notre coeur, mais y produit une réponse d’amour. Nous n’avons aucune capacité d’aimer d’une manière divine, si ce n’est comme résultat de l’amour de Dieu qui est versé en nous. A cet égard, nous sommes comme de petits réservoirs, tandis qu’il est la fontaine intarissable. Si nous sommes en contact avec la fontaine, l’amour peut découler de nous.
Au verset 20, Jean place devant nous l’aspect pratique des choses. Quelqu’un pourrait dire: «J’aime Dieu», d’une manière générale. Il pourrait même le dire dans un style hautement élaboré. Il pourrait s’adresser à Dieu comme dans un élan d’adoration, exprimer des pensées merveilleuses et utiliser des paroles d’amour. Mais tout cela doit être testé; car Dieu est invisible et pour certains esprits féconds, les belles pensées et les belles paroles viennent facilement et ne coûtent pas cher. Qu’est-ce qui pourra tester la réalité d’une telle profession?
Et bien! Voici un frère que l’on peut voir. Si je suis né de Dieu, tous ceux qui sont également nés de Dieu sont mes frères. Le Dieu que je ne peux pas voir m’est présenté dans celui qu’il a engendré, ce frère que je peux voir. Cela étant, le test présenté dans la question de Jean est sans échappatoire possible: «celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?» Le même test est présenté d’une manière positive et affirmative au premier verset du chapitre suivant: «Quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui».
C’est la troisième fois, dans cette épître relativement courte, qu’est présenté le sujet de l’attitude du croyant envers son frère. Nous l’avons rencontré au chapitre 2, dans les versets 9 à 11, et au chapitre 3, dans les versets 10 à 23. C’est donc un sujet de très grande importance. Nous ne déduisons pas cela simplement de la place qui lui est accordée, mais du fait qu’au verset 21 de notre chapitre, il en est parlé comme d’un «commandement». La nécessité de nous aimer les uns les autres comme frères, ce n’est pas seulement le message «que vous avez entendu dès le commencement» (3: 11) mais le commandement de Dieu selon que son Fils Jésus Christ «nous en a donné le commandement» (3: 23). C’est le commandement du Seigneur Jésus, ratifié et contresigné par Dieu. Donc un commandement de la plus grande solennité.
La triste histoire de l’Eglise montre combien il était nécessaire. Les dissensions et même la haine parmi les chrétiens ont amené plus de déshonneur sur le nom de Dieu, et de désastres pour les saints, que toute l’opposition et la persécution du monde. Si l’amour avait été en action parmi nous, nous n’aurions pas été épargnés de difficultés, mais nous les aurions affrontées dans un esprit différent, et au lieu d’être vaincus par elles, nous les aurions surmontées. Ne nous est-il pas dit ailleurs que «l’amour ne périt jamais»?
