Première épître de Jean (suite)
Chapitre 3 versets 13 à 24
Il n’y a donc rien de surprenant si le croyant est confronté à la haine de ce monde. Le «monde», ici, n’est pas le système du monde celui-ci ne peut pas haïr mais les personnes dominées par le système du monde. L’enfant de Dieu ne les hait pas. Comment le pourrait-il, puisque c’est sa nature même d’aimer? Le monde hait le croyant pour la même raison que celui qui fait le mal hait la lumière, et pour la même raison que Caïn haïssait Abel. Il nous faut confesser avec tristesse que, très souvent, nous sommes surpris d’être haïs; mais c’est insensé de notre part. C’est à cela que nous devons nous attendre en raison de la nature même des choses.
Le chrétien ne hait pas, il aime. Mais le verset 14 ne dit pas, par contraste avec ce que fait le monde, que nous aimons celui-ci. Si c’était le cas, il y aurait conflit avec le verset 15 du chapitre précédent. Il est vrai que nous devons être caractérisés par l’amour envers tous les hommes, ainsi que Romains 13: 8-10 le montre, mais ce qui est dit ici est que nous aimons les frères; c’est-à-dire tous ceux qui sont nés de Dieu. L’amour est la vie même de la famille de Dieu.
Comment passe-t-on de la mort à la vie? Une réponse à cette question nous est donnée en Jean 5: 24. C’est en entendant la parole de Christ et en croyant celui qui l’a envoyé. Dans le passage qui est devant nous, la réponse est de toute évidence: en étant engendrés de Dieu le contexte le montre clairement. Si nous comparons ces deux passages, nous voyons d’une part notre côté et d’autre part le côté de Dieu. Quant à déterminer clairement comment ces deux aspects se combinent, c’est bien évidemment au-delà de notre portée. La manière exacte selon laquelle le divin et l’humain s’unissent nous dépassera toujours, que ce soit en Christ lui-même, dans l’Ecriture sainte, ou partout ailleurs.
Mais le fait demeure que nous avons passé de la mort à la vie, et la preuve en est que nous aimons les frères; car l’amour est le caractère de la famille, comme il l’est du Père lui-même. Ici l’apôtre Jean confirme les déclarations de grande portée faites par l’apôtre Paul au sujet de l’amour, dans les premiers versets de 1 Corinthiens 13. Jean nous dit que si l’un d’entre nous n’aime pas son frère, il demeure dans la mort, quelles que puissent être d’autres apparences. Paul nous dit qu’en dépit de tout ce que nous pouvons sembler posséder, si nous n’avons pas l’amour, nous ne sommes rien nous ne comptons simplement pour rien dans tout ce que Dieu peut reconnaître.
Le verset 15 déclare la chose de manière encore plus forte. A cet égard nous ne pouvons pas être neutres. Si nous n’aimons pas notre frère, nous le haïssons; et celui qui hait est un meurtrier en puissance. Caïn était un véritable meurtrier; mais en Matthieu 5: 21, 22 le Seigneur Jésus met en évidence, non l’acte de meurtre, mais la colère et la haine qui l’entraînent. C’est également ce que fait notre passage. Celui qui est dominé par un esprit de haine est dominé par l’esprit de meurtre; une telle personne ne peut pas posséder la vie éternelle. Comme nous l’avons vu, la vie éternelle nous appartient comme demeurant «dans le Fils et dans le Père» (2: 24, 25). Parce que nous demeurons en lui, la vie éternelle demeure en nous, et la nature essentielle de cette vie est l’amour.
Mais bien que l’amour ne soit que la simple respiration manifestant la vie que nous possédons, aucun de nous ne la possède comme si nous étions une petite fontaine d’amour se suffisant à elle-même. La manifestation subjective de l’amour en nous ne peut jamais être séparée de sa manifestation objective en Dieu. Ainsi nous devons toujours regarder hors de nous-mêmes si nous voulons vraiment percevoir l’amour comme il est réellement. «Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous» (verset 16). Cela a été la manifestation suprême du vrai amour.
Si nous voulons avoir une vue juste de ce qu’est l’amour, nous devons arrêter nos pensées sur l’excellence et la gloire qui sont cachées dans ce «Lui», en contraste avec le péché, la dépravation et la misère qui caractérisaient le «nous». Il est très important que nous le fassions, car c’est seulement ainsi que nous pouvons être rendus capables de faire face à l’obligation qui a été mise sur nous en conséquence de cette inexprimable faveur. Christ a manifesté l’amour en laissant sa vie pour nous. Le résultat en est que nous vivons de sa vie, qui est une vie d’amour. Une chaîne admirable est placée ainsi devant nous: Il aimait; il a donné sa vie pour nous; nous vivons de sa vie; nous aimons.
Et maintenant, voyons l’obligation. «Nous devons laisser nos vies pour les frères.» L’amour, en nous, doit aller aussi loin que cela. C’est ce qu’ont fait Prisca et Aquilas envers Paul, puisqu’ils ont, pour sa vie, «exposé leur propre cou» (Romains 16: 4). L’auraient-ils fait pour quelque croyant humble et sans distinction particulière, nous demandons-nous. Il est probable que oui, car ils sont placés en tête de la longue liste des croyants honorés qui sont salués en Romains 16. Quoi qu’il en soit, voilà jusqu’où va l’amour qui est de qualité divine.
Si l’amour est appelé à aller aussi loin que cela, à plus forte raison ira-t-il jusqu’à tout autre point situé en deçà. Il y a beaucoup de manières de laisser sa vie pour ses frères sans que cela implique la mort, ou un réel danger de mort. Ceux de la maison de Stephanas, par exemple, s’étaient «voués au service des saints» (1 Corinthiens 16: 15). Ils n’avaient pas abandonné leur vie pour les frères, mais ils leur avaient consacré leur vie. Ils servaient Christ en servant ses membres sur la terre; ils manifestaient l’amour d’une manière pratique.
L’amour de Dieu demeurait en eux, et il doit demeurer en nous, ainsi que le montre le verset 17. S’il y demeure, il doit nécessairement jaillir au-dehors, envers ceux qui sont enfants de Dieu. Dieu n’a aucun besoin auquel nous aurions à pourvoir. Le bétail sur mille montagnes serait à sa disposition, s’il en avait besoin. Ce sont les enfants de Dieu qui ont des afflictions et des besoins dans ce monde. La manière pratique de montrer notre amour pour Dieu est de prendre soin de ses enfants, lorsque nous les voyons dans le besoin. Si nous possédons en suffisance les biens de ce monde et que nous refusons d’avoir compassion de notre frère qui en manque, si nous préférons nous rassasier tout seuls, il est certain que l’amour de Dieu ne demeure pas en nous.
Soulignons ici un mot très caractéristique de l’épître, le verbe demeurer. Bien qu’utilisé dans des sens et des contextes assez différents, ce mot répété nous aide à garder en mémoire la continuité de la pensée de l’apôtre. Comme il s’occupe de ce qui est fondamental et essentiel dans la vie et la nature divines, il a nécessairement à parler de choses qui demeurent.
Le verset 18 n’est pas adressé à des petits enfants mais à tous les enfants de Dieu, indépendamment de leur croissance spirituelle. Nous devons tous nous souvenir que l’amour n’est pas un simple sentiment, une affaire de mots affectueux sortant de notre bouche. C’est une affaire d’action et de réalité. Selon le verset 16, l’amour que nous avons connu ne consistait pas simplement en des mots, mais il s’est manifesté par un acte de dévouement suprême. L’amour de Dieu demeurait en Christ et il a laissé sa vie pour nous. Si l’amour de Dieu demeure en nous, nous exprimerons notre amour envers nos frères par des actes, et non par des paroles seulement.
Si nous aimons ainsi en vérité, il sera manifeste que nous sommes de la vérité (verset 19). Nous sommes pour ainsi dire engendrés de la vérité, et par conséquent elle se manifeste elle-même au travers de nos actions. Ainsi, non seulement ceux qui nous entourent sont assurés que nous sommes de la vérité, mais nous acquérons de l’assurance pour nos propres coeurs devant Dieu. Un homme peut acheter un pommier dont on lui a affirmé qu’il est d’une certaine variété; pour l’en convaincre, on peut lui remettre un certificat signé par l’horticulteur qui a élevé cet arbre. C’est bien, mais une erreur est toujours possible. C’est seulement si, à la saison des fruits, il recueille sur cet arbre des pommes de la bonne variété, qu’il possédera à ce sujet une assurance aussi parfaite que possible. Quand l’amour et la vérité de Dieu portent leurs fruits dans la vie, et cela par des actions, nos coeurs peuvent bien être assurés.
Hélas! cette conviction peut manquer. En effet, beaucoup pourraient objecter que de tels fruits désirables leur font souvent défaut. Et c’est justement ce que l’apôtre anticipe dans le verset suivant (verset 20). En considérant ces choses, nos coeurs nous condamnent. Combien solennel, alors, est le fait que Dieu est plus grand que notre coeur et qu’il sait toutes choses! Solennel et cependant bienheureux! Voyons comment cette certitude a opéré dans le coeur de Simon Pierre, dans le récit de Jean 21.
Pierre, qui s’était vanté de son amour pour le Seigneur avec tant d’assurance, a complètement échoué lorsqu’il s’est agi de le mettre en pratique. En effet, il a renié trois fois Jésus, et cela avec serments et imprécations. Alors, le Seigneur l’interroge à trois reprises sur le même sujet, en sondant ainsi sa conscience. Au lieu d’avoir de l’assurance, Pierre était condamné par son propre coeur, et pourtant, dans le fond, il savait qu’il aimait vraiment le Seigneur. Si Pierre avait une certaine conscience de son manquement, il n’en voyait pas toute la profondeur; mais le Seigneur qui savait toutes choses, lui, la voyait. Et encore pour la même raison, il savait également qu’en dépit de ce manquement, un authentique amour était dans ce coeur. Ainsi Pierre dit: «Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime». Il était heureux de se rejeter sur le fait que Dieu est plus grand que notre coeur et qu’il sait toutes choses. Puissions-nous faire comme lui lorsque nous sommes dans une situation semblable!
Par contre, il arrive Dieu soit béni! que nos coeurs ne nous condamnent pas (verset 21), que la vie, l’amour et la vérité de Dieu soient actifs dans nos âmes, s’exprimant de manière pratique. C’est alors que nous avons confiance et hardiesse devant Dieu. Nous avons liberté en sa présence. Nous pouvons lui exposer nos requêtes avec l’assurance qu’il y sera répondu et que nous recevrons au temps convenable ce que nous avons désiré.
Au verset 22, l’expression «quoi que» nous offre un chèque en blanc, nous laissant le soin de le remplir. Mais le «nous» qui l’accompagne est limité par ce qui suit aussi bien que par ce qui précède. Il s’agit de ceux que leur propre coeur ne condamne pas, de ceux qui gardent les commandements du Seigneur et qui pratiquent les choses qui sont agréables devant lui. C’est à eux que peut être confié le chèque en blanc. Les croyants qui aiment en action, et non pas simplement en paroles, sont marqués par cette obéissance qui plaît tant à Dieu. Celui qui est caractérisé par l’amour et l’obéissance aura ses pensées et ses désirs en harmonie avec ceux de Dieu. Ainsi, ce qu’il demandera sera selon Sa volonté, et par conséquent, il recevra les choses qu’il désire.
Nous gardons Ses commandements. Mais il y a un commandement qui ressort de manière particulière; il a pour objet deux choses: la foi et l’amour (verset 23). Nous devons croire au nom de Jésus Christ, le Fils de Dieu, puis nous aimer l’un l’autre ainsi qu’il l’a commandé à ses disciples, notamment en Jean 13: 34, 35. Nous reconnaissons ici deux choses qui sont très souvent mentionnées ensemble dans les épîtres. Paul n’était pas allé à Colosses, mais il rendait grâce à Dieu à leur sujet: «Ayant ouï parler de votre foi dans le Christ Jésus dit-il et de l’amour que vous avez pour tous les saints» (Colossiens 1: 4). Ces deux choses bien connues sont la preuve d’une conversion réelle, l’évidence d’un authentique travail de Dieu.
Ce qui nous est peut-être moins familier, c’est que la foi et l’amour soient considérés comme des commandements. Il vaut la peine de noter soigneusement que, de tous les apôtres, Jean est celui qui met le plus d’emphase sur les commandements qui sont donnés aux chrétiens. Il a écrit alors que les autres apôtres s’en étaient allés, et que la tendance à transformer la grâce en permissivité s’accentuait; de là, nous le croyons, cette insistance particulière. Il n’y a aucun commandement de loi à pratiquer pour établir notre justice devant Dieu; mais il y a des commandements malgré tout. Le but de ce que Jean nous déclare dans son épître est que nous puissions être introduits dans la communion avec Dieu. Si nous entrons dans cette communion, nous découvrirons bientôt les commandements et il n’y a rien d’incompatible entre les deux. Ils sont entièrement en accord, car ce n’est que par l’obéissance aux commandements que la communion peut être goûtée et maintenue.
Ceci est mis en relief au verset 24, où nous trouvons que c’est le croyant marchant dans l’obéissance qui demeure en Christ. A la fin du chapitre précédent, les enfants tous ceux qui composent la famille de Dieu sont exhortés à demeurer en lui; c’est là ce qui conduit à une vie chrétienne vraie et fructueuse. Ici nous voyons que le fait de demeurer dépend de l’obéissance. Les deux choses vont ensemble, agissant et réagissant l’une sur l’autre. Celui qui demeure obéit, mais il est également vrai que celui qui obéit demeure.
Mais l’obéissance mène à ce que lui demeure en nous, et non seulement à ce que nous demeurions en lui. Si nous demeurons en lui, nous tirons nécessairement de lui toutes les sources de notre vie spirituelle; et comme notre vie pratique procède ainsi de lui, c’est sa vie qui vient se manifester en nous, et il est vu comme demeurant en nous. Ici, nous croyons que Jean pose comme principe ce que Paul déclare être sa propre expérience en Galates 2: 20. C’était parce qu’il vivait «dans la foi au Fils de Dieu» qu’il pouvait dire: «Christ vit en moi».
Par l’Esprit qui nous a été donné, nous savons que Christ demeure en nous (verset 24). L’Esprit est l’énergie de la vie nouvelle que nous avons en Christ, et d’autres passages le désignent expressément comme l’Esprit de Christ. Ceux qui nous entourent peuvent savoir que Christ demeure en nous en observant quelques traits de son caractère manifesté à travers nous. Quant à nous, nous le savons par son Esprit qui nous a été donné.
Au chapitre 2, il est parlé du Saint Esprit comme étant l’onction, donnant même aux petits enfants une capacité qui leur permet de connaître la vérité; mais ici il est présenté comme l’agent par lequel Christ demeure en nous, afin que nous puissions le manifester ici-bas. L’Esprit était aussi là afin de donner expression à la parole de Dieu. C’est ce qu’il a fait au commencement par le moyen des apôtres et des prophètes qu’il a inspirés. Il est la puissance par laquelle la parole de Dieu est donnée, aussi bien que la puissance par laquelle elle est reçue.
Ce fait fournissait aux «antichrists» un point d’attaque. Les antichrists de cette époque étaient les «gnostiques» mot qui signifie «ceux qui savent». Eux aussi parlaient par une puissance qui était manifestement celle d’un esprit. Ils prétendaient savoir et mettaient en avant leurs idées, en opposition avec ce qui avait été révélé par les apôtres. C’est pour cette raison que Jean s’écarte un peu de son thème principal au début du chapitre 4.
Cette digression était importante à l’époque, et elle ne l’est pas moins aujourd’hui, comme nous allons le voir.
