L’avenir de Jérusalem
Si l’appel au réveil précédemment adressé à Sion pouvait déjà amener la ville de Dieu à éclater de joie (52: 9), combien plus le fera la connaissance de l’oeuvre rédemptrice de Christ dont parle le chapitre précédent! Comme dans plusieurs autres passages, le Saint Esprit présente ici Jérusalem, le centre et le symbole de l’ensemble du peuple terrestre de Dieu, sous la figure d’une femme spirituellement mariée à l’Eternel, mais devenue infidèle et répudiée par lui (cf. verset 6; Esaïe 50: 1; Jérémie 3: 1-5, 8; 31: 32; Osée 1-5).
La restauration d’Israël (54: 1-10)
Jérusalem est appelée par l’Eternel à éclater en chants de triomphe. Elle a été longtemps désolée, stérile, sans douleurs d’enfantement, mais maintenant le nombre de ses enfants est plus grand qu’au temps où elle était «mariée» à son Dieu (verset 1). Dieu s’est de nouveau tourné vers elle, parce qu’elle est revenue à lui. Ce ne sont pas seulement quelques croyants qui le serviront, mais une grande multitude. Et même, tout le peuple sera sauvé par la repentance et la foi au Messie, et servira son Dieu avec joie dans le Millénium. C’est de ce temps qu’Esaïe parle ici.
L’apôtre Paul cite ce premier verset en Galates 4: 27, en l’appliquant au temps actuel. Il établit une relation entre la Jérusalem terrestre que Dieu recevra de nouveau dans des temps futurs, et la «Jérusalem d’en haut». Comme enfants de la «Jérusalem d’en haut», les croyants du temps de la grâce seront plus nombreux que tous les croyants du peuple terrestre de Dieu ce peuple qui a été autrefois marié à l’Eternel par l’alliance de la loi et qui lui a été infidèle.
Même si le peuple racheté est encore peu nombreux au début du Millénium, il croîtra beaucoup en peu de temps. C’est à cet accroissement de la population que se rapporte le verset 2. La tente symbole de l’habitation ne peut être assez grande, tant le peuple se multipliera. Pourtant, Dieu le conduira alors au repos tant désiré, comme l’évoquent les mots: «affermis tes pieux».
Les raisons en sont données au verset 3. Ceux qui appartiennent à ce peuple s’étendront «à droite et à gauche», prendront possession des nations et repeupleront les villes désolées pendant la tribulation. L’Eternel avait promis à Abraham que sa descendance posséderait le pays «depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate» (Genèse 15: 18). Cette promesse, qui toutefois n’a pas été réitérée ni accomplie par la suite (cf. Exode 23: 31; Nombres 34: 1-12; Deutéronome 11: 24; Josué 1: 4), sera alors réalisée.
Après l’appel à exulter par lequel s’ouvre le chapitre vient l’exhortation: «Ne crains pas» (verset 4; cf. 41: 10, 13, 14). Les temps de honte et d’opprobre sont passés pour toujours (cf. 61: 7). Non seulement ils ne reviendront jamais, mais il n’y en aura pas même le souvenir. La «honte de ta jeunesse» se rapporte moins à l’esclavage d’Israël en Egypte qu’à l’abominable idolâtrie de Juda à cause de laquelle l’Eternel a abandonné son peuple et son sanctuaire (2 Chroniques 36: 13-16; Jérémie 3: 24, 25; Ezéchiel 16 et 23). «L’opprobre de ton veuvage» est la conséquence, encore actuelle, de la mise de côté et de la dispersion du peuple parmi toutes les nations (cf. 25: 8; Jérémie 3: 25; LamentationsdeJérémie 1: 1). Il ne s’agit pas de la captivité relativement courte à Babylone, dont il n’est plus parlé dans cette partie du livre.
Comme pour appuyer d’une façon particulière les paroles de consolation qu’il a adressées à son peuple, Dieu se présente au verset 5 dans toute sa grandeur et toute sa gloire. Il n’a pas rejeté pour toujours le peuple qu’il a jadis créé pour lui-même, mais, dans son amour divin, il prend soin à nouveau des siens (cf. 43: 15; Jérémie 31: 32; Ezéchiel 16: 60; Osée 2: 18). Son nom «l’Eternel des armées» (Jahweh Sabaoth), particulièrement employé par les prophètes Esaïe et Jérémie, mais aussi par Aggée, Zacharie et Malachie, parle de son amour et de sa toute-puissance. Mais comme le «Saint d’Israël» il est aussi son «rédempteur» (cf. 41: 14). La relation entièrement nouvelle du peuple avec Dieu comme le Saint d’Israël sera fondée sur le fait que ce peuple reconnaîtra en Jésus de Nazareth, celui qui a été autrefois méprisé, le Rédempteur envoyé par Dieu.
Le dernier titre mentionné ici «Dieu de toute la terre» est clairement en rapport avec le temps du Millénium. Dans l’Ancien Testament, nous trouvons trois appellations voisines, mais cependant de signification différente:
- Comme «Dieu des cieux et de la terre», il est le Créateur et le Seigneur de tout l’univers.
- Il est le «Dieu de toute la terre», mais n’est appelé ainsi qu’en relation avec son peuple terrestre, Israël, qu’il s’est choisi d’entre toutes les nations
- L’appellation «Dieu des cieux» apparaît principalement dans les livres écrits après la déportation à Babylone. Depuis ce moment, le «trône de l’Eternel» sur la terre et le gouvernement des rois d’Israël et de Juda qui lui est lié ne sont plus là (cf. 1 Chroniques 28: 5; 29: 23). Dieu s’est pour ainsi dire retiré dans le ciel et a transféré le gouvernement, pour la période des «temps des nations» (Luc 21: 24), aux quatre empires décrits dans le livre de Daniel.
Toutefois lorsque Israël sera revenu à son Dieu, le trône du gouvernement de l’Eternel se trouvera de nouveau à Jérusalem, durant le Millénium, et Dieu sera appelé «le Dieu de toute la terre» (cf. Jérémie 3, 17).
Combien merveilleuse est la grâce de Dieu qui restaurera son peuple terrestre! Il l’appellera de nouveau à lui, comme un mari qui ramène dans sa maison «une femme délaissée et affligée d’esprit, et une épouse de la jeunesse qu’on a méprisée» (verset 6; cf. versets 1, 4; 50: 1; Osée 2: 4, 9). Dans sa juste colère à cause du rejet de son Fils bien-aimé, Dieu a abandonné son peuple «pour un petit moment» et lui a caché sa face. Dans la parabole de la vigne, le Seigneur Jésus a annoncé la colère de Dieu contre les cultivateurs qui ont fait mourir l’héritier (Marc 12: 1-12). Mais à la fin, l’Eternel rassemblera son peuple «avec de grandes compassions»; et «avec une bonté éternelle», il aura compassion de lui (versets 7, 8; cf. Romains 11: 32). Israël sera aussi amené à l’Eternel, son Rédempteur, par l’oeuvre accomplie à Golgotha.
Comme il s’agit de façon évidente, dans ce passage, de la réception définitive du peuple d’Israël par l’Eternel, le «petit moment» pendant lequel Dieu a abandonné son peuple ne saurait être la captivité à Babylone. C’est le temps de l’endurcissement partiel et de la mise de côté temporaire que le peuple a attirés sur lui par le rejet du Seigneur. A vue humaine, les millénaires écoulés peuvent paraître une période très longue, mais aux yeux de Dieu, ils ne sont cependant qu’un «petit moment». N’en est-il pas de même pour nous en rapport avec la promesse du Seigneur: «Voici, je viens bientôt»? Pour Celui aux yeux duquel mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans, ce temps n’est qu’un «petit moment».
Ensuite, Dieu fait à son peuple une promesse sous la forme d’un serment. Il rappelle ce qui s’est passé après le déluge, lorsqu’il a conclu avec Noé une alliance équivalente à un serment. Il a alors dit: «Et toute chair ne périra plus par les eaux du déluge, et il n’y aura plus de déluge pour détruire la terre» (Genèse 9: 11). Maintenant, Dieu jure qu’après la grande tribulation, il ne sera plus jamais courroucé contre son peuple ou qu’il ne le tancera plus (verset 9). La mention du déluge dans ce contexte a toute sa signification. Le déluge est une figure des jugements de la fin qui fondront sur le monde. Hénoc est une image des croyants qui seront enlevés auparavant. Et Noé représente le peuple d’Israël, préservé au travers de la tribulation pour entrer dans une terre purifiée.
La nouvelle alliance
De même qu’il avait conclu une alliance avec Noé après le déluge, ainsi Dieu fera avec son peuple racheté après le temps de la tribulation: «Car les montagnes se retireraient et les collines seraient ébranlées, que ma bonté ne se retirerait pas d’avec toi, et que mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit l’Eternel, qui a compassion de toi» (verset 10). Cependant la «nouvelle alliance», comme elle est le plus souvent appelée, ne se relie pas à l’alliance faite avec Noé, mais à «l’ancienne alliance», faite avec le peuple d’Israël à la montagne de Sinaï (Hébreux 8: 8 à 9: 22). Contrairement à cette première alliance, qui avait son expression dans la loi (Exode 34: 27, 28) et qui a été rompue par la désobéissance du peuple, la nouvelle alliance est une «alliance éternelle», immuable. Elle ne dépend plus de l’obéissance des hommes, mais elle repose sur la miséricorde de Dieu et sur l’oeuvre de Jésus Christ accomplie une fois pour toutes. C’est pourquoi cette alliance ne sera jamais ébranlée. Christ lui-même en est la personnification et le garant (42: 6; 49: 8). De plus, elle est une «alliance de paix», qui assurera la paix extérieure et intérieure (Ezéchiel 34: 25; 37: 26).
Le fondement de la nouvelle alliance a été posé par le sacrifice de Christ. Par conséquent, lui-même appelle son sang «le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour plusieurs en rémission de péchés» (Matthieu 26: 28; cf. Hébreux 10: 29; 12: 24). Bien que l’oeuvre expiatoire de Christ concerne non seulement Israël mais tous les hommes, Dieu n’a pas conclu la nouvelle alliance avec les croyants du temps actuel. Il la conclura comme «l’ancienne alliance» au Sinaï avec son peuple terrestre, lorsque celui-ci retournera à lui (cf. 55: 3; 61: 8; Jérémie 31: 31 et suivants).
Paix et justice (54: 11-17)
En regardant en arrière, Dieu se souvient encore une fois de la tribulation et des souffrances de la ville de Jérusalem. Toutefois il lui annonce que le temps de l’affliction, des tempêtes et de la désolation est passé. Dorénavant elle sera caractérisée, puisqu’elle est la ville du grand Roi, par la stabilité, la beauté et la gloire. Dieu lui-même la parera, ainsi que toute son enceinte, de pierres précieuses telles que le saphir, le rubis et l’escarboucle (versets 11, 12; cf. 2 Chroniques 3: 6). Dans la Bible, les pierres précieuses sont souvent des images de la gloire de Dieu telle qu’elle se reflète dans les croyants (Exode 28: 17 et suivants). C’est ainsi que l’assemblée, qui descendra du ciel comme «la sainte cité, la nouvelle Jérusalem», apparaîtra dans un éclat «semblable à une pierre très précieuse, comme à une pierre de jaspe cristallin», et les fondements de sa muraille seront «ornés de toute pierre précieuse», car elle aura «la gloire de Dieu» (Apocalypse 21).
Tous les fils de Jérusalem, c’est-à-dire tous ceux qui font partie de son peuple (49: 14, 17), seront alors parfaitement enseignés de l’Eternel, et il en résultera pour eux une grande paix (verset 13; cf. 50: 4). La citation de ce verset par le Seigneur Jésus (Jean 6: 45) contient une merveilleuse indication du sens profond de cette parole: Dieu lui-même éveillera, dans les coeurs de ceux qui font partie de son peuple, l’intelligence quant à la personne de Christ. Alors, par une vraie repentance et une véritable foi, ils le recevront comme leur Rédempteur.
Parallèlement à cette paix qui vient d’être mentionnée, la justice est une autre caractéristique du Millénium et de son Roi. Sous son règne de justice, un peuple justifié par la foi vivra dans la justice pratique (verset 14; cf. 11: 5; 32: 1; Jérémie 23: 6; Daniel 9: 24). Ainsi Jérusalem sera «établie en justice» à tous égards (cf. 1: 26; 33: 5, 6). Sans crainte d’un ennemi quelconque ni de l’intérieur ni de l’extérieur, chacun pourra vivre en paix. Il est vrai qu’au début et à la fin du Millénium, des ennemis «s’assembleront» contre Christ et contre son peuple (verset 15). Mais cela ne proviendra pas de Dieu. Il s’agira de puissances dirigées par Satan, et Dieu les anéantira à cause de son peuple bien-aimé. Dieu lui-même a juré qu’il ne sera plus jamais courroucé contre son peuple (cf. verset 9; Ezéchiel 38: 39; Apocalypse 20: 7-9).
Pour expliquer ce qu’il vient de dire, Dieu déclare qu’il a créé le forgeron qui fabrique les armes; et même les meilleurs instruments ne peuvent rien opérer si le Créateur ne le veut pas. De même le «destructeur», celui qui utilise les armes, est créé par Dieu pour ruiner, c’est-à-dire que lui non plus ne peut rien exécuter sans ou contre la volonté de Dieu (verset 16). Par conséquent aucun instrument forgé contre Jérusalem et aucun agresseur ne pourront réussir. Aucune accusation ne pourra être formulée. Toute plainte contre le peuple de Dieu sera repoussée. En résumé: «C’est là l’héritage des serviteurs de l’Eternel, et leur justice est de par moi, dit l’Eternel» (verset 17).
Cependant une certitude plus glorieuse encore concerne déjà maintenant tous «ceux qui sont dans le Christ Jésus»: «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Qui intentera accusation contre des élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie; qui est celui qui condamne?» (Romains 8: 31-39).
