L’administration dans l’assemblée
L’assemblée de Dieu a été formée sur la terre par le Saint Esprit, non seulement pour veiller et pour attendre la venue de Christ du ciel, mais aussi pour être jusque-là sur la terre une expression de sa pensée. Et il faut qu’elle soit cela, pas seulement quant à son fonctionnement et son administration interne mais aussi à la vue des puissances spirituelles qui sont dans les lieux célestes. Ephésiens 3: 10 est un passage très remarquable qui devrait avoir un effet réel sur chacun de ceux qui, par grâce, font partie de cette assemblée: «Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée».
Autrefois, Jérusalem était le lieu où l’Eternel avait mis son nom, et ceux qui désiraient connaître ses pensées, dans son saint temple, devaient venir s’en enquérir là chez lui. Mais quand lui-même, «manifesté en chair» en souveraine grâce, vint à son temple, il le trouva corrompu et corrupteur, et lui qui en était la gloire a dû en sortir, le laissant désert.
Jérusalem a été infidèle et fut en conséquence mise de côté par le Seigneur; mais il a laissé ici-bas pour lui-même un témoin responsable. Il ne l’a pas laissé en un lieu privilégié, «ni sur cette montagne, ni à Jérusalem», ni dans un bâtiment construit «en pierres de prix, de grandes pierres», mais «là où deux ou trois sont assemblés en (ou à) mon nom, je suis là au milieu d’eux» (Matthieu 18: 20). Quelle bénédiction durable découle de cette parole de celui qui est mort pour nous racheter, qui est maintenant vivant dans le ciel, la Tête de son corps, de l’assemblée, lui le centre des pensées et des desseins de Dieu! La connaissance et l’expression de ses pensées, son autorité, sa volonté, et tout ce qu’il est, sont désormais en relation avec les deux ou trois assemblés à son nom, au lieu de l’être, comme autrefois, avec le temple à Jérusalem.
Cette parole du Seigneur a d’abord trouvé sa réalisation pendant la brillante période qui a suivi le jour de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2); les disciples en ont alors éprouvé la bénédiction, et par leur canal, la grâce a afflué au nom du Seigneur sur ceux qui en avaient besoin. Son nom était tout; eux-mêmes, l’assemblée, n’étaient rien, sinon les instruments heureux et dépendants au moyen desquels il dispensait sa grâce aux hommes dans la puissance de l’Esprit Saint. Son nom avait aussi pour effet de discerner et de juger le mal; c’est ainsi qu’Ananias et Sapphira ont été retranchés dès que leur péché a été mis au jour. La même puissance et la même autorité ont été exercées pour que le mal soit ôté par l’assemblée composée de croyants des nations à Corinthe (1 Corinthiens 5). L’assemblée a exprimé là la volonté du Seigneur en jugement sur le coupable, dans l’unité d’action avec lui. Ensuite, après que la discipline eut opéré dans le coupable pour l’amener à se repentir, l’assemblée a exprimé la volonté du Seigneur en grâce en le restaurant (2 Corinthiens 2).
Cela donne la signification du passage: «En vérité, je vous dis: Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel» (Matthieu 18: 18). Ce qui était fait au nom du Seigneur, dans l’assemblée comme réunie à son nom, était ratifié dans le ciel, parce que fait en son nom; c’est ce que lui aurait fait s’il avait été corporellement présent au milieu d’eux; et de cette manière, comme nous l’avons dit, sa pensée était, sur la terre, exprimée par l’assemblée.
Mais, de même qu’Israël a manqué à rendre témoignage à la présence de l’Eternel, l’assemblée aussi, établie responsable sur la terre, a manqué dans sa fonction d’administration et de témoin du Seigneur. Cela s’est manifesté avant que les apôtres s’en aillent, puisque Jean a dû parler, dans sa troisième épître, d’une assemblée d’où Diotrèphe chassait ceux qui voulaient recevoir «les frères» (verset 10). Personne ne voudrait soutenir que cette action, même si elle était liée par une assemblée, était ratifiée dans le ciel. Elle était contraire à ce qu’est le Seigneur et à sa pensée révélée, et ne pouvait donc recevoir sa sanction; au contraire, il accorderait sa présence et son soutien, dans leur isolement, à ceux qui étaient chassés, même s’il supportait avec patience l’assemblée qui avait agi ainsi. Mais quelle profonde tristesse de constater que l’histoire de la défaillance d’Israël se reproduit aujourd’hui dans l’assemblée (voir Esaïe 66: 5; Ezéchiel 11: 15, 16).
Une telle conduite antichrétienne et la défaillance dans l’administration de l’assemblée n’étaient qu’un symptôme de ce terrible mal: «l’abandon du premier amour», qui devait se répandre rapidement jusqu’à affecter l’Eglise tout entière. Manquer en ce qui est la racine d’où provient tout bon fruit, et qui est la source de toute santé et de toute vigueur spirituelle, c’est manquer en toute chose. Lorsque des questions se posaient à l’intérieur, on ne recherchait plus la pensée du Seigneur et l’état des choses était tel qu’on n’aurait pas pu la connaître.
L’Eglise était devenue tout et Christ rien; l’orgueil et la volonté des hommes avaient le dessus; la dispute charnelle prévalait; les décisions et les décrets de l’Eglise exprimaient la volonté d’hommes influents, et non pas la volonté du Seigneur.
Cependant la pensée de Dieu pour l’assemblée s’accomplira, car au jour de la gloire de Christ, elle descendra du ciel comme son ouvrage: «la sainte cité, Jérusalem» (Apocalypse 21: 9-22). Dans l’Ecriture, une cité présente en type l’administration. Dans cette cité, l’administration sera parfaitement selon Dieu, car elle descendra «du ciel d’auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu»; et la pensée du Seigneur s’y exprimera pleinement, car «l’Agneau est sa lampe»; et elle sera pour Christ un instrument entièrement apte à déployer sa gloire devant les hommes, car «les nations marcheront par sa lumière».
Mais remarquons bien ce qui est dit de cette cité avant ce qui vient d’être rapporté: «Viens ici», dit l’ange, «je te montrerai l’épouse, la femme de l’Agneau». Nous soulignons ces mots, parce qu’en eux résident la gloire et la perfection de cette cité, et ce qu’ils signifient est la source d’où découle tout ce qui convient au vaste royaume dont Christ est le centre. L’Eglise est en ordre avec Christ à la fin; il demeure sans rival dans ses affections; elle connaît son amour infini et y répond sans réserve; son coeur lui appartient, elle est l’épouse, la femme de l’Agneau.
Et maintenant, voici la pierre de touche: Christ, qu’est-il pour nous? C’est le test qui met à l’épreuve nos intentions et notre démarche. Nos pensées ne peuvent être justes en rien, à moins qu’elles ne le soient à son égard.
Il ne peut y avoir aucun service pour Christ, aucun vrai témoignage, aucune action juste, à moins que lui-même n’ait sa juste place dans les affections. Le Saint Esprit ne soutiendra les saints sur aucune autre voie. Son premier objectif, c’est de faire que Christ soit tout, et si cette place ne lui est pas accordée, le Saint Esprit est attristé et son action entravée. La parole du Seigneur demeure la même, et nous pouvons aujourd’hui encore éprouver la bénédiction de Matthieu 18: 20; mais il faut que Christ ait sa juste place parmi ceux qui s’en réclament, sinon ce n’est qu’une vile prétention. Au nom du Seigneur s’attache aujourd’hui la même autorité qu’au commencement; sa volonté peut encore être connue et mise en pratique, et ce qui est vraiment fait en son nom sur la terre est assurément lié dans le ciel.
Pour que la pensée du Seigneur puisse être mise en pratique, il faut d’abord qu’elle soit connue; et il faut pour cela qu’on lui soit soumis et qu’on soit dans un état en accord avec son nom. Ceci nous est enseigné en particulier par le fait que Matthieu 18: 20 se situe dans un chapitre où les traits moraux du royaume des cieux sont clairement exposés. S’il y a de la jalousie et de la dispute, de la médisance et de la diffamation parmi les saints, si des partis se sont formés dans l’assemblée, et qu’on y entende les éclats d’un conflit charnel -- même si c’est par zèle pour quelque vérité de Dieu -- le diable a certainement réussi à prendre pied. Les décisions prises dans un tel état de choses ne peuvent que causer du tort à tous ceux qui sont concernés et déshonorer Christ. Elles ne seront sûrement pas ratifiées dans le ciel. Combien il serait heureux que cela soit reconnu et confessé par les saints de Dieu sur la terre.
L’amour de Christ est le plus précieux trésor que l’Eglise ait possédé quand elle a commencé sa carrière. C’est triste qu’il ait été traité comme s’il avait peu de valeur. Pourtant cet amour demeure, et il peut être connu dans toute sa fraîcheur et sa puissance par ceux qui l’ont à coeur. Ce qui le prouve, c’est le merveilleux appel que le Seigneur adresse au coeur de ses saints dans le chapitre final de l’Apocalypse, lorsqu’il dit: «Je suis la racine et la postérité de David, l’étoile brillante du matin». Nous retenons de ce passage qu’un tel appel doit susciter une réponse en ceux qui l’entendent. L’Esprit et l’épouse disent: «Viens». Ils le désirent ardemment lui-même, comme aussi le moment où la nuit de la défaillance fera place au matin de sa gloire. Dans cette réponse au Seigneur de la part des siens, il y a le retour au premier amour, et dans ce désir du coeur pour lui se réalise l’importance primordiale de l’unité de l’Esprit. L’étoile brillante du matin devient la seule espérance qui dirige le regard des saints dans la même direction; son amour les lie ensemble en un, et leur donne un même objet et une même joie. Alors, ils ne diront plus l’un à l’autre: «Eloignez-vous de l’Eternel, ce pays nous est donné en possession» (Ezéchiel 11: 15). Mais chacun de ceux qui entendent la voix du Seigneur comprendra combien tous les siens lui sont nécessaires, et ils leur diront par conséquent: Venez! Et dans la joie débordante de son amour, ils crieront à chacun des hommes assoiffés: Viens! Oui, «que celui qui a soif vienne; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie» (Apocalypse 22: 17). «Là où deux ou trois sont assemblés en (ou à) mon nom, je suis là au milieu d’eux»; cette parole demeure la même aujourd’hui. Le Seigneur ne peut pas renier son nom; et sa joie d’être là est plus grande que la nôtre d’avoir sa présence selon Matthieu 18: 20. Mais il ne peut lier son nom avec le mal, et il ne sanctionnera pas de sa présence la volonté malfaisante de l’homme. Il est «le Saint et le Véritable». Ceux qui désirent sa présence doivent s’en souvenir.
