La création et les miracles (suite et fin)

Monard J.A

(Suite et fin de la page 151)

 

L’homme devant son Créateur

«Souviens-toi de ton Créateur dans les jours de ta jeunesse» (Ecclésiaste 12: 1). Reconnaître l’existence de son Créateur et prendre sa place devant lui, voilà le devoir le plus élémentaire de tout homme. Le craindre, lui accorder sa juste place, reconnaître sa grandeur, sa puissance, sa sagesse et son autorité, voilà ce qu’il demande à toutes ses créatures. Et puisqu’il a parlé et que nous avons entre nos mains sa Parole écrite, soumettons-nous de coeur à la révélation qu’il nous a faite.

«Souviens-toi de glorifier son oeuvre, que les hommes célèbrent. Tout homme la contemple, le mortel la regarde de loin. Voici, Dieu est grand, et nous ne le connaissons pas» (Job 36: 24-26). Dieu fait «de grandes choses que nous ne comprenons pas (37: 5). Ce qui ne peut se voir de Dieu — «sa puissance éternelle et sa divinité» — «se discerne par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites», c’est-à-dire par le témoignage de la création. Et ce témoignage est si probant qu’il rend l’homme «inexcusable» s’il rejette Dieu (Romains 1: 20).

Donner à Dieu sa juste place dans nos coeurs et dans nos pensées, c’est en même temps prendre une place correcte devant lui, réaliser notre petitesse, les limites de notre compréhension des choses, devant l’infini de son être et de sa création. «Quand je regarde tes cieux, l’ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as disposées: Qu’est-ce que l’homme, que tu te souviennes de lui…» (Psaumes 8: 3, 4). «Un ver», «un vermisseau» (Job 25: 6), «l’argile dans la main du potier» (Jérémie 18: 6), «un tesson», qui tout au plus peut contester avec d’autres «tessons de la terre» (Esaïe 45: 9), «comme un rien devant lui… comme moins que le néant et le vide» (Esaïe 40: 17) — voilà quelques expressions suggestives qui nous amènent à prendre notre place devant Dieu, et à nous émerveiller de sa grâce envers nous.

Hélas! l’homme a bien de la peine à accepter sa juste place devant son Créateur. Dans son état naturel de péché et de révolte contre Dieu, il s’est égaré dans ses pensées et en est arrivé aux aberrations les plus terribles. L’homme peu cultivé a ridiculement confondu le Créateur avec les choses créées et s’est adonné à l’idolâtrie, allant même jusqu’à dire à un objet qu’il a façonné: «Tu es mon dieu» (Esaïe 44: 12-19). Et l’homme cultivé s’est élevé contre son Créateur, soit en contestant sa façon d’agir, soit en niant son existence, soit autrement encore. Mais: «Malheur à celui qui conteste avec celui qui l’a formé!» (Esaïe 45: 9).

 

L’évolutionnisme

L’un des efforts de l’homme pour mettre Dieu de côté — effort qui a certainement contribué à développer l’athéisme dans nos pays — est la théorie de l’évolutionnisme, apparue au milieu du 19e siècle et sans cesse «perfectionnée» depuis. Sous une forme ou une autre, cette théorie est adoptée par beaucoup de scientifiques, et souvent enseignée dans les écoles comme si elle était une science incontestée et incontestable. L’une des idées de base de cette théorie est que la diversité des espèces animales ou végétales résulte d’une évolution spontanée au niveau génétique. Une légère évolution à l’intérieur des espèces est un fait scientifique avéré. En revanche, la science n’a jamais observé de mutations génétiques produisant une nouvelle espèce.

D’un point de vue scientifique, la théorie de l’évolution est extrêmement fragile, parce que fondée sur des hypothèses audacieuses et invérifiables. Bien des hommes de ce monde l’écartent parce que, selon eux, pour y croire, il faut avoir une espèce de «foi» en elle. Les croyants soumis à la parole de Dieu la rejettent avec énergie, mais pour d’autres raisons. Et en particulier, parce que la Bible nous dit que Dieu a créé les plantes et les animaux, chacun «selon son espèce» (Genèse 1: 11-25).

Le but et l’effet de cette théorie étant de se passer de Dieu, sa nature pernicieuse devrait sauter aux yeux. Hélas! des chrétiens ont cherché le compromis. Ils ont avancé l’idée que l’évolution était l’instrument que Dieu avait utilisé pour créer. Ils ne se sont pas aperçus qu’en disant cela, ils frustraient Dieu de sa gloire de Créateur, telle que toute l’Ecriture en rend témoignage.

 

La création et l’enseignement des hommes

Bien des croyants sont confrontés à la difficulté du conflit entre l’enseignement des hommes et celui de la parole de Dieu. C’est en particulier le cas des étudiants chrétiens. Si nous pouvons nous encourager mutuellement à nous fier entièrement à la parole de Dieu, nous devons aussi veiller à ne pas lui faire dire ce qu’elle ne dit pas.

Tout d’abord, il faut nous souvenir que l’Ancien Testament s’exprime souvent dans un style poétique ou figuré. De la description du parcours du soleil dans le psaume 19, nous n’allons pas conclure que cet astre a des sentiments (verset 5), ni que les cieux ont des bouts (verset 6). Du magnifique psaume 104, nous n’allons pas déduire que la terre est posée sur des bases matérielles (verset 5) ou que les animaux prient (verset 21).

En outre, la façon dont Dieu nous relate les événements diffère de la manière humaine. Dans tous les récits qu’il nous donne, Dieu poursuit un but, et il introduit dans son récit les éléments qui concourent à ce but. Il ne s’astreint pas à être complet, ni même toujours chronologique, comme les quatre récits des Evangiles le montrent clairement. Nous sommes sur un terrain solide lorsque nous retenons ce que Dieu nous dit. Mais lorsque nous tirons nos propres déductions ou conclusions de ce qu’il nous dit, nous sommes sur un terrain mouvant. Ne nous plaçons pas sur ce terrain-là quand nous sommes appelés à combattre pour la vérité; nous serions exposés à jeter du discrédit sur Dieu et sur sa parole.

Moralement, la terre est bien le centre de l’univers: c’est là que Dieu a placé la créature qu’il a faite à son image, et c’est là que le Fils de Dieu est venu pour accomplir une oeuvre unique. Mais cela ne nous conduit pas à conclure que, physiquement, la terre soit le centre de l’univers.

Divers secteurs de la science s’intéressent au passé de la terre ou de l’univers. La géologie scrute le sol, analyse les couches sédimentaires et les roches, et y découvre des fossiles ou des traces de plantes et d’animaux. Elle cherche à expliquer les modifications et les bouleversements que la croûte terrestre a subis au cours des âges. La paléontologie — ou science des fossiles — cherche à savoir quels sont les êtres vivants qui ont bien pu peupler la planète à des époques très anciennes. Certaines méthodes scientifiques de datation, plus ou moins fiables, permettent de déterminer approximativement l’époque d’événements dont nous ne possédons que des traces ou des indices. Et là tout s’exprime en milliers ou en millions d’années. Le croyant se trouve placé devant la question: où se situe l’existence de ces êtres vivants relativement au récit de Genèse 1?

De son côté, l’astronomie scrute le ciel. Non seulement elle y découvre des astres fort éloignés de la terre, mais elle reçoit des signaux (lumière et particules) qui témoignent d’événements très anciens, dont l’information ne nous arrive qu’avec un retard énorme. Nous sommes saisis d’étonnement lorsque nous songeons à notre petitesse et à notre brève durée en face de cet univers incroyablement grand. Et la même question surgit: où ces événements cosmiques peuvent-ils se situer relativement au récit de la Genèse?

Avant de mentionner les essais de réponse qui ont été donnés à cette question, remarquons qu’il faut distinguer les faits que les hommes peuvent observer — ce qui est objectif — et l’interprétation de ces faits — qui parfois n’est qu’une théorie proposée par des spécialistes et contredite par d’autres. Bien souvent, la science du passé doit se contenter de quelques observations fragmentaires qu’elle s’efforce d’interpréter et d’organiser pour construire ses théories. Elle est toujours privée de l’expérimentation qui lui permettrait de vérifier ce qu’elle pense pouvoir affirmer. Ainsi, les dates proposées par les hommes touchant un passé lointain sont marquées d’un grand point d’interrogation — d’autant plus que nous ne connaissons pas toutes les interventions, miraculeuses ou autres, que Dieu a faites dans sa création au cours des âges.

D’un autre côté, les lecteurs de la Bible se sont parfois imprudemment avancés, lorsqu’ils ont pensé pouvoir déduire du texte biblique des éléments qui ne s’y trouvent pas réellement. En partant de chiffres donnés dans la Genèse, des croyants ont situé la création 4000 ans avant Jésus Christ. Mais nous devrions être réservés dans les calculs que nous nous permettons de faire sur la base des données bibliques. Les 4000 ans traditionnels résultent de calculs effectués par les hommes sur la base de chiffres donnés par la Bible. Ils doivent aussi être marqués d’un point d’interrogation.

Des commentateurs ont pensé qu’entre la création des cieux et de la terre rapportée dans le premier verset de la Genèse et les sept jours de la création décrits ensuite, il y avait place pour les âges géologiques. Ceci impliquerait alors, puisqu’il existe des fossiles, que Dieu aurait créé des êtres vivants avant les jours mentionnés en Genèse 1: 11, 20 et 24. D’autres commentateurs ont pensé que les sept jours peuvent bien être des périodes, puisque l’Ecriture utilise manifestement le mot «jour» pour désigner des durées plus longues. D’autres encore ont placé les âges géologiques dans des immenses intervalles entre ces «jours». D’autres enfin ont fait remarquer que les fossiles peuvent aussi avoir été formés lors des bouleversements catastrophiques amenés par le déluge. Il n’entre pas dans le propos de cet article d’évaluer ces diverses conceptions, ni d’argumenter à leur sujet.

Ouvrons les yeux sur le fait — parfois oublié — que la création est un miracle, peut-être le plus grand de tous. Que la voix de Dieu appelle un être à l’existence, qu’elle tire du néant un astre, une plante ou un animal, c’est totalement en dehors de ce que notre expérience connaît, en dehors de toute connaissance scientifique.

Le premier chapitre de la Genèse nous indique les grandes étapes du miracle de la création. Nous avons à le recevoir tel qu’il est, avec son but essentiellement moral, Dieu séparant ce qui doit être séparé et préparant la scène dans laquelle il va placer l’homme.

Que Dieu nous accorde de reconnaître nos limites, et de ne pas chercher à expliquer l’inexplicable!

 «L’homme ne peut comprendre, depuis le commencement jusqu’à la fin, l’oeuvre que Dieu a faite» (Ecclésiaste 3: 11)1.

 

Regardons plus loin

Dans les premiers chapitres de la Genèse, nous voyons non seulement la création sortant parfaite des mains de Dieu, mais la ruine morale immédiate de l’homme et ses conséquences. «Le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort» (Romains 5: 12). Le sol, «maudit» à cause de la désobéissance d’Adam, fera désormais «germer des épines et des ronces», et l’homme devra «travailler péniblement tous les jours de sa vie» pour retourner finalement au sol dont il a été pris (Genèse 3: 17-19). Le péché de l’homme a donc introduit des changements dans la création. Elle n’est plus entièrement dans le même état que lorsqu’elle est sortie des mains du Créateur. L’Ecriture ne nous communique que très peu de chose à ce sujet, mais l’apôtre Paul nous dit que «la création a été assujettie à la vanité», qu’elle «soupire et est en travail jusqu’à maintenant» (Romains 8: 20, 22).

Si nos yeux se tournent vers l’avenir, nous pouvons entrevoir «les temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps» (Actes des Apôtres 3: 21). C’est le Millénium, le règne de justice et de paix sous le sceptre du Messie, avec les changements qu’il amènera dans la création (Esaïe 11: 1-10; 65: 20-25). Alors la création «sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu» (Romains 8: 21).

Mais cette création n’est pas destinée à demeurer toujours. «Les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu» (2 Pierre 3: 7; cf. versets 10-12). «Mais, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite» (verset 13). L’Apocalypse nous apprend qu’après le Millénium, en relation avec la scène solennelle du grand trône blanc, «la terre s’enfuit et le ciel; et il ne fut pas trouvé de lieu pour eux» (20: 11). Et Jean voit «un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés» (21: 1).

C’est vers cette scène glorieuse que les regards du chrétien sont fixés. Alors, les desseins éternels de Dieu seront accomplis, pour sa gloire, pour celle de Christ et pour la joie parfaite de tous ses rachetés.

En terminant, citons encore deux passages qui devraient avoir un effet pratique sur nous tous:

  •  «Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création: les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont faites nouvelles» (2 Corinthiens 5: 17). Le croyant appartient déjà à la nouvelle création! Comment le réalisons-nous?
  •  «La terre et les oeuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement. Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété!» (2 Pierre 3: 10, 11).