La création et les miracles (suite)

Monard J.A

L’action actuelle du Créateur

Certains hommes ont pensé que le Créateur, ayant une fois mis en route l’univers, le laissait évoluer selon les lois qu’il avait établies et ne s’en occupait plus. L’Ecriture nous montre qu’il n’en est pas du tout ainsi. D’une part, Dieu dirige et coordonne tout ce qui se passe de façon naturelle dans la création, en vue de l’accomplissement de ses desseins. Et d’autre part, il intervient toutes les fois qu’il le juge bon pour produire un déroulement d’événements non conforme aux lois de la nature. Il opère alors des miracles. Dans un cas ou dans l’autre, il s’agit pour nous de discerner sa main.

Dans certaines situations où n’interviennent pourtant que des événements conformes aux lois de la nature, nous ressentons tout ce qui arrive comme un miracle, en raison de l’usage que Dieu en fait et de l’intention divine évidente qui s’y manifeste. Et nous appelons cela miracle. Mais les miracles, à proprement parler, sont des événements qui se déroulent autrement que selon les lois de la nature.

Reprenons tout ceci avec un peu plus de détails.

La main de Dieu dans des événements naturels

Pour nourrir son serviteur Elie, obligé de fuir la colère d’Achab, Dieu commande aux corbeaux de le nourrir au torrent du Kérith. Matin et soir, ces oiseaux apportent au prophète du pain et de la viande. Tout se passe de façon naturelle, ou presque, mais les corbeaux obéissent à leur Créateur et le serviteur de Dieu est nourri (1 Rois 17: 2-6).

Dans une guerre, un homme tire de l’arc à l’aventure (1 Rois 22: 34). La flèche, sans avoir besoin d’enfreindre les lois de la balistique, arrive dans une faille de la cuirasse du roi Achab, déguisé en simple soldat. Manifestement, Dieu l’a voulu ainsi. D’ailleurs, quelques heures auparavant, un prophète avait annoncé au roi qu’il mourrait dans cette bataille (versets 17 et suiv.).

Elihu parle à Job de la façon dont Dieu agit dans les phénomènes atmosphériques. «Il attire les gouttes d’eau: des vapeurs qu’il forme elles distillent la pluie, que les nuages font couler; ils tombent en gouttes sur les hommes, abondamment» (Job 36: 27, 28). Mais à travers ces phénomènes naturels, Dieu accomplit sa volonté, en bonté ou en jugement: «Car par ces choses il juge les peuples, il donne la nourriture en abondance» (verset 31). La foudre semble tomber aléatoirement ici ou là, mais le croyant peut avoir la confiance que Dieu «couvre ses mains de l’éclair, et lui commande où il doit frapper» (verset 32; 37: 2-5). C’est encore lui qui «dit à la neige: Tombe sur la terre ! et aussi aux averses de pluie» (37: 6). Et quant aux nuées, «sous sa conduite elles tournoient en tout sens, pour accomplir leur oeuvre, tout ce qu’il leur commande sur la face du cercle de la terre, soit qu’il les fasse venir comme verge, ou pour sa terre, ou en bonté» (versets 12, 13).

Les cataclysmes naturels, cyclones, tsunamis, inondations ou autres, ne sauraient arriver sans sa volonté: «Voici, il retient les eaux, et elles tarissent; puis il les envoie, et elles bouleversent la terre» (Job 12: 15). En face de ces choses terrifiantes et éprouvantes, ceux qui se confient en Dieu savent que «toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu» (Romains 8: 28).

Prenons garde de ne pas voir la main de Dieu seulement quand il s’agit de choses pénibles. L’apôtre Paul attire l’attention sur le «témoignage» constant du Dieu créateur qui «fait du bien», qui donne «des pluies et des saisons fertiles», remplissant les coeurs «de nourriture et de joie» (Actes des Apôtres 14: 17). Rien n’est trop petit pour que Dieu s’en occupe. Il nourrit les oiseaux et revêt les fleurs de parures parfois somptueuses (Matthieu 6: 26-29). Et pas un passereau ne tombe en terre sans la volonté de notre Père (Matthieu 10: 29).

La pensée solennelle que notre souffle même est dans la main de Dieu devrait nous amener à comprendre mieux notre entière dépendance de lui (cf. Job 12: 10; Daniel 5: 23; Actes des Apôtres 17: 25).

Les miracles

Cependant, la main de Dieu opère aussi de façon surnaturelle, miraculeuse. Pour le croyant, ceci n’offre aucune difficulté. Celui qui a la puissance de créer l’univers, et de le faire fonctionner selon les lois qu’il a établies, a sans aucun doute la puissance d’intervenir dans le cours des choses naturelles pour qu’elles se déroulent autrement qu’à l’ordinaire. La Bible nous relate d’innombrables miracles accomplis par Dieu ou par Jésus Christ, et le chrétien soumis à la Parole les reçoit tels qu’ils sont racontés. Des hommes de ce monde, et même des croyants, ont parfois cherché à expliquer des événements miraculeux, comme si cela servait à rendre la Bible plus crédible. En fait, en dépit des apparences, de tels efforts stimulent l’incrédulité. En effet, ils risquent d’amener les âmes à mettre plus ou moins en doute ce que la science, ou la raison humaine, ne parvient pas à expliquer.

Dans beaucoup de passages, les miracles nous sont présentés comme des témoignages particuliers de la puissance de Dieu, comme des signes manifestes de la présence et de l’intervention de Dieu. Dans le cas du Seigneur Jésus, ils sont présentés comme des preuves de sa divinité (cf. Jean 5: 36; 10: 38; 15: 24; 20: 30, 31).

En certaines interventions de Dieu rapportées dans l’Ancien Testament, il peut être difficile de savoir s’il s’agit d’un miracle à proprement parler, ou si Dieu a opportunément utilisé des moyens naturels pour atteindre son but. Cela n’a d’ailleurs pas grande importance de le savoir. Mais ce qui est important, c’est de bien voir que dans beaucoup de faits rapportés par les Ecritures, l’événement est en contradiction flagrante avec ce que nous connaissons des lois de la nature. Que le soleil et la lune s’arrêtent au milieu des cieux environ un jour entier (selon Josué 10: 12-14), ou que «l’ombre retourne de dix degrés en arrière» sur un cadran solaire (selon 2 Rois 20: 10), sont des choses absolument incompréhensibles et inexplicables pour nous. De même, le fait que Jésus et son disciple Pierre aient marché sur les eaux (Matthieu 14: 24-33).

Ces exemples, comme une multitude d’autres, nous montrent que le Créateur n’est nullement astreint à agir, dans la création, selon les lois habituelles que les hommes ont pu découvrir.

Dans ses récits d’événements miraculeux, Dieu introduit parfois des éléments d’explication. Mais cela ne signifie nullement qu’il nous fournit une explication scientifique de ce qui s’est passé. Lors de la traversée de la Mer Rouge, par exemple, il nous est rapporté: «L’Eternel fit aller la mer toute la nuit par un fort vent d’orient, et mit la mer à sec, et les eaux se fendirent» (Exode 14: 21). C’est un élément d’explication. Cependant, il nous est dit aussi: «Les eaux étaient pour eux un mur à leur droite et à leur gauche» (verset 29). Dieu nous laisse devant un miracle évident.

L’oeuvre de Dieu qui fait tout

Nous venons de voir de quelle manière l’Ecriture met en évidence la main de Dieu aussi bien dans le cours des événements naturels (qui se passent selon les lois de la nature établies par le Créateur), que dans le cours des événements surnaturels ou miraculeux.

Signalons encore deux autres aspects de l’action de Dieu dans les événements, qu’il s’agisse de ceux qui nous sont rapportés dans la Bible, ou de ceux dont nous pouvons être nous-mêmes les témoins.

1°  Dieu utilise des hommes comme instruments pour l’accomplissement de ses desseins. Non seulement des hommes qui agissent comme ses serviteurs conscients et obéissants, mais des hommes méchants qui agissent par désir de s’élever, de s’enrichir ou de satisfaire quelque convoitise. Deux des terribles malheurs qui ont atteint Job étaient l’oeuvre des éléments naturels, et deux autres, celle des pillards; mais, dans la soumission d’esprit qui l’a caractérisé, Job a tout reçu de la main de Dieu (cf. Job 1: 21; 2: 10). Parlant à ses frères de l’horrible action qu’ils avaient commise à son égard, Joseph leur dit: «Vous aviez pensé du mal contre moi; Dieu l’a pensé en bien, pour faire comme il en est aujourd’hui, afin de conserver la vie à un grand peuple» (Genèse 50: 19; cf. 45: 7, 8). Et dans la crucifixion de Christ, la suprême méchanceté des hommes a accompli «le conseil défini et la préconnaissance de Dieu» (Actes des Apôtres 2: 23).

Cependant, il est important de remarquer que la responsabilité de l’homme demeure entière, même quand il accomplit «toutes les choses» que la main et le conseil de Dieu «avaient à l’avance déterminé devoir être faites» (Actes des Apôtres 4: 28). Pour l’esprit de l’homme qui raisonne, c’est une pierre d’achoppement immense, mais toute la parole de Dieu nous montre qu’il en est bien ainsi.

2°  L’oeil de la foi discerne avec évidence la main de Dieu dans les événements fortuits. Nous pensons à la jeune Moabite allant glaner dans le champ qui se trouve «fortuitement» être celui de l’homme ayant «le droit de rachat» sur elle (Ruth 2: 3). Nous nous souvenons de la flèche tirée «à l’aventure», mais atteignant le but précis que Dieu voulait (1 Rois 22: 34). Nous pensons à l’extraordinaire concours de circonstances qui, dans le livre d’Esther, amène en un moment l’élévation de Mardochée, la délivrance des Juifs et le jugement de ses ennemis. Par ces exemples, nous apprenons que ce qui pour l’homme n’est qu’un hasard concourt en fait à l’accomplissement de ce que Dieu a déterminé. «On jette le sort dans le giron, mais toute décision est de par l’Eternel» (Proverbes 16: 33).

Des croyants expriment parfois leur confiance en Dieu qui tient tout entre ses mains en disant: le hasard n’existe pas. On peut bien le comprendre. Mais c’est un raccourci de langage qui met de côté un aspect des choses.

Le déroulement des phénomènes de la nature fait continuellement intervenir des processus aléatoires. Par exemple, les graines produites par les plantes sont emportées par les vents ou les oiseaux, et sont disséminées çà et là. Suivant la nature du sol et les conditions atmosphériques, elles produiront ou non de nouvelles plantes, qui arriveront peut-être à maturité, et qui seront réparties sur le terrain de façon absolument imprévisible.

La science, particulièrement dans le dernier siècle, a été contrainte d’introduire de façon essentielle la notion de hasard dans la description des phénomènes. Au niveau des choses «très petites», les lois de la nature s’expriment souvent en termes de probabilité. Que Dieu ait la haute main sur tout ce qui se passe, c’est certain, mais, en eux-mêmes, certains phénomènes sont aléatoires, du moins dans ce que l’homme peut en saisir.

Les divers événements qui se passent journellement sous nos yeux font intervenir tout à la fois les processus de la nature, la volonté des hommes et même l’activité inlassable de Satan. Mais le chrétien a le bonheur de savoir, par le témoignage des Ecritures, qu’en définitive Dieu a la haute main sur tout cela. Dans cet enchevêtrement de causes, il nous est impossible de distinguer clairement entre ce qui est l’intervention directe de Dieu et ce qui provient de la nature, de l’homme, ou même de Satan. Mais la foi reçoit tout de la main de Dieu.

Le Prédicateur nous fournit la conclusion: «Lorsque j’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse et à regarder les choses qui se font sur la terre, alors j’ai vu que tout est l’oeuvre de Dieu, et que l’homme ne peut pas trouver l’oeuvre qui se fait sous le soleil: bien que l’homme se travaille pour la chercher, il ne la trouve point; et même si le sage se propose de la connaître, il ne peut la trouver» (Ecclésiaste 8: 16, 17). «Comme tu ne sais point quel est le chemin de l’esprit, ni comment se forment les os dans le ventre de celle qui est enceinte, ainsi tu ne connais pas l’oeuvre de Dieu qui fait tout» (11: 5).

Prenons devant Dieu une place de soumission et d’humilité : il n’a pas de compte à nous rendre (Job 33: 13), et une place de confiance tranquille : il nous aime et fait tout concourir à notre bien (Romains 8: 28).

(A suivre)