Il a porté le péché de plusieurs (suite)

A. Remmers

Esaie 52 : 13 - 53 : 12

L’agneau de Dieu (53: 7-9)

Nous avons ici la réponse de Dieu à la confession du résidu. Dieu seul a vu, dans ces terribles heures de souffrances, les sentiments et les mobiles parfaits de son Fils, qui était venu sur la terre pour mourir comme l’Agneau de Dieu.

En face d’un tel sujet, nous devons distinguer entre ses souffrances de la part des hommes et de la part de Dieu, entre la condamnation inique des tribunaux humains et le juste jugement de Dieu contre le péché. Dans cette scène, nous voyons d’une part la corruption et la méchanceté des hommes dans toute leur étendue, et d’autre part la perfection du Seigneur Jésus et la manière dont Dieu l’a considéré et l’a traité.

Quel contraste entre le chemin de l’Agneau de Dieu et celui des brebis égarées décrites au verset 6 ! Il s’est incliné en silence sous tous les mauvais traitements que des hommes impies et cruels lui ont infligés dans son corps et dans son âme (Matthieu 26: 63; 27: 12, 14Luc 23: 8, 9Jean 19: 9; cf. 1 Pierre 2: 23). Il ne répondait rien parce qu’il était résolu à se livrer lui-même dans une parfaite obéissance, pour la gloire de Dieu (cf. Psaumes 38: 13-15). Lui qui était «le lion de la tribu de Juda», «il n’a pas ouvert sa bouche. Il a été amené comme un agneau à la boucherie, et a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent; et il n’a pas ouvert sa bouche» (verset 7; cf. Apocalypse 5: 5). Et s’il l’a ouverte une fois ou l’autre pendant son interrogatoire, ce n’a été que pour la gloire de Dieu, jamais pour exprimer une plainte !

La comparaison avec un agneau se rapporte ici à l’attitude du Seigneur en présence des hommes qui l’ont fait souffrir. Cependant ce mot reporte nos pensées sur plusieurs passages de la Bible: la réponse d’Abraham à son fils Isaac: «Mon fils, Dieu se pourvoira de l’agneau pour l’holocauste», l’agneau de la Pâque sacrifié en Egypte, l’exclamation de Jean le baptiseur: «Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde», et la vision prophétique accordée à l’apôtre Jean d’un «agneau comme immolé», «au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des anciens». Et bientôt, dans la gloire éternelle du ciel, des multitudes de rachetés diront: «Digne est l’Agneau qui a été immolé » (Apocalypse 5: 12).

Le verset 8 contient quelques difficultés qui ont conduit à des traductions et à des explications très variées. Pour cette raison, nous considérerons le verset phrase après phrase.

«Il est ôté de l’angoisse et du jugement» .L’angoisse (ou l’oppression) et le jugement dont il a été ôté se rapportent à la procédure ignominieuse et inique par laquelle notre Seigneur a été condamné. Dieu a mis fin à ce procès indigne et humiliant, et il a ôté son Christ. Pilate s’est étonné de ce que le crucifié soit mort si tôt (Marc 15: 44). Cette pensée se fonde aussi sur le texte grec des «Septante», tel que le lisait l’eunuque éthiopien dans son char: «Dans son humiliation, son jugement a été ôté» (Actes des Apôtres 8: 33). Ces mots ne peuvent se rapporter aux trois heures de ténèbres sous le jugement de Dieu, car là rien n’a été «ôté». La coupe amère des souffrances devait être bue jusqu’au bout. En ce moment-là, rien n’a été épargné au Sauveur. Et même lorsqu’il s’est écrié: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné  ?», il n’a reçu aucune réponse (Psaumes 22: 1, 2).

«Et sa génération, qui la racontera?» Le substantif hébraïque dor, qui est généralement traduit par «génération», apparaît pour la première fois, ce qui souvent est significatif pour la compréhension spirituelle d’un mot. En Genèse 6: 9. Il est traduit là par «ceux de son temps». De la même manière, «sa génération» désigne ici les Juifs incrédules qui vivaient au temps du Seigneur et ont déchargé sur lui toute leur haine. Ils étaient «les siens»; c’était en premier lieu vers eux qu’il était venu, mais ils l’ont refusé, l’ont rejeté et l’ont mis à mort (cf. Jean 1: 11; cf. Luc 17: 25Actes des Apôtres 2: 40). Le Seigneur Jésus a dit à ses disciples, en rapport avec la tribulation à venir: «En vérité, je vous dis: cette génération ne passera point que toutes ces choses ne soient arrivées» (Matthieu 24: 34). En face d’une telle méchanceté, le prophète s’écrie, stupéfait: «Et sa génération, qui la racontera ?» L’expression ne désigne donc pas ceux qui croient en Christ. Ceux qui sont le fruit du travail de son âme, nous les trouvons dans les versets 10 à 12.

«Car il a été retranché de la terre des vivants». La relation particulière de Dieu avec cette «génération» par le moyen du Messie est interrompue depuis le rejet de celui-ci. Christ est mort, mais il a été ressuscité et élevé dans le ciel. C’est ce qui semble être évoqué ici, car «la terre des vivants» est la terre elle-même (cf. 38: 11). Le Seigneur Jésus a lui-même annoncé qu’il serait retranché: «Vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!» (Matthieu 23: 39; cf. Daniel 9: 26).

«A cause de la transgression de mon peuple, lui, a été frappé». A la fin du verset, il est évident que c’est Dieu qui parle; il parle des Juifs comme étant son peuple. Il indique encore une fois la véritable raison du terrible châtiment que son Serviteur a dû porter à la croix (cf. verset 5, 6). Ce n’était pas sa culpabilité, ce n’était pas le déplaisir de Dieu dans sa personne, c’était «la transgression de mon peuple». C’est aussi ce que le résidu confessera par la foi lorsqu’il retournera à Dieu et au Messie.

Le verset 9 indique l’intention de ceux qui ont condamné à mort le Seigneur Jésus. Le sépulcre qui lui était destiné était en effet «avec les méchants». Mais Dieu n’a pas permis que son Serviteur subisse cet outrage supplémentaire. Joseph, «un homme riche d’Arimathée», comme le mentionne expressément la parole de Dieu, lui a donné une sépulture digne en le mettant dans un sépulcre «où personne n’avait jamais été déposé» (Matthieu 27: 57Luc 23: 53). C’est ainsi que Dieu l’a honoré, «parce qu’il n’avait fait aucune violence, et qu’il n’y avait pas de fraude dans sa bouche». Dans toutes ses souffrances il n’a pas ouvert sa bouche, et lorsqu’il a dû l’ouvrir, il n’en est sorti que du bien.

Le conseil de Dieu (53: 10-12)

Ces derniers versets portent un regard sur le passé et un regard sur l’avenir. Tout d’abord le résidu croyant montre son intelligence du conseil de Dieu. «Mais il plut à l’Eternel de le meurtrir.» Il n’était pas au pouvoir de Satan, qui selon la sentence de Dieu «briserait le talon» à la semence de la femme, de faire mourir le Seigneur Jésus. Ce n’était pas non plus au pouvoir des hommes, bien qu’il ait été «livré à leur volonté» par Pilate, et qu’ils portent la pleine responsabilité de sa mort (cf. Genèse 3: 15Luc 23: 25Actes des Apôtres 2: 36; 3: 15; 4: 10; 5: 30). Non, c’est «par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu» que Jésus a connu le jugement sur le péché et la mort (Actes des Apôtres 2: 23).

Gardons-nous bien d’interpréter la première phrase du verset 10 comme si Dieu avait eu du plaisir à meurtrir son Fils bien-aimé. «Le meurtrir» n’était nullement le but de Dieu, mais le moyen par lequel il a atteint son but glorieux. Son plaisir consistait à accomplir son dessein d’amour dans son Fils bien-aimé, au moment même où la haine et la méchanceté des hommes, pour lesquels avait lieu cette oeuvre, atteignaient leur plus haut degré. Ainsi «il l’a soumis à la souffrance», aussi bien de la part de sa créature indigne que par son jugement sur le péché. L’holocauste devait être «coupé en morceaux» et l’encens composé devait être «pilé» afin que la bonne odeur du sacrifice et de la personne de Christ, dont parlent ces types, puisse monter vers Dieu (Exode 30: 36Lévitique 1: 6). C’est ce que le résidu croyant comprendra lors de l’apparition de Christ. Et quant à nous, nous admirons dès maintenant le conseil de la grâce, qui dépasse toute compréhension humaine, par lequel Dieu a été glorifié comme jamais, ni auparavant ni après !

Cette oeuvre immense est accomplie une fois pour toutes. Christ n’a pas livré seulement son corps, dans lequel il a porté tous nos péchés sur le bois, mais il a livré aussi «son âme en sacrifice pour le péché»: il a donné son sang et sa vie (cf. verset 12; cf. Lévitique 5: 6; 17: 111 Pierre 2: 24).

Quatre résultats de ce parfait sacrifice de Christ sont mentionnés dans les versets 10 et 11:

«Il verra une semence». Dans la Bible, «semence» signifie souvent postérité. Ici le mot doit être compris dans un sens spirituel: il s’agit de tous ceux qui ont accepté par la foi le sacrifice pour le péché offert par Christ, en premier lieu bien sûr ceux qui appartiennent au peuple d’Israël (cf. Psaumes 22: 30).

«Il prolongera ses jours». Dieu n’a pas permis que son saint voie la corruption. Il l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné «une longueur de jours pour toujours et à perpétuité» (Psaumes 21: 4; cf. Psaumes 102: 23-27). Comme le Ressuscité, le Seigneur Jésus peut dire maintenant: «J’ai été mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles» (Apocalypse 1: 18).

«Et le plaisir de l’Eternel prospérera en sa main». Le Père a mis toutes choses entre ses mains (Matthieu 11: 27Jean 13: 3), parce que c’est lui seul qui a accompli pleinement le bon plaisir, c’est-à-dire la volonté, de Dieu (cf. 46: 10). Dans le cadre de la prophétie d’Esaïe, ceci concerne en premier lieu le Millénium.

«Il verra du fruit du travail de son âme, et il sera satisfait». Le travail de l’âme de Christ est achevé pour toujours, car la grande oeuvre de la rédemption est accomplie ! Le reniement, la trahison et la fuite de ses disciples, les moqueries, l’injustice et la haine de ses ennemis, et surtout les souffrances indicibles de l’abandon de Dieu durant les heures de ténèbres, tout cela est passé pour toujours. Tout ce travail pénible n’a pas été vain, et Celui qui l’a accompli voit maintenant du fruit dont il peut être pleinement satisfait. Déjà au chapitre 49, nous nous sommes arrêtés sur les paroles de Dieu à son fidèle Serviteur: «C’est peu de choses que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les préservés d’Israël; je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre» (verset 6). Selon les prophéties de l’Ancien Testament, le fruit du travail de son âme est constitué par les futurs rachetés du peuple d’Israël et des nations. Toutefois la portée de l’oeuvre de la croix s’étend bien au-delà. Déjà maintenant font partie de ce fruit tous ceux qui croient en Jésus Christ comme leur Sauveur et leur Seigneur.

Dans la suite du verset 11, Dieu parle à nouveau de son Serviteur et de ce qu’il a accompli. Nous y trouvons deux choses: le service de Jésus pendant sa vie sur la terre, puis son oeuvre à la croix.

Comme étant «juste», il a manifesté tout au long de son chemin terrestre sa perfection comme Homme; et comme «serviteur» de l’Eternel, il a accompli le bon plaisir de Dieu. Par sa parfaite connaissance de la volonté de Dieu (11: 2), il a enseigné à son peuple, durant sa vie, le chemin de la justice pratique (cf. Matthieu 5: 17-20). Avec des paroles très semblables, Daniel parle des «sages qui ont enseigné la justice à la multitude» (12: 3; cf. 9: 27; 11: 33-39). Ce que les «sages», au temps de l’Antichrist, seront à la «multitude» (c’est-à-dire en premier lieu aux Juifs incrédules), le Seigneur Jésus l’a déjà été durant toute sa vie. Il s’agit certainement de cela ici, et non pas de la justification des pécheurs, l’oeuvre de la rédemption n’étant mentionnée que dans la seconde partie de la phrase. Il est tout à fait vrai que les hommes sont justifiés par la connaissance de la personne et de l’oeuvre du Seigneur Jésus et par la foi en lui, mais ce n’est pas ce qui est dit ici.

C’est pourquoi la fin du verset 11 n’est pas introduite par «car» mais par «et»: «et lui, il portera leurs iniquités». Comme le montre le passage du prophète Daniel cité ci-dessus, il y en a plusieurs qui «enseignent la justice». Par contre, un seul pouvait faire propitiation et, comme substitut, porter «en son corps sur le bois» les péchés de ceux qui croient en lui (1 Pierre 2: 24). Il a porté non seulement leurs iniquités, mais aussi le terrible, mais juste, châtiment de Dieu pour des fautes qui n’étaient pas les siennes.

Le Serviteur de l’Eternel n’a cependant pas seulement porté les iniquités de «plusieurs», mais il a acquis par le don de lui-même une «part» légitime que Dieu lui donnera un jour : «je lui assignerai une part avec les grands» (verset 12). Ne perdons pas de vue que nous nous trouvons sur le terrain de l’Ancien Testament. Toutes les prophéties se rapportent à Israël et aux nations; elles ne vont pas au-delà du Millénium. Autrefois, rien n’était révélé du mystère du conseil éternel de Dieu relativement à la glorification de Christ et de son assemblée (Romains 16: 25, 26Ephésiens 3: 1-13). Nous pouvons certes faire une application de ces prophéties au temps actuel de l’évangile de la grâce, mais nous ne devons pas oublier qu’elles se rapportent en fait au temps de l’apparition de Christ et du Millénium.

«Et il partagera le butin avec les forts». Ceux qui précédemment ont été appelés «plusieurs» sont ici les «forts», et le butin est toute la création. Christ ne régnera pas seul, mais avec lui il y aura tous les saints qui auront part à la première résurrection (Apocalypse 20: 4-6; cf. 1 Samuel 30: 26-31). Les croyants de l’Ancien Testament en font aussi partie. En Daniel 7: 18, ils sont appelés «les saints des lieux très hauts», ce sont eux qui recevront le royaume avec le Messie, le Fils de l’homme.

A la fin du verset 12, nous trouvons quatre motifs pour ce triomphe du Serviteur de l’Eternel. C’est:

  • «parce qu’il aura livré son âme à la mort» (Jean 10: 17; 19: 30),
  • «et qu’il aura été compté parmi les transgresseurs» (Luc 22: 37),
  • «et qu’il a porté le péché de plusieurs» (Hébreux 9: 28),
  • «et qu’il a intercédé pour les transgresseurs» (Luc 23: 34).

Le fait que nous retrouvions ces particularités, accomplies même jusqu’à la lettre, dans le récit que donne le Nouveau Testament des souffrances et de la mort du Seigneur Jésus, confirme la parfaite unité des Saintes Ecritures. Notre Seigneur a dit lui-même: «Sondez les écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi» (Jean 5: 39; cf. Luc 24: 27; Actes des Apôtres 8: 35). Tout ce passage d’Esaïe est le tableau le plus frappant des souffrances du Messie dans tout l’Ancien Testament. Bien qu’elles soient décrites ici dans la perspective du futur résidu juif croyant, tous ceux qui croient en lui aujourd’hui peuvent se les appliquer personnellement, les lire et les relire avec un profit toujours renouvelé, et adorer l’Agneau de Dieu.