Les délices du Père

Sander K.

Notre joie la plus profonde ne peut être qu’en Christ, le Fils du Père. En dehors de lui, il n’y a pas de vraie joie. Nous l’aimons comme notre Sauveur et notre Rédempteur, et nous nous réjouissons de ce que Dieu l’a couronné de gloire et d’honneur.

Cependant, gardons bien dans notre pensée que le Fils de Dieu est d’abord la joie la plus profonde et les délices suprêmes du Père. Lorsqu’il s’exprime comme la Sagesse personnifiée, dans le livre des Proverbes, le Seigneur Jésus lui-même déclare: «J’étais alors à côté de lui son nourrisson (ou son artisan), j’étais ses délices tous les jours» (8: 30). Certes nous ne pouvons jamais pénétrer dans les profondeurs insondables et infinies de ces délices divines dans l’éternité. Et lorsque nous en parlons, il nous convient d’observer de la retenue. Toutefois, lorsque Dieu nous parle de son Fils, il nous fait pressentir quelque chose de ces délices, et cela même dans des passages qui n’ont pas directement en vue la relation du Père avec le Fils. La glorieuse personne dont il est question est toujours le Fils lui-même dans lequel le Père a trouvé ses délices et qu’il a aimé avant la fondation du monde (Jean 17: 24). La proximité et l’intimité de cette relation transparaissent constamment, en particulier lorsque sont employés les pronoms «mon», «ton», «son», (par exemple mon Fils,  ton Serviteur, son propre Fils). C’est comme si Dieu voulait nous faire comprendre: Celui-ci m’appartient et c’est en lui que j’ai ma joie.

Déjà avant la fondation du monde, le Seigneur Jésus était le «Fils unique» du Père, «le Fils unique, qui est dans le sein du Père» (Jean 1: 14, 18). Dès l’éternité passée, il est là, dans cette «retraite cachée de l’amour» , comme on a appelé cette place. Il est «le Fils de son amour» (Colossiens 1: 13). Ainsi, nous pouvons bien comprendre qu’il faisait les «délices» du Père et qu’il avait lui-même devant Dieu une joie ineffable, étant «toujours en joie devant lui» (Proverbes 8: 30). Ce Fils unique remplissait le coeur du Père. Il est «mon compagnon», dit l’Eternel dans un autre passage (Zacharie 13: 7), et le Fils déclare: «Moi et le Père, nous sommes un» (Jean 10: 30). Il est cet «unique Fils bien-aimé» qu’avait le Père, et qu’il a envoyé sur cette terre, comme le Seigneur le dit dans une parabole (Marc 12: 6). Et le fait que ce soit le Fils lui-même qui ait prononcé ces mots fait encore ressortir comment notre Seigneur était conscient de cet amour du Père et en jouissait.

Comme Fils éternel, l’obéissance lui était inconnue. Mais comme Fils de Dieu né dans le temps, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes (Hébreux 5: 8). Il gardait les commandements de son Père et il demeurait dans son amour (Jean 15: 10), et, peut-on certes ajouter, comme l’homme obéissant au milieu d’une société de désobéissants, il faisait les délices du Père.

On trouve aussi des allusions à ce qu’il y avait dans le coeur de Dieu lorsqu’il désigne notre Seigneur, en relation avec son royaume messianique, par les expressions «mon Fils» et «mon roi» (Psaumes 2: 7, 6). Et remarquons que c’est le Fils lui-même, celui auquel s’adressent ces mots, qui nous les retransmet dans le langage poétique du psaume. A ce sujet, on peut remarquer que les désignations telles que «son Christ» (Actes des Apôtres 3: 18) et «ton oint» (Psaumes 84: 9) donnent également à entendre les sentiments profonds de notre Dieu envers notre Seigneur. Les paroles presque identiques que le Père adresse au Fils : «Tu es mon Fils bien-aimé», lors de son baptême au Jourdain et qu’il prononce à son sujet sur la montagne de la transfiguration sont particulièrement saisissantes et parlent au coeur (Marc 1: 11; 9: 7). On pourrait dire que le Père utilise chaque occasion qui s’offre pour témoigner de son amour pour le Fils et du plaisir qu’il a en lui.

Lorsque les pharisiens tiennent conseil contre lui «pour le faire périr» (Matthieu 12: 14), Dieu fait immédiatement connaître, et d’une manière qui ne laisse pas le moindre doute, ce que représente pour son coeur cette personne que l’on veut faire mourir. En effet, le récit de Matthieu cite tout de suite cette parole du prophète: «Voici mon serviteur que j’ai élu, mon bien-aimé, en qui mon âme a trouvé son plaisir» (verset 18). Les pharisiens le haïssent, mais Dieu l’aime ! Or le Père l’aime, comme le Fils lui-même le déclare, parce qu’il laisse sa vie afin de la reprendre (Jean 10: 17). Par cela, le Fils donne un nouveau motif au Père d’avoir ses délices en lui. Dieu portait toute son affection sur le Fils et lui montrait toutes les choses qu’il faisait lui-même (Jean 5: 20). Il n’avait aucun secret pour le Fils.

A la croix, le jugement de Dieu l’a atteint, lui que Dieu appelle «mon berger» (Zacharie 13: 7). Il n’y avait encore jamais eu un tel berger en Israël. Il était ému de compassion pour les foules qui l’entouraient, «parce qu’ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n’ont pas de berger» (Matthieu 9: 36). Il a non seulement ,pour employer le langage figuré du prophète, fait paître son troupeau par son bras, rassemblé les agneaux, porté dans son sein et conduit doucement celles qui allaitent (cf. Esaïe 40: 11), mais il a été «le bon berger» qui laisse sa propre vie pour les brebis (cf. Jean 10: 11, 15). Il est mort pour des êtres totalement indignes et misérables, pour nous! Nous ne sommes pas étonnés que Dieu ait porté ses regards avec délices sur un tel berger dans son abaissement profond. D’autant plus que ce berger était en même temps son «compagnon». «Mon berger» et «mon compagnon», dit le texte inspiré (Zacharie 13: 7).

A ce sujet, nous pouvons aussi mentionner les paroles de l’apôtre Paul. Dans son discours aux anciens d’Ephèse, il dit que Dieu s’est acquis l’assemblée «par le sang de son propre Fils» (Actes des Apôtres 20: 28). Et dans l’épître aux Romains, que Dieu «n’a pas épargné son propre Fils» (Romains 8: 32). Ceci est d’autant plus remarquable que, dans la sphère humaine, c’est une chose normale et habituelle qu’un père épargne son fils (cf. Malachie 3: 17).

Ce Fils, son propre Fils, son Fils unique, le Père l’a donné. Dieu le nomme aussi «mon serviteur» (par Exode Matthieu 12: 18), ou «mon serviteur juste» (Esaïe 53: 11). Dans leur prière, les disciples s’adressent à Dieu en disant: «ton saint serviteur Jésus» (Actes des Apôtres 4: 27, 30); Pierre parle de «son serviteur Jésus» (Actes des Apôtres 3: 13, 26). Le Seigneur Jésus était le Serviteur de Dieu. Il appartenait à Dieu, comme le serviteur hébreu appartenait à son maître (cf. Exode 21: 2-6).

Les yeux du Dieu haut et élevé étaient continuellement dirigés sur ce Serviteur humble et abaissé, l’homme méprisé de Nazareth, qui pourtant était en même temps le Seigneur de gloire. Tout dans la vie de ce Serviteur a donné pleine satisfaction aux yeux de son Dieu. Jamais auparavant Dieu n’avait pu voir sur la terre un tel serviteur. Sans relâche, il a été obéissant, et cela jusqu’à la mort. Il ne faisait rien sans le commandement de son Père. C’était ses «délices» de faire la volonté de Dieu. Dieu pouvait se confier pleinement et continuellement en son Serviteur Jésus. Chaque acte de son service était parfait. Il faisait tout pour la gloire de Dieu et pour le bien des hommes. Comme Serviteur de Dieu agissant «sagement» (Esaïe 52: 13), il a accompli l’oeuvre rédemptrice merveilleuse que le Père lui avait donnée à faire (cf. Jean 17: 4). Nul autre serviteur n’aurait pu accomplir cette grande mission.

Et précisément dans les souffrances de la croix, notre Seigneur a été dans tout son être — que nous le considérions comme l’humble Serviteur ou comme le Fils bien-aimé, l’objet de la plus profonde satisfaction de Dieu. Il a été le vrai sacrifice «en odeur agréable». Pourtant c’est là qu’il a été fait péché (2 Corinthiens 5: 21) et qu’il a pris notre place sous le jugement de Dieu. Et lorsque son oeuvre à la croix a été achevée, Dieu a haut élevé ce Serviteur qui s’est abaissé (Philippiens 2: 9), et il l’a fait et Seigneur et Christ (Actes des Apôtres 2: 36). Un jour tout genou devra se ployer devant lui.

Que ce soit comme Fils unique du Père, comme Fils bien-aimé, comme compagnon de l’Eternel, comme Roi ou comme Serviteur, que ce soit dans le temps ou dans l’éternité, le Seigneur Jésus était, est, et demeure la joie et les délices de son Père.