Première Epitre de Jean (Suite)

F.B Hole

Chapitre 2 - versets 18-28

L’apôtre s’adresse maintenant aux «petits enfants». Sans préambule, il les met en garde avec vigueur contre les docteurs anti-chrétiens qui commençaient à abonder. «L’Antichrist» est un sinistre personnage dont l’apparition est annoncée pour les derniers jours. Il n’est pas encore venu; mais beaucoup d’autres personnages de moindre importance, qui portent les mêmes caractères à divers degrés, sont depuis bien longtemps sur la scène. Ceci nous montre que nous sommes au temps de la fin; c’est-à-dire à l’époque qui précède immédiatement le moment où le mal parviendra à son comble et sera jugé.

Les antichrists qui étaient apparus à l’époque de Jean avaient été un temps au milieu des croyants (verset 19). Mais au moment où l’apôtre écrivait, ils s’en étaient séparés et les avaient quittés. Par ce comportement, ils manifestaient qu’ils n’avaient jamais vraiment fait partie de la famille de Dieu ; «ils n’étaient pas des nôtres». Une caractéristique du vrai croyant, c’est qu’il tient ferme la foi. Or ces gens l’avaient abandonnée et avaient quitté la compagnie des chrétiens, montrant par là qu’ils n’avaient pas de lien vital avec les enfants de Dieu. Le véritable enfant de Dieu a l’onction de la part du Saint, ce que les antichrists n’avaient jamais possédé.

L’onction que les croyants ont reçue (versets 20 et 27) est en relation avec le Saint Esprit. Habitant dans les enfants de Dieu, celui-ci est la source d’où découle leur compréhension spirituelle. Le plus petit enfant dans la famille divine a reçu cette onction, de sorte qu’on peut dire de lui qu’il «connaît toutes choses». Le mot utilisé ici pour «connaître» désigne une perception intérieure. Pour ce qui est de la connaissance à acquérir, le petit enfant ignore encore des milliers de détails; mais l’onction lui donne la capacité intérieure qui amène toutes choses à sa portée. Il connaît potentiellement toutes choses, mais pas encore en détail.

Ainsi, on peut dire même du petit enfant qu’il connaît la vérité, et qu’il possède la capacité de distinguer entre elle et le mensonge. Il se peut qu’il ne connaisse encore l’évangile que dans ses plus simples éléments; mais dans cet évangile, il a la vérité pure ; la vérité fondamentale de laquelle découlent toutes les autres vérités. De sorte que, par effet de contraste, tous les mensonges du diable peuvent être détectés lorsqu’ils sont placés sur l’arrière-plan lumineux de l’évangile.

Chaque mensonge du diable vise d’une manière ou d’une autre la vérité concernant le Christ de Dieu. Satan est un tireur d’élite et même lorsqu’il semble diriger ses coups vers les bords de sa cible, il calcule un rebond qui les amènera en plein centre. Aux jours de l’apôtre, il visait ouvertement le centre. Les antichrists niaient effrontément que Jésus était le Christ: ils niaient le Père et le Fils. De nos jours, il y en a encore qui font cela. Mais la plupart agissent autrement: ils introduisent des enseignements plus subtils, pas tellement dangereux en apparence, mais qui finalement conduisent au même reniement ; et ainsi le centre de la cible est atteint.

L’Antichrist, lorsqu’il apparaîtra, reniera complètement le Père et le Fils. Daniel annonce qu’il «s’élèvera contre tout dieu, et proférera des choses impies contre le Dieu des dieux» (11: 36) et cette prophétie est complétée dans la seconde épître aux Thessaloniciens (2: 4). Les divers «antichrists» qui le précèdent marchent tous dans la même ligne. Leur reniement touche plus particulièrement le Fils qui a été manifesté sur la terre, et ils prétendent volontiers qu’ils n’ont rien à dire au sujet du Père, ni contre lui. Mais une telle prétention est vaine. Nier le Fils, c’est nier le Père. Confesser le Fils, c’est avoir aussi le Père. Bien qu’ils soient des personnes distinctes, le Père et le Fils sont un dans la déité. Celui qui a «l’onction», le Saint Esprit, qui est un avec eux dans la déité, sait très bien cela, et il ne peut pas facilement être trompé à ce sujet.

Tout l’Ancien Testament nous amène à la conclusion que Jésus est le Christ (cf. Actes des Apôtres 17: 2, 3). Cependant, la vérité quant au Père et au Fils est révélée dans le Nouveau Testament. Cela ne signifie pas que la relation entre le Père et le Fils ait commencé à cette époque; mais c’est alors que cette relation éternelle dans la déité a été pour la première fois dévoilée entièrement. La communion dans laquelle nous sommes introduits est avec le Père et avec le Fils, ainsi qu’il nous est dit au début de l’épître. C’est pourquoi la négation de cette vérité détruit nécessairement notre communion.

Il est utile de remarquer que l’erreur prend souvent la forme d’une négation de la vérité. De façon générale, les négations sont dangereuses: elles devraient être utilisées avec précautions, et être basées sur une large connaissance. Une négation nécessite une plus grande connaissance qu’une affirmation. Par exemple, pour affirmer qu’une certaine chose est dans la Bible, il suffit de connaître le verset où elle est dite. Mais pour prétendre que quelque chose n’est pas dans la Bible, il est nécessaire de bien connaître celle-ci d’un bout à l’autre.

Dès le commencement, Jésus a été manifesté comme étant le Christ; et, comme Fils, il a révélé le Père. Même les petits enfants possédaient cette connaissance. Elle devait demeurer en eux, tout comme elle doit demeurer en nous. Jésus est le Christ, c’est-à-dire l’Oint. Nous avons reçu l’onction afin que la vérité puisse demeurer en nous, et que, par conséquent, nous demeurions dans le Fils et dans le Père.

L’apôtre Paul nous enseigne que nous sommes «en Christ»: c’est le fruit de l’oeuvre de grâce de Dieu. L’apôtre Jean nous instruit quant à la révélation du Père et du Fils, et quant à la communion établie en rapport avec la relation dans laquelle chaque enfant de Dieu, même le plus petit enfant, est introduit. Et ainsi nous pouvons demeurer «dans le Fils et dans le Père». Le Fils est mentionné en premier parce que nous ne pouvons demeurer dans le Père que si nous demeurons dans le Fils. «Demeurer», c’est rester dans la connaissance consciente et dans la jouissance du Fils et du Père; ceci n’est possible pour nous que si nous sommes nés de Dieu et avons reçu l’onction.

Demeurer dans le Fils et dans le Père, c’est la vie éternelle, cette vie dont la promesse avait été faite même «avant les temps des siècles» (Tite 1: 2). Parlant de la vie éternelle, le Seigneur a dit: c’est «qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ» (Jean 17: 3). Le verset 25 de notre chapitre va un pas plus loin en disant: «C’est ici la promesse que lui nous a promise, la vie éternelle». Celui qui demeure dans le Fils et dans le Père, demeure dans la vie qui est éternelle. La vie éternelle a été manifestée et a été vue; mais cela a été le privilège des apôtres seuls. Or nous pouvons posséder cette vie et demeurer en elle. Ceci est pour chacun de nous, car ces choses ont été écrites aux petits enfants dans la famille de Dieu.

L’apôtre dit tout cela pour affermir les petits enfants contre les docteurs qui cherchaient à les égarer. Au verset 27, il revient à l’onction, car c’est par l’Esprit qui leur avait été donné que toutes ces choses étaient à leur disposition. Quel réconfort de savoir que l’onction demeure en nous ! De ce côté, il n’y a ni changement ni manquement. Et l’onction ne fait pas que demeurer, elle enseigne à l’égard de toutes choses. L’instruction peut nous parvenir de l’extérieur, mais c’est par le Saint Esprit que nous avons la capacité de la comprendre. Il n’y a pas de nécessité qu’un homme nous enseigne. Cette remarque n’a pas pour but de discréditer les docteurs que le Seigneur peut avoir suscités et doués pour faire son oeuvre, autrement nous pourrions l’utiliser pour discréditer l’épître que nous lisons. Elle a pour but de nous faire réaliser que même des docteurs doués ne sont pas absolument indispensables. Par contre, l’onction est indispensable.

L’onction elle-même est «vraie». Ceci est répété d’une manière légèrement différente au verset 6 du chapitre 5. Christ est la vérité comme un objet placé devant nous. L’Esprit est la vérité, et il l’amène dans nos coeurs par l’enseignement divin. L’apôtre Jean pouvait dire à ces petits enfants: «selon qu’elle vous a enseignés», car ils avaient déjà l’onction.

Grâces à Dieu, nous avons aussi l’onction. Ainsi, les mots qui suivent sont aussi pour nous: «vous demeurerez en lui». Nous pouvons bien n’être que de petits enfants; notre connaissance peut être très limitée; mais que rien ne nous fasse dévier de cette vie et de cette communion dans laquelle nous sommes ! Christ est le centre de tout cela. Demeurons en lui.

Le paragraphe spécialement adressé aux «petits enfants» commence au verset 18 et se termine au verset 27. Au verset 28, nous retrouvons le mot «enfants» qui a un sens plus général, celui qui est utilisé aux versets 1 et 12, ainsi que dans le chapitre suivant aux versets 7, 10 et 18.

Dans ce verset 28, l’apôtre s’adresse de nouveau à toute la famille de Dieu, à tous les enfants de Dieu indépendamment de leur croissance ou de leur état spirituel. Il vient d’assurer les petits enfants qu’ils possèdent l’onction, et que, par conséquent, ils peuvent «demeurer en lui». Maintenant il se tourne vers toute la famille de Dieu et exhorte ceux qui la composent à «demeurer en lui». Ce qui est bon pour les petits enfants est bon pour tous. Demeurer en lui, voilà la source de tout fruit et de toute croissance spirituelle. Lorsque nos regards se détournent de lui, lorsque les affections et les intérêts de nos coeurs se tournent vers le monde, nous devenons faibles et sans fruit. L’apôtre regardait au jour de la manifestation de Christ, au jour où nous serons tous révélés dans notre vrai caractère. Il désirait que nous ayons tous de l’assurance ce jour-là, et que nous ne soyons pas couverts de honte.

Christ sera manifesté, et nous aussi nous serons manifestés à sa venue. Il y a évidemment la possibilité que le croyant soit couvert de honte à cette heure solennelle. Il est très probable que ces mots de l’apôtre expriment son propre sentiment de responsabilité envers ceux auxquels il s’adresse, et qu’il désire qu’ils ne lui fassent pas honte en ce jour-là. Mais ils disent aussi très certainement que chacun de nous pourrait être couvert de honte personnellement. Demeurons réellement en lui, afin de porter du fruit maintenant et d’avoir de l’assurance en ce jour-là. Ainsi, ni nous ni ceux qui ont travaillé pour nous, qu’ils soient évangélistes ou pasteurs, ne seront couverts de honte.

(A suivre)