Le testament des apôtres

E.E. Hücking

«Sachant que le moment de déposer ma tente s'approche rapidement, comme aussi notre Seigneur Jésus Christ me l'a montré» (2 Pierre 1: 14).

La pensée de son prochain départ incitait l'apôtre Pierre à faire tout ce qui pourrait aider les croyants à leur rappeler plus tard le bon dépôt de la foi qu'il leur avait laissé. Ce que l'on a appris une fois doit être constamment remémoré, faute de quoi son effet va en s'affaiblissant. Cette pensée avait déjà préoccupé l'apôtre lors de sa première lettre (2 Pierre 3: 1). Mais en présence du développement du mal qu'il prévoyait, et compte tenu du peu de temps dont il disposait encore, il ressentait ce besoin de façon très pressante.

En cela Pierre ne se distingue pas de l'apôtre Paul. Lui aussi prévoyait le mal qui viendrait et cherchait à armer les croyants contre lui. Mais l'angle sous lequel Paul présente ce besoin et le fondement sur lequel il s'appuie sont différents et correspondent au service que le Seigneur lui avait confié. Il vaut la peine de s'arrêter un moment pour comparer ces deux serviteurs.

 Pierre, le «témoin oculaire»

Pierre se réfère à ce qui s'était passé sur la montagne de la transfiguration, à quelque chose qu'il avait lui-même vécu avec le Seigneur, «ayant été témoin oculaire de sa majesté». De façon générale, la foi chrétienne s'appuie sur des faits historiques — notamment tout le parcours du Seigneur Jésus sur la terre. Cela nous protège des mythes et des fables imaginés par les hommes. Mais pour Pierre, cette expérience  personnelle et visible a un poids particulier, parce que son service a en vue les voies gouvernementales de Dieu; c'est-à-dire la manière d'agir de Dieu envers la terre, comment il dirige les événements, que ce soit en rapport avec les croyants ou avec le monde. Pierre voit l'évangile dans cette perspective. C'est pourquoi sa prédication a souvent quelque chose du caractère du sermon sur la montagne, où il est aussi beaucoup question du comportement visible. C'est ainsi qu'il voit le chemin du croyant conduire à la gloire au travers des souffrances.

Les prophètes d'autrefois avaient recherché à «quel temps ou quelle sorte de temps» les prophéties qui leur étaient confiées se rapportaient (cf. 1 Pierre 1: 11). Mais Pierre et tous ceux qui avaient écouté sa prédication avaient «la parole prophétique rendue» d'autant «plus ferme» qu'elle s'appuyait sur quelque chose qu'ils avaient vu. Si maintenant des moqueurs s'adressaient aux croyants en disant: «Où est la promesse de sa venue?» (c'est-à-dire l'accomplissement de celle-ci), Pierre pouvait se présenter comme témoin oculaire de «la puissance et de la venue de notre Seigneur Jésus Christ» (2 Pierre 3: 2, 3; 1: 16). C'était un immense encouragement pour ces Juifs croyants «de la dispersion», pour lesquels le chemin vers la gloire passait d'abord par les souffrances — et cela d'autant plus que de faux prophètes allaient surgir parmi eux (2: 1).

Paul et la révélation du mystère

Paul ne faisait pas partie de ceux qui ont «mangé et bu» avec le Seigneur — ni avant ni après sa résurrection (cf. Actes des Apôtres 10: 41). Il a eu sa première rencontre avec Christ alors que celui-ci était déjà glorifié — de cette gloire que l'oeil naturel ne peut supporter.

Cet événement, qui avait changé sa vie, a constamment orienté son service.

Sa vision n'est pas celle du chemin du croyant conduisant à la gloire par des souffrances (aussi vrai cela soit-il — et c'est pourquoi Pierre le dit), mais celle dans laquelle Dieu «a vivifié» les croyants «ensemble avec le Christ», alors même qu'ils étaient morts dans leurs fautes et dans leurs péchés. Il les «a ressuscités ensemble», les «a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus» et les a rendus infiniment riches en lui. Déjà maintenant, ils sont indissolublement liés au Seigneur glorifié, et s'il en résulte pour eux de la souffrance, c'est une chose à laquelle ils peuvent bien s'attendre — non pas parce qu'elle est pour eux le chemin qui conduit à la gloire, mais parce qu'ils connaissent déjà la gloire. Celui qui possède les richesses spirituelles qui sont les nôtres peut, s'il le faut, accepter cela. Dans un certain sens, c'est la démarche inverse de celle de Pierre.

«Je sers déjà de libation, et le temps de mon départ est arrivé» (2 Timothée 4, 6).

Paul aussi voyait arriver le terme de son chemin. Son testament est: «Prêche la parole». Lui aussi voyait les grands dangers, mais il les voyait davantage dans leur effet sur le «troupeau», sur «l'assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre fils». Il voyait le mal pénétrer de l'extérieur et, sous l'action de Satan, germer à l'intérieur de l'assemblée. A ce sujet, il avait déjà dit aux anciens d'Ephèse, au moment de quitter son champ d'activité: «Et maintenant je vous recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d'édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés» (Actes des Apôtres 20: 28-32). Maintenant il répète la pensée en prenant congé de son bien-aimé Timothée. La Parole — et non le recours à quelque chose de visible — demeure sa suprême ressource. Et encore tout à la fin de sa course, il n'a pas de plus grand désir que, par lui, «la prédication soit pleinement accomplie». Cet homme avait trop profondément bu aux sources de la connaissance de Dieu… il avait trop appris à connaître le mystère «à l'égard duquel le silence avait été gardé dès les temps éternels», pour que quoi que ce soit d'autre puisse encore l'émouvoir (Romains 16: 25; Galates 1: 12; Ephésiens 3: 3).

Les serviteurs que le Seigneur a appelés se complètent merveilleusement. Et le chemin sur lequel il les appelle est en parfaite harmonie avec ses desseins, que lui seul connaît.