Première épître de Jean (suite)
Chapitre 2 — versets 12-17
Une nouvelle section commence avec le verset 12. Au début du premier chapitre, Jean a indiqué les sujets qu'il a devant lui en écrivant. Ici nous en avons la base. Tous ceux auxquels il s'adressait connaissaient la merveilleuse grâce d'avoir leurs péchés pardonnés, et tous occupaient la place d'enfants. C'est bien enfants et non petits enfants qu'il faut ici. Ce terme inclut tous les enfants de Dieu sans distinction. Le pardon que nous avons reçu nous a été donné «par son nom» exclusivement. L'efficacité, le mérite, est entièrement de lui. L'apôtre s'adresse à nous comme étant pardonnés et introduits dans une relation que Dieu lui-même a formée.
D'un autre côté, il y a des distinctions dans la famille de Dieu. Celles-ci sont placées devant nous au verset 13. Il y a des «pères», des «jeunes gens» et des «petits enfants». Jean indique de cette façon les différentes étapes de la croissance spirituelle. Dans la vie chrétienne, nous devons nécessairement commencer comme de petits enfants. Normalement nous devons nous développer et devenir des jeunes gens, et finalement des pères. Chacune de ces trois classes possède ses propres caractères.
Le verset 13 établit les traits caractéristiques de ceux auxquels l'apôtre écrit, non les sujets dont il va s'occuper, ni la base de son écrit. Les pères étaient caractérisés par la connaissance de celui qui est dès le commencement; c'est-à-dire qu'ils avaient mûri dans la connaissance de Christ, cette «Parole de la vie», dans laquelle la vie éternelle avait été manifestée. Ils connaissaient réellement Celui en qui avait été révélé tout ce qui doit être connu de Dieu. Toute autre connaissance s'efface entièrement devant celle-là. C'est celle que possédaient les pères.
Les jeunes gens étaient caractérisés par le fait qu'ils avaient vaincu le méchant. La suite du chapitre montrera plus exactement la portée de cette expression. S'ils avaient vaincu les pièges subtils que le diable avait tendus par le moyen d'enseignements anti-chrétiens, c'est parce qu'ils étaient fondés dans la parole de Dieu. Au début de notre vie de croyants, avant d'avoir eu le temps d'être bien fondés dans les enseignements bibliques, nous sommes particulièrement exposés à être égarés par des enseignements spécieux contraires à la Parole, et à être ainsi vaincus par le méchant.
C'est le danger auquel sont exposés les petits enfants, comme nous le verrons en détail plus loin. Pourtant il y a un beau trait qui caractérise ceux-ci: ils connaissent le Père. Le nouveau-né humain manifeste vite la capacité de reconnaître ses parents, et il en est de même des enfants de Dieu. Ils possèdent sa nature, et ainsi ils le connaissent. Ils ont encore beaucoup de choses à apprendre au sujet du Père, et pourtant ils connaissent le Père. Nous qui sommes enfants de Dieu, prenons garde à ne pas rester de petits enfants. C'est par là que nous devons commencer, mais recherchons ce contact constant avec la parole de Dieu qui produira notre croissance spirituelle et nous conduira à devenir des jeunes gens, et même finalement des pères.
Ayant donné au verset 13 les traits qui caractérisent respectivement les pères, les jeunes gens et les petits enfants, l'apôtre aborde au verset 14 son message particulier à chacun des trois. Il commence de nouveau par les pères.
Le message qu'il leur adresse est marqué par une extrême brièveté; de plus, il s'exprime exactement dans les mêmes mots que ceux qu'il vient d'utiliser pour indiquer leur trait caractéristique. Ceci est remarquable, et nous pouvons bien nous demander pour quelle raison il en est ainsi. Lorsque nous arrivons à la connaissance de «Celui qui est dès le commencement», nous atteignons la connaissance de Dieu, qui, dans sa plénitude, est infinie et éternelle, et au-delà de laquelle il n'y a rien. «Celui qui est dès le commencement», c'est celui qui est «le Fils», «la Parole», «la Parole de la vie», manifestée au milieu de nous. En lui Dieu nous est connu et il n'y a rien au-delà de cette connaissance d'une profondeur infinie.
Or les pères le connaissaient de cette manière profonde et merveilleuse. Le Dieu qui est amour était devenu la demeure de leur âme. En demeurant dans l'amour, ils demeuraient en Dieu et Dieu en eux. Ils n'avaient qu'à continuer à approfondir cette connaissance bénie. Il n'y avait pas besoin de leur dire quelque chose de plus.
Les jeunes gens n'avaient pas encore grandi jusqu'à ce niveau, mais ils étaient en chemin dans cette direction. Ce qui les caractérisait, c'est qu'ils avaient vaincu le méchant, comme l'a dit le verset 13. Nous apprenons maintenant comment cette victoire avait été remportée. Ils avaient été rendus forts par la parole de Dieu qui demeurait en eux.
Nous entrons tous dans la vie chrétienne comme de petits enfants, et si nous avons une croissance saine, nous avançons vers l'état de jeunes gens. Or la connaissance de la parole de Dieu joue un rôle primordial, car nous ne pouvons pas demeurer dans ce que nous ignorons. Nous avons ici la raison pour laquelle tant de vrais croyants d'un âge respectable sont restés de petits enfants: ce sont des nouveaux-nés dont la croissance a été arrêtée. Ils ne sont jamais devenus réellement familiers avec la parole de Dieu. Le grand adversaire de l'oeuvre de Dieu sait très bien le besoin que nous en avons, et il est facile de voir comment il déploie toute son adresse pour nous en priver.
Les conducteurs religieux ont parfois ôté la Bible des mains des fidèles, prétendant que, étant la parole de Dieu, elle est bien trop haute pour les laïques, et ne peut être placée que dans les mains des docteurs de l'église, seuls capables de l'interpréter. En d'autres époques, c'est le modernisme qui a prévalu. Dans sa forme pleinement épanouie, celui-ci nie entièrement la parole de Dieu: selon lui, la Bible n'est qu'une collection de légendes douteuses, entremêlées de réflexions religieuses surannées. Dans sa forme adoucie — qui souvent séduit de vrais chrétiens, et par conséquent est la plus dangereuse pour nous — il affaiblit l'autorité de la Parole, et par là condamne ses adeptes à un perpétuel état d'enfance spirituelle. Et là où ces déviations n'apparaissent pas, les fidèles se contentent bien souvent de ne tirer leur connaissance de la Parole que des textes sur lesquels leur pasteur voudra bien prêcher. Ils ne lisent pas, ils n'étudient pas, et ils ne digèrent pas la Parole pour eux-mêmes. Par conséquent, leur croissance est aussi arrêtée.
Mais il ne suffit pas de connaître la Parole, elle doit demeurer en nous. Elle doit habiter nos pensées et nos affections; ainsi elle dirigera nos vies entières. S'il en est ainsi, il pourra être dit de nous que nous sommes forts, car nos vies seront fondées sur le rocher invincible de l'Ecriture sainte. Mais même alors, la force n'est pas tout, car nous devons encore être conduits dans la connaissance de Celui qui est dès le commencement — ce qui caractérise les pères.
Les jeunes gens sont exposés à un danger qui, s'ils en sont victimes, les empêchera d'avancer dans cette connaissance bienheureuse. Ce danger, c'est le monde et l'amour du monde — non seulement le monde comme un concept abstrait, mais les choses concrètes et matérielles qui sont dans le monde. Nous utilisons beaucoup de ces choses, occasionnellement même nous en jouissons, mais nous ne devons pas les aimer. Ce que nous aimons domine sur nous, et nous ne devons pas être dominés par le monde mais par le Père. L'amour du monde et l'amour du Père s'excluent mutuellement. Nous ne pouvons pas être habités par les deux à la fois. C'est l'un ou l'autre. Lequel est-ce pour nous?
Si l'amour du Père est en nous, nous verrons le monde à sa vraie lumière. Nous posséderons une faculté spirituelle qui agira à la manière des rayons X. Nous irons au-dessous de la surface des choses et verrons le fondement structurel sur lequel tout est bâti. Ce fondement nous est présenté au verset 16: c'est «la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie»; toutes ces choses ne viennent pas du Père mais sont entièrement du monde.
La convoitise de la chair est le désir d'avoir — le désir de posséder pour soi les choses qui satisfont la chair. La convoitise des yeux est le désir de voir, que ce soit avec les yeux physiques ou avec ceux de l'esprit, toutes les choses qui satisfont le plaisir. Cela englobe l'appétit intellectuel insatiable de l'homme tout comme la chasse effrénée aux plaisirs de tout ce qui peut être vu. L'orgueil de la vie est le désir d'être — le désir ardent d'être quelqu'un, ou quelque chose qui flatte l'orgueil invétéré du coeur. C'est, des trois, le mal le plus profondément enraciné, et en même temps celui dont on se doute le moins.
Ce verset place sous nos yeux le fondement sur lequel le système du monde est bâti; chacun de ses éléments est totalement opposé au Père et au monde qui doit venir, quand l'ordre actuel du monde aura été mis de côté. «Le monde s'en va», nous est-il dit, ainsi que sa convoitise. Nous ne sommes pas surpris de l'entendre. Quelle grâce de Dieu qu'il en soit ainsi! Le monde disparaîtra, tandis que le Père et son monde à lui demeureront. Nous serions vraiment insensés, si nous étions remplis de l'amour pour ce qui va disparaître plutôt que de l'amour pour Celui qui demeure.
Quel contraste frappant au verset 17. Nous aurions pu nous attendre à ce que la fin du verset soit: «mais le Père demeure». Cela est tellement évident qu'il n'y a pas besoin de le dire. Le verset se termine par: «mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement». Quel fait merveilleux! C'est le monde qui «s'en va». Lorsque des croyants meurent, nous disons parfois: ils s'en sont allés. Le monde continue sans eux et semble parfaitement stable. Mais l'apôtre Jean voit les choses d'un point de vue divin, et il nous aide à faire de même. Alors nous voyons le monde prêt à disparaître, tandis que celui qui fait la volonté de Dieu, bien qu'il soit retiré de la scène terrestre, demeure éternellement. Il est au service de la volonté de Dieu. La volonté de Dieu est sûre et demeure. Le serviteur de cette volonté demeure également.
A suivre
