Le Serviteur de l'Eternel (suite et fin)
Esaïe 50
La puissance de Dieu pour délivrer (50: 1-3)
A son peuple qui, à cause de son état misérable, doute de la fidélité de Dieu, l’Eternel fait comprendre qu’il ne l’a pas rejeté pour toujours (verset 1; cf. 49: 14). Il pose d’abord deux questions auxquelles il répond lui-même. La première est : «Où est la lettre de divorce de votre mère que j’ai renvoyée ?» Dans la loi, Dieu avait permis, contrairement à l’ordre originel de la création, qu’un Israélite puisse, dans certaines circonstances, se séparer de sa femme. Il lui donnait alors une lettre de divorce et ne pouvait plus la reprendre pour femme (Deutéronome 24: 1-4; cf. Matthieu 19: 7, 8). Or Dieu n’a jamais donné une telle lettre de divorce à Sion, ici de nouveau appelée la «mère» du peuple juif, mais il s’est détourné d’elle en raison de ses transgressions.
La seconde question : «Qui est celui de mes créanciers auquel je vous ai vendus ?» fait allusion à la coutume de prendre pour esclaves les enfants d’un débiteur insolvable (2 Rois 4: 1; Néhémie 5: 5; Matthieu 18: 25). Mais y a-t-il quelqu’un à qui Dieu pourrait devoir quelque chose ? Non, les Juifs s’étaient «vendus» par leurs propres iniquités.
La captivité à Babylone, par laquelle les Juifs ont été châtiés en raison de leur idolâtrie, est certes évoquée maintes fois pour expliquer l’état décrit ici, mais elle n’est pas proprement le thème de ce passage. Elle est celui des chapitres 40 à 48. Le sujet des chapitres 49 à 57 est le rejet du Messie, la plus grande iniquité dont les Juifs se sont rendus coupables. C’est ce qui est développé dans les versets suivants.
«Pourquoi suis-je venu, et il n’y a eu personne ? Pourquoi ai-je appelé, et il n’y a eu personne qui répondît ?» (verset 2). On applique parfois ces mots aux soins de Dieu envers son peuple, en ce temps-là, par le moyen de ses prophètes. Toutefois la véritable raison de cette question est ce qui a eu lieu lors de la venue du Fils de Dieu dans l’abaissement le plus profond. Il est bouleversant de voir comment son peuple a réagi à sa venue. Il professait attendre son Messie, mais ne voulait pas vraiment revenir à Dieu. En fait, il ne soupirait qu’après la délivrance du joug détesté des Romains. «Il vint chez soi; et les siens ne l’ont pas reçu» (Jean 1: 11). Il a appelé et personne n’a répondu, de sorte qu’à la fin de son ministère, il a dû dire aux enfants de Jérusalem: «Vous ne l’avez pas voulu» (Matthieu 23: 37).
Sa main est-elle devenue trop courte pour qu’il puisse racheter, ou n’y a-t-il pas de force en lui pour délivrer ? Combien de miracles et de prodiges a-t-il faits, durant son ministère parmi son peuple, afin que ceux qui en faisaient partie croient «que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu» (Jean 20: 31) ! Combien souvent leur a-t-il dit qu’il est venu «pour sauver ce qui était perdu» (Matthieu 18: 11; Luc 19: 10) ! N’avait-il pas, lui qui est aussi l’Eternel de l’Ancien Testament, desséché la mer par sa réprimande lorsque Israël a été délivré d’Egypte ? N’avait-il pas fait des rivières un désert, et obscurci les cieux ? (verset 3; Exode 7: 21; 10: 21; Psaumes 106: 9)? Oui, il était leur Sauveur et leur Rédempteur, et cependant la plupart d’entre eux ne l’ont pas reçu lorsqu’il est descendu vers eux dans l’abaissement, lorsque Dieu a été manifesté en chair (cf. Marc 12: 1-12).
Le Serviteur dépendant (50: 4-9)
Ce passage contient la troisième des quatre plus grandes prophéties d’Esaïe au sujet du Serviteur de l’Eternel (cf. 42: 1-4; 49: 1-6; 52: 13 à 53: 12). Nous le voyons ici comme l’homme qui se laisse enseigner par Dieu pour savoir dire la parole à propos à ceux qui sont accablés et chargés, comme celui qui est haï et maltraité, et qui cependant n’est pas confus dans sa confiance en l’Eternel. Nous trouvons ici les souffrances de Christ dans son abaissement, et au chapitre 53, dans son oeuvre expiatoire.
Une caractéristique de ce passage est la quadruple mention du nom: «le Seigneur l’Eternel». C’est ainsi que le vrai Serviteur, le Fils devenu Homme, appelle son Dieu dans les versets 4, 5, 7 et 9. Ce nom est utilisé pour la première fois par Abraham, l’homme de foi. Il évoque la puissance souveraine de Dieu en même temps que sa sollicitude pleine de grâce envers son peuple terrestre (cf. Genèse 15: 2).
«Le Seigneur l’Eternel m’a donné la langue des savants, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est las» (verset 4). Le parfait Serviteur parle comme quelqu’un qui est enseigné par Dieu. Combien souvent le Seigneur Jésus a-t-il déclaré que sa doctrine ne venait pas de lui-même, mais de Celui qui l’avait envoyé, qu’il ne parlait pas de par lui-même, mais que le Père qui l’avait envoyé lui avait commandé ce qu’il devait dire et comment il avait à parler (Jean 7: 16; 8: 26, 28, 38; 12: 49; 14: 10-24; 17: 8). Bien qu’il fût Dieu, il parlait et agissait comme Homme sur la terre, dans une pleine dépendance de son Père. Combien d’êtres «lassés», affligés, malades, pécheurs, a-t-il soutenus par les «paroles de grâce qui sortaient de sa bouche» (Luc 4: 22) !
«Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne». Nous voyons ici le moyen par lequel le Serviteur de Dieu a reçu son enseignement. Tôt le matin, lorsque le jour, avec toutes ses rencontres et tous ses problèmes, était encore devant lui, son oreille était réveillée par son Dieu et Père. En plein accord avec ce passage d’Esaïe, nous lisons dans l’évangile selon Marc, qui présente le Seigneur comme le vrai Serviteur de Dieu: «Et s’étant levé sur le matin, longtemps avant le jour, il sortit et s’en alla dans un lieu désert; et il priait là» (Marc 1: 35). Ainsi notre Seigneur tendait l’oreille matin après matin pour écouter les paroles que son Dieu et Père avait à lui dire, et sa langue divinement enseignée les exprimait ensuite d’une façon parfaite. Quel merveilleux modèle pour nous !
«Le Seigneur l’Eternel m’a ouvert l’oreille, et moi je n’ai pas été rebelle, je ne me suis pas retiré en arrière» (verset 5). L’oreille ouverte, pas seulement réveillée, nous indique la parfaite obéissance du Serviteur. Non seulement il écoutait, mais il obéissait. Comme Fils éternel de Dieu, il ne connaissait pas l’obéissance. Sa préparation pour le service placé devant lui nous est présentée prophétiquement au psaume 40, par les mots: «Tu m’as creusé des oreilles» (verset 6). Puis, lorsqu’il était sur la terre, il «a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes» (Hébreux 5: 8). Il s’est soumis à la volonté de son Dieu et Père, bien qu’elle ait été liée aux plus grandes souffrances. Un troisième pas dans ce chemin nous est présenté dans le type du serviteur hébreu en Exode 21: 1-6. Là c’est l’amour pour son maître, pour sa femme et ses enfants qui amène le serviteur obéissant, à la fin de son temps de service, à se laisser percer l’oreille avec un poinçon. C’est un merveilleux type du dévouement de notre Rédempteur, le vrai Serviteur, jusqu’à la mort, et même au-delà, car «il le servira à toujours».
«J’ai donné mon dos à ceux qui frappaient, et mes joues à ceux qui arrachaient le poil; je n’ai pas caché ma face à l’opprobre et aux crachats» (verset 6). Ces souffrances, endurées volontairement par le Serviteur obéissant, portent nos pensées sur la fin de son service. Lorsque le rejet de la part de son peuple a été consommé, lorsqu’il a été accusé et condamné, lui qui était sans péché et innocent, alors tout ce qui est décrit ici a fondu sur lui: les coups, les outrages, les crachats (Matthieu 26: 67; 27: 30; cf. Job 17: 6; Michée 5: 1). Et le Seigneur Jésus a tout supporté dans une entière soumission, sans ouvrir la bouche.
«Mais le Seigneur l’Eternel m’aidera: c’est pourquoi je ne serai pas confondu; c’est pourquoi j’ai dressé ma face comme un caillou, et je sais que je ne serai pas confus» (verset 7). Dans toutes ses souffrances, le Seigneur Jésus avait la confiance que son Dieu ne le laisserait pas être confondu. Durant les trois heures de ténèbres et au moment de sa mort, il semblait qu’il allait en être autrement. Pourtant, notre Seigneur savait qu’il ne serait pas confus dans sa confiance en Dieu, mais qu’il serait exaucé (Hébreux 5: 7). L’exaucement a eu lieu par sa résurrection (cf. 49: 8; Psaumes 16: 8-11). C’est dans cette perspective qu’il a dressé sa face «comme un caillou». Il n’était pourtant pas insensible à tous les mauvais traitements qu’il a subis, mais il les a endurés avec patience et dans une pleine confiance en son Dieu (cf. Ezéchiel 3: 8, 9; Luc 9: 51; Hébreux 12: 2, 3).
«Celui qui me justifie est proche: qui contestera avec moi ? Tenons-nous là ensemble. Qui plaidera contre moi en jugement? qu’il s’approche de moi !» (verset 8). Le Seigneur Jésus n’a pas souffert seulement comme le Serviteur obéissant et persévérant dans sa confiance, mais aussi comme l’innocent et le juste. Celui qui le justifierait (c’est-à-dire qui mettrait en lumière sa perfection) était proche. Dieu l’a ressuscité d’entre les morts le troisième jour et a donné ainsi la première preuve de cette justification. Sa glorification à la droite de Dieu en est une autre preuve. Dans un jour prochain, tous les hommes le verront venir sur la terre comme le Fils de l’homme glorifié et le Juge établi de Dieu.
En Romains 8: 33-35, le Saint Esprit applique aux croyants du temps actuel ce qui est dit ici de Christ: «Qui intentera accusation contre des élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie; qui est celui qui condamne? C’est Christ qui est mort, mais plutôt qui est aussi ressuscité, qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous». Tous ceux qui, par la foi, sont «en Christ» doivent savoir que la position de Christ dans la gloire est maintenant aussi leur position. Quelle parfaite certitude et quelle sécurité !
Les ennemis de Christ peuvent avoir triomphé autrefois, mais ce n’était là qu’un triomphe de courte durée. Dieu a «aidé» son Serviteur et l’a ressuscité d’entre les morts. Qui pourrait maintenant le déclarer coupable ? Dieu a mis au grand jour, depuis longtemps déjà, qu’il y a 2000 ans, à Jérusalem, un Juste a été condamné injustement (cf. Matthieu 27: 24; Jean 16: 8-11). Le principe séculaire de la loi du Sinaï: «Quand on les jugera, on déclarera juste le juste, et on déclarera méchant le méchant» (Deutéronome 25: 1) a été à ce moment-là honteusement foulé aux pieds. Il sera connu un jour qu’il en a été ainsi avec le Seigneur Jésus. Celui qui a été alors condamné étant innocent sera le Juge, et ses juges iniques, ainsi que tous ceux qui l’auront refusé, lui le Sauveur du monde, seront les condamnés. De leur puissance et de leur supériorité illusoires, il ne restera rien. Sans exception, «ils vieilliront tous comme un vêtement, la teigne les dévorera» (verset 9; cf. 51: 8).
Un appel aux Juifs (50: 10-11)
Mais les Juifs recevront-ils leur Messie ? L’Eternel interpelle son peuple: «Qui d’entre vous craint l’Eternel, qui entend la voix de son serviteur». Tout le dilemme spirituel du peuple juif est évoqué là (verset 10). «La crainte de l’Eternel» a une place importante dans l’enseignement de l’Ancien Testament, particulièrement dans les Psaumes et les Proverbes (voir par exemple Psaumes 19: 9; 111: 10; Proverbes 1: 7; 8: 13). Cependant, depuis que le Serviteur de l’Eternel, le Seigneur Jésus, est venu sur la terre et qu’il a accompli son oeuvre rédemptrice, la crainte de l’Eternel est inséparable de l’écoute de la voix de son Serviteur. Et c’est précisément là le problème du peuple juif ! Ils n’ont pas répondu lorsqu’il a appelé (cf. verset 2). Au contraire, ils l’ont rejeté. Dès lors, ils marchent dans les ténèbres et aucune lumière ne les éclaire (cf. Romains 11: 10; 2 Corinthiens 3: 14-16). Toutefois, par l’appel: «Qui d’entre vous», tous ceux qui composent ce peuple sont invités individuellement à se confier en l’Eternel et à s’appuyer sur leur Dieu qui s’est révélé en Christ. Il n’y a personne d’autre à qui ils peuvent aller, et tous ceux qui marchent dans ce chemin de foi trouveront une glorieuse rédemption lorsque Christ apparaîtra. Il est vrai qu’ils devront passer par une sévère tribulation à cause de l’apostasie de la masse du peuple, mais ils seront finalement bénis (verset 10; cf. 9: 1, 2).
Terrible sera par contre le sort de la grande masse des Juifs qui auront apostasié et qui auront suivi l’Antichrist. Ils allument un feu et s’entourent d’étincelles (verset 11). Mais par là, ils ne font que préparer leur propre perte. Dans la seconde épître aux Thessaloniciens, qui nous décrit le jour du Seigneur dans la perspective du Nouveau Testament, nous trouvons aussi ces Juifs incrédules «qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ» et qui «subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa force, quand il viendra pour être, dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru» (1: 8-10). Aujourd’hui, notre Dieu, comme le Dieu Sauveur, offre à chacun la pleine rédemption en Christ; en ce jour-là, il exercera par Christ le jugement envers tous ceux qui l’auront rejeté. Le tourment éternel sera leur part.
Comme beaucoup de Juifs qui croient en l’Eternel de l’Ancien Testament mais refusent Christ comme leur Messie, il y a partout dans le monde des hommes qui croient en un Dieu, mais qui pensent pouvoir se passer de son Fils Jésus Christ. Dans cette disposition d’esprit, c’est le caractère de l’Antichrist qui se manifeste, nous dit l’apôtre Jean. «Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père» (1 Jean 2: 22, 23). Une telle hérésie portera ses terribles conséquences durant l’éternité. Le même apôtre écrit: «Qui croit au Fils a la vie éternelle; mais qui désobéit (ou: ne croit pas) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui» (Jean 3: 36). Que personne ne passe indifférent devant le Seigneur Jésus!
