Première Epitre de Jean (Suite)
Chapitre 2 - versets 1 à 11
Les derniers versets du chapitre 1 nous ont montré qu’il serait absolument faux de dire que nous n’avons pas de péché, ni que nous n’avons pas péché. Les premiers mots du chapitre 2 sont là comme un contrepoids, afin que nous ne tirions pas la conclusion hâtive que nous avons une bonne excuse pour pécher, que nous n’y pouvons pas grand-chose et que le péché est pratiquement inévitable. Ce serait entièrement faux. Jean écrit ces choses afin que nous ne péchions pas. D’autres passages parlent des ressources spéciales que nous avons pour être gardés de chute. Ce qui est mis en évidence ici, c’est que, si nous sommes introduits dans la communion divine dont nous parle le verset 3 du chapitre 1, nous serons gardés. La jouissance de cette communion exclut le péché, exactement comme le péché exclut de la jouissance de cette communion, jusqu’à ce qu’il soit confessé.
Nous avons d’amples ressources afin que nous ne péchions pas, bien que le péché soit encore en nous. Nous ne devrions pas pécher. Nous n’avons pas d’excuse si nous péchons. Mais si cela arrive, «nous avons un avocat auprès du Père», Dieu en soit béni ! Le mot traduit ici par avocat est le même que celui qui est traduit par consolateur en Jean 14; il signifie littéralement: Celui qui est appelé à aider. Celui qui est ressuscité, Jésus Christ le juste, a été appelé auprès du Père dans la gloire, afin d’assister les croyants s’il leur arrive de pécher. Et le Saint Esprit a été envoyé auprès de nous ici-bas, pour nous aider.
Vous remarquez qu’il est écrit «auprès du Père». Il en est ainsi parce que l’avocat agit en faveur de ceux qui sont déjà enfants de Dieu. Le chapitre s’ouvre par l’expression: «Mes enfants». Le mot utilisé là n’est pas celui qui désigne les «petits enfants», mais les «enfants» d’une façon plus générale. De cette manière affectueuse, l’apôtre âgé considère tous les vrais enfants de Dieu comme étant ses propres enfants. Nous avons été introduits dans la relation d’enfants de Dieu par le Sauveur (cf. Jean 1: 12). Et étant dans cette relation, nous avons besoin des services de l’avocat lorsque nous péchons.
L’apôtre souligne la justice de notre avocat. Nous nous serions peut-être attendus à ce que ce soit sa bonté et sa miséricorde qui soient mises en évidence ici. En fait nous trouvons, et non seulement ici, que l’emphase est mise sur la justice quand il est question du péché. Celui qui prend en main notre cause en présence du Père, quand nous péchons, veille à ce que la justice soit mise au premier plan. D’une part, la gloire du Père ne doit pas être ternie par notre péché; et d’autre part, il agira envers nous avec justice, pour que nous puissions arriver à un jugement sain et juste de notre péché, que nous soyons amenés à le confesser et à en être pardonnés et purifiés.
Celui qui est notre avocat dans le ciel est aussi «la propitiation pour nos péchés». Ce fait nous ramène au fondement sur lequel tout repose. Par le sacrifice propitiatoire de Christ, toutes les exigences de Dieu à notre égard ont été satisfaites, et Jésus accomplit son service d’avocat auprès du Père sur cette base de justice. Sa propitiation a réglé pour nous, comme pécheurs, les questions éternelles que nos péchés avaient soulevées. Son service actuel d’avocat règle les questions soulevées devant notre Père si nous péchons, comme enfants de Dieu.
La propitiation est ce que nous pouvons appeler le côté divin de la mort de Christ. Elle concerne le sujet le plus fondamental de tous: la satisfaction des droits divins à l’égard du péché. La satisfaction des besoins du pécheur ne vient qu’en second lieu. C’est pourquoi, quand Paul déploie l’évangile dans l’épître aux Romains, la première mention de la mort de Christ est: «le Christ Jésus, lequel Dieu a présenté pour propitiatoire, par la foi en son sang» (3: 25). Nous ne rencontrons pas clairement la substitution avant la fin du chapitre 4, où nous lisons: «Jésus notre Seigneur, lequel a été livré pour nos fautes» (verset 25).
Ici, dans notre chapitre, comme il s’agit de l’aspect divin de la mort de Christ, c’est le cercle le plus large possible qui est en vue: «le monde entier». Lorsqu’il s’agit de substitution, les croyants seuls sont en vue: et il est dit: «nos fautes» ou «les péchés de plusieurs». Bien que les croyants seuls soient effectivement au bénéfice de la mort de Christ, il est nécessaire pour Dieu que la propitiation soit faite à l’égard de tout péché jamais commis par l’homme, en raison de l’immense outrage que le péché lui a fait. Ainsi, la propitiation a été faite par la mort de Christ, et à cause de cela, Dieu peut librement offrir le pardon aux hommes, sans compromettre le moindre trait de sa nature et de son caractère.
Le mot propitiation suscite souvent la colère et la moquerie de la part de certains opposants à l’évangile. Ils lui donnent la même signification que les païens, chez lesquels, par le moyen de beaucoup de sang versé, on apaise quelque puissance antagoniste, irritée et avide de sang. Mais, dans les Ecritures, le mot se situe sur un plan autrement élevé. Il porte encore le sens général d’apaiser ou de rendre favorable par un sacrifice mais il n’y a aucun fondement à considérer Dieu comme antagoniste ou avide de sang. Il est infiniment saint. Il est juste dans toutes ses voies. Sa majesté est éternelle. Sa nature même et tous ses attributs doivent recevoir ce qui leur est dû, et être magnifiés dans l’exécution d’un jugement approprié sur le mal. Cependant, Dieu n’est pas contre l’homme mais pour lui; et ce que sa justice demandait, son amour l’a fourni. C’est ce que nous lisons plus loin dans notre épître: «Lui nous aima et envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés» (4: 10). Dieu lui-même a fourni la propitiation: son propre Fils, qui lui-même est Dieu, est devenu cette propitiation.
Nous en arrivons maintenant à une autre prétention fausse que certains exprimaient à l’occasion, en disant: «Je le connais». Le croyant peut certainement dire avec une grande joie qu’il connaît Dieu, puisque la «communion avec le Père et avec son fils Jésus Christ» est sa part, et qu’il ne peut y avoir de communion sans connaissance. Et pourtant, un test est de nouveau nécessaire, pour montrer qu’une telle affirmation n’est pas une simple prétention. Le test est celui de l’obéissance aux commandements qu’il nous a donnés. La connaissance de Dieu est inséparablement liée à l’obéissance qui lui est due.
En gardant ses commandements, nous savons que nous avons le privilège de le connaître. En dehors de cette obéissance, cette connaissance ne peut exister, et celui qui y prétendrait ne ferait que manifester que la vérité n’est pas en lui. Comparez le verset 4 avec le verset 8 du chapitre 1. La vérité n’est pas en celui qui dit qu’il n’a pas de péché; et elle n’est pas davantage en celui qui dit qu’il connaît Dieu et pourtant n’obéit pas à ses commandements.
Retenons bien le fait qu’il y a des commandements dans le christianisme, bien qu’ils ne soient pas d’un ordre légal , et par cela nous voulons dire qu’il ne nous sont pas donnés pour que nous puissions par eux, soit établir, soit maintenir notre position devant Dieu. Chaque expression définie de la volonté de Dieu a la force d’un commandement, et nous verrons que cette épître a beaucoup à nous dire à propos des commandements de Dieu. En particulier, ils ne sont pas pénibles (5: 3). La loi de Christ est une loi de liberté, par le fait que nous sommes rendus participants de sa vie et de sa nature.
Aux versets 3 et 4, il est question de «garder ses commandements», et au verset 5, de «garder sa parole». C’est quelque chose de plus. «Sa parole» comprend tout ce qu’il nous a révélé de sa pensée et de sa volonté, y compris bien sûr ses commandements, mais cela va au-delà. Un homme peut donner à ses fils différentes instructions définies , ce sont ses commandements. Mais au-delà de ceux-ci, ses fils peuvent avoir glané une connaissance intime de sa pensée par le moyen de leurs entretiens journaliers au cours des années. Ainsi, avec un respect filial, ils peuvent observer soigneusement sa parole, même quand ils n’ont aucune instruction précise. Il devrait en être ainsi des enfants de Dieu. Et lorsqu’il en est ainsi, l’amour de Dieu est «véritablement consommé» en eux, parce qu’il a produit en eux son effet propre et sa réponse.
De plus, par une telle obéissance, «nous savons que nous sommes en lui». Le fait que nous sommes «en lui» implique notre participation à sa vie et à sa nature. Il y a bien sûr un lien très étroit entre savoir «que nous le connaissons» (verset 3), et savoir «que nous sommes en lui» (verset 5). Mais la seconde chose est plus profonde. Les anges le connaissent et obéissent à ses commandements. Quant à nous, c’est comme étant en lui que nous devrions le connaître, et par conséquent nous devrions comprendre sa pensée ou son désir au moindre signe, et être amenés ainsi à une joyeuse obéissance.
Etant en lui, nous devons «demeurer en lui». Cela signifie, comme nous le comprenons, demeurer dans la conscience et dans la puissance du fait que nous sommes en lui. Or il nous est facile de dire: je demeure en lui; mais s’il en est ainsi, nous devons montrer ce qui prouve que cette affirmation correspond à la réalité. «Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché» (verset 6). Si nous vivons de sa vie et possédons la puissance et la jouissance de celle-ci, cette vie s’exprimera elle-même dans notre marche et dans nos activités, comme elle l’a fait en lui. La grâce et la puissance de notre marche, en comparaison avec la sienne, seront toujours pauvres et faibles; pourtant ce sera une marche du même ordre. La différence ne sera pas dans le genre de vie, mais seulement dans le degré où nous la réalisons.
Quelle élévation extraordinaire devrait donc caractériser notre marche ! Combien son niveau devrait-il être plus élevé que ce qui était accepté à l’époque de l’Ancien Testament ! Lorsque Jean écrivait ces lignes, plusieurs pouvaient avoir envie de dire qu’il plaçait la barre trop haut et qu’il introduisait quelque chose d’entièrement nouveau. C’est pourquoi, au verset 7, il leur assure que ce qu’il leur présente n’était pas nouveau, comme l’étaient les enseignements des antichrists, mais qu’il s’agissait plutôt d’un commandement ancien. En même temps, dans un autre sens, c’était un nouveau commandement. Il n’y a pas de contradiction ici, bien qu’il y ait un paradoxe. C’était un commandement ancien parce que, dès le commencement, il avait été manifesté en Christ comme étant la sainte volonté et le bon plaisir de Dieu pour l’homme. Ainsi rien en lui ne ressemblait aux nouvelles notions des gnostiques. Et pourtant c’était un commandement nouveau, parce que maintenant il devait être mis en évidence en ceux qui appartenaient à Christ; et ainsi c’était une chose nouvelle pour eux. D’où l’expression: «Ce qui est vrai en lui et en vous» (verset 8). La vie qui avait été manifestée en Christ, et qui au début était exclusivement en lui, doit maintenant être trouvée dans les croyants, qui sont en lui. S’ils demeurent en lui, la vie s’exprimera elle-même en eux de la même manière qu’en lui, et produira des fruits semblables.
Et ainsi nous lisons: «La vraie lumière luit déjà». Il y a le lien le plus étroit entre la vie et la lumière. Si la vraie vie a été manifestée en Christ, la vraie lumière a également brillé en lui. Si nous avons part à cette vraie vie, la vraie lumière brillera aussi en nous. L’apôtre écrit: «Les ténèbres s’en vont» et non: «s’en sont allées». Ce n’est que dans le monde à venir qu’on pourra dire qu’elles s’en sont allées; mais il est manifeste qu’elles s’en vont, parce que la vraie lumière a déjà commencé à briller en Christ et en ceux qui lui appartiennent. Quand Dieu agira en jugement et que la vie et la lumière trompeuses de ce monde seront éliminées, alors les ténèbres seront effectivement passées. Pour le présent, nous pouvons nous réjouir dans la certitude qu’elles s’en vont et que la vraie lumière brille déjà. Plus nous marcherons comme lui a marché, plus la lumière brillera effectivement à travers nous.
Mais en outre, si la lumière doit maintenant briller en nous et à travers nous, nous devons nous-mêmes être dans la lumière. Affirmons-nous que nous sommes dans la lumière ? Eh bien ! il y a un test simple par lequel on pourra savoir si cette affirmation est juste. Si quelqu’un dit qu’il est dans la lumière et que pourtant il haïsse son frère, sa prétention est fausse; il est dans les ténèbres; c’est-à-dire qu’il ne connaît pas réellement Dieu, il n’est pas dans la lumière de Dieu révélée en Christ. Nul ne peut être dans la sphère de la lumière de Dieu s’il n’est pas dans celle de la vie de Dieu, qui est celle de l’amour. C’est pourquoi, un peu plus loin dans l’épître, nous lisons: «Celui qui n’aime pas son frère demeure dans la mort» (3: 14). Ainsi nous découvrons que la vie, la lumière et l’amour vont ensemble; et, de par leur nature même, ces trois choses agissent comme test l’une relativement à l’autre. Celui qui aime son frère manifeste la vie, selon le chapitre 3. Ici, il demeure dans la lumière.
Jean ajoute: «Et il n’y a point en lui d’occasion de chute» (verset 10). Ceci est en contraste avec ce qui suit, au verset 11, où celui qui hait son frère est décrit comme étant dans les ténèbres, marchant dans les ténèbres et ne sachant pas où il va. Nous n’avons pas de lumière en nous-mêmes, tout comme la lune n’a de lumière que lorsqu’elle est éclairée par le soleil. Ainsi celui qui hait son frère, étant dans les ténèbres, est entièrement ténèbres lui-même, et par conséquent devient une occasion de chute pour d’autres. Il trébuche lui-même et agit comme une pierre d’achoppement. Tels étaient les antichrists et ceux qui les suivaient. Celui qui aime, qui aime d’un amour qui est le fruit de la vie divine qu’il possède, marche dans la lumière; il ne trébuche pas ni n’est une pierre d’achoppement pour d’autres.
L’amour pour son frère est bien sûr l’amour pour tous ceux qui, comme nous-mêmes, sont nés de Dieu. C’est l’amour de la nature divine qui s’étend à tous ceux qui appartiennent à la famille divine. C’est un amour qui aime les enfants de Dieu parce qu’ils sont enfants de Dieu, en dehors de tout sentiment humain de sympathie ou d’antipathie.
