Sécurité par la fuite

Les dangers d’ordre moral ou spirituel que nous rencontrons sur le chemin chrétien sont si nombreux que nous devons être continuellement vigilants pour ne pas nous laisser prendre et ne pas tomber dans le péché.

Aussi longtemps que nous sommes dans le monde, nous avons à combattre le bon combat de la foi, combat qui ne prendra fin que lorsque nous aurons atteint le but de notre course. Mais la victoire ne se remporte pas toujours par le combat ou la résistance. Dans beaucoup de circonstances, elle n’est obtenue que par la fuite. C’est pourquoi, dans les exhortations du Nouveau Testament, nous trouvons souvent l’injonction: «Fuyez». Et nous pouvons être convaincus que lorsque Dieu nous dit: «Fuyez», le danger est réel. Toute hésitation à suivre cette exhortation peut avoir des conséquences désastreuses. La parole de Dieu nous montre clairement que, si nous n’écoutons pas les avertissements qu’elle nous donne, nous sommes sur le chemin de la chute.

Dans l’évangile selon Jean, nous apprenons que les brebis s’enfuient loin du berger qui n’est pas le bon Berger (10: 5). Dans la première épître aux Corinthiens, nous sommes appelés à fuir la fornication (6: 18) et l’idolâtrie (10: 14). Dans la première épître à Timothée, nous avons à fuir l’amour de l’argent et tout ce qu’il entraîne à sa suite (6: 9-11). Finalement, dans la deuxième épître, nous devons fuir les convoitises de la jeunesse (2: 22).

Beaucoup de croyants sont tombés parce qu’ils pensaient être assez forts pour pouvoir résister au mal sans le fuir. Ils n’ont pas détourné leurs yeux du mal. La conséquence en a été qu’ils ont succombé à la tentation.

David est tombé dans les péchés les plus affreux: il a commencé par la convoitise et l’adultère, il a poursuivi par le mensonge, et il a achevé par le meurtre ; tout cela parce qu’il n’a pas détourné les yeux de la tentation qui s’offrait à lui lorsqu’il se promenait sur le toit de sa maison (cf. 2 Samuel 11).

Joseph, par contre, a fui immédiatement lorsque la tentation est survenue, et il a été vainqueur (cf. Genèse 391.

Le Seigneur Jésus dit de ses brebis qu’elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix (Jean 10: 4). Et il ajoute: «elles ne suivront point un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers». Ce n’est pas là une exhortation à proprement parler, mais la constatation d’une caractéristique. La vie éternelle qu’il donne à ses brebis se montre de deux manières: elles le suivent, lui le bon Berger, et elles s’enfuient loin d’un étranger.

Déjà autrefois, il y avait eu en Israël de faux bergers (cf. Ezéchiel 34: 7-10), mais les brebis de l’Eternel ne les avaient pas écoutés. Puis il est venu lui-même , dans la personne du Fils , et il a été aussitôt suivi par ses brebis; elles connaissaient sa voix.

Par cette image des brebis qui tout naturellement fuient loin d’un étranger, le Seigneur nous rappelle comment nous devons nous éloigner de ceux qui n’apportent pas son enseignement. L’avons-nous toujours fait ? Peut-être n’avons-nous que trop prêté l’oreille à ce qu’ils avaient à dire. Si nous nous laissons conduire par le Saint Esprit, nous nous enfuirons loin des «étrangers».

On avance parfois le verset: «éprouvez toutes choses; retenez ce qui est bon» (1 Thessaloniciens 5: 21) comme prétexte pour écouter n’importe quelle voix. Mais nous n’avons pas à examiner tous les enseignements du monde. Laissons ce passage dans son contexte. Il y est question de «prophéties». Dans nos réunions, nous ne devons pas, par une critique négative, éteindre l’action de l’Esprit en méprisant les prophéties (verset 20). D’autre part, nous sommes exhortés à ne pas accepter sans examen tout ce qui est dit, mais à éprouver toutes choses et à retenir ce qui est bon. C’est ainsi que nous pourrons nous approprier la bénédiction qu’apporte la parole de Dieu. Nous ne devons donc pas chercher à examiner autant de choses que possible, mais nous enfuir loin des voix étrangères à la saine doctrine.

Aujourd’hui plus que jamais, des doctrines dangereuses sont publiées de manière attrayante. L’ennemi ne sait que trop combien une belle vitrine attire de nombreux badauds et combien les beaux raisonnements, habilement construits, retiennent l’attention des auditeurs ou des lecteurs. C’est souvent la curiosité qui nous attire, et peut-être aussi le désir de passer pour quelqu’un de bien informé, qui a un horizon large. Nous sommes au courant de beaucoup de choses de ce monde qu’il vaudrait mieux ne pas connaître. Ne craignons pas de passer pour des ignorants. La parole de Dieu nous dit d’occuper nos pensées de ce qui est juste et bon, et de fuir les voix étrangères.

Beaucoup de livres , même religieux , cachent, sous un beau titre, un dangereux poison. Ne cédons pas à l’envie secrète de les examiner, alors que le Seigneur nous dit de les fuir. Ne pas les fuir serait d’ailleurs une preuve de confiance en soi-même. Si nous ne jugeons pas cette attitude, elle nous conduira à des expériences fâcheuses. Combien nombreux sont ceux qui ont été séduits et se sont détournés de la vérité!

Le fait d’écouter «la voix d’un étranger» est déjà en lui-même un mauvais symptôme, une indication que la vie spirituelle n’est pas développée comme elle devrait l’être. Ce fait est illustré par l’événement suivant. Un jour, en Orient, un voyageur arrive en un lieu où les bergers abreuvent leurs moutons. A ce moment, il y a trois bergers, et leurs troupeaux sont complètement mélangés au bord de l’eau. En observant cette scène, le voyageur se demande comment les bergers pourront bien regrouper leurs propres moutons. Lorsque les bêtes ont étanché leur soif, un des bergers prend son bâton et crie: «Mehn-ah!» (ce qui signifie: suivez-moi!). Aussitôt ses moutons se séparent des autres et le suivent. Puis le deuxième berger fait de même, et ses moutons se mettent en marche à sa suite. Voyant cela, le voyageur demande au troisième berger si les moutons le suivraient lui, l’étranger, s’il les appelait. Après avoir secoué la tête, le berger répond: «Essayez, si vous voulez». Le voyageur prend le manteau du berger, met le turban de celui-ci sur sa tête et prend son bâton à la main. Et lorsque, ainsi vêtu, il crie: «Mehn-ah!», les moutons demeurent à leur place. Seuls quelques-uns semblent le regarder avec étonnement. Aucun ne le suit. «Ne suivent-ils jamais un autre berger?» demande encore le visiteur. «Parfois oui, mais seulement quand ils sont malades.»

Quel avertissement pour nous dans ces paroles du berger oriental ! Lorsque notre âme est en bon état, nous ne suivons pas quelqu’un d’autre que le bon Berger.

Quelqu’un dira peut-être: «Je m’intéresse à bien des choses dans le but de m’instruire, mais je ne suivrai jamais un berger étranger. Je connais la vérité et je suis déterminé à y demeurer attaché». Ne pensons pas qu’une ferme volonté soit suffisante. Nous ne sommes pas capables de nous garder nous-mêmes. Lorsque l’épreuve survient, il se révèle alors combien nous sommes faibles. Notre Berger nous avertit, écoutons sa voix. C’est là notre sécurité. Il nous connaît parfaitement et sait à quels dangers nous sommes exposés. C’est pourquoi il désire que nous nous enfuyions loin de tout autre berger et que nous le suivions lui seul. Lorsque nous écoutons sa voix, nous sommes gardés du mal.

Mais il nous faut connaître sa voix. Appliquons-nous donc à lire la parole de Dieu. Lisons-la avec prière et faisons notre profit de l’aide que nous apportent ceux qui la présentent avec fidélité, oralement ou par écrit. Si nous désirons sincèrement honorer le Seigneur Jésus, examinons nos voies et demandons-nous : «Qu’est-ce que j’écoute ? Qu’est-ce que je lis ? Le Seigneur et sa parole me suffisent-ils ?» Si nous suivons le bon Berger en simplicité de coeur, si nous faisons attention à sa voix et nous nous enfuyons loin de l’étranger, nous serons en sécurité. Nous ferons alors l’expérience de la vérité de cette parole du Seigneur: «Celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie» (Jean 8: 12). Alors, au milieu des dangers et des difficultés du chemin, nous avancerons vers le but dans une heureuse communion avec le Seigneur.

 

1 Remarquons en passant que la fuite de Joseph a été faussement présentée, et utilisée pour l’accuser. Mais il n’a rien fait pour se défendre, laissant à Dieu le soin d’intervenir en sa faveur, quand il le jugerait bon. Nos fuites peuvent aussi être mal interprétées. S’il en est ainsi, remettons tout à Dieu.