Première Epitre de Jean

F.B Hole

Introduction

Une lecture même hâtive de la première épître de Jean suffit à nous montrer qu’elle a une très forte ressemblance avec l’évangile de Jean. Les mêmes thèmes prédominent dans les deux. Dans l’évangile, ils apparaissent, principalement mais pas exclusivement, dans les paroles mêmes du Seigneur, et ils sont illustrés dans sa vie. Dans l’épître, ils sont encore plus marqués; mais l’accent est mis sur le fait qu’ils doivent être démontrés dans la vie des enfants de Dieu. L’évangile nous montre «ce qui est vrai en Lui». Mais l’épître nous parle d’un «commandement nouveau, ce qui est vrai en lui et en vous» (2: 8). Ces quelques mots nous fournissent la clé de toute l’épître.

Cette épître est parmi les dernières qui ont été écrites. Il y avait déjà des «antichrists», comme l’indique le chapitre 2. Ces hommes se prévalaient d’une connaissance supérieure. Ils prétendaient que leurs enseignements constituaient un pas en avant, une amélioration de ce qui avait précédé. Mais tout en ayant la prétention d’avancer, ils s’éloignaient totalement du fondement qui avait été posé en Christ, et de la vie qui, dès le commencement, avait été manifestée en lui lorsqu’il était venu en chair ici-bas. La première chose indispensable était donc d’établir clairement qu’il y avait eu une manifestation réelle, vraie et objective de la vie éternelle en Christ.

Chapitre 1

Nous ne devons pas confondre les mots «dès le commencement» avec l’expression «Au commencement» par laquelle s’ouvre l’évangile. Là, l’existence éternelle et la déité de «la parole» est affirmée, et nous sommes reportés au commencement, et même au-delà du commencement, de toutes les choses dont on peut dire qu’elles en ont eu un. Ici nous sommes placés devant le fait que toute vérité chrétienne commence par la révélation qui nous a été faite par Christ venu en chair. C’est cela qui était le commencement de la vraie manifestation de Dieu et de la vie éternelle. C’est cela qui était la base de tout l’enseignement apostolique. Les antichrists mettaient en avant leurs enseignements séducteurs, qui n’avaient d’autre source que leurs propres esprits égarés. Les apôtres annonçaient ce qui était dès le commencement, et non quelque chose qui avait été introduit ensuite.

Dans les versets 1 et 2, le Seigneur Jésus n’est pas mentionné personnellement; nous y voyons plutôt ce qui nous a été présenté en lui. Il était «la parole de la vie». En Jean 1, il est «la parole», et comme tel il crée, de sorte que la création puisse faire connaître quelque chose de Dieu. Puis il devient chair et habite au milieu de nous, afin qu’il puisse pleinement manifester Dieu devant nous. Ici la pensée est similaire, mais plus limitée. C’est de la vie qu’il est question. Il était «la vie éternelle qui était auprès du Père», et en lui cette vie nous a été manifestée. Nous devons avoir la vie en le possédant lui; mais la première chose est de voir le vrai caractère de la vie, comme elle a été révélée en lui.

La vie était la vie éternelle, mais elle était aussi «auprès du Père». Cette affirmation nous indique le caractère de la vie; ce n’est pas seulement le fait qu’elle était auprès du Père, mais que c’était une vie telle que celle-là. Elle était avec le Père parce que Celui qui est la source de cette vie était avec le Père; et en lui elle nous a été manifestée. Il est devenu chair afin qu’elle puisse être manifestée.

Par le fait de sa venue en chair, il s’est placé lui-même à la portée de trois des cinq sens dont l’homme est doté. Il a pu être «entendu», «vu» et «touché». L’ouïe vient en premier lieu, parce que, dans notre condition déchue, c’est à cette faculté que Dieu s’adresse particulièrement. «La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu» (Romains 10: 17). En premier lieu, les apôtres ont entendu la parole de la vie; et ainsi ils ont été capables de saisir Christ.

Ensuite ils l’ont aussi vu de leurs yeux et même contemplé. Dans les jours anciens, il y avait eu des manifestations passagères de cette glorieuse personne comme «l’Ange de l’Eternel», mais alors il était impossible de le contempler, parce qu’on ne le voyait qu’un instant. Mais quand il est venu en chair, tout a été différent. Les apôtres ont passé des années avec lui et ont pu l’examiner avec attention. Ils ont fixé leurs yeux sur lui longuement et sérieusement, même s’ils n’ont pas vraiment compris tout ce qu’ils voyaient, avant de recevoir le don du Saint Esprit.

En outre ils étaient entrés en contact physique avec lui. Leurs mains l’avaient effectivement touché. C’était la garantie qu’il n’était pas la manifestation d’un esprit. Il avait été parmi eux dans un corps humain réel, un corps de chair et de sang. Après sa résurrection, il avait séjourné parmi eux dans son corps de chair et d’os, et nous pouvons nous souvenir comment il leur avait expressément enjoint de le toucher et de voir que, ressuscité, il n’était pas un esprit.

Tout ceci établit sans l’ombre d’un doute qu’il y avait eu cette manifestation réelle de la vie éternelle devant eux. Le premier chapitre de l’évangile de Jean nous montre que par lui le Père a été connu (verset 18). Le premier chapitre de l’épître aux Colossiens nous apprend que Dieu était parfaitement représenté en lui, qui est son image (verset 15). Le premier chapitre de l’épître aux Hébreux nous dit que, comme Fils, il est la Parole; et qu’il est l’expression et le resplendissement de ce que Dieu est et de sa gloire (versets 2, 3). Ici nous trouvons qu’il est la seule vraie manifestation objective de la vie éternelle. Il est remarquable que, comme nous avons quatre évangiles pour présenter sa vie sous différents aspects, ainsi nous avons ces quatre passages qui mettent en lumière, sous différents aspects, tout ce qui a été révélé par lui.

La raison pour laquelle Jean s’étend sur ce sujet dans les premiers versets, c’est que les docteurs antichrétiens amoindrissaient cela, ou même le niaient tout à fait. On les appelait gnostiques1 parce qu’ils prétendaient être ceux qui savaient. Ils préféraient leurs propres impressions subjectives et leurs spéculations philosophiques aux faits objectifs bien établis en Christ. Or tout, pour les apôtres et pour nous, commence par des faits bien établis. La foi qui a été une fois enseignée aux saints est fondée sur des faits. On ne sera jamais trop clair et énergique à ce sujet. Ainsi que nous le verrons, ce qui est produit subjectivement dans les saints est strictement en accord avec ce qui a été objectivement manifesté en Christ.

Cette manifestation a été faite premièrement aux apôtres. C’est eux que désigne le «nous». Ensuite, dans l’expression «ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons», le «vous» représente les saints en général. La manifestation faite devant les apôtres les a amenés en «communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ». Et ils nous ont fait connaître ce qui avait été manifesté, afin que nous soyons amenés dans la même communion merveilleuse. Le Père et le Fils nous sont révélés. La vie éternelle liée au Père et au Fils nous a été manifestée par leur moyen. Ce qui appartient au Père et au Fils a été révélé. Rien ne saurait être plus merveilleux que cela, rien de plus captivant, si une fois nous l’avons bien saisi par le Saint Esprit. Rien n’est plus apte à remplir nos coeurs d’un bonheur durable. Il n’est pas étonnant que l’apôtre ajoute: «Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie» (verset 4).

Le verset 4 montre très clairement que la communication de ces choses par les apôtres nous a été faite par les Ecritures. «Nous vous écrivons ces choses». Les apôtres ont entendu, vu et touché. Nous, nous devons lire. Que Dieu soit remercié pour les Saintes Ecritures qui nous apportent la connaissance de ces choses pour notre joie!

Au verset 5, Jean commence son message. Par quoi commence-t-il ? Par ce grand fait que «Dieu est lumière», et non, comme nous aurions peut-être pu nous y attendre, par le fait que Dieu est amour. Si la manifestation de la vie avait été faite dans des lieux caractérisés par une pureté et une lumière parfaites, toute l’emphase aurait sans doute été mise sur l’amour de Dieu. Mais comme cette manifestation a été faite dans ce monde souillé par le péché et rempli de ténèbres, l’accent doit être mis d’abord sur la lumière.

Quant à la lumière, qui peut la définir ? Les hommes ont formulé des théories pour décrire la lumière de la création, mais ils ne peuvent pas réellement l’expliquer. Qui pourrait donc expliquer la lumière incréée ? Nous savons que la lumière est nécessaire pour que la vie existe, sauf dans ses formes inférieures. Nous savons qu’elle est bonne pour la santé, qu’elle illumine et met toutes choses en évidence, et que si elle apparaît, les ténèbres s’enfuient. En Dieu il n’y a aucunes ténèbres, parce que les ténèbres représentent ce qui est soustrait à l’action de la lumière: ce qui est caché et souillé par le péché.

Non seulement Dieu lui-même est lumière, mais il est «dans la lumière» (verset 7). Autrefois, l’Eternel a dit «qu’il habiterait dans l’obscurité profonde» (2 Chroniques 6: 1); et le fait que Salomon lui a construit une maison n’a rien changé à cela, parce que sa présence était toujours dans le lieu très saint où tout était dans l’obscurité. Mais la venue du Seigneur Jésus a changé les choses, parce que Dieu s’est manifesté dans la lumière en Christ. Le Dieu qui est lumière est maintenant dans la lumière.

Ce fait est utilisé comme test au verset 6. Nous avons ici le premier d’une série de plusieurs tests qui nous sont proposés dans l’épître. La présence de nombreux faux docteurs avec leurs diverses prétentions orgueilleuses rendait ces tests nécessaires; et nous remarquerons qu’aucun d’entre eux n’est fondé sur des considérations élaborées ou compliquées. Ils sont tous très simples et basés sur la nature fondamentale des choses. Ici par exemple, le fait que Dieu est lumière, et qu’il est dans la lumière, met à l’épreuve toute prétention d’être en communion avec lui. Celui qui est en communion avec lui ne peut pas marcher dans les ténèbres car, comme nous le lisons ailleurs, «quelle communion» y a-t-il «entre la lumière et les ténèbres ?» (2 Corinthiens 6: 14). Il n’y a aucune communion du tout entre les deux. Elles sont diamétralement opposées.

La question ici n’est pas de savoir si nous marchons toujours selon la lumière que nous avons reçue. A cet égard, nous sommes tous trouvés en défaut une fois ou l’autre, comme nous le savons et en sommes affligés. «Marcher dans les ténèbres», c’est marcher dans l’ignorance de la lumière qui a brillé en Christ. A ce sujet, un passage d’Esaïe peut nous aider. «Quiconque marche dans les ténèbres et n’a pas de lumière, qu’il se confie dans le nom de l’Eternel et s’appuie sur son Dieu!» (50: 10). Cependant, déjà dans les jours d’Esaïe, il y avait ceux qui préféraient allumer un feu et marcher à la lumière de leur feu et des étincelles qu’ils avaient allumées (verset 11). Il en était de même aux jours de Jean et il en est encore ainsi aujourd’hui. Il n’y a que trop de faux docteurs qui préfèrent à la lumière de la révélation de Dieu les étincelles qu’ils ont produites eux-mêmes. Par conséquent, ils sont dans les ténèbres, eux et ceux qui les suivent, en dépit de toutes leurs prétentions, et ils n’ont aucune communion avec Dieu.

Le vrai croyant marche dans la lumière de Dieu pleinement révélée. La lumière l’a scruté, bien sûr. Il ne pouvait en être autrement. Mais il marche avec bonheur dans la lumière parce qu’il a appris, dans cette lumière, que «le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché». Toute trace de souillure manifestée par la lumière est ôtée par le sang de Christ.

Le mot «purifie» est au présent. Certains en ont conclu que le sang doit être continuellement appliqué. Mais le présent est aussi employé pour indiquer la nature ou le caractère de quelque chose. C’est ainsi que nous disons: Le liège flotte, le feu brûle, le savon lave. Cela appartient à leurs natures respectives. Ce sont leurs propriétés. De même, c’est la nature du sang de Christ de purifier de tout péché. Cette propriété bénie lui appartient. L’idée que le sang doit être appliqué de façon continuelle, ou répétée, contredit l’enseignement de Hébreux 9: 23 à 10: 14. Nous avons été «purifiés une fois» par la «seule offrande», et ainsi nous n’avons «plus aucune conscience de péché».

Non seulement il y avait des hommes qui professaient avoir communion avec Dieu tandis qu’ils marchaient dans les ténèbres, mais il y en avait aussi qui allaient jusqu’à dire: «Nous n’avons pas de péché». Aucun test n’est indiqué relativement à cette orgueilleuse prétention. Aucun n’était nécessaire, parce que ceux qui prétendaient cela devaient forcément être démasqués rapidement. Ils se séduisaient eux-mêmes, et Jean le leur dit clairement. Ils auraient difficilement séduit quelqu’un d’autre. S’ils l’avaient fait pendant un temps, la tromperie aurait vite été découverte, le péché se manifestant évidemment en eux. Si certains se permettent de telles prétentions infondées, ils ne montrent nullement que le péché n’est pas en eux, ils ne font que de rendre évident que la vérité n’est pas en eux.

Il est difficile d’imaginer de vrais croyants se séduisant eux-mêmes de cette façon, si ce n’est pendant un temps très court. La seule attitude juste et honnête pour nous est de confesser nos péchés, et de le faire tout de suite. Il est vrai bien sûr que la seule chose honnête pour un incrédule, lorsqu’il est convaincu de péchés, est de les confesser; alors le pardon entier et éternel est pour lui. Mais c’est du croyant qu’il est question ici. Il est dit: «Si nous confessons…». Le péché d’un croyant ne compromet en aucune façon le pardon éternel qu’il a reçu lorsque, comme pécheur, il s’est tourné vers Dieu et s’est repenti. Néanmoins, il compromet sa communion avec Dieu, dont nous avons parlé un peu plus haut. Cette communion est interrompue jusqu’à ce qu’il confesse son péché.

Lorsque nous «confessons nos péchés», Dieu est «fidèle et juste» à l’égard de tout ce que Christ est, et de tout ce qu’il a fait; le péché est alors pardonné, de sorte que la communion peut être rétablie. C’est ce que nous pouvons appeler le pardon paternel, pour le distinguer du pardon éternel que nous avons obtenu comme pécheurs.

Non seulement Dieu pardonne, mais il purifie aussi de toute iniquité. La confession honnête du péché par le croyant, non seulement lui assure le pardon, mais a aussi un effet purifiant. La confession du péché signifie le jugement, dans nos coeurs et dans nos pensées, de ce que nous confessons. Et cela implique la purification de l’influence de ce mal, et la délivrance de sa puissance.

Une troisième prétention apparaît devant nous au verset 10. Certains pourraient être séduits au point de dire qu’ils n’ont pas péché. Un test est fourni à ce sujet; c’est la parole de Dieu. Faire une affirmation aussi déraisonnable revient à se placer en opposition avec la parole de Dieu et à le faire menteur. Dieu affirme clairement que nous avons péché, ce qui met un point final à la question. Nous ne pouvons pas contredire sa Parole et en même temps avoir sa Parole demeurant en nous.

Aussi sûrement que nous sommes dans la lumière, nous saurons que nous avons péché et que le péché est encore en nous. Mais nous connaîtrons aussi la valeur du sang de Christ et son pouvoir de purification, de même que la restauration qui nous est accordée sur la base d’une confession honnête. C’est ainsi que la communion dans la lumière avec le Père et avec son Fils est établie pour nous, et est maintenue. Nous sommes rendus capables de connaître la vie qui nous a été manifestée et de nous réjouir en elle, de même qu’en tout ce qui, dès le commencement, a été apporté par le Fils de Dieu.

Notre joie étant parfaite dans des choses telles que celles-là, nous ne serons pas tentés de suivre les hommes qui voudraient nous séduire par leurs soi-disant développements et compléments de «ce qui était dès le commencement». Les étincelles qu’ils font jaillir devant nous peuvent être très belles, mais elles n’ont d’autre source que leurs propres pensées, et elles s’éteindront dans les ténèbres.

(A suivre)

 

1 Du grec: gnôsis, connaissance.