Une réponse douce
1 Samuel 1
Au début du premier livre de Samuel, nous sommes placés devant une situation douloureuse: un homme, dans le peuple de Dieu, avait deux femmes. Anne, la femme qui était particulièrement aimée, n’avait pas d’enfant. Seule Pennina, l’autre femme, en avait.
Une fois de plus, toute la famille se trouvait à Silo. Elkana y était venu pour présenter son offrande à l’Eternel. A cette occasion, il donnait des portions à chacun des membres de sa famille, mais à Anne, une portion double. «Et son ennemie, Peninna, la chagrinait aigrement, afin de la pousser à l’irritation, parce que l’Eternel avait fermé sa matrice» (verset 6). Et il en était ainsi d’année en année. «Chaque fois qu’elle montait à la maison de l’Eternel, Peninna la chagrinait ainsi; et elle pleurait, et ne mangeait pas» (verset 7).
Dieu a soumis Anne à une épreuve douloureuse et à un grand exercice de patience durant des années. Quelle a été l’attitude de cette femme ?
On peut bien comprendre que, dans de telles circonstances, elle ne veuille pas manger. L’opprobre de ne pas avoir d’enfant était lourd pour son coeur, et elle souffrait de l’hostilité dont elle était la victime. Mais elle montre une attitude exemplaire. Elle n’a pas une parole dure à l’égard de Peninna, ni ne montre ostensiblement qu’elle a été offensée. Même à son mari, elle n’adresse aucune plainte. Qu’aurait-elle pu lui dire ? Comment des mots auraient-ils pu changer sa situation ? Ainsi, elle se tait. Du moins, elle se tait devant les hommes; mais elle parle à Dieu.
C’est seulement auprès de lui qu’elle peut espérer trouver du secours, car son âme est dans l’amertume. «Et elle pria l’Eternel et pleura abondamment. Et elle fit un voeu, et dit: Eternel des armées ! Si tu veux regarder à l’affliction de ta servante, et si tu te souviens de moi et n’oublies pas ta servante, et que tu donnes à ta servante un enfant mâle, je le donnerai à l’Eternel pour tous les jours de sa vie; et le rasoir ne passera pas sur sa tête» (versets 10, 11).
Ce n’étaient pas des paroles légères ou vides de sens qu’elle prononçait là devant Dieu, mais sa bouche parlait de l’abondance de son coeur. Et à sa demande se lie un voeu: elle est prête à renoncer à un fils, si Dieu lui en accorde un, et à le lui prêter pour tout le temps de sa vie, si seulement il veut bien exaucer sa demande !
Elle a placé sa requête devant Dieu. Elle a répandu son âme devant lui. Et voilà que le souverain sacrificateur Eli apparaît. Tandis qu’elle prie longuement, Eli observe sa bouche. «Anne parlait dans son coeur; ses lèvres seulement remuaient, mais on n’entendait pas sa voix; et Eli pensa qu’elle était ivre» (verset 13). Il se trompe lourdement et exprime ces tristes paroles: «Jusques à quand seras-tu ivre ? Ote ton vin d’avec toi» (verset 14). Comment Anne va-t-elle réagir à cette réprimande sévère et complètement injustifiée ? Va-t-elle lui rendre la monnaie de sa pièce ? Jurer de ne jamais remettre les pieds à Silo ? Rien de tout cela, mais: «Non, mon Seigneur; je suis une femme qui a l’esprit accablé; je n’ai bu ni vin ni boisson forte, mais je répandais mon âme devant l’Eternel. Ne mets pas ta servante au rang d’une fille de Bélial; car c’est dans la grandeur de ma plainte et de mon chagrin que j’ai parlé jusqu’à présent» (versets 15, 16).
Au lieu de discerner la détresse d’Anne et de lui adresser les paroles de consolation et d’encouragement dont elle aurait eu besoin, Eli l’a injustement jugée. Comment cet homme avait-il donc perdu le regard clairvoyant et la capacité de discernement ? Ses propres fils, Hophni et Phinées, eux étaient des fils de Bélial (2: 12), mais nullement Anne ! La faiblesse et l’indécision d’Eli en face du mal dans sa propre maison avaient perturbé sa vue. Quelle situation ! Le souverain sacrificateur de Dieu avait lamentablement failli, et de plus il avait ajouté à la blessure d’une âme dans la peine!
En vertu de la position qu’il occupe, il dit à Anne: «Va en paix; et que le Dieu d’Israël t’accorde la demande que tu lui as faite!» (verset 17). Elle répond simplement: «Que ta servante trouve grâce à tes yeux !»
Quelle grandeur morale nous découvrons chez cette femme mûrie par l’épreuve ! Tout au long de cet épisode, elle fait preuve d’un comportement admirable. Le livre des Proverbes nous dit: «Une réponse douce détourne la fureur, mais la parole blessante excite la colère» (15: 1). Anne ne s’est pas laissé mettre en colère par les vexations de Pennina; elle ne se laisse pas non plus accabler par la réprimande d’Eli. Et le résultat de tout, c’est qu’elle revient de la présence de Dieu entièrement changée. «La femme s’en alla son chemin; et elle mangea, et elle n’eut plus le même visage» (verset 18).
