L'amour de Dieu envers un peuple rebelle
Esaïe 48
Ce chapitre termine la partie du livre qui va du chapitre 40 au 48, dans laquelle sont décrites la captivité à Babylone comme conséquence de l’idolâtrie de Juda, et la délivrance par Cyrus, roi de Perse, type de la délivrance future du résidu juif croyant.
Grâce imméritée (versets 1-11)
Par l’appel «Ecoutez ceci», Dieu s’adresse à son peuple, la «maison de Jacob», à ceux qui sont «appelés du nom d’Israël». Les deux noms de l’ancêtre de ce peuple rappellent aussi bien son caractère humain (Jacob: «qui tient par le talon, qui supplante»), que la grandeur de sa foi (Israël: «vainqueur ou prince de Dieu»). On y voit la profondeur à laquelle Dieu s’est abaissé et la hauteur à laquelle il a élevé cet homme. Plus précisément toutefois, il ne s’agit ici que de ceux qui sont sortis «des eaux de Juda» (c’est-à-dire qui proviennent de cette source): ce sont ceux qui appartiennent au royaume des deux tribus. Maintenant, comment ces hommes se présentent-ils? De leur bouche, ils jurent bien par le nom de l’Eternel et font mention du Dieu d’Israël, mais dans leur coeur, la réalité est bien différente. Malgré leur piété apparente, ils ne connaissent ni la vérité ni la justice (verset 1). Sans doute «ils se nomment d’après la ville sainte» de Jérusalem et se réclament du «Dieu d’Israël», haut élevé et puissant, dont le nom est «l’Eternel des armées» (verset 2). Cependant il y a un immense contraste entre ce qu’ils professent et leur état spirituel. Que les habitants de Juda prêtent donc l’oreille aux paroles de leur Dieu !
Tout d’abord, il leur rappelle qu’il a déjà annoncé longtemps à l’avance les choses qu’il a fait arriver subitement (verset 3; cf. 41: 22, 23). Et il donne la raison pour laquelle il annonce à son peuple les événements futurs. C’est parce qu’il connaît le coeur dur des hommes, qu’il les compare à des animaux obstinés. De même qu’un animal s’oppose de toutes ses forces à celui qui veut le dompter ou le brider, de même Israël ne voulait pas se soumettre à la volonté de Dieu (Exode 32: 9; Ezéchiel 3: 7). L’intervention des prophètes qui l’appelaient à la repentance, qui lui prédisaient le châtiment de la part de Dieu et lui annonçaient sa grâce, était un signe aussi bien de la déchéance du peuple que de l’infatigable compassion de Dieu envers lui (verset 4; cf. 2 Chroniques 36: 15).
Mais les communications prophétiques de Dieu avaient encore une autre raison. Il voulait leur faire comprendre par là que leurs images taillées n’étaient que de vains ouvrages d’homme. Par le fait qu’il annonçait des événements précis longtemps à l’avance (comme la déportation à Babylone), le néant de leurs idoles devait leur être rendu évident. D’abord, ces idoles ne pouvaient rien leur prédire de pareil, et ensuite, dans ces circonstances, ils ne pouvaient en aucune manière attribuer les événements aux idoles. La supériorité et l’unicité du Dieu d’Israël étaient manifestes (verset 5).
En présence des prophéties qu’il a entendues «dès longtemps» (c’est-à-dire dès sa naissance comme peuple) et qui se sont réalisées, Israël est invité à considérer ces choses et à reconnaître que ce ne sont pas les idoles mais le Dieu d’Israël qui a tout opéré. Toutefois Dieu poursuit: «Je t’ai fait entendre des choses nouvelles, dès maintenant, et des choses cachées et que tu n’as pas connues» (verset 6). Quelles sont ces «choses nouvelles»? Comme dans des passages précédents (42: 9; 43: 19), il s’agit de la miséricorde de Dieu qui serait révélée à ce peuple rebelle par la venue de Christ, le Messie, quand l’accomplissement du temps serait là. Son oeuvre rédemptrice sera un des thèmes principaux des chapitres 49 à 57.
Dans l’Ancien Testament, les communications relatives à la venue du Messie sont développées progressivement. Dieu avait promis à Abraham que toutes les nations de la terre se béniraient en sa semence; et Jacob, dans sa bénédiction, avait annoncé que le roi de paix viendrait de la tribu de Juda (Genèse 22: 18; 49: 10). Mais la plupart des détails relatifs à sa personne, à sa vie, à ses souffrances, à sa mort et aux résultats glorieux de celle-ci, n’ont été communiqués que plus tard par les prophètes. C’est ce que l’on trouve en particulier dans la seconde partie du livre d’Esaïe. Le seul qui puisse révéler cela est l’Eternel. Lorsqu’il dit que «les choses nouvelles» sont créées maintenant et qu’elles n’ont pas été entendues autrefois, c’est afin que le peuple, connu dès longtemps de lui comme étant infidèle et rebelle, ne s’imagine pas être parvenu de lui-même ou par ses idoles à la connaissance de ces prophéties (versets 7, 8; cf. verset 5).
En raison de son comportement, Israël n’aurait rien mérité d’autre que la colère de Dieu, ce qui aurait entraîné la fin de son existence. Toutefois si Dieu diffère l’exécution de sa juste colère, ce n’est pas à cause de quelque mérite d’Israël, mais à cause de son propre nom et à cause de sa louange (verset 9; cf. Exode 32: 10; Nombres 14: 12). Dans cette perspective, il faut comprendre les soixante-dix ans de captivité des deux tribus à Babylone comme un processus de purification. Le peuple de Juda devait sans doute être puni pour son idolâtrie, mais il devait aussi être éprouvé et purifié, toutefois non comme de l’argent, mais «au creuset de l’affliction» (verset 10; cf. Psaumes 66: 10; Ezéchiel 22: 20-22; Zacharie 13: 9).
Mais si ni les Juifs ni aucun autre homme sur la terre ne peuvent présenter quelque mérite devant Dieu, il montre sa miséricorde à cause de lui-même. Le nom de Celui qui est lumière et amour serait profané si ses promesses ne s’accomplissaient pas et s’il n’agissait pas en grâce. C’est pourquoi tout honneur revient à lui seul dès maintenant et pour l’éternité (verset 11; 42: 8; Ezéchiel 36: 19-23).
La rédemption (versets 12-22)
Dieu se présente à son peuple comme celui qui est «le Même», celui qui est «le premier et le dernier». Il lui dit: «Ecoute-moi, Jacob, et toi, Israël, que j’ai appelé». Lui qui a fait annoncer à son peuple la captivité à Babylone lui annonce aussi la délivrance, et cela plus de 150 ans à l’avance. Il est le Créateur de tout l’univers, comme il l’a déjà rappelé plusieurs fois dans cette partie du livre (verset 13). Il est en même temps le tout-puissant Souverain qui dispose de toutes choses. Il appelle les étoiles par nom, il a appelé autrefois son peuple terrestre et il appelle aussi le roi Cyrus comme instrument pour la délivrance des siens (40: 26; 41: 9; 48: 15).
Il invite son peuple à se rassembler et à écouter (verset 14). Y a-t-il au monde quelqu’un qui soit en mesure de déclarer les «choses nouvelles» (cf. verset 6) que Dieu fait entendre à son peuple dans ce passage ? La description qui suit se rapporte historiquement au roi Cyrus, déjà mentionné plusieurs fois comme libérateur du résidu juif, mais dans sa portée finale, elle a en vue celui qui est le Messie d’Israël et le Rédempteur du monde. C’est ce que se propose Celui qui se tourne avec miséricorde et amour vers son peuple opiniâtre, et vers le monde entier qu’il a aimé au point de donner son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle (Jean 3: 16).
Bien que Cyrus n’ait eu aucune relation intérieure avec Dieu et qu’il n’ait été gouverné que par ses propres motifs, l’Eternel dit pourtant qu’il aime celui qui exécutera son bon plaisir (verset 14; cf. 45: 4). Parole étonnante ! Toutefois le Seigneur n’a-t-il pas aussi aimé le jeune homme riche, qui l’a quitté tout triste parce qu’il ne pouvait pas se séparer de ses grands biens (Marc 10: 21) ? En ce qui concerne Cyrus, nous ne devons donc pas donner à ces mots plus de poids qu’il ne convient. Il en est bien autrement en ce qui concerne le Seigneur Jésus, qui a exécuté d’une manière parfaite le bon plaisir de son Dieu et Père, et que le Père a aimé avant la fondation du monde (Jean 17: 24). A la croix, Jésus a triomphé de Satan, l’adversaire de Dieu, et lors de son apparition en gloire, il anéantira l’Antichrist, l’empire romain et l’Assyrien. Cyrus n’est qu’une faible image du Rédempteur à venir. Il en est de même au verset 15: «Moi, moi j’ai parlé, moi je l’ai aussi appelé; je l’ai fait venir, et son chemin prospérera». Là aussi, Cyrus, qui devait aller son chemin selon la volonté de Dieu, est un type de Celui qui un jour sauvera entièrement son peuple terrestre.
Avec insistance, Dieu appelle de nouveau son peuple à s’approcher de lui et à écouter (verset 16; cf. verset 14). Ce n’est pas «en secret» qu’il a annoncé ses plans, mais avec précision par ses prophètes, et il est là pour conduire toutes choses par sa main forte.
Soudain, dans la seconde partie du verset 16, ce n’est plus l’Eternel qui parle, mais une personne qu’il a envoyée: «et maintenant le Seigneur l’Eternel m’a envoyé, et son Esprit». Cette personne n’est ni Cyrus, ni le prophète Esaïe, ni le peuple juif rebelle, mais le Messie envoyé par Dieu. C’est lui aussi qui se trouve au centre des chapitres suivants. La prophétie d’Esaïe voit, bien au-delà de la délivrance du résidu de Babylone, la personne d’un bien plus grand rédempteur que Cyrus. Lui seul peut dire de lui-même: «L’Esprit du Seigneur, l’Eternel, est sur moi, parce que l’Eternel m’a oint, il m’a envoyé», et ce n’est que de lui que Dieu peut dire: «Je mettrai mon Esprit sur lui» (61: 1; 42: 1; cf. Luc 4: 18; Actes des Apôtres 10: 38). La vérité de la Trinité éternelle, encore non révélée dans l’Ancien Testament, est placée ici sous nos regards, bien que de façon voilée.
L’Eternel, le Rédempteur et le Saint d’Israël, rappelle à son peuple le but de toutes ses actions en discipline et de toutes les afflictions par lesquelles il le fait passer (verset 17; cf. Jérémie 32: 33). Ce peuple doit apprendre de Dieu en vue de son profit spirituel et se laisser diriger par lui dans le bon chemin. A l’image de ce qui a eu lieu lors du retour de Babylone, au temps de la fin, Dieu conduira un résidu de son peuple à travers la grande tribulation. Il lui montrera le chemin par lequel il doit marcher et l’amènera vers la délivrance. Il en est toujours ainsi: «Celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté» (Hébreux 12: 10).
Le regret que Dieu exprime ici: «Oh! si tu avais fait attention à mes commandements» (verset 18) rappelle les paroles pleines de tristesse que le Seigneur Jésus exprimait au sujet de Jérusalem: «Si tu eusses connu, toi aussi, au moins en cette tienne journée, les choses qui appartiennent à ta paix!» (Luc 19: 42; cf. Matthieu 23: 37-39). Si les Juifs avaient été obéissants, ils auraient été épargnés de beaucoup de souffrances. Mais si, à l’avenir, ils observent sa Parole, leur paix sera comme un fleuve et leur justice comme les flots de la mer (cf. 32: 17; Amos 5: 24). La paix et la justice sont toujours le résultat de la repentance et de la foi en l’oeuvre rédemptrice de Christ. Ce n’est pas l’oeuvre de l’homme qui produit cela. «Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ» (Romains 5: 1). Celui qui habite au bord d’un grand fleuve n’a pas à craindre un manque d’eau, et les flots de la mer qui déferlent sans cesse sur le rivage sont l’image d’une abondance inépuisable. Ainsi en sera-t-il de la paix et de la justice que Dieu donnera à son peuple terrestre.
Une autre conséquence de leur obéissance et de leur foi sera l’accomplissement de la promesse de Dieu à Abraham: une semence aussi nombreuse que le sable qui est sur le bord de la mer (verset 19; cf. Genèse 22: 17). Le nom d’Israël ne sera ni retranché ni détruit. L’existence du peuple juif confirme cette prophétie; mais le plein accomplissement de celle-ci aura lieu dans le règne millénaire.
A la lumière de ce qui précède, il est clair que la portée des deux derniers versets de ce chapitre ne se limite pas au retour des quelque 42000 Juifs qui sont remontés en Juda sous Zorobabel. A cette époque, quelques-uns seulement ont répondu positivement à l’appel: «Sortez de Babylone, fuyez du milieu des Chaldéens, avec une voix de chant de joie !» Aucun cri n’a retenti «jusqu’au bout de la terre», et cette foule relativement petite ne pouvait dire: «L’Eternel a racheté son serviteur Jacob» (verset 20). Au contraire, «la terreur des peuples de ces contrées était sur eux», et Esdras devait confesser: «Et maintenant, pour un moment, nous est arrivée une faveur de la part de l’Eternel, notre Dieu, pour nous laisser des réchappés et pour nous donner un clou dans son saint lieu, afin que notre Dieu éclaire nos yeux et nous redonne un peu de vie dans notre servitude, car nous sommes serviteurs» (Esdras 3: 3; 9: 8).
Mais dans les temps à venir, le peuple d’Israël rentré dans son pays conclura une alliance avec l’empire romain reconstitué en Europe. Pour les croyants de cette époque future, comme aussi pour les Juifs, ce sera un temps d’oppression par la puissance de Babylone, «la grande prostituée» d’Apocalypse 12, assise sur la bête symbolisant l’empire romain (cf. Apocalypse 12; 13; 17; 18). Alors retentira de nouveau un cri semblable: «Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés» (18: 4). Dans les trois ans et demi précédant l’apparition du Fils de l’homme sera en outre établie à Jérusalem «l’abomination qui désole», c’est-à-dire une idolâtrie d’une ampleur effrayante qui caractérisera la masse du peuple juif (Daniel 9: 27; 12: 11; Matthieu 24: 15, 16; cf. Matthieu 12: 43-45; 2 Thessaloniciens 2: 3-12). Lors de son apparition en gloire, le Christ délivrera entièrement de toutes ces tribulations le résidu croyant qui l’attend. C’est seulement alors que s’accompliront les paroles: «L’Eternel a racheté son serviteur Jacob» (verset 20; cf. Esaïe 12).
Comme peuple racheté, ils considéreront le monde à travers lequel Dieu les a conduits comme un désert, où ils ont joui de la grâce de Dieu, et où, pour leur rafraîchissement spirituel, il a fait couler pour eux les eaux du rocher, comme autrefois pendant leur marche à travers le désert, après la sortie d’Egypte (verset 21; cf. Psaumes 105: 41; 1 Corinthiens 10: 4).
En contraste avec cette position bénie, «il n’y a pas de paix pour les méchants» (verset 22; cf. 57: 21). Ceux-ci ne connaîtront ni la paix de la conscience, ni la bénédiction du royaume de paix.
