Venez et voyez

W. Runkel

Jean 1 : 35 - 43

Les dix-huit premiers versets de l’évangile de Jean constituent une préface. C’est là que nous lisons: «Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (1: 18). Cet évangile est celui du Fils de Dieu et de la révélation du Père par son moyen. Le livre débute par l’expression «Au commencement», qui porte nos pensées aussi loin que l’entendement humain est capable de saisir quelque chose de l’éternité passée. A ce commencement, dit l’écrivain, «était la Parole». Elle existait déjà. Elle n’a pas commencé, elle était déjà là. Ce passage établit l’éternité du Fils, sa nature divine et son existence éternelle. Celui qui est descendu dans le monde «quand l’accomplissement du temps est venu», est présenté comme étant «la vie» et «la lumière», celui qui nous révèle l’amour du Père. L’évangile nous rapporte plusieurs entretiens individuels du Seigneur avec différentes personnes. Les vérités qui nous sont révélées à ces occasions sont pour nous de la plus haute importance. En lisant ces récits, nous pouvons ressentir quelque chose de ce que Jean exprime lorsqu’il dit: «Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père» (1: 14).

Le témoignage de Jean le baptiseur

A la suite de cette préface, dans les versets 19 à 28, nous trouvons une sorte d’introduction nous rapportant le témoignage rendu par Jean le baptiseur à une ambassade envoyée par les Juifs de Jérusalem. Des sacrificateurs et des lévites viennent lui demander s’il est le Christ, ou peut-être Elie, ou «le prophète» qui devait venir. En toute humilité, Jean déclare qu’il n’est que «la voix de celui qui crie dans le désert». Il met sa personne de côté, mais non pas sa mission, bien convaincu de l’importance de celle-ci. Et lorsqu’ils le questionnent au sujet du baptême qu’il accomplit, il annonce Celui dont il n’est «pas digne de délier la courroie de la sandale». Par ce langage figuré, il exprime ses sentiments quant à la gloire suprême de Celui qui allait maintenant être manifesté.

Au verset 29, le Seigneur Jésus apparaît. Il vient à Jean, qui rend le témoignage: «Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !» Précieuse vérité ! Jean désigne le Seigneur comme un homme qui prend place avant lui. En rappelant l’événement du baptême de Jésus au Jourdain, il déclare que s’il a lui-même baptisé d’eau, le Seigneur baptiserait de l’Esprit Saint. Il avait vu l’Esprit descendre sur le Seigneur sous la forme d’une colombe et demeurer sur lui. C’était pour Jean le baptiseur, comme Dieu le lui avait dit auparavant, un signe distinctif. C’est ainsi qu’il a pu rendre témoignage que Jésus est «l’Agneau de Dieu»; il conclut au verset 34: «J’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu».

Rappelons que le nom de Jean, quand il apparaît dans cet évangile, désigne toujours le baptiseur. Jean, l’écrivain sacré, ne mentionne jamais son propre nom. Il se désigne comme «le disciple que Jésus aimait» ou aussi «l’autre disciple» (cf. 13: 23; 18: 15; 19: 26; 20: 2, 8).

Fidèle témoin et fidèle serviteur

Arrêtons-nous encore un peu sur Jean le baptiseur; il y a beaucoup à apprendre par ce que l’Ecriture nous rapporte de son comportement et de ses paroles. Le Seigneur Jésus l’a appelé le plus grand des prophètes (Luc 7: 28). Cette grandeur ne tenait pas à sa personne, mais à sa mission, qui consistait à annoncer la venue du Messie et à préparer son chemin. Dans le chapitre qui est sous nos yeux, il rend témoignage à Jésus comme étant l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu. Mais ce qui nous frappe particulièrement, c’est la manière dont il rend ce témoignage. Ce sont non seulement les paroles d’un fidèle témoin et d’un fidèle serviteur, mais aussi celles d’un homme humble. Jean s’applique à mettre sa propre personne de côté et à mettre en avant celle du Seigneur Jésus.

Au verset 36, «regardant Jésus qui marchait», Jean dit: «Voilà l’Agneau de Dieu!» , cette fois sans ajouter: «qui ôte le péché du monde». C’est comme si Jean était tellement captivé par la personne du Seigneur que seule la gloire de Jésus remplissait son esprit, sans qu’il ne soit plus occupé des effets de son sacrifice. Au sujet de l’expression «qui ôte le péché du monde», rappelons que si, comme croyants, nous connaissons la jouissance du pardon des péchés, le péché entièrement ôté est un événement encore futur. Cela aura lieu lorsque l’ancienne création aura complètement disparu et fait place à la nouvelle. Alors il n’y aura plus aucune trace de péché dans tout l’univers. Quelle glorieuse perspective pour nous qui vivons aujourd’hui encore dans un monde entièrement souillé ! Bientôt toutes les conséquences du péché auront disparu et Dieu proclamera: «Voici, je fais toutes choses nouvelles» (Apocalypse 21: 4, 5).

Deux disciples de Jean le baptiseur se trouvaient auprès de lui. Les paroles et particulièrement l’admiration de leur maître pour Jésus ne peuvent que les marquer. Elles conduisent irrésistiblement leurs regards et leurs coeurs vers Jésus. Alors se passe quelque chose d’inattendu: ces deux hommes quittent leur maître et suivent Jésus. Cela a-t-il été une déception ou une douleur pour Jean de voir ses disciples le quitter? Bien au contraire ! Le sentiment qui animait son coeur était: «Il faut que lui croisse, et que moi je diminue» (3: 30). L’apôtre Jean écrira plus tard: «Je n’ai pas de plus grande joie que ceci, c’est que j’entende dire que mes enfants marchent dans la vérité» (3 Jean 4). C’étaient là aussi les sentiments de Jean le baptiseur. Il dit aussi: «Celui qui a l’épouse est l’époux; mais l’ami de l’époux, qui assiste et l’entend, est tout réjoui à cause de la voix de l’époux; cette joie donc, qui est la mienne, est accomplie» (3: 29).

Nous apprenons de ce fidèle serviteur quelles sont les conditions pour un service utile. Le regard de Jean était dirigé sur le Seigneur; son coeur et son esprit étaient remplis de lui; et ainsi, ses paroles avaient un grand poids. Ses paroles et particulièrement sa joie dans le Seigneur Jésus , qui ne pouvait rester cachée , ont eu une puissante influence sur ses deux disciples. C’est ainsi qu’ils ont été attirés par le Seigneur Jésus et ont désiré demeurer auprès de lui.

Que cherchez-vous ?

Le Seigneur avait bien remarqué que les deux disciples le suivaient et cela ne pouvait pas le laisser indifférent. C’était certainement pour lui une grande joie. Il leur dit alors: «Que cherchez-vous ?» (verset 38). Le Seigneur est réjoui, aujourd’hui encore, quand il voit quelqu’un qui le suit avec fidélité et sincérité. Les Evangiles relatent beaucoup d’exemples de personnes qui l’ont suivi, parfois il est vrai, pour des motifs qui n’étaient pas bons. Ici, nous ne pouvons douter que, par sa question, le Seigneur voulait fortifier et encourager ces deux disciples à poursuivre dans la bonne voie dans laquelle ils s’engageaient. Voilà deux hommes qui ne cherchaient pas «quelque chose», mais lui-même. Cependant, le Seigneur voulait les mettre à l’épreuve. Le blé doit être criblé pour que la balle soit séparée du bon grain.

Même lorsque nous désirons suivre fidèlement le Seigneur, des éléments charnels peuvent se mêler à nos motifs. Aussi la question du Seigneur «Que cherchez-vous ?» est encore très à propos aujourd’hui. Elle devrait constamment nous exercer. Que cherchons-nous ? Quelque chose dans le monde en même temps que lui ? Suivre un peu le monde et un peu le Seigneur ? Peut-être aussi cherchons-nous dans le chemin chrétien quelque chose pour nous, notre propre honneur, notre influence, une position en vue. Quelle importance nous est-il permis de donner à notre propre personne, dans la présence de Celui qui a vécu dans l’abaissement sur la terre, qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix, et qui a été ensuite élevé dans le ciel ? N’oublions pas non plus ceci: entourés de tous les bienfaits que le Seigneur nous accorde dans nos circonstances extérieures, ce dont nous lui sommes reconnaissants, nous courons le danger de lui donner la seconde place dans notre coeur. Qu’en est-il de l’état de mon coeur à son égard ? «Nous avons tout quitté et nous t’avons suivi», a dit Pierre au Seigneur. Ce «tout quitté» signifie pour nous l’abandon de tout ce qui peut être un obstacle pour le suivre. Car le suivre vraiment reste une affaire de coeur.

Où demeures-tu ?

Les deux disciples n’ont pas donné de réponse à la question du Seigneur. Ils ont répondu par une question qui manifestait le désir de leur coeur (verset 39). Ils voulaient demeurer auprès de lui. Le Saint Esprit nous communique même, par la plume de l’écrivain, le moment précis de leur résolution: «c’était environ la dixième heure». Ce mot «demeurer» est d’une grande beauté et d’une grande valeur. Tous ceux qui sont venus à Jésus ont été introduits dans une merveilleuse relation. Le Seigneur Jésus est devenu pour eux le chez-soi de leur coeur. N’est-ce pas aussi notre désir de demeurer auprès de lui ? Sa proximité est garante de paix, de joie et de protection. «Demeure avec moi, ne crains point; car près de moi tu seras bien gardé», a dit David à Abiathar (1 Samuel 22: 23).

Le Seigneur ne pouvait évidemment pas leur dire où il demeurait. Cet évangile ne mentionne aucun lieu d’habitation pour lui. Jésus est vu dans son caractère d’étranger qui n’avait pas sur la terre un lieu où reposer sa tête. Tout en étant dans ce monde, il était «le fils de l’homme qui est dans le ciel», et sa vraie demeure était le sein du Père. Les disciples pouvaient-ils déjà comprendre cela ? A peine.

Actuellement, le Seigneur est dans le ciel, et pourtant il y a sur la terre, spirituellement parlant, un lieu où il demeure. Connaissons-nous et aimons-nous le rassemblement en son nom ? C’est là qu’il veut demeurer. Et c’est là que nous pouvons demeurer «auprès de lui». Avons-nous compris quelque peu ce que signifie être «vers lui hors du camp» (Hébreux 13: 13) ?

Venez et voyez

La façon dont le Seigneur répond à cette question des disciples «Où demeures-tu?» peut nous surprendre un peu. Mais elle ne doit pas nous étonner. Comme nous le voyons en de nombreuses occasions, par sa manière de répondre, notre Seigneur veut atteindre la conscience et le coeur de ceux qui l’interrogent. Sa réponse «Venez et voyez» était une invitation cordiale à l’accompagner, et c’est bien ainsi que les disciples l’ont comprise. Sur le chemin qu’ils ont parcouru avec lui, ils ont beaucoup appris et, comme il est dit au début de l’évangile, ils ont pu voir sa gloire, «une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père» (verset 14). Peut-être ont-ils aussi, au cours de ces trois ans, pressenti quelque peu que la véritable demeure du Seigneur était le ciel, et entrevu la raison pour laquelle il demeurait un étranger sur la terre. La manière dont il se présente ici est en accord avec le caractère de l’évangile selon Jean. Avons-nous saisi et accepté que nous sommes aussi des étrangers sur la terre ? Au moment de quitter les disciples, le Seigneur dit: «Je ne suis plus dans le monde, et ceux-ci sont dans le monde, Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde» (Jean 17: 11, 14, 16).

Bientôt nous entendrons un autre appel «Venez et voyez». Alors, Jésus nous introduira auprès de lui dans la maison du Père, afin que là où il est, nous y soyons aussi avec lui (cf. Jean 14: 3).