Vers Jésus hors du camp

P. Diedrichs

Hébreux 13: 10-15

L’exhortation contenue dans ces versets : «Sortons vers lui hors du camp», s’adressait aux chrétiens issus du judaïsme, probablement peu de temps avant la destruction de Jérusalem en l’an 70. Sans doute a-t-elle pu sensibiliser les croyants parmi eux sur l’urgence qu’il y avait à quitter définitivement un système condamné auquel beaucoup restaient attachés, pour suivre Jésus seul. Aujourd’hui, à la veille du retour du Seigneur pour enlever son Eglise, avant de juger le monde et une chrétienté qui progresse vers l’apostasie, cette invitation nous place devant nos responsabilités, en présence de tant de bénédictions reçues.

L’autel et le culte chrétien (versets 10, 11, 15)

«Nous avons un autel dont ceux qui servent le tabernacle n’ont pas le droit de manger; car les corps des animaux dont le sang est porté, pour le péché, dans les lieux saints, par le souverain sacrificateur, sont brûlés hors du camp.»

L’autel de l’holocauste, dans le parvis du tabernacle, était le centre du culte d’Israël dans le désert. Des sacrifices d’animaux purs y étaient offerts, dont certains pouvaient être mangés. Mais l’auteur de l’épître fait également allusion ici à ceux des sacrifices pour le péché qui ne pouvaient être mangés par les sacrificateurs.

Souvent dans la Parole, l’autel évoque l’adoration, le culte et la manière dont ce culte est rendu (Genèse 8: 20; 12: 7Psaumes 26: 6, 71 Corinthiens 10: 18). «Manger de l’autel», c’était se nourrir des offrandes (hormis l’holocauste) dont une portion était offerte sur l’autel, en particulier des sacrifices de prospérités (ou de paix). Dieu avait sa part (la graisse), ainsi que l’adorateur et ceux qui étaient avec lui, comme aussi les sacrificateurs, Aaron et ses fils (Lévitique 7: 11, 12, 15, 31, 34). C’est là un type éloquent de la communion réalisée aujourd’hui avec Dieu devenu notre Père, dans le culte, par les adorateurs et sacrificateurs que nous sommes par grâce.

Sous la loi, les sacrificateurs avaient part à l’autel et mangeaient certains des sacrifices dans un lieu saint, consacré à l’Eternel, dans le parvis du tabernacle, «à côté de l’autel» (Lévitique 6: 18, 19; 10: 12-14). Au verset 10, l’auteur de l’épître déclare: «Nous avons un autel». L’autel chrétien est celui sur lequel a été offert, une fois pour toutes, le seul sacrifice que Dieu agrée pleinement, celui de son Fils Jésus Christ 1. Ceux qui restent attachés aux ordonnances de l’Ancien Testament (et aux sacrifices qui devaient être renouvelés chaque année) n’y ont aucun droit. Le «car» du verset 11 le confirme: les sacrifices pour le péché dont le sang était porté dans les lieux saints du tabernacle ne pouvaient être mangés par les sacrificateurs; les corps de ces victimes étaient brûlés hors du camp (Lévitique 6: 23; 16: 27). Ainsi, dans cette institution, les sacrificateurs du culte judaïque n’avaient aucune part à ce qui représente expressément le sacrifice expiatoire de Christ, tandis que le chrétien se nourrit spirituellement de ce parfait sacrifice pour le péché (Jean 6: 56).

Aujourd’hui, les sacrifices que nous offrons à Dieu ne sont pas offerts sur l’autel; ce sont «des sacrifices spirituels» (1 Pierre 2: 5).

«Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom.»

Ces sacrifices sont offerts à Dieu en vertu du fait que Christ, l’Agneau de Dieu, a été sur la croix la victime parfaite, offrande faite une fois pour toutes (Hébreux 10: 10, 14), antitype de tous les sacrifices offerts sous la loi, non seulement des sacrifices d’odeur agréable comme l’holocauste et le sacrifice de prospérités, mais aussi du sacrifice pour le péché.

Quelle heureuse part est la nôtre ! Rappeler devant Dieu, en adorant, la grandeur de l’oeuvre de l’expiation accomplie par Christ sur la croix (ce que représente l’autel de l’holocauste dans le parvis du tabernacle), mais aussi les perfections infinies de sa Personne (ce que représente l’encens dont la bonne odeur montait devant Dieu à l’autel d’or, dans le sanctuaire lui-même). Ce sont là deux aspects de notre sainte sacrificature (1 Pierre 2: 5).

Au grand jour des propitiations, Aaron, type de Christ, pénétrait dans le lieu très-saint précédé d’un nuage d’encens, et faisait aspersion du sang sur le devant du propitiatoire (Lévitique 16: 11-14). Justifiés par la grâce, mis au bénéfice de la valeur du précieux sang de Christ, nous le connaissons aujourd’hui comme notre propitiatoire (Romains 3: 24, 25). En fait, ayant une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints (Hébreux 10: 19-22), nous pouvons contempler celui que représentait l’arche, Christ lui-même, Dieu manifesté en chair ici-bas, maintenant couronné de gloire et d’honneur. Un chant de louange s’élève à la gloire de Dieu, vers Celui qui nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous (Ephésiens 5: 2).

Jésus souffrant hors de la porte (verset 12)

«C’est pourquoi aussi Jésus, afin qu’il sanctifiât le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte.»

Donc, au grand jour des propitiations, le sang de la victime offerte comme sacrifice pour le péché était porté dans le lieu très-saint du tabernacle. De même, Christ est entré, après son sacrifice et sa résurrection, une fois pour toutes, dans le sanctuaire céleste. Il y est entré avec toute la valeur de son propre sang, qui a été versé à la croix (Hébreux 9: 11, 12).

Mais, en ce jour des propitiations, le corps de la victime était emporté hors du camp, au lieu du jugement de Dieu contre le péché (Lévitique 16: 27; cf. 4: 11, 12, 21; 6: 23). Ce lieu préfigure la place que le Seigneur a acceptée: «hors de la porte» de Jérusalem. C’est là qu’il a souffert sur la croix comme victime pour le péché, chargé des péchés de tous les croyants, sous le feu du jugement de Dieu. Hors du camp, c’est là le lieu où Dieu a jugé le péché, figurativement autrefois sur les animaux sacrifiés, puis réellement et définitivement sur Christ, le Fils de Dieu.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de l’adoration, nous entrons dans le sanctuaire où la valeur du sang de Christ est toujours devant Dieu. Par ce sang, nous sommes sanctifiés, consacrés comme sacrificateurs. Mais s’il s’agit de notre position sur la terre, nous sommes associés à un Sauveur qui a souffert hors de la porte et nous sortons vers lui, hors du camp, là où il a souffert. Le Seigneur était alors rejeté par le peuple juif, qui manifestait ainsi sa haine et se rendait coupable de se débarrasser de son Messie venu en grâce, en le crucifiant hors de la porte (Matthieu 27: 22-25Marc 12: 7-12Jean 15: 24). A partir de ce moment, le judaïsme a pris le caractère d’un camp coupable et impur.

Vers Jésus, hors du camp (verset 13)

«Ainsi donc, sortons vers lui hors du camp, portant son opprobre.»

Les chrétiens hébreux étaient donc exhortés à sortir de ce système judaïque terrestre qui allait être jugé et définitivement condamné. Mais ce verset 13 évoque aussi le chapitre 33 de l’Exode. Nous avons là le récit d’un événement datant de la première année de la traversée du désert, lors du séjour au Sinaï. Au moment même où il recevait la loi de Dieu, le peuple s’est rendu impur par l’idolâtrie. Moïse, type de Christ, dresse alors une tente hors du camp. Il introduit une séparation morale entre la présence de l’Eternel et le camp impur. Il établit cette tente comme lieu de rassemblement pour tous ceux du peuple qui cherchent l’Eternel (verset 7).

Cet épisode de l’histoire du peuple illustre pour nous ce qu’il convient de faire lorsqu’un ensemble, issu de ce que Dieu a établi à l’origine, laisse le mal pénétrer en lui et se développer de telle manière qu’il n’est plus capable de le juger. C’est le cas des grands systèmes religieux chrétiens qui sont une imitation du camp judaïque. Il y a donc un camp chrétien comme il y a eu le camp d’Israël au temps de Moïse et le camp juif au temps des apôtres. Dans chaque cas, il s’agit d’un état de choses qui, à son début, était selon Dieu, mais dans lequel le mal s’est introduit et développé. Aujourd’hui, sous le couvert de l’amour que nous devons à tous les enfants de Dieu, le danger de nous laisser gagner par l’esprit de l’oecuménisme est très grand. Ce mouvement recherche une union organisée par la volonté de l’homme, en opposition à la réalité divine de l’unité du corps de Christ uni à celui qui en est la Tête dans le ciel. Visant au regroupement des communautés chrétiennes, sans tenir compte des graves déviations doctrinales qui se sont développées dans la chrétienté et y sont tolérées, il porte les caractères du camp. Prenons garde, un tel élan vers l’union est trompeur !

Pourrions-nous oublier la raison pour laquelle des croyants sont sortis, à l’époque du réveil du 19e siècle, de bien des milieux chrétiens qui présentaient ces caractères du camp, pour se rassembler autour du Seigneur seul ? Sommes-nous conscients de ce qu’il leur en a coûté ? Cherchant à vivre cette réalité divine de l’Assemblée, corps de Christ, ils s’attendaient au Seigneur pour garder la sainteté, la vérité et l’amour qui conviennent pour exprimer cette unité, dans le respect de ses droits à sa table. Voudrions-nous faire le chemin inverse de ces hommes de foi qui avaient retrouvé, par la Parole, le vrai terrain du rassemblement ?

Adapter quelque peu les vérités qui forment la base du témoignage collectif, y introduire des formes d’autonomie, cela conduit, en pratique, à la négation de l’unité du corps. N’est-ce-pas un danger actuel à l’image de ce qui se passe dans le camp ? Nous devrions réfléchir sérieusement à tout cela et crier au Seigneur. L’exhortation de l’apôtre à nous humilier «sous la puissante main de Dieu» est bien opportune (1 Pierre 5, 6).

Comme Moïse en Exode 33, le Seigneur lui-même se tient, selon l’expression de Hébreux 13, «hors du camp». Si nous sommes appelés, lorsque toutes les ressources de la grâce ont été épuisées, à nous désolidariser de ce qui porte l’empreinte de la volonté humaine, de la tolérance du mal et de l’erreur, c’est pour aller vers Lui, quel que soit l’attachement qui peut nous lier à un environnement où nous avons expérimenté les bénédictions divines. Et s’il fallait, par fidélité, porter un peu de l’opprobre qu’il a connu, n’en vaudrait-il pas la peine ?

Cependant, si nous avons dû agir ainsi par obéissance au Seigneur, soyons convaincus que Dieu ne nous appelle pas à nous isoler. Bien plutôt, dans la communion de Celui vers lequel nous sommes sortis, nous avons à rechercher ceux qui ont à coeur de réaliser l’esprit de Malachie 3, 16 «Alors, ceux qui craignent l’Eternel ont parlé l’un à l’autre». Nous constaterons alors que nous nous trouvons avec beaucoup d’autres sur le même terrain scripturaire et pourrons marcher ensemble dans le même sentier, dans la confiance mutuelle, gardant l’unité de l’Esprit par le lien de la paix.

 

 Ainsi la table du Seigneur n’est pas un autel, mais en vertu du sacrifice unique de Christ, elle est le lieu où il nous invite à partager ce repas de communion qu’est la cène, «communion du sang du Christ, communion du corps du Christ» (1 Corinthiens 10: 16), en mémoire de lui.