Le tribunal de Christ (2 Corinthiens 5: 10)
Le passage qui parle du tribunal de Christ exerce si souvent les âmes qui ne sont pas bien affermies dans la grâce, que j'ajoute ici quelques remarques.
Premièrement, le lecteur doit remarquer que la pensée du tribunal de Christ est bien loin d'inspirer de la frayeur à l'apôtre. Ce qu'il y avait de terrible dans ce tribunal ne s'adressait pas à lui comme étant un objet du jugement qui s'y exécutait. Paul est tellement en dehors de l'influence de cette frayeur, quant à sa propre conscience, que l'effet en est simplement de ranimer son zèle, et de le pousser à prêcher aux pécheurs. Je peux sentir ce qu'il y a de solennel dans la condamnation à mort d'un criminel; mais si je ne suis pas le criminel, je n'ai pas la moindre pensée que la sentence s'applique à moi-même: elle peut me pousser à exhorter les autres qui pourraient être en danger de suivre le chemin qui a amené le criminel à cette triste fin.
Mais, dira-t-on, comment peut-on penser au jugement, et rester en dehors de la frayeur que celui-ci inspire? Le juge qui siège sur le tribunal est ma justice (cf. 1 Corinthiens 1: 30); il juge d'après la justice qui lui est propre, la justice divine. Or cette justice est la mienne, je suis devenu la justice d'après laquelle il juge (cf. 2 Corinthiens 5: 21); elle ne peut pas se condamner elle-même. De plus c'est Jésus qui est le juge; or il a porté lui-même les péchés pour lesquels j'aurais dû être jugé; il ne peut me les imputer; ce serait se renier lui-même. Il est le témoin que ces péchés sont expiés et abolis. Je ne peux craindre devant un tel juge. Mais de plus, comment et en quel état est-ce que j'arrive devant le tribunal? Jésus a dit: «Je vais vous préparer une place. Et si je m'en vais et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi». Christ vient lui-même nous chercher pour que nous nous trouvions devant son tribunal; et en y arrivant ainsi, comment puis-je craindre?
Mais encore, quand Christ nous prendra ainsi à lui, il transformera ce corps vil, selon la ressemblance de son corps glorieux; j'arrive donc déjà glorifié devant le tribunal, et Christ est venu me chercher pour que je sois avec lui. Il est évident que, pour le croyant, le tribunal ne peut produire l'effet de frayeur et de crainte qu'il doit inspirer au pécheur qui ne connaît pas Christ: le Jésus qui y siège en juge est déjà auparavant devenu Sauveur à l'égard des péchés qui auraient dû être jugés; et plus encore, il est notre justice. Est-ce que le tribunal reste donc sans effet sur l'âme? — nullement. Si Christ a anticipé le jugement pour le croyant, en se livrant à la mort pour lui, pour les péchés qui auraient été l'objet du jugement, le croyant réalise par la foi ce jugement dans son âme; il est manifesté à Dieu selon l'immuable sainteté de ce jugement; celui-ci produit son effet dans sa conscience; maintenant tout y est jugé selon ce jugement-là. La pensée du tribunal n'est pas effrayante, parce que le Rédempteur y siège; mais elle est sanctifiante, et c'est ce qu'il faut pour nous.
Je crois aussi que notre manifestation devant le tribunal de Christ sera très précieuse pour nous. Quand maintenant je tourne mes regards en arrière sur ma vie passée, maintenant, dis-je, que je suis parfaitement réconcilié avec Dieu et que ma conscience est purifiée, toute cette vie devient pour mon cœur la scène des voies de Dieu à mon égard. Sa patience, sa bonté, son intervention en ma faveur, pauvre être que je suis, la manière dont il m'a soutenu et relevé quand j'étais tombé, la manière dont il m'a fait échapper à des dangers connus et inconnus, dont il m'a instruit, dirigé, formé par sa grâce, font contribuer toutes choses à mon bien. En un mot, toutes ses voies de sainte grâce se déploient devant mes yeux; je les vois imparfaitement, sans doute, mais quand je connaîtrai comme j'ai été connu, quand je repasserai non seulement dans la sûreté de la grâce, mais dans la perfection de la gloire, toutes les voies de Dieu, que de sujets d'adoration j'y trouverai! Quel Dieu je connaîtrai par ces voies; quelle instruction s'y trouve pour me le faire connaître; quel puissant moyen de recueillir dans mon cœur étonné et éclairé d'éternelles actions de grâce: nous connaîtrons comme nous avons été connus! Quel rapprochement de Dieu dans l'intimité de ses pensées longtemps peu saisies, mais qui seront alors des preuves d'un amour qui n'a jamais manqué! Ainsi cette manifestation devant le tribunal de Christ, que la conscience non purifiée craindrait, sera une très grande bénédiction, un privilège pour le racheté.
