Matthieu

Chapitre 13

Parabole du semeur

(v. 1-9). — Au commencement de ce chapitre, nous voyons Jésus sortant de la maison et s’asseyant au bord de la mer. C’est à dessein que l’Esprit de Dieu nous rapporte ce fait; la maison représente Israël, maison vide maintenant parce que Christ a été rejeté. Il prend place dans une barque, sur la mer, et de là il prêche aux foules rassemblées autour de lui. La mer, dans la Parole, est souvent prise comme symbole des nations dans un état de confusion; c’est en général celui où se trouvaient les peuples de la terre en dehors d’Israël. C’est là maintenant que Dieu opèrera. Ces faits nous indiquent le changement qui résulte du rejet de Christ, pour les Juifs et pour les nations.

Jusque-là Jésus était venu chercher du fruit en Israël, qu’il compare à une vigne (chap. 21:33 à 42; voir aussi, Psaume 80:9-17, et Ésaïe 5:1-7); mais, comme nous l’avons souvent dit, sans la vie de Dieu, il est impossible que l’homme produise du fruit pour Dieu, malgré tous les soins que Dieu lui a prodigués, ainsi qu’il le fit avec Israël. Pour obtenir du fruit, Dieu change de manière d’agir: au lieu de réclamer de notre mauvais cœur naturel le bien qu’il ne peut produire, il sème premièrement sa Parole qui produit, si elle est reçue par la foi, une nouvelle nature grâce à laquelle Dieu peut obtenir ce qu’il a réclamé en vain de l’homme dans la chair. Tel le changement présenté par la parabole du semeur (v. 1-12).

Comme nous le verrons, le champ où la Parole est semée n’est pas Israël seulement; c’est bien par là que le Seigneur et les apôtres commencèrent, mais c’est le monde entier, et le terrain sur lequel la parole est semée, c’est le cœur de l’homme. Ce terrain présente des différences que le Seigneur désigne dans la parabole.

Chez nous, les terrains destinés à recevoir la semence sont séparés de ceux qui ne se cultivent pas; on ne sème donc que sur la bonne terre. En Orient, au contraire, dans certaines contrées, la terre ne recouvre pas entièrement les endroits rocailleux; ici on trouve des buissons, là, c’est un chemin qui traverse le champ et qui subsiste malgré les labours. La charrue évite ces difficultés; mais le semeur jette partout sa semence, dont une partie tombe dans ces places impropres à produire une récolte. C’est pourquoi le Seigneur trouve là une image très propre à faire ressortir les divers états du cœur de l’homme mis en présence de la Parole.

«Un semeur sortit pour semer. Et comme il semait, quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent. Et d’autres tombèrent sur les endroits rocailleux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre; et aussitôt ils levèrent, parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde; et, le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et parce qu’ils n’avaient pas de racine, ils séchèrent. Et d’autres tombèrent entre les épines, et les épines montèrent et les étouffèrent. Et d’autres tombèrent sur une bonne terre et produisirent du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende». Ce dernier avertissement s’adresse encore aujourd’hui à chacun de nos lecteurs, car: «La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu» (Rom. 10:17). Comme la terre ne peut produire par elle-même que de mauvaises herbes, si l’on n’y jette pas de la bonne semence, le cœur naturel non plus, ne pourra porter du fruit pour Dieu que s’il reçoit, par la foi, cette Parole; elle engendrera chez le croyant une nouvelle vie par laquelle seule sera obtenu le fruit que Dieu réclame. Sans cela, on produira seulement ce fruit mauvais qui amènera en jugement devant le grand trône blanc pour entendre une condamnation éternelle.

 

Pourquoi Jésus parlait en paraboles

(v. 10-17). — Les disciples demandaient au Seigneur pourquoi il parlait aux foules en paraboles (v. 10-17). Sa réponse montre que maintenant il fait une différence entre la masse du peuple et ceux qui écoutent sa Parole et la reçoivent, ainsi que nous l’avons vu aux v. 46-50 du chapitre précédent. Aux disciples, il expliquait les enseignements contenus dans les paraboles; aux autres, cela était caché; ceux qui reçoivent Christ ont seuls l’intelligence des pensées de Dieu, aujourd’hui comme alors. Le royaume des cieux ne pouvait s’établir en gloire comme les prophètes l’avaient annoncé, puisque le roi était rejeté; il s’établissait d’une manière mystérieuse, et ici, par ses enseignements, le Seigneur fait comprendre aux disciples quelle forme ce royaume prendra jusqu’à son établissement en gloire. C’est pourquoi il dit: «À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des cieux; mais à eux, il n’est pas donné. Car à quiconque a, il sera donné, et il sera dans l’abondance; mais à quiconque n’a pas, cela même qu’il a sera ôté». Ceux qui recevaient Jésus entreraient dans la plénitude des bénédictions qu’il apportait, tandis que le peuple, qui se vantait de ses privilèges de peuple de Dieu sur la terre, tout en rejetant Jésus, perdrait les privilèges qu’il avait possédés jusque-là. Ainsi, par sa propre faute, il s’est privé de tout droit à la bénédiction, jusqu’à ce qu’il soit reçu en grâce en vertu de la mort de Christ.

C’est précisément ce qui va arriver à la chrétienté. On célèbre aujourd’hui les avantages du christianisme sur le paganisme et le judaïsme; les protestants se vantent des lumières qu’ils possèdent à la suite de la Réformation, tandis que le catholicisme prétend toujours être la vraie Église. Mais que fait-on de Christ et de sa Parole? Qui sont ceux que le Seigneur peut reconnaître comme membres de son corps au milieu de toute cette profession chrétienne? Ceux qui l’ont reçu comme Sauveur et Seigneur et qui mettent ses paroles en pratique. À ceux-là, il sera donné davantage; et le temps approche où ce qui reste encore de ce que l’Évangile a apporté au monde sera ôté de la chrétienté et remplacé par les ténèbres de l’apostasie qui précédera les jugements. Ésaïe avait annoncé (chap. 6:9, 10) ce qui arrivait au peuple: «En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point; car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles, et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse».

Peut-être plus d’un de mes lecteurs objectera-t-il: rien d’étonnant à ce que les Juifs ne comprennent pas, si Dieu leur parle de manière à ce qu’ils ne puissent ni voir, ni entendre, ni être convertis. Mais le jugement qui atteignait le peuple sous cette forme avait été prononcé par Ésaïe environ huit siècles auparavant, cent cinquante ans avant la transportation de Juda; et une trentaine d’années avant la fin du royaume d’Israël. Pendant tout ce temps le peuple ne tint aucun compte de la patience de Dieu, et lorsque le Messie promis lui fut présenté, il le rejeta. Donc, s’ils ne voient ni n’entendent, c’est parce qu’ils ont fermé eux-mêmes leurs yeux et leurs oreilles et ont refusé de les ouvrir; Dieu, qui ne peut supporter le mal à toujours, laisse leurs yeux et leurs oreilles fermés, comme jugement. C’est ce qui arrivera dans la chrétienté à ceux qui n’auront pas cru au Seigneur Jésus pour être sauvés. Après l’enlèvement de l’Église, Dieu leur enverra une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice» (2 Thess. 2:11, 12).

Chers lecteurs, si vous ne l’avez pas fait, ouvrez, sans tarder, les yeux et les oreilles de votre cœur à cette merveilleuse grâce qui vous apporte le salut, avant que vienne le jour où Dieu, après avoir attendu assez longtemps, vous les laissera fermés par la puissance de Satan pour vous réveiller lorsqu’il sera trop tard. Aujourd’hui, le Seigneur peut dire à ceux qui l’ont reçu, comme il disait à ses disciples: «Mais bienheureux sont vos yeux, car ils voient, et vos oreilles, car elles entendent». Ils voyaient alors Celui que plusieurs prophètes et plusieurs justes avaient désiré voir; ils entendaient ce qu’ils avaient désiré entendre. En effet, quel privilège d’avoir vu et entendu la personne adorable de Jésus, le Fils de Dieu, venu pour apporter le pardon, la vie, la paix, et ouvrir le chemin de la gloire! Aujourd’hui encore, il offre toutes les bénédictions qui découlent de sa mort à la croix. Demain, ce peut être trop tard!

 

Explication de la parabole du semeur

(v. 18-23). — Dans les v. 18-23, Jésus explique aux disciples les raisons pour lesquelles il n’y a pas eu de fruit porté dans les trois premiers cas mentionnés dans la parabole du semeur.

La semence jetée le long du chemin symbolise le cœur qui ne comprend pas la Parole. Il ne comprend pas. Pourquoi? Manque-t-il d’intelligence? Est-il sourd? Non, mais son cœur est comme le chemin, dur, parce que tout le monde y passe. Tel le cœur de ceux qui sont occupés de tout, sans aucun besoin pour les choses de Dieu. Indifférents ou incrédules, la Parole ne leur dit rien; s’ils l’entendent, ils ne la comprennent pas; leur cœur n’y est pas; ils sont distraits par des jeux, des lectures, des promenades, aussi bien que par leurs études, le travail, les affaires, sans parler des choses mauvaises en elles-mêmes. La semence reste à la surface, et l’Ennemi a bientôt fait de la ravir.

La semence jetée sur les endroits rocailleux représente celui qui, au contraire, reçoit la Parole avec joie; il est disposé à écouter, elle est agréable à ses sens; c’est quelqu’un qui dira en sortant d’une prédication: «Cet orateur a bien parlé; c’était très beau; je reviendrai l’entendre». Il y trouve une certaine satisfaction, surtout si le prédicateur sait toucher les sentiments. On prend de bonnes résolutions; on décide de fréquenter des personnes chrétiennes, de suivre même les réunions, et ceux qui sont témoins de cela mettent vite ces personnes au nombre des convertis. Mais attendez; l’épreuve va venir. Le monde ne voit pas sans déplaisir les effets de la Parole dans une âme, tout superficiels qu’ils peuvent être, de sorte que ceux qui manifestent les changements survenus sont vite exposés aux moqueries et même à la persécution, comme à d’autres tribulations. Alors voyant les conséquences pénibles qui résultent du fait d’avoir reçu la Parole, ils se retirent et tout est fini; comme le blé dans les rocailles qui a levé aussitôt, lorsque le soleil le frappe, il sèche vite, car il n’a pas de racine. La conscience n’a pas été exercée. Le cœur doit être labouré par la parole de Dieu pour qu’il se produise des résultats durables. La Parole ne produit jamais un effet agréable aux sens pour commencer, parce qu’elle montre au pécheur l’état de son cœur, tout le mal qui s’y trouve. Cette constatation produit le trouble, la terreur, même le désespoir, quand naît la conviction que l’on est perdu et que l’on n’a autre chose à attendre que le jugement. Voilà le labourage qui défonce le sol dur, qui élimine les cailloux. Au moment voulu de Dieu, la Parole, qui présente Christ subissant à la place du coupable le jugement qu’il avait mérité, est reçue par la foi, apportant le pardon, la paix et la joie. Sachant de quoi il est délivré, le croyant peut endurer les épreuves de tous genres; il est enraciné dans la vérité, il est converti; il porte du fruit que le soleil fait mûrir, au lieu de dessécher la plante sans racines.

Vient ensuite la classe de ceux qui sont semés dans les épines. Ceux-là entendent la Parole, qui produit aussi des effets extérieurs, comme une tige de blé dans un buisson; elle peut atteindre une certaine hauteur, porter même un épi, mais sans fruit. Les soucis sont une sorte d’épines qui étouffent la Parole de la vie; c’est tout ce par quoi le présent siècle peut rendre un homme soucieux, et combien il y a de causes de soucis! Car à une âme qui n’a pas été amenée par la Parole à mettre sa confiance en Dieu, qui ne le connaît pas comme ce Père qui sait de quoi nous avons besoin, tout cause des soucis; elle est toujours inquiète; elle admet bien qu’il faut s’occuper de la Parole, mais cette parole, aussitôt étouffée, ne peut produire du fruit. Puis il y a une autre sorte d’épines qui étouffent la Parole, justement ce en quoi l’homme met sa confiance: les richesses; on les désire, on ne se lasse pas de travailler à les obtenir; pendant ce temps, que peut faire la Parole? Puis les richesses que donnent-elles? La déception; on est victime de leur tromperie, elles ne produisent ni satisfaction durable, ni paix; elles vous laissent, ou bien il faut les laisser, avec un christianisme sans fruits, sans valeur, ni pour l’âme, ni pour Dieu.

La quatrième classe comprend la graine semée sur la bonne terre. Voici un homme qui comprend la Parole. Son cœur a été préparé comme nous l’avons vu en parlant de ceux qui ont été semés dans les endroits rocailleux. La conscience a été labourée par la vérité, et lorsque les manifestations extérieures de la vie ont lieu, c’est du véritable fruit qui est produit. Il découle de la vie divine à la gloire de Dieu. Le fruit est la manifestation de la vie de Dieu dans le croyant, sous quelque forme que ce soit. Seul ce fruit-là est agréable à Dieu et demeure pour l’éternité. Puissions-nous tous en porter, non seulement trente, ni soixante, mais cent! Ainsi que dit Paul aux Philippiens: «Étant remplis du fruit de la justice, qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu» (Chap. 1:11).

 

Les six paraboles du royaume des cieux

Après avoir exposé aux disciples la parabole du semeur qui montre comment le Seigneur opère pour obtenir du fruit, Jésus présente encore six autres paraboles pour exposer les résultats de ses semailles dans ce monde, jusqu’au moment où il établira son royaume en gloire. C’est le temps où l’Église est sur la terre et où le royaume existe en l’absence du roi. Ces six paraboles se divisent en deux parties de trois chacune: 1° la forme extérieure que prend le royaume par l’introduction du mal; 2° ce qui est de Dieu dans cet état de choses, ce qu’il y a pour le cœur de Christ. Ce sont des paraboles du royaume des cieux, qui résulte de la prédication de la Parole, tandis que le royaume d’Israël n’était composé que des descendants d’Abraham.

 

Parabole de l’ivraie

(v. 24-30). — «Le royaume des cieux a été fait semblable à un homme qui semait de bonne semence dans son champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le froment, et s’en alla. Et lorsque la tige monta et produisit du fruit, alors l’ivraie aussi parut».

Cette parabole présente le mélange de croyants et de non-croyants qui se trouvent dans le royaume ou la chrétienté, depuis le temps des apôtres. Au lieu d’être vigilants pour que la Parole soit présentée et maintenue dans sa pureté, comme le Seigneur et les apôtres l’avaient enseignée, les hommes ont laissé s’introduire, avec des fausses doctrines, des personnes sans vie, que l’ivraie représente, elles forment aujourd’hui la majorité dans la chrétienté.

Ce mélange devenu visible, les esclaves auraient voulu y remédier en arrachant l’ivraie, mais le Seigneur dit: «Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez le froment avec elle. Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson». Puisque les hommes n’ont pas su empêcher l’Ennemi de semer l’ivraie, ils pouvaient encore moins l’extirper eux-mêmes, car leur incapacité les exposait à arracher aussi le froment.

Il fut un temps bien triste où l’Église romaine, plongée dans de profondes ténèbres, s’était attribué la fonction d’expurger de son sein tous ceux qu’elle appelait hérétiques, et qui, précisément, étaient le froment; elle emprisonnait, torturait, mettait à mort quiconque résistait à ses erreurs. Elle a démontré par là qu’il n’appartient pas à l’homme d’ôter le mal de la terre, puisqu’il peut prendre le bien pour le mal.

On entend souvent citer cette parabole par des personnes qui ne voudraient pas que les vrais chrétiens se séparent, dans leur marche, de ceux qui n’ont pas la vie de Dieu, en se basant sur ces paroles du Seigneur: «Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson». Mais il s’agit ici d’ôter de la terre, d’arracher, d’exercer le jugement sur ceux qui n’ont pas la vie, comme le faisait Rome, quand elle exterminait les hérétiques, tandis que, en obéissant à la Parole qui ordonne aux croyants de se séparer du mal (voir 2 Timothée 2:21, 22; Éphésiens 5:7 et suivants; 2 Corinthiens 6:14-18, et beaucoup d’autres passages), on n’ôte personne de la terre. Nous sommes dans le temps de la grâce et non dans celui du jugement; mais nous avons à discerner et à garder ce qui convient au Seigneur.

Au temps de la moisson se fera le triage, non par des hommes, mais par les anges. La moisson, dans la Parole, est la figure du jugement qui sépare les méchants des justes1. C’est ce que le Seigneur dit aux disciples: «Au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Cueillez premièrement l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler, mais assemblez le froment dans mon grenier». Ce temps est près d’arriver. On se rend compte aisément que l’ivraie se lie en bottes, au moyen d’associations de tous genres, entre lesquelles celui qui attend le Seigneur doit suivre son chemin sous la dépendance de Dieu et dans l’obéissance à sa Parole. L’ivraie ne se lie pas en bottes le jour même du jugement, mais préalablement, en vue du jugement. Le Seigneur dit: «Liez-la en bottes pour la brûler, mais assemblez le froment dans mon grenier». Le grenier est le ciel, où tous les croyants seront enlevés, et ensuite seulement l’ivraie sera brûlée.

1 La vendange représente le jugement qui emporte tout ce qu’il trouve.

 

Parabole du grain de moutarde

(v. 31, 32). — «Il leur proposa une autre parabole, disant: Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’un homme prit et sema dans son champ: lequel est, il est vrai, plus petit que toutes les semences; mais quand il a pris sa croissance, il est plus grand que les herbes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent et demeurent dans ses branches».

Nous avons dans cette parabole un autre caractère du royaume en l’absence du roi. Il est représenté au début par une chose petite, un grain de moutarde, mais ne tarde pas à se développer et à devenir un grand arbre. Au lieu de demeurer dans le sentiment de sa petitesse et sous la dépendance de Dieu, comme l’Église l’était au commencement, la chrétienté est devenue une puissance sur la terre, ce que représente un grand arbre dans les Écritures (voir Ézéchiel 17:23, 24, 31:3-9; Daniel 4:10-12). Au lieu de chercher la protection en Dieu, c’est elle qui devint protectrice, abrita des oiseaux, c’est-à-dire des hommes qui trouvaient en elle ce que leurs cœurs avides désiraient. Dans la Parole, les oiseaux sont le plus souvent pris en mauvaise part; leur rapacité les caractérise. L’histoire de l’Église prouve qu’il en a été ainsi au temps de sa toute-puissance, quand elle avait à ses pieds le pouvoir civil, qu’elle couronnait ou destituait les monarques, et nourrissait de ses biens ceux qui se logeaient dans ses branches, le clergé tout particulièrement. C’est ainsi que la chrétienté s’éloignait et s’éloigne encore de ce qui la caractérisait dans son origine.

 

Parabole du levain

(v. 33). — «Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prit et qu’elle cacha parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fût levé». C’est une autre forme de mal qui caractérise le royaume. Le levain est le symbole de la fausse doctrine introduite dans le royaume dès le début et qui pénétra la masse tout entière, corrompant l’enseignement divin, de manière à faire du christianisme une religion qui permette aux hommes de vivre sans être inquiétés par la vérité qui les juge toujours.

Tels sont donc les trois aspects extérieurs qui caractérisent le royaume des cieux en l’absence du roi: 1° un mélange de bon et de mauvais; 2° une puissance terrestre; 3° la fausse doctrine qui a tout pénétré de ses principes corrupteurs. Jésus prononça ces paroles devant la foule, selon les paroles du Psaume 78:2: «J’ouvrirai ma bouche en paraboles, j’annoncerai les énigmes des jours d’autrefois». Puis il congédia ses auditeurs et entra dans la maison, pour expliquer à ses disciples la parabole de l’ivraie. Là, il leur aussi exposa les trois dernières, dans lesquelles il montre ce qu’il y a pour son cœur au milieu des diverses formes de mal que revêt le royaume.

 

Explication de la parabole de l’ivraie

(v. 36-43). — «Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme; et le champ, c’est le monde; et la bonne semence, ce sont les fils du royaume; et l’ivraie, ce sont les fils du méchant; et l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable; et la moisson, c’est la consommation du siècle; et les moissonneurs sont des anges». Cette explication ne demande guère d’autres éclaircissements. On voit en contraste l’œuvre du Fils de l’homme et celle du diable, ainsi que les résultats: les enfants du royaume et les enfants du méchant, qui forment le mélange dans le champ. La consommation du siècle est toujours la fin du siècle de la loi, qui précède, non l’établissement de l’Église sur la terre, mais celui du royaume en gloire. C’est dans ce temps-là que les anges sont actifs pour lier l’ivraie en bottes et que les croyants sont ravis auprès du Seigneur. Alors commenceront les jugements.

Jusque-là l’explication de la parabole ne dépasse pas ce que le Seigneur a dit en la prononçant. Mais, dans les versets 40 à 43, Jésus donne des développements nouveaux qui concernent le temps des jugements. «Comme donc l’ivraie est cueillie et brûlée au feu, il en sera de même à la consommation du siècle. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu: là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende». On voit ici que Celui qui a été le semeur, après un long temps de patience, enverra ses anges pour extirper de son royaume tous ceux qui ont été un sujet de scandale et qui ont marché selon leur propre volonté, au lieu de reconnaître l’autorité du roi, quoique rejeté et caché dans le ciel, ils sont jetés dans la fournaise de feu. Puis les justes sont vus, non sur la terre dans le royaume établi en gloire, mais dans le royaume de leur Père, la partie céleste du royaume, jouissant, avec le Père, de la même relation que le Fils. Là ils resplendissent comme le soleil, objets de cette grâce qui nous a rendus capables, déjà maintenant, par la foi, de «participer au lot des saints dans la lumière; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour» (Colossiens 1:12, 13). Alors les saints réaliseront en gloire ce qu’ils possèdent déjà aujourd’hui.

 

Parabole du trésor

(v. 44). — «Encore, le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme, après l’avoir trouvé, a caché; et de la joie qu’il en a, il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ-là».

Après les diverses économies (ou périodes, ou dispensations) qui se sont succédées sur cette terre, dans lesquelles le Seigneur n’a rien trouvé pour lui, il découvre dans ce monde un trésor, quelque chose qu’il apprécie, non que ce soit ce monde qui le fournisse, mais il en voit la valeur selon les conseils de Dieu. Il quitte la gloire, il abandonne ses droits comme Messie, il vit dans la pauvreté, renonce à tout, et donne sa vie pour acheter le champ, afin de posséder le trésor qu’il renferme. Le champ, c’est le monde, dans lequel le Seigneur a trouvé ses rachetés. En vertu de son obéissance et de l’œuvre de la croix, le Seigneur possède le monde, il a acheté le champ, et un jour il fera valoir ses droits; mais ce qui est l’objet de son cœur, ce qui le remplit de joie, ce en vue de quoi il descend dans l’humiliation, c’est le trésor qu’il a trouvé, il veut l’obtenir, quoi qu’il lui en coûte. Quel amour!

 

Parabole de la perle de grand prix

(v. 45, 46). — «Encore, le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles; et ayant trouvé une perle de très grand prix, il s’en alla, et vendit tout ce qu’il avait, et l’acheta».

Ici, il n’est question que de l’achat de la perle d’un grand prix pour le cœur du Seigneur, son Église qu’il voit dans toute sa beauté, telle qu’il se la présentera un jour. Comme pour acquérir le champ, il vend tout ce qu’il a, il s’anéantit, se dépouille de toute sa gloire pour donner le prix nécessaire afin de l’obtenir. «Il a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle», afin de la posséder éternellement. Quel prix elle a pour son cœur, ainsi que tous ceux qui seront au bénéfice de son dévouement jusqu’à la mort, la mort de la croix! Au travers de la triste histoire du royaume, présentée dans les trois premières paraboles, le Seigneur y voit ce trésor, cette perle, toujours l’objet de sa joie et de son amour.

On entend dire quelquefois, que cette perle c’est Christ que le pécheur veut obtenir à tout prix; mais, quoique Christ soit désiré par l’âme travaillée au sujet de ses péchés, et qu’il lui devienne précieux lorsqu’elle est rachetée, la parabole ne saurait s’appliquer à elle. Personne ne peut acheter le champ, pas plus que la perle; tout est offert gratuitement au pécheur, tandis que Christ ne possède pas gratuitement ses rachetés. Il a vendu tout ce qu’il avait; il est descendu dans la mort pour les en délivrer.

 

Parabole du filet

(v. 47, 48). — «Encore, le royaume des cieux est semblable à une seine jetée dans la mer et rassemblant des poissons de toute sorte; et quand elle fut pleine, ils la tirèrent sur le rivage, et s’asseyant, ils mirent ensemble les bons dans des vaisseaux, et jetèrent dehors les mauvais».

Cette seine, ou filet, représente l’Évangile proclamé dans le monde, la mer des peuples. Le christianisme, résultat de cette prédication, a été embrassé comme religion par les masses qui portent le nom de chrétiens, qui sont les poissons renfermés dans le filet, masses composées de ceux qui ont la vie et de ceux qui ne l’ont pas. Dans les trois dernières paraboles, il n’est question que de ce qui est bon. Ici, les pêcheurs, ayant constaté les résultats de la pêche, s’occupent des bons poissons seulement. Dans la parabole de l’ivraie, il fallait laisser croître le tout jusqu’à la moisson, quoique les esclaves voulussent s’occuper des mauvaises plantes pour les détruire, mais ce n’était ni le moment ni leur affaire. Ici, les serviteurs de Dieu n’ont à s’occuper que des bons pour les mettre dans des vaisseaux, les rassembler à part du monde, autour de Christ. C’est le travail actuel des ouvriers du Seigneur. Ils laissent dehors les mauvais, ne s’en occupent pas, si ce n’est pour leur annoncer le salut, ce qui n’est pas en vue ici.

Puis le Seigneur explique ce qui se fera ensuite, à la consommation du siècle. Il y aura aussi un triage, confié, non aux serviteurs de Dieu, mais aux anges, qui sont les exécuteurs de la volonté de Dieu dans son gouvernement. «Il en sera de même», dit Jésus, «à la consommation du siècle: les anges sortiront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu: là seront les pleurs et les grincements de dents» (v. 49, 50).

Les anges, au temps des jugements, s’occupent seulement des mauvais, afin de les ôter de la terre, en vue de l’établissement du royaume en gloire, comme nous l’avons vu à la fin de la parabole de l’ivraie.

Puisque tous les poissons rassemblés dans la seine n’étaient pas bons, comment un pêcheur juif pouvait-il reconnaître les bons d’avec les mauvais? Par la parole de Dieu qui enseignait quels étaient les animaux purs et impurs. Si le Juif était dans l’embarras pour décider de l’espèce d’un poisson, il n’avait qu’à consulter le rouleau de la loi au livre du Lévitique, et il trouvait (chap. 11:9, 10) que les bons poissons avaient des nageoires et des écailles; tous ceux qui ne présentaient pas ces signes caractéristiques étaient impurs, si bons qu’ils puissent paraître au jugement du pêcheur.

De même aujourd’hui, si un serviteur de Dieu veut reconnaître, parmi ceux qui portent le nom de chrétiens, lesquels doivent être mis à part, comme ayant la vie divine, il n’en est pas remis à son propre jugement; il a recours à la Parole qui indique les caractères des vrais croyants, figurés par ceux des bons poissons. Le croyant doit avoir ce qui correspond aux nageoires, savoir la capacité de remonter le courant entraînant de ce monde, grâce à l’énergie que donne la vie de Dieu pour ne pas se laisser détourner du chemin du Seigneur. Les écailles représentent la capacité de résister à l’influence du monde au milieu duquel nous devons vivre, tout en n’en étant pas. Il est dit que «ce qui est né de Dieu est victorieux du monde» (1 Jean 5:4). Ainsi tous ceux qui portent dans leur marche ces preuves de la vie de Dieu doivent être mis à part de ce qui n’a que la profession chrétienne sans la vie.

Est-ce que tous nos lecteurs portent les caractères du bon poisson? Si oui, vous savez où est votre place. Si non, devenez par la foi une nouvelle créature, avant le moment terrible où Dieu fera son œuvre étrange, son travail inaccoutumé (És. 28:21), en jetant les méchants dans la fournaise de feu, là où il y a des pleurs et des grincements de dents.

Les disciples disent avoir compris toutes ces choses, et le Seigneur ajoute: «C’est pour cela que tout scribe qui a été fait disciple du royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui produit de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles» (v. 51, 52). Les «choses vieilles» sont le royaume tel qu’il était annoncé dans l’Ancien Testament, le royaume en gloire, et les «choses nouvelles» le royaume dans la forme qu’il a prise après le rejet du roi, sujet des paraboles de ce chapitre. Nous voyons par ces paroles du Seigneur la grande grâce accordée à ceux qui sont faits disciples dans ce nouvel état de choses en recevant le Seigneur; ils ont l’intelligence des pensées de Dieu à l’égard du présent et de l’avenir. C’est ce qui est particulièrement vrai pour l’Église.

 

Jésus dans son pays

Lorsque Jésus eut prononcé ces paraboles, il vint dans son pays, probablement Nazareth. Et «il les enseignait dans leur synagogue, en sorte qu’ils étaient étonnés». Quel amour! quelle patience! Malgré tout ce que Jésus sait des pensées de son peuple à son égard et des résultats de sa venue, il les enseigne toujours. Ils sont étonnés, car ils ne voient en lui que le fils du charpentier; sa mère, ses frères, ses sœurs, étaient au milieu d’eux; c’était pour eux la preuve qu’il ne différait pas d’un autre homme. «D’où donc viennent à celui-ci toutes ces choses?» demandent-ils. Combien il est vrai qu’ils ont fermé leurs yeux pour ne pas le voir et leurs oreilles pour ne pas entendre! Le Seigneur pouvait bien dire: «Si je n’étais pas venu, et que je ne leur aie pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché... Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient pas eu de péché; mais maintenant ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père» (Jean 15:22-24).

Au lieu de voir en lui Emmanuel, Dieu avec nous, comme il est présenté dans cet évangile, ils sont scandalisés en lui. Jésus accepte cela disant: «Un prophète n’est pas sans honneur, si ce n’est dans son pays et dans sa maison». Leur incrédulité l’empêcha de faire là beaucoup de miracles. Quelle responsabilité pour ce pauvre peuple! La puissance de Dieu et sa grâce sont toujours à la disposition de tous, moyennant la foi, aujourd’hui comme alors. Qui pourra se plaindre s’il n’en a pas profité?