Genèse

C. H. Mackintosh

Chapitre 1er

«Des choses nouvelles et des choses vieilles.»

L’Esprit saint ouvre ce livre d’une manière particulièrement frappante. Il nous amène sans préambule devant Dieu, dans la plénitude essentielle de son être, et nous le montre au milieu de cette scène où Lui seul est à l’œuvre et opère. Nous entendons Dieu rompre le silence de la terre, nous le voyons luire dans les ténèbres qui la couvrent, afin de créer pour Lui-même une sphère dans laquelle il puisse manifester sa puissance éternelle et sa divinité.

Il n’y a rien ici qui satisfasse une vaine curiosité, rien sur quoi l’esprit de l’homme soit appelé à spéculer; c’est la sublimité et la réalité de la vérité divine, dans sa puissance morale, agissant sur le cœur et sur l’intelligence. L’Esprit de Dieu ne veut pas fournir des aliments à la curiosité de l’homme ou la satisfaire par de subtiles théories. Les géologues peuvent sonder les entrailles de la terre, et en tirer des matériaux par le moyen desquels ils prétendent compléter ou contredire les écrits divins; ils peuvent étendre leurs spéculations sur les débris fossiles mais le disciple docile s’attache aux pages inspirées il lit, il croit, il adore. Que ce soit dans cet esprit que nous poursuivions l’étude de ce livre, et puissions-nous réaliser ainsi ce que c’est que de «s’enquérir diligemment de l’Éternel dans son temple!» (Psaume 27:4).

«Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.» Les premières paroles du livre sacré nous placent dans la présence de Celui qui est la source infinie de toute vraie bénédiction. L’Esprit saint ne raisonne pas laborieusement pour nous prouver l’existence de Dieu; il n’entre point dans cette voie: Dieu se révèle, il se fait connaître par ses œuvres. «Les cieux racontent la gloire du Dieu fort et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains.» «Toutes tes œuvres te célébreront, ô Éternel!» Il n’y a que l’incrédule ou l’athée qui cherchent des preuves raisonnées de l’existence de Celui qui, par la parole de ses lèvres, appela les mondes à l’existence, et se révéla Lui-même comme le Dieu souverainement sage, le Tout-puissant, le Dieu éternel. Quel autre que Dieu a pu créer quoi que ce soit? «C’est lui qui fait sortir par nombre leur armée; il les appelle toutes par nom. Par la grandeur de son pouvoir et de sa force puissante, pas une ne manque!» (Ésaïe 40:26). «Les dieux des peuples sont des idoles, mais l’Éternel a fait les cieux». Dans le livre de Job, chapitres 38 à 41, Jéhovah lui-même en appelle à la création comme preuve irrécusable de sa souveraineté. Cet appel, tout en présentant à l’intelligence la démonstration la plus claire et la plus convaincante de la toute-puissance de Dieu, touche en même temps le cœur par son étonnante condescendance. Tout y est divin: la majesté et l’amour, la puissance et la tendresse!

«Et la terre était désolation et vide, et il y avait des ténèbres sur la face de l’abîme.» Voilà assurément un champ dans lequel Dieu seul pouvait agir. L’homme, sans doute, dans l’orgueil de son cœur, ne s’est montré que trop disposé à intervenir dans l’œuvre de Dieu, dans des sphères d’action d’un ordre bien supérieur; mais, ici, l’homme n’a aucune place jusqu’au moment où, comme toute chose, il devient l’objet de la puissance créatrice. Dieu est seul dans l’œuvre de la création. Il regarde de la lumière éternelle de sa demeure, et considère cette sphère sans forme et vide, sur laquelle il déploiera et exécutera ses plans et ses conseils merveilleux, et où la seconde personne de la Trinité vivra, travaillera et mourra, afin de manifester, à la vue des mondes étonnés, les glorieuses perfections de la Divinité. Tout était ténèbres et chaos; mais Dieu est un Dieu de lumière et d’ordre. «Dieu est lumière et il n’y a en lui aucunes ténèbres.» Les ténèbres ne peuvent subsister en sa présence, à quelque point de vue que ce soit, physique, moral, intellectuel ou spirituel. «L’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux.» Il couvait en quelque sorte la scène de ses opérations futures; scène bien sombre et qui offrait un vaste champ d’action au Dieu de lumière et de vie: Dieu seul pouvait en éclairer les ténèbres et y faire jaillir la vie; substituer l’ordre au chaos, et mettre une étendue entre les eaux, afin que la vie pût s’y développer sans crainte de la mort. C’était là des opérations dignes de Dieu. «Dieu dit: que la lumière soit, et la lumière fut.» «Il a parlé, et la chose a été; il a commandé, et elle s’est tenue là.» L’incrédule veut savoir: comment? où? quand? — mais l’Esprit dit: «Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la Parole de Dieu, de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent» (Héb. 11:3). En dépit du sourire dédaigneux du philosophe, cette réponse satisfait celui qui est à l’école de Dieu.

Dieu ne veut pas faire de nous des astronomes ou des géologues, ni nous entretenir des détails que le musée ou le télescope mettent sous les yeux de chacun. Le but de Dieu est de nous introduire en sa présence, comme adorateurs, avec des cœurs et des entendements enseignés et conduits par sa sainte Parole. Le philosophe peut mépriser ce qu’il appelle les préjugés vulgaires et étroits du pieux disciple de la Parole; il peut se glorifier de son télescope avec lequel il mesure l’étendue des cieux, ou se vanter des découvertes qu’il fait dans les profondeurs de la terre; — quant à nous, nous n’avons que faire «de l’opposition de la connaissance faussement ainsi nommée» (1 Tim. 6:20). Nous tenons pour parfaitement certain que toutes les découvertes vraies, soit «dans les cieux en haut, soit sur la terre en bas, ou dans les eaux qui sont sous la terre», sont en harmonie avec ce qui est écrit dans la Parole de Dieu; toutes autres prétendues découvertes ne sont dignes que d’être entièrement rejetées. Il faut que le cœur soit parfaitement assuré de la plénitude, de l’autorité, de la perfection, de la majesté et de l’inspiration pleine et entière du volume sacré. Ce sera la seule sauvegarde efficace contre le rationalisme et la superstition. Une connaissance exacte de la Parole et une soumission entière à son contenu, sont les deux grands objets désirables au jour actuel. Que Dieu, dans sa grâce, augmente abondamment au milieu de nous et cette connaissance et cette soumission!

«Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit.» Nous avons ici les deux grands symboles si souvent employés dans la Parole. La présence de la lumière constitue le jour; l’absence de la lumière constitue la nuit. Il en est de même dans l’histoire des âmes. Il y a «les enfants de lumière», et «les enfants de ténèbres»; la différence est tranchée et solennelle. Tous ceux sur lesquels la lumière de la vie a lui, tous ceux que «l’Orient d’en haut» a visités à salut, tous ceux qui ont reçu la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu en la face de Jésus Christ, quels qu’ils soient, appartiennent à la première catégorie et sont des enfants «de la lumière et du jour». D’un autre côté, tous ceux qui sont dans les ténèbres, dans l’aveuglement et l’incrédulité de la nature, et dont les cœurs n’ont pas été, par la foi, illuminés des rayons du soleil de justice, sont encore ensevelis dans l’obscurité de la nuit spirituelle et sont des fils de ténèbres, des fils de la nuit.

Lecteur, arrêtez-vous ici et demandez-vous, dans la présence de Celui qui sonde les cœurs, à laquelle de ces deux classes de personnes vous appartenez. Ne vous décevez pas vous-même, il s’agit pour vous de la vie ou de la mort. Vous pouvez être pauvre, méprisé, ignorant; mais si, par l’Esprit, vous êtes uni au Fils de Dieu, qui est «la lumière du monde» (Jean 8:12), vous êtes un enfant de lumière, destiné à reluire bientôt dans cette sphère céleste dont «l’Agneau immolé» sera le centre et le soleil pour toujours. Cela ne vient pas de vous: c’est le résultat des conseils et des opérations de Dieu Lui-même, qui vous a donné lumière, vie, joie et paix en Jésus et par son sacrifice. Mais si vous êtes étranger à l’action et à l’influence sanctifiante de la lumière divine, si vos yeux n’ont pas été ouverts pour voir quelque beauté en Jésus, Fils de Dieu, alors, quand bien même vous posséderiez toute la science d’un Newton et tous les trésors de la philosophie humaine; quand vous seriez décoré de tous les titres que peuvent conférer les écoles de ce monde, vous êtes un enfant «de la nuit et des ténèbres» (1 Thess. 5:5), et si vous mourez dans cet état, vous serez pour toujours enveloppé dans les ténèbres et les terreurs d’une nuit éternelle! Ne poursuivez donc pas, avant de vous être assuré si vous êtes «du jour» ou «de la nuit».

«Et Dieu dit: qu’il y ait des luminaires dans l’étendue des cieux pour séparer le jour d’avec la nuit, et qu’ils soient pour signes et pour saisons déterminées et pour jours et pour années; et qu’ils soient pour luminaires dans l’étendue des cieux pour donner de la lumière sur la terre. Et il fut ainsi. Et Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer sur le jour, et le petit luminaire pour dominer sur la nuit; et les étoiles.» Le soleil est à la fois le centre de la lumière et le centre de notre système. C’est autour de cet astre que les globes inférieurs se meuvent; et c’est de lui qu’ils reçoivent la lumière. Le soleil peut donc être considéré comme une figure de Celui qui, pour réjouir le cœur de ceux qui craignent le Seigneur, se lèvera bientôt, apportant la guérison dans ses ailes (Mal. 4:2). La beauté de ce symbole sera évidente pour quiconque, après les veilles de la nuit, a pu voir le soleil se lever et dorer l’orient de ses étincelants rayons; les brouillards et les ombres de la nuit se dispersent, et toute la création semble saluer le retour de l’astre du jour. Bientôt aussi le soleil de Justice se lèvera, les ombres de la nuit s’enfuiront, et toute la création se réjouira en voyant paraître l’aurore d’un matin sans nuages, commencement d’un jour éternel de gloire.

La lune, obscure par elle-même, tire toute sa lumière du soleil et reflète incessamment cette lumière, à moins que la terre et ses influences n’interviennent. Le soleil n’a pas plus tôt disparu à l’horizon que la lune se présente pour en recevoir les rayons et les refléter sur un monde enveloppé de ténèbres; si, au contraire, c’est de jour qu’elle apparaît, on l’aperçoit à peine à cause de l’éclat du soleil. Le monde aussi, comme nous l’avons déjà dit, empêche quelquefois que cette lumière ne paraisse; de sombres nuages, d’épais brouillards, de froides vapeurs s’élèvent de la surface de la terre et dérobent à notre vue la lumière argentée de cette «lune» qui nous rappelle l’Église, comme le soleil est une belle image de Christ. Christ, la source de la lumière, est invisible maintenant: «la nuit est fort avancée»; le monde ne voit pas Jésus, mais l’Église le voit et elle est responsable de refléter sa lumière sur un monde plongé dans les ténèbres. L’Église est le seul canal pour la communication au monde de la connaissance de Christ: «Vous êtes, vous, notre lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes», dit l’apôtre; et encore: «Vous êtes manifestés comme étant la lettre de Christ» (2 Cor. 3:2, 3). Quelle responsabilité pour l’Église! Ne devrait-elle pas se tenir sérieusement en éveil contre tout ce qui peut l’empêcher de refléter la lumière céleste de Christ, dans toutes ses voies? Mais comment pourra-t-elle refléter cette lumière? C’est en la laissant luire sur elle-même dans tout son éclat. Si l’Église marchait dans la lumière de Christ, certainement elle refléterait cette lumière, et ainsi elle serait gardée dans la position qui lui convient. La lune n’a point de lumière propre. Il en est de même de l’Église. Elle n’est pas appelée à éclairer le monde de sa propre gloire; elle est simplement appelée à refléter la lumière qu’elle reçoit. Son devoir est d’étudier soigneusement la voie dans laquelle son Seigneur a marché pendant qu’il était sur la terre, et de suivre ses traces par la puissance du Saint Esprit qui habite en elle.

Mais, hélas! la terre avec ses nuages, ses brouillards et ses vapeurs, intervient; elle cache la lumière et ternit l’épître, et le monde voit à peine quelques traits du caractère de Christ dans ceux qui s’appellent de son nom; souvent même il découvre en eux plutôt un humiliant contraste, qu’une ressemblance avec Jésus. Étudions Christ davantage dans un esprit de prière, afin qu’aussi nous soyons capables de l’imiter plus fidèlement!

Les étoiles sont des luminaires éloignés qui brillent dans d’autres sphères; nous voyons leurs scintillations; du reste, elles n’ont guère de rapport avec notre système. «Une étoile diffère d’une autre étoile en gloire.» Ainsi en sera-t-il dans le royaume à venir du Fils: Soleil de gloire, il brillera lui-même d’un éclat vivant et éternel; et l’Église reflétera fidèlement ses rayons tout alentour, tandis que les saints, chacun individuellement, reluiront dans la gloire spéciale que le juste Juge distribuera à chacun en récompense de son service fidèle durant la sombre nuit de son absence. Cette pensée devrait nous encourager à marcher avec plus d’ardeur et d’énergie sur les traces de notre Seigneur absent (voyez Luc 19:12-19).

Les parties inférieures de la création viennent ensuite: la mer et la terre produisent en abondance des êtres vivants. Quelques personnes se croient autorisées à considérer les opérations de chacun des six jours, comme des types des diverses dispensations et des grands principes d’action qui les régissent et les caractérisent; mais, quoi qu’il en soit à cet égard, nous avons, en nous occupant des Saintes Écritures, à nous mettre en garde contre tout ce qui est le produit de l’imagination et de la spéculation des hommes; et, quant à moi, je ne me sens pas la liberté d’entrer dans cette voie d’interprétation, et je me bornerai à donner ce que je crois être l’enseignement clair et direct du texte sacré.

Toutes choses ayant été mises en ordre maintenant, il ne manquait plus qu’un chef: «Et Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre. Et Dieu créa l’homme à son image; il le créa à l’image de Dieu; il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit; et Dieu leur dit: Fructifiez, et multipliez, et remplissez la terre et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur tout être vivant qui se meut sur la terre.» Le lecteur remarquera qu’après avoir parlé de l’homme au singulier, l’Écriture en parle au pluriel; après avoir dit: «il le créa», elle dit «il les créa», et: «Dieu les bénit» (vers. 27-28).

La formation de la femme n’est introduite de fait que dans le chapitre suivant, bien que, déjà ici, Dieu «les» bénisse et «leur» remette le gouvernement universel. Tous les ordres inférieurs de la création sont placés sous leur commune domination: Ève est bénie de toutes bénédictions en Adam, et c’est aussi de lui qu’elle tire toute sa dignité. Quoique non encore appelée de fait à l’existence, elle est, dans les desseins de Dieu, considérée comme une partie de l’homme: «Tes yeux ont vu ma substance informe, et dans ton livre mes membres étaient tous écrits; de jour en jour ils se formaient, lorsqu’il n’y en avait encore aucun» (Psaume 139:16). Il en est de même de l’Église, l’épouse du second Adam. De toute éternité elle était vue en Christ, son chef et son Seigneur, comme il est écrit au chap. 1 de l’épître aux Éphésiens: «Selon qu’il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour.» Avant qu’un seul des membres de l’Église eût respiré le souffle de la vie, ils étaient tous, dans la pensée éternelle de Dieu, «prédestinés à être conformes à l’image de son Fils». Les conseils de Dieu ont fait de l’Église une partie nécessaire de l’homme mystique; c’est pourquoi l’assemblée est appelée «la plénitude de celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1:23), et ce titre, d’une immense portée, révèle la dignité, l’importance et la gloire de l’assemblée.

On n’est que trop habitué à considérer la rédemption comme n’ayant d’autre objet que la bénédiction et la sécurité des âmes, individuellement; ce point de vue est beaucoup trop bas. Il est parfaitement vrai que ce qui est, en quelque manière, la part de l’individu, est en pleine sécurité, Dieu en soit béni; mais c’est la partie la moins grande de la rédemption. Une vérité infiniment supérieure à celle-ci, c’est que la gloire de Christ est unie et liée à l’existence de l’assemblée. Si, sur l’autorité des saintes Écritures, j’ai droit à me considérer comme partie constituante de ce qui, de fait, est nécessaire à Christ, je ne puis douter qu’il n’y ait en lui abondamment de tout ce dont je puis avoir personnellement besoin. Or, l’assemblée est nécessaire à Christ. «Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide qui lui corresponde» (Gen. 2:18), et encore: «Car l’homme ne procède pas de la femme, mais la femme de l’homme; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Toutefois, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme, dans le Seigneur; car comme la femme procède de l’homme, ainsi aussi l’homme est par la femme; mais toutes choses procèdent de Dieu» (1 Cor. 11:8-12). Il ne s’agit donc plus seulement de savoir si Dieu peut sauver un pauvre pécheur, privé de toute force; de savoir si Dieu peut effacer les péchés et recevoir le pécheur à lui en vertu de la Justice divine; Dieu a dit: «Il n’est pas bon que l’homme soit seul», et il n’a pas laissé «le premier homme», sans «une aide qui lui corresponde»; — il ne laissera pas non plus le second homme sans une aide qui lui convienne. Sans Ève, il y aurait eu une lacune dans la première création; et sans l’Église, l’Épouse, il y aurait une lacune dans la nouvelle création.

Considérons maintenant de quelle manière Ève fut appelée à l’existence, bien que nous anticipions ainsi sur le chapitre suivant. Il ne se trouvait point dans toute la création, pour Adam, d’aide qui fût semblable à lui: il faut qu’un profond sommeil tombe sur lui, et que d’une partie de lui-même soit formée la compagne qui partagera avec lui sa domination et sa bénédiction. «Et l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, et il dormit; et il prit une de ses côtes, et il en ferma la place avec de la chair. Et l’Éternel Dieu forma1 une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et l’amena vers l’homme. Et l’homme dit: Cette fois, celle-ci est os de mes os et chair de ma chair; celle-ci sera appelée femme (Isha), parce qu’elle a été prise de l’homme (Ish)».

1 On pourrait traduire le mot hébreu vajiben par «il bâtit», comme l’ont fait les Septante par okodomêsen, la Vulgate par «aedificavit», et par un verbe analogue, toutes les versions allemandes, la version hollandaise, la marge de l’anglaise, et la version française de Diodati, qui traduit ainsi le commencement de Genèse 2:22: «Et Dieu bastit une femme de la coste qu’il avait prise d’Adam». Or, il n’est certes pas sans intérêt de se convaincre, en consultant l’original de Éph. 2:20, 22, que les mots rendus par: «ayant été édifiés», et «vous êtes édifiés ensemble», sont des dérivés du même verbe que celui que nous venons de voir employé par les Septante.

En considérant selon l’Écriture Adam et Ève comme un type de Christ, nous voyons que la mort de Christ a dû être un fait accompli avant que l’assemblée fût vue et élue en Christ dès avant la fondation du monde. Il y a une grande différence entre les secrets desseins de Dieu et la révélation et l’accomplissement de ces mêmes desseins. Pour que l’intention de Dieu à l’égard de parties constituantes de l’Église pût être réalisée de fait, il fallait que premièrement le Fils fût rejeté et crucifié, qu’il s’assît dans les hauts lieux, et que le Saint Esprit, envoyé par lui, descendît pour unir en un seul corps tous les croyants par son baptême. Ce n’est pas à dire qu’il n’y ait pas eu des âmes vivifiées et sauvées antérieurement à la mort de Christ: Adam a été sauvé, nous n’en doutons pas, et des milliers d’autres hommes après lui l’ont été pareillement, en vertu du sacrifice de Christ, avant que ce sacrifice ne fût accompli. Mais le salut des âmes, prises chacune en particulier, et la formation de l’assemblée par le Saint Esprit comme corps distinct, sont deux choses bien différentes; on en tient trop peu de compte dans la pratique. La place unique qui appartient à l’Église, sa relation spéciale avec le «second Homme, le Seigneur venu du ciel», les privilèges qui la distinguent, et la dignité dont elle est revêtue, s’ils étaient réellement connus et réalisés par la puissance du Saint Esprit, produiraient les plus beaux fruits (Éph. 5:23-33).

Le type que nous avons ici devant nous, nous donne lui-même quelque idée des résultats qui accompagneraient une véritable intelligence de la position de l’Église et de ses relations avec Christ. Quelle affection Ève ne devait-elle pas à Adam! Dans quelle proximité n’était-elle pas de lui; dans quelle intimité de communion? En dignité et en gloire, elle était parfaitement une avec lui. Il ne dominait pas sur elle, mais avec elle. Il était seigneur de toute la création; Ève était une avec lui. Bien plus, comme nous l’avons déjà dit: elle était vue et bénie en lui. «L’homme» était l’objet des desseins de Dieu, et «la femme» était nécessaire à l’homme, c’est pourquoi elle a été créée. L’homme paraît le premier et la femme est vue en lui; ensuite elle est formée de lui. Nul type n’est plus intéressant ni plus instructif dans son caractère; non pas qu’une doctrine puisse jamais être fondée sur un type, mais quand la doctrine se trouve pleinement et clairement exposée dans d’autres portions de l’Écriture, alors nous sommes préparés pour comprendre, pour apprécier et admirer le type.

Nous trouvons, dans le Psaume 8, une belle description de l’homme dominant sur les œuvres de Dieu: «Quand je regarde tes cieux, l’ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as disposées: qu’est-ce que l’homme, que tu te souviennes de lui, et le fils de l’homme, que tu le visites? Tu l’as fait de peu inférieur aux anges, et tu l’as couronné de gloire et d’honneur; tu l’as fait dominer sur les œuvres de tes mains; tu as mis toutes choses sous ses pieds: les brebis et les bœufs, tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des cieux, et les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers.» Ici l’homme paraît sans qu’il soit fait mention de la femme, parce que la femme est vue dans l’homme.

Il n’y a aucune révélation directe du mystère de l’Église dans les livres de l’Ancien Testament; l’apôtre dit expressément, en parlant de ce mystère: «Lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes (du Nouveau Testament) par l’Esprit» (Éph. 3:1-11). C’est pourquoi le Psaume 8 ne parle que de l’homme; mais nous savons que l’homme et la femme sont considérés ensemble sous un seul chef. Tout ceci aura son parfait antitype dans les siècles à venir; alors le second Homme, le Seigneur venu du ciel, siégera sur son trône et, avec l’Église son épouse, il régnera sur la création renouvelée. Cette Église est née de la tombe du Christ, elle fait partie «de son corps», «de sa chair et de ses os». Lui, la Tête; elle, le corps, ne font ensemble qu’un Homme. L’Église, faisant ainsi partie de Christ, occupera dans la gloire une place unique. Aucune créature n’était unie à Adam comme l’était Ève, parce que nulle autre qu’elle n’était une partie de lui-même. Ainsi aussi l’Église occupera la place la plus rapprochée de Christ dans la gloire à venir.

Ce n’est pas seulement ce que l’Église sera, mais ce qu’elle est qui mérite notre admiration. Elle est maintenant le corps dont Christ est la tête, «le chef»; elle est le temple dans lequel Dieu habite. Que ne devrions-nous pas être, si telles sont la dignité actuelle et la gloire future de ce dont, par la grâce de Dieu, nous faisons partie! Ce qui nous convient assurément, c’est une marche sainte, une vie de dévouement à Dieu, de séparation pour Dieu et de sainte élévation. Puissions-nous donc saisir ces choses avec puissance par le Saint Esprit, afin que nous sentions plus profondément quels sont le caractère et la conduite qui conviennent à la haute vocation à laquelle nous sommes appelés; afin que les yeux de notre cœur étant éclairés, nous sachions quelle est l’espérance de son appel, et quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints, et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts; et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir; et il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous (Éph. 1:18-23).