Exode

Chapitre 18

Nous arrivons ici à la fin d’une portion bien remarquable de l’Exode. Dieu, dans l’exercice de sa grâce parfaite, a visité et racheté son peuple il l’a fait sortir du pays d’Égypte et l’a délivré d’abord de la main de Pharaon, puis de celle d’Amalek. En outre, nous avons pu voir dans la manne, un type de Christ descendu du ciel; dans le rocher, un type de Christ frappé pour son peuple et dans l’eau qui jaillit, un type du Saint Esprit puis enfin, selon cet ordre merveilleux des Écritures, nous allons trouver un tableau de la gloire à venir, comprenant trois grandes parties; le Juif, le Gentil et l’Église de Dieu.

Pendant la période de la rejection de Moïse par ses frères, il fut mis à part et une épouse lui fut donnée, — la compagne de sa rejection; et le commencement de ce livre nous a appris quel était le caractère de la relation de Moïse avec cette épouse. Il était pour elle «un époux de sang». C’est précisément ce que Christ est pour l’Église. L’union de l’Église avec lui est fondée sur la mort et la résurrection; et l’Église est appelée à la communion de ses souffrances. Nous savons que c’est pendant la période de l’incrédulité d’Israël et de la rejection de Christ, que l’Église est rassemblée; et quand elle sera complète selon les conseils divins, quand la «plénitude des nations sera entrée» (Rom. 11:25), alors Israël reparaîtra de nouveau sur la scène.

Il en fut de même de Séphora et de l’ancien Israël. Moïse avait renvoyé Séphora pendant la durée de sa mission auprès d’Israël; et quand celui-ci eut été manifesté comme un peuple entièrement délivré, il est dit que «Jéthro, beau-père de Moïse, prit Séphora, la femme de Moïse, après que celui-ci l’eut renvoyée, et ses deux fils, dont l’un s’appelait Guershom, car il avait dit: J’ai séjourné dans un pays étranger; et l’autre, Éliézer: Car le Dieu de mon père m’a été en aide, et m’a délivré de l’épée du Pharaon. Et Jéthro, — vint avec les fils et la femme de Moïse, vers celui-ci, au désert où il était campé, à la montagne de Dieu; et il fit dire à Moïse: Moi, ton beau-père Jéthro, je suis venu vers toi, et ta femme, et ses deux fils avec elle. Et Moïse sortit à la rencontre de son beau-père, et se prosterna et le baisa; et ils s’enquirent l’un de l’autre touchant leur bien-être, et entrèrent dans la tente. Et Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au Pharaon et à l’Égypte à cause d’Israël, toute la fatigue qui les avait atteints en chemin, et comment l’Éternel les avait délivrés. Et Jéthro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël, en ce qu’il l’avait délivré de la main des Égyptiens. Et Jéthro dit: Béni soit l’Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de la main du Pharaon. — Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux; car en cela même en quoi ils ont agi présomptueusement, il a été au-dessus d’eux. Et Jéthro, beau-père de Moïse, prit un holocauste et des sacrifices pour Dieu; et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent pour manger le pain avec le beau-père de Moïse, en la présence de Dieu». (Vers. 2-12).

Cette scène est d’un intérêt profond. Toute la congrégation est réunie en triomphe devant l’Éternel: le Gentil offre un sacrifice et, pour compléter le tableau, l’épouse du Libérateur est introduite avec les enfants que Dieu lui a donnés. En un mot, c’est une représentation singulièrement frappante du royaume à venir. «L’Éternel donnera la grâce et la gloire». (Ps. 84:12). Les pages qui précèdent nous ont montré de nombreuses opérations de la «grâce»; ici le Saint Esprit place devant nos yeux un magnifique tableau de la «gloire», et nous y présente en figure les diverses sphères dans lesquelles cette gloire sera manifestée. L’Écriture distingue le Juif, le Gentil et l’Église de Dieu (comp. 1 Cor. 10:32); et n’en pas tenir compte renverse tout cet ordre parfait de la vérité, que Dieu a révélé dans sa Parole. La distinction que l’Écriture fait ainsi, a existé depuis que le mystère de l’Église a été pleinement révélé par le ministère de Paul, et elle existera durant toute la période millénaire. Tout chrétien spirituel qui étudie la Parole leur donnera donc, dans son esprit, la place qui leur est due.

L’apôtre enseigne expressément, dans son épître aux Éphésiens, que le mystère de l’Église n’avait pas été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations, comme il lui a été révélé. (Éph. 3, comp. Col. 1:25-28). Mais, bien qu’il n’eût pas été révélé directement, ce mystère avait été représenté cependant en figure, d’une manière ou d’une autre; ainsi, par exemple, dans la relation d’Adam et d’Ève, dans le mariage de Joseph avec une Égyptienne, et dans celui de Moïse avec une femme Cushite. Le type ou l’ombre d’une vérité diffère beaucoup de la révélation directe et positive de cette vérité. Le grand mystère de l’Église ne fut pas manifesté jusqu’à ce que Christ, du milieu de la gloire céleste, le révélât à Saul de Tarse. Ainsi, tous ceux qui cherchent la révélation complète de ce mystère dans la loi, les prophètes ou les psaumes, s’engagent dans une fausse voie; mais ceux qui ont bien compris l’enseignement de l’épître aux Éphésiens à ce sujet, peuvent en suivre avec intérêt et profit les ombres préfiguratives dans les écrits de l’Ancien Testament.

Nous avons donc, au commencement de ce chapitre, une scène millénaire. Tous les champs de la gloire sont ouverts devant nos yeux. «Le peuple Juif» est là comme le grand témoin sur la terre, de l’unité, de la fidélité, de la miséricorde et de la puissance de l’Éternel (voyez par ex.: Ésaïe 43:10-12, 21): il l’a été dans les générations passées, il l’est maintenant, et il le sera éternellement. «Le Gentil» lit dans le livre des voies de Dieu envers les Juifs: il suit l’histoire merveilleuse de ce peuple choisi et mis à part, «ce peuple merveilleux dès ce temps et au delà» (Ésaïe 18:2, comp. Exo. 33:16; Deut. 4:6-8); il voit des trônes et des empires renversés, des nations ébranlées jusque dans leur fondement, toute chose et tout homme obligés de céder, pour que la suprématie de ce peuple, dans lequel l'Éternel a mis son affection, soit établie. «Maintenant je connais, dit le Gentil, que l’Éternel est plus grand que tous les dieux; car en cela même en quoi ils ont agi présomptueusement, il a été au-dessus d’eux» (Vers. 11): oui, telle est la confession du Gentil, quand les pages merveilleuses de l’histoire du peuple juif sont déroulées devant lui.

Enfin «l’Église de Dieu», représentée, collectivement par Séphora et, individuellement dans les membres qui la composent, par les fils de Séphora, l’Église de Dieu apparaît comme étant unie dans la relation la plus intime avec le Libérateur. Si l’on demande la preuve de tout cela, l’apôtre répond: «Je parle comme à des personnes intelligentes: jugez vous-mêmes de ce que je dis». (1 Cor. 10:15). On ne peut pas fonder une doctrine sur un type; mais quand la doctrine est révélée, on peut avec exactitude en discerner le type et étudier celui-ci avec profit. De toute manière, il faut du discernement spirituel, soit pour comprendre la doctrine, soit pour discerner le type. «Or l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement». (1 Cor. 2:14).

Depuis le verset 13 jusqu’à la fin, l’Écriture nous parle de l’établissement des chefs qui devaient assister Moïse dans l’administration des affaires de la congrégation. Ceci eut lieu d’après le conseil de Jéthro qui craignait que Moïse ne «s’épuisât sous le poids de sa charge», et il peut être utile de rapprocher de ce fait la mise à part des soixante-dix hommes, mentionnés dans les Nombres, où l’on voit Moïse écrasé sous le poids de la responsabilité qui pèse sur lui, et exprimant l’angoisse de son âme, en disant à l’Éternel: «Pourquoi as-tu fait ce mal à ton serviteur? et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi le fardeau de tout ce peuple? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises: Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tette, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères? — Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur». (Nomb. 11:11-15).

Il est évident que Moïse, ici, se retire d’un poste d’honneur. Si Dieu trouvait bon de faire de lui le seul instrument pour gouverner l’assemblée, n’était-ce pas le combler d’autant plus et d’honneur et de faveur? Il est vrai que la responsabilité était immense, mais la foi aurait reconnu que Dieu était suffisant pour toutes choses. Mais Moïse perdit courage (tout grand serviteur qu’il était), et il dit: «Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi». Il n’était pas trop pesant pour Dieu, et c’était Lui qui le portait: Moïse n’était que l’instrument. Moïse aurait aussi bien pu dire de sa verge, qu’elle portait le peuple, car il n’était pas lui-même, dans la main de Dieu, plus que n’était sa verge dans la sienne propre. C’est en ceci que les serviteurs de Dieu faiblissent continuellement, et d’une manière d’autant plus funeste que cette faute revêt l’apparence de l’humilité. Reculer devant une grande responsabilité ressemble à de la défiance de soi-même et à une profonde humilité, d’esprit; mais la seule chose qu’il nous importe de savoir est celle-ci: est-ce Dieu qui nous a placés sous cette responsabilité? S’il en est ainsi, certainement Dieu sera avec nous pour nous aider à la porter, et, avec lui, nous pouvons tout supporter. Avec lui, le poids d’une montagne n’est rien; tandis que, sans lui, le poids d’une plume nous écrase. Si un homme, dans la vanité de ses pensées, se met en avant, prend sur lui un fardeau que Dieu ne l’a jamais appelé à porter, et entreprend ainsi une œuvre pour laquelle, par conséquent, Dieu ne l’a jamais qualifié, nous pouvons nous attendre à voir un tel homme succomber sous le poids de ce fardeau; mais si c’est Dieu qui met un fardeau sur un homme, Dieu le fortifiera et le rendra capable de le porter.

Quitter un poste qui nous a été assigné par Dieu n’est jamais un fruit de l’humilité: bien au contraire, l’humilité la plus profonde se manifestera en restant à ce poste, dans une simple dépendance de Dieu. C’est une preuve évidente que nous sommes occupés de nous-mêmes, quand nous reculons devant le service sous prétexte d’incapacité. Dieu ne nous appelle pas au service sur le fondement de notre capacité, mais de la sienne, à lui; par conséquent, à moins d’être exclusivement occupé de moi-même, ou d’être plein de méfiance envers Dieu, je ne dois pas abandonner une position de service ou de témoignage, à cause de la responsabilité qui s’y rattache. Toute puissance appartient à Dieu, et soit que cette puissance agisse par le moyen d’un seul agent, ou par le moyen de soixante et dix, peu importe: cette puissance est toujours la même; mais si l’agent refuse la charge qui lui est imposée, il ne s’en trouvera que plus mal. Dieu ne veut forcer personne à occuper un poste d’honneur, si on ne sait pas se confier en lui pour y être soutenu. Le chemin nous est toujours ouvert pour abandonner notre haute position, et nous amener là où une misérable incrédulité voudrait nous placer.

C’est ce qui arriva à Moïse: il se plaignit du fardeau qu’il avait à porter, et il lui fut immédiatement enlevé; mais avec le fardeau il perdit l’insigne honneur de le porter. «Et l’Éternel dit à Moïse: Assemble-moi soixante-dix hommes des anciens d’Israël, que tu sais être les anciens du peuple et ses magistrats, et amène-les à la tente d’assignation, et ils se tiendront là avec toi. Et je descendrai, et je parlerai là avec toi, et j’ôterai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi le fardeau du peuple, et que tu ne le portes pas, toi seul». (Nomb. 11:16, 17). Aucune nouvelle puissance n’est introduite: dans un seul homme, comme dans soixante-dix, il y avait le même Esprit. Soixante-dix hommes n’avaient pas en eux-mêmes plus de valeur ou de mérite qu’un seul. «C’est l’Esprit qui vivifie; la chair ne profite de rien». (Jean 6:63). Ce pas de Moïse ne lui fit rien gagner en fait de puissance, mais lui fit perdre beaucoup en fait de gloire.

Dans la dernière partie de ce chapitre des Nombres, Moïse profère des paroles d’incrédulité, qui lui attirent une réprimande sévère de la part de l’Éternel: «La main de l’Éternel est-elle devenue courte? Tu verras maintenant si ce que j’ai dit t’arrivera, ou non». (Vers. 23). Si l’on compare les versets 11 à 15 et 21 à 23, on remarque entre eux un rapport évident et solennel. Celui qui recule devant la responsabilité à cause de sa propre faiblesse, court le danger de mettre en doute la plénitude et la suffisance des ressources de Dieu.

Toute cette scène est d’un enseignement précieux pour le serviteur de Christ, qui serait tenté de se sentir seul ou surchargé dans son œuvre. Qu’il se souvienne que là où le Saint Esprit opère, un seul instrument est aussi bon et aussi efficace que soixante-dix; et que là où Dieu n’opère pas, soixante-dix ne valent pas plus qu’un seul. Tout dépend de l’énergie du Saint Esprit. Avec lui, un seul homme peut tout faire, tout endurer, tout supporter; sans lui, soixante-dix hommes ne peuvent rien. Que le serviteur isolé se souvienne, pour la consolation et l’encouragement de son cœur fatigué, que pourvu qu’il ait avec lui la présence et la puissance du Saint Esprit, il n’a pas lieu de se plaindre de sa charge, ou de soupirer après une diminution de son travail. Si Dieu honore un homme en lui donnant beaucoup à faire, que cet homme se réjouisse et ne murmure pas; car s’il murmure, il pourrait bientôt perdre cet honneur. Dieu n’est pas embarrassé pour trouver des instruments. Il aurait pu des pierres faire naître des enfants à Abraham, et de ces mêmes pierres il peut susciter les agents nécessaires à l’accomplissement de son œuvre glorieuse.

Ah! que n’avons-nous un cœur pour le servir un cœur patient, humble, dévoué, dépouillé de lui-même! un cœur prêt à servir avec d’autres, et prêt à servir seul; un cœur tellement rempli d’amour pour Christ, qu’il trouve sa joie, sa plus grande joie, à le servir, dans quelque sphère que ce soit, et quel que soit le caractère du service! C’est là, assurément, ce dont nous avons particulièrement besoin aux jours où nous vivons. Que le Saint Esprit ranime dans nos cœurs un sentiment plus profond de l’excellence et du prix du nom de Jésus, et nous donne de pouvoir répondre d’une manière plus entière et plus puissante à l’amour immuable de son cœur!