Exode

Chapitre 16

«Et ils partirent d’Élim, toute l’assemblée des fils d’Israël, et vinrent au désert de Sin, qui est entre Élim et Sinaï, le quinzième jour du second mois après leur sortie du pays d’Égypte». (v. 1). Nous voyons ici Israël dans une position remarquable et intéressante: il est encore dans le désert, sans doute; mais dans une partie fort importante et significative, savoir «entre Élim et Sinaï». Le premier de ces lieux était celui où Israël avait tout récemment goûté les eaux rafraîchissantes du ministère divin, le dernier était celui où ils allaient abandonner le terrain de la grâce gratuite et souveraine, pour se placer sous une alliance d’œuvres. Les enfants d’Israël apparaissent ici comme les objets de la même grâce qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, c’est pourquoi Dieu répond à leurs murmures par un secours immédiat. Quand Dieu agit dans la manifestation de sa grâce, il n’y a aucun obstacle pour lui; les bénédictions qui ont leur source en lui, coulent sans interruption. Ce n’est que quand l’homme se place sous la loi qu’il perd tout, car alors il faut que Dieu lui laisse faire l’expérience de ce à quoi il peut arriver, en vertu de ses œuvres.

Quand Dieu visita et racheta son peuple, et le fit sortir du pays d’Égypte, ce ne fut certainement pas dans le but de les laisser mourir de faim et de soif dans le désert. Les enfants d’Israël auraient dû le savoir. Ils auraient dû se confier en Dieu, et marcher dans l’étroite communion de cet amour qui les avait délivrés d’une manière si glorieuse des horreurs de leur esclavage en Égypte. Ils auraient dû se souvenir qu’il valait infiniment mieux être dans le désert avec Dieu, qu’au milieu des fours à briques avec Pharaon. Mais non, le cœur humain a beaucoup de peine à croire à l’amour pur et parfait de Dieu; il a plus de confiance en Satan qu’en Dieu. (Comp. Gen 3:1-6). Considérez un instant toutes les souffrances, la misère, la dégradation que l’homme a endurées, pour avoir écouté la voix de Satan; — et cependant jamais vous ne l’entendez se plaindre de son service, ni exprimer le désir de se soustraire à sa main. L’homme n’est pas mécontent de Satan, ni fatigué de le servir. Tous les jours il recueille des fruits amers de ce champ que Satan a ouvert devant lui, et tous les jours, de nouveau, on le voit encore semer la même semence et se soumettre aux mêmes travaux.

L’homme agit bien différemment à l’égard de Dieu. Quand nous avons commencé à marcher dans ses voies, nous sommes prêts, à la première apparence d’épreuve ou de tribulation, à murmurer et à nous révolter; et cela faute de cultiver en nous un esprit de reconnaissance et de confiance. Nous oublions dix mille gratuités en vue de la plus légère privation. Nous avons reçu le pardon gratuit de tous nos péchés (Éph. 1:7, Col. 1:14); nous avons été «rendus agréables dans le Bien-aimé» (Éph. 1:6); nous avons été faits héritiers de Dieu et cohéritiers avec Christ (Éph. 1:11. Rom. 8:17; Gal. 4:7); nous attendons la gloire éternelle (Rom. 8:18-25, 2 Cor. 4:15; 5:5; Phil. 3:20, 21; Gal. 5:5, Tite 2:13; 1 Jean 3:2, etc.).; de plus notre chemin à travers le désert est semé d’innombrables faveurs (Rom. 8:28), et malgré cela, qu’un nuage, grand comme la main, apparaisse à l’horizon, nuage qui, après tout, ne fera peut-être que se fondre en bénédictions sur nos têtes, et aussitôt nous oublions les grâces multipliées qui nous ont été accordées. Cette pensée devrait nous humilier profondément dans la présence de Dieu. Combien différent, à cet égard comme à tout autre, a été notre bienheureux modèle! Regardez-le, Lui, le véritable Israël dans le désert, entouré de bêtes sauvages, et jeûnant pendant quarante jours. A-t-il murmuré? S’est-il plaint de son lot? A-t-il désiré d’être dans d’autres circonstances? Non, Dieu était la portion de son héritage et de sa coupe. (Ps. 16). C’est pourquoi, quand le tentateur s’approcha de lui, et lui offrit les choses nécessaires à la vie, ses gloires, ses distinctions et ses honneurs, il refusa tout, et demeura ferme dans la position de dépendance absolue de Dieu et d’obéissance implicite à sa Parole. Il ne voulait recevoir du pain que de Dieu, et de lui la gloire pareillement.

Il en fut bien autrement d’Israël selon la chair. Les enfants d’Israël n’eurent pas plutôt senti la souffrance de la faim, qu’ils «murmurèrent dans le désert contre Moïse et contre Aaron». Il semblait qu’ils avaient oublié que c’était l’Éternel qui les avait délivrés, car ils dirent: «Vous nous avez fait sortir dans ce désert»; et encore: «Le peuple murmura contre Moïse, et dit: pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte, pour nous faire mourir de soif, moi, et mes enfants, et mon bétail?» (Chap. 17:3). C’est ainsi qu’en toute occasion ils manifestèrent un esprit d’irritation et de mécontentement, et montrèrent combien peu ils réalisaient la présence de leur puissant et miséricordieux Libérateur, et savaient s’appuyer sur son bras.

Or rien ne déshonore Dieu davantage que les murmures de ceux qui lui appartiennent. L’apôtre parle de cet esprit comme d’une marque spéciale de la corruption des gentils, qui, «ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces» (Rom. 1:21). Puis il en signale la conséquence pratique: «mais ils devinrent vains dans leurs raisonnements, et leur cœur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres». Celui qui ne nourrit pas dans son cœur un sentiment de gratitude envers Dieu pour sa bonté, sera bientôt rempli de «ténèbres». Ainsi Israël perdit le sentiment qu’il était dans les mains de Dieu; et comme on devait s’y attendre, il fut entraîné dans des ténèbres encore plus épaisses, car nous les entendons dire, à une époque plus avancée de leur histoire: «Pourquoi l’Éternel nous fait-il venir dans ce pays, pour y tomber par l’épée, pour que nos femmes et nos petits enfants deviennent une proie?» (Nomb. 14:3). Telle est la pente que suit une âme qui a perdu sa communion avec Dieu. Elle commence par n’avoir plus la conscience qu’elle est entre les mains de Dieu pour sa bénédiction, et puis elle finit par se croire dans les mains de Dieu pour son malheur. Triste progrès!

Toutefois, Israël étant placé jusqu’ici sous la grâce, Dieu pourvoit à ses besoins d’une manière merveilleuse, comme nous l’apprend ce chapitre. «Et l’Éternel dit à Moïse: Voici, je vais vous faire pleuvoir des cieux du pain». (Vers. 4). Alors qu’ils étaient enveloppés du nuage glacial de leur incrédulité, ils avaient dit: «Ah, que ne sommes-nous morts par la main de l’Éternel dans le pays d’Égypte, quand nous étions assis auprès des pots de chair, quand nous mangions du pain à satiété!» Et maintenant Dieu parle de «pain des cieux». Bienheureux contraste! Quelle différence entre «les pots de chair» et «le pain» de l’Égypte, et «la manne du ciel», «le pain des anges!» Les premiers appartenaient à la terre, le dernier appartenait au ciel.

Mais cette nourriture céleste était une pierre de touche pour éprouver la condition d’Israël, ainsi qu’il est écrit: «Afin que je l’éprouve, pour voir s’il marchera dans ma loi, ou non». (Vers. 4). Il fallait un cœur sevré des influences de l’Égypte, pour être satisfait du «pain du ciel», ou pour en jouir. Par le fait, nous savons que les Israélites n’en furent pas contents, car ils le méprisèrent, le déclarant un «pain misérable» (Nomb. 21:5). Ils convoitèrent de la chair, montrant ainsi combien peu leur cœur était délivré de l’Égypte, ou disposé à observer la loi de l’Éternel. Ils retournèrent de leur cœur en Égypte. Mais au lieu d’y retourner de fait, ils furent, plus tard, transportés au-delà de Babylone. (Act. 7:39, 43). C’est ici une sérieuse leçon pour les chrétiens. Si ceux qui ont été délivrés de ce présent siècle ne marchent pas avec Dieu avec des cœurs reconnaissants, satisfaits de ce dont Dieu a fait provision pour ses rachetés dans le désert, ils sont en danger de tomber dans les pièges de l’influence babylonienne. Il faut avoir des affections célestes pour se nourrir du pain du ciel. La nature ne peut pas savourer une nourriture pareille; elle soupire toujours après l’Égypte, c’est pourquoi il faut qu’elle soit tenue dans l’humiliation et l’assujettissement. Nous chrétiens, «qui avons été baptisés pour la mort de Christ, ensevelis avec lui dans le baptême, et ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu» (Rom. 6:3; Col. 2:12), nous avons le privilège de nous nourrir de Christ comme du «pain vivant qui est descendu du ciel» (Jean 6:51). Notre nourriture dans le désert, c’est Christ, tel qu’il nous est présenté par le Saint Esprit, par le moyen de la Parole écrite; tandis que notre breuvage spirituel, c’est le Saint Esprit, venu, comme l’eau jaillissant du rocher frappé, de Christ frappé pour nous. Telle est notre excellente part dans le désert de ce monde.

Or, pour jouir de cette part, il faut que notre cœur soit détaché de tout ce qui est de ce présent siècle mauvais, de tout ce qui pourrait s’offrir à nous comme hommes naturels, comme hommes vivants dans la chair. Un cœur mondain, un cœur charnel, ne trouverait pas Christ dans l’Écriture, ni ne jouirait de lui, s’il l’y trouvait. La manne était si pure, si délicate, qu’elle ne supportait pas le contact avec la terre; elle descendait sur la rosée (vers. 13-16; Nomb. 11:9) et devait être recueillie le matin avant la chaleur du jour. (Vers. 21). Chacun devait donc se lever de bonne heure pour chercher sa nourriture quotidienne. De même maintenant, il faut que le peuple de Dieu recueille fraîche, tous les matins, la manne céleste; la manne d’hier ne vaut rien pour aujourd’hui, ni celle d’aujourd’hui pour demain. Il faut que nous nous nourrissions de Christ chaque jour, avec une nouvelle énergie de l’Esprit, sans quoi nous cesserons de croître. De plus, il faut que nous fassions de Christ notre premier objet. Il faut que nous le cherchions de «bonne heure», avant que «d’autres choses» aient eu le temps de s’emparer de nos faibles cœurs. Beaucoup d’entre nous, hélas! manquent à cet égard. Nous ne donnons à Christ qu’une place secondaire, et la conséquence en est que nous restons faibles et stériles; l’ennemi, toujours vigilant, se prévaut de notre indolence spirituelle, pour nous priver de la bénédiction et de la force que l’on reçoit en se nourrissant de Christ. La vie nouvelle, dans le croyant, ne peut être alimentée et maintenue que par Christ. «Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi». (Jean 6:57).

La grâce du Seigneur Jésus Christ, celui qui est descendu du ciel pour être la nourriture de son peuple, est pour l’âme renouvelée d’un prix inestimable; mais pour jouir ainsi de Christ, il est nécessaire que nous réalisions que nous sommes dans le désert, mis à part pour Dieu, dans la puissance d’une rédemption accomplie. Si je marche avec Dieu dans le désert, je serai satisfait de la nourriture qu’il me donne, c’est-à-dire de Christ, comme étant descendu du ciel. «Le blé du pays», «le crû de la terre de Canaan». (Josué 5:11, 12), trouve son antitype en Christ monté en haut et assis dans la gloire. Comme tel, il est la nourriture qui convient à ceux qui savent, par la foi, qu’ils sont ressuscités ensemble et assis ensemble avec lui dans les lieux célestes. Mais la manne, c’est-à-dire Christ comme descendu du ciel, est pour le peuple de Dieu, dans sa vie et son expérience dans le désert. Comme peuple étranger ici-bas, nous avons besoin d’un Christ qui ait aussi été étranger sur la terre; comme peuple assis en haut dans le ciel en esprit, nous avons un Christ assis dans le ciel. Ceci pourra expliquer la différence qui existe entre «la manne» et «le crû du pays». Il n’est pas question ici de la rédemption; nous l’avons dans le sang de la croix, et là seulement. Il s’agit simplement de la provision que Dieu a faite pour son peuple, en égard aux différentes positions dans lesquelles celui-ci se trouve, soit que, de fait, il lutte dans le désert, ou qu’en esprit il prenne possession de l’héritage céleste.

Quelle frappante image nous présente Israël dans le désert! Il avait derrière lui l’Égypte, devant lui Canaan, et autour de lui le sable du désert, tandis que lui-même, il était appelé à regarder au ciel pour sa nourriture de chaque jour. Le désert n’avait ni un brin d’herbe, ni une goutte d’eau à offrir à l’Israël de Dieu; en l’Éternel seul était la portion des rachetés. Les chrétiens n’ont rien ici-bas; leur vie étant céleste, elle ne peut être entretenue que par des choses célestes. Bien que placés dans le monde, ils ne sont pas du monde, car Christ les a choisis du monde. Peuple céleste, ils sont en chemin vers leur patrie, et sont soutenus par la nourriture qu’ils en reçoivent; ils marchent en avant vers le ciel. La gloire dirige de ce côté seulement. Il est complètement inutile de regarder en arrière vers l’Égypte; on ne peut y découvrir aucun rayon de la gloire. «Ils se tournèrent vers le désert; et voici, la gloire de l’Éternel parut dans la nuée». (Vers. 10). Le chariot de l’Éternel était dans le désert, et tous ceux qui désiraient être en communion avec Lui devaient aussi être dans le désert; et s’ils y étaient, la manne céleste devait être leur nourriture, et rien autre.

Cette manne était, il est vrai, un étrange aliment; un aliment tel, qu’un Égyptien n’aurait jamais pu ni le comprendre, ni l’apprécier, ni s’en nourrir; mais ceux qui avaient été «baptisés dans la nuée et dans la mer» (1 Cor. 10:2) pouvaient, s’ils marchaient d’une manière conséquente avec la position dans laquelle ce baptême les avait introduits, jouir de cette manne et en être nourris. Il en est de même maintenant pour le vrai croyant. L’homme du monde ne comprend pas comment le croyant vit. Sa vie et l’aliment qui l’entretient sont, l’un et l’autre, inaccessibles à l’œil naturel le plus pénétrant. Christ est la vie du chrétien; et il vit de Christ, il se nourrit, par la foi, des grâces puissantes de Celui qui, «est sur toutes choses Dieu béni éternellement» (Rom. 9:5), et «prit la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes». (Phil. 2:7). Il le suit du sein du Père à la croix, et de la croix jusqu’au trône; et trouve en lui, à chaque période de sa carrière et dans chacune des phases de sa vie, un aliment précieux pour l’homme nouveau. Tout ce qui environne le chrétien, bien que, de fait, ce soit l’Égypte, n’est qu’un désert aride et désolé, n’ayant rien à offrir à l’esprit renouvelé; et si l’âme y trouve malheureusement un aliment, ses progrès dans la vie spirituelle sont entravés dans la même mesure. La seule provision que Dieu ait faite pour nous, c’est la manne, et le vrai croyant devrait toujours s’en nourrir. (Comp. Lév. 7:11-36).

Qu’il est déplorable de voir des chrétiens rechercher les choses de ce monde! Cela prouve clairement qu’ils sont «dégoûtés» de la manne céleste, et qu’ils l’estiment être un «pain misérable». Ils servent ce qu’ils devraient mortifier. L’activité de la vie nouvelle est toujours liée au dépouillement du «vieil homme avec ses actions» (Col. 3:9); et plus ce dépouillement aura lieu, plus on désirera de se nourrir du «pain qui soutient le cœur de l’homme». (Ps. 104:15). Comme au physique, plus on prend d’exercice, et plus l’appétit est bon, de même dans la vie spirituelle, plus nos facultés renouvelées sont mises en jeu, plus nous éprouvons aussi le besoin de nous nourrir de Christ chaque jour. C’est une chose que de savoir que nous avons la vie en Christ, unie à un plein pardon et à une acceptation entière devant Dieu; et c’en est une autre et une toute différente, que d’être habituellement en communion avec lui, de se nourrir de lui par la foi, faisant de lui l’aliment exclusif de nos âmes. Un grand nombre de personnes font profession d’avoir trouvé le pardon et la paix en Jésus, qui, en réalité, se nourrissent d’une variété de choses n’ayant aucun rapport avec Christ. Elles repaissent leur esprit de la lecture des journaux et de la littérature frivole et insipide du jour. Trouveront-elles Christ là? Est-ce par de pareils moyens que le Saint Esprit nourrit l’âme de Christ? est-ce là cette pure rosée sur laquelle la manne céleste descend pour servir d’aliment aux rachetés de Dieu dans le désert? Hélas! non; ce sont les grossiers aliments auxquels l’esprit charnel trouve son plaisir. La parole de Dieu nous dit qu’il y a, dans le chrétien, deux natures; qu’on se demande laquelle de ces deux natures se nourrit des nouvelles et de la littérature du monde! Est-ce la vieille ou la nouvelle? La réponse n’est pas difficile. Laquelle, donc, des deux désirons-nous entretenir? Notre conduite, assurément, sera la plus fidèle réponse à cette question. Si je désire sincèrement de croître dans la vie divine, si mon but principal est d’être rendu semblable à Christ et de lui être dévoué, si j’aspire sérieusement à ce que le règne de Dieu fasse des progrès au dedans, je chercherai toujours, sans aucun doute, la nourriture que Dieu m’a préparée pour mon accroissement spirituel. C’est tout simple. Les actions d’un homme sont toujours le plus sûr indice de ses désirs et de ses intentions. Ainsi, si je rencontre quelqu’un qui, faisant profession d’être chrétien, néglige sa Bible, et trouve néanmoins suffisamment de temps, bien plus, prend quelques-unes de ses meilleures heures pour lire les journaux et tant d’autres ouvrages pour le moins futiles et souvent pernicieux, il ne me sera pas difficile de juger de la vraie condition de son âme; je suis sûr que ce chrétien ne peut pas être un chrétien spirituel, qu’il ne se nourrit certainement pas de Christ, et qu’il ne peut pas vivre pour lui ou lui rendre témoignage.

Si un Israélite avait négligé de recueillir, à la fraîcheur du matin, sa portion du pain que la grâce de Dieu avait préparé pour lui, il aurait bientôt manqué de forces pour continuer son voyage. Pareillement, il faut que nous aussi, nous fassions de Christ le souverain objet de notre âme, sinon notre vie spirituelle déclinera inévitablement. Des sentiments et des expériences, se rattachant à Christ, ne peuvent même pas constituer notre nourriture spirituelle, parce que ces sentiments et ces expériences sont variables et sujets à mille fluctuations. Le pain de vie, c’était Christ hier, et il faut que ce soit Christ aujourd’hui et Christ éternellement. Il ne suffit pas non plus de se nourrir en partie de Christ et en partit, d’autres objets. Comme c’est Christ seul qui est la vie, de même le «vivre» ne peut être que Christ seul; et de même que nous ne pouvons rien mélanger avec ce qui communique la vie, de même nous ne pouvons rien mélanger avec ce qui l’entretient.

Il est parfaitement vrai que, comme Israël a mangé du «blé du pays» (Jos. 5), nous pouvons en esprit et par la foi, même maintenant, nous nourrir d’un Christ ressuscité et glorifié, monté au ciel en vertu d’une rédemption accomplie. Et non seulement cela, mais nous savons que, quand les rachetés de Dieu seront entrés dans les régions de la gloire, du repos et de l’immortalité, qui se trouvent de l’autre côté du Jourdain, ils en auront fini de fait avec la nourriture du désert; mais ils n’en auront pas fini avec Christ, ni avec le souvenir de ce qu’il a été comme aliment dans le désert. — Dieu voulait qu’Israël, au milieu du lait et du miel de la terre de Canaan, n’oubliât jamais ce qui l’avait soutenu durant les quarante années de son séjour dans le désert. «Voici la parole que l’Éternel a commandée: Qu’on en remplace un omer pour le garder pour vos générations, afin qu’elles voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, lorsque je vous ai fait sortir du pays d’Égypte. — Comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse, Aaron la posa devant le témoignage pour être gardée». (Vers. 32-34).

Précieux monument de la fidélité de Dieu! Il ne les laissa point mourir de faim, comme leurs cœurs insensés et incrédules s’y étaient attendus; il fit pleuvoir du pain du ciel pour eux, les nourrit du pain des anges, veilla sur eux avec toute la tendresse d’une mère, usa de patience envers eux, les porta sur des ailes d’aigle; et, s’ils avaient persévéré dans la grâce, il les eût mis pour toujours en possession de toutes les promesses faites à leurs pères. La cruche de manne, avec la portion d’un jour, car elle contenait un omer, et posée devant l’Éternel, est pour nous une figure pleine d’instruction. Il n’y avait point de vers dans cette cruche, ni aucune corruption; elle était le mémorial de la fidélité de Dieu à pourvoir aux besoins de ceux qu’il avait délivrés des mains de l’Ennemi.

Il n’en était pas ainsi, toutefois, quand l’homme amassait la manne pour lui-même: alors les symptômes de la corruption se manifestaient bientôt. Nous ne penserons jamais à faire de provisions, si nous comprenons la vérité et la réalité de notre position; c’est notre privilège, jour après jour, de nous nourrir de Christ, comme étant celui qui descendit du ciel pour donner la vie au monde. Mais si quelqu’un, oubliant sa position, veut faire provision pour le lendemain, c’est-à-dire mettre la vérité en réserve, en dehors du besoin présent qu’il en a, au lieu de la mettre à profit pour le renouvellement de ses forces, cette vérité se corrompra certainement. Apprendre la vérité est quelque chose de très sérieux, car il n’est pas un seul des principes que nous professons avoir appris, que nous ne soyons appelés à manifester d’une manière pratique. Dieu ne veut pas que nous soyons des théoriciens. On tremble souvent en entendant certaines personnes faire, soit dans la prière, soit autrement, d’ardentes professions de dévouement; et l’on craint que, quand l’heure de l’épreuve viendra à sonner, ces personnes n’aient pas l’énergie spirituelle nécessaire pour exécuter ce que leurs lèvres ont prononcé.

Il y a un grand danger à ce que l’intelligence devance la conscience et les affections. De là vient que plusieurs semblent d’abord faire de si rapides progrès, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à un certain point; — puis arrivés là, ils s’arrêtent court et semblent rétrograder. Ils ressemblent à l’Israélite qui recueillait plus de manne qu’il ne lui en fallait pour un jour. Il pouvait paraître à cet égard beaucoup plus diligent que les autres; et néanmoins, chaque grain qu’il recueillait au-delà de ses besoins du jour était non seulement inutile, mais il «engendrait des vers». Le chrétien aussi doit faire usage de ce qu’il a, il doit se nourrir de Christ, parce que son âme a besoin de Lui, et le besoin naît d’un service actuel. Ce n’est qu’à la foi et aux besoins présents de l’âme que le caractère et les voies de Dieu, l’excellence et la beauté de Christ, comme aussi les vivantes et profondes réalités de l’Écriture, sont révélées. Il nous sera donné davantage à mesure que nous ferons usage de ce que nous avons. La vie du croyant doit être pratique, et c’est en ceci qu’un si grand nombre d’entre nous sont en défaut. Il arrive souvent que ceux qui avancent le plus rapidement dans la théorie, sont les plus lents dans la pratique et l’expérience, parce que chez eux c’est plus un travail de l’intelligence que du cœur et de la conscience. Nous ne devrions jamais oublier que le christianisme n’est pas un assemblage d’opinions ou de vues, ou un système de dogmes; il est avant tout une réalité divine, quelque chose de personnel, de pratique, de puissant, se manifestant dans tous les événements et dans toutes les circonstances de la vie journalière, répandant son influence sanctifiante sur le caractère et la marche, et apportant ses célestes dispositions dans toutes les relations dans lesquelles on peut être placé devant Dieu. En un mot, il est ce qui découle du fait que nous sommes unis à Christ et occupés de Lui. Tel est le christianisme! On peut avoir des vues claires, des idées correctes, des principes sains, sans aucune communion avec Jésus; et une profession de foi orthodoxe, sans Christ, ne sera jamais, à l’épreuve, qu’une chose froide, stérile et morte.

Lecteur chrétien, pensez-y sérieusement; vous n’êtes pas seulement sauvé par Christ, vous vivez aussi de lui. Cherchez-le «le matin de bonne heure»; cherchez-le lui «seul». Quand quelque chose attire votre attention, demandez-vous: «Cela présente-t-il Christ à mon cœur? m’apprendra-t-il quelque chose de Christ, ou me rapprochera-t-il davantage de sa personne?» — Si la réponse est négative, rejetez cette chose sans hésiter; oui, rejetez-la, quand même elle se présenterait à vous sous l’aspect le plus agréable, et appuyée de l’autorité la plus respectée. Si vous avez réellement pour but d’avancer dans la vie divine, de faire des progrès spirituels, de connaître Christ personnellement, alors, rentrez sérieusement en vous-même à ce sujet. Faites de Christ votre nourriture habituelle. Allez, recueillez la manne qui tombe sur la rosée, et nourrissez-vous-en avec une faim aiguisée par une marche vigilante avec Dieu à travers le désert. Que la riche grâce de Dieu vous fortifie abondamment pour toutes ces choses par le Saint Esprit1.

1 Le lecteur retirera du profit de la méditation du chapitre 6 de l’Évangile de Jean, en rapport avec le sujet de la manne. La Pâque étant proche, Jésus rassasie la multitude, puis se retire sur une montagne pour y être seul. De là, il vient au secours des siens en détresse, ballottés sur les eaux. Après cela, il révèle la doctrine de sa personne et de son œuvre, et déclare comment il donnera sa chair pour la vie du monde, et que nul ne pourra avoir la vie, à moins qu’il ne mange sa chair et ne boive son sang. Puis il parle de lui-même comme remontant là où il était auparavant; et enfin de la puissance vivifiante du Saint Esprit.

Il y a dans ce chapitre encore un autre sujet que nous mentionnerons, savoir l’institution du sabbat dans sa liaison avec la manne, et avec la position d’Israël telle qu’elle est présentée ici. Depuis le chap. 2 de la Genèse jusqu’au chap. 16 de l’Exode, il n’est pas fait mention de cette institution. Ceci est remarquable. Le sacrifice d’Abel, la marche d’Hénoc avec Dieu, la prédication de Noé, l’appel d’Abraham, avec l’histoire détaillée d’Isaac, de Jacob et de Joseph, sont tous racontés; mais il n’est fait aucune allusion au sabbat jusqu’au moment où nous voyons Israël reconnu comme un peuple en relation avec l’Éternel, et sous la responsabilité qui était la conséquence de cette relation. Le sabbat a été interrompu en Éden, et nous le voyons de nouveau institué pour Israël dans le désert. Mais, hélas! l’homme n’aime pas le repos de Dieu. «Et il arriva, le septième jour, que quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, et ils n’en trouvèrent point. Et l’Éternel dit à Moïse: Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois? Voyez que l’Éternel vous a donné le sabbat; c’est pourquoi il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours». (Vers. 27-29). Dieu voulait que son peuple jouît d’un doux repos avec lui; il voulait lui donner du repos, de la nourriture, et le désaltérer, même dans le désert; mais le cœur de l’homme n’est pas disposé à se reposer avec Dieu.

Les Israélites pouvaient se rappeler le temps où ils étaient «assis auprès des pots de chair» au pays d’Égypte, mais ils ne pouvaient pas apprécier la bénédiction d’être assis, chacun dans sa tente, jouissant avec Dieu du «repos du saint sabbat, et se nourrissant de la manne du ciel».

Et remarquez qu’ici le sabbat est présenté comme un don. «L’Éternel vous a donné1 le sabbat». (Vers. 29). Plus loin, dans ce même livre, nous le trouvons sous la forme d’une loi, accompagnée d’une malédiction et d’un jugement, en cas de désobéissance. Mais soit que l’homme déchu reçoive un privilège ou une loi, une bénédiction ou une malédiction, sa nature est mauvaise; il ne peut ni se reposer avec Dieu, ni travailler pour Dieu. Si Dieu travaille et lui prépare un repos, il ne veut pas garder ce repos; si Dieu lui dit de travailler, il ne veut pas faire les œuvres que Dieu lui propose. Tel est l’homme. Il n’aime pas Dieu. Il se servira du nom du sabbat pour s’exalter lui-même, ou comme d’un témoignage de sa propre piété; mais le chap. 16 de l’Exode nous montre qu’il ne peut pas estimer le sabbat de Dieu comme un don; et au chap. 15 des Nombres, 32-36, nous voyons qu’il ne peut pas le garder comme une loi.

1 C’est ainsi qu’il faut lire au lieu de: ordonné.

Or nous savons que le sabbat, aussi bien que la manne, était un type. En lui-même, le sabbat était une bénédiction, une faveur de la part d’un Dieu d’amour et de grâce, qui voulait, en donnant un jour de repos sur sept, adoucir le travail et la peine sur une terre maudite à cause du péché. De quelque manière que nous considérions l’institution du sabbat, nous la voyons toujours féconde, en grâces excellentes, dans ses rapports avec l’homme ou avec la création animale. Et, si les chrétiens gardent «le premier jour de la semaine», «le jour du Seigneur», d’après les principes qui lui sont propres, on peut discerner dans ce jour la même providence pleine de grâce. «Le sabbat a été fait pour l’homme» (Marc 2:27); et bien que l’homme ne l’ait jamais gardé, d’une manière conforme à la pensée de Dieu, cela ne diminue en rien la grâce qui brille dans l’institution, ni ne dépouille ce jour de son importance, comme type de ce repos éternel qui reste pour le peuple de Dieu, ou comme ombre de cette substance dont la foi jouit maintenant dans la personne et dans l’œuvre de Christ ressuscité.

Le lecteur ne s’imaginera donc pas que l’auteur de ces pages veuille, en quoi que ce soit, porter atteinte au jour, miséricordieusement mis à part pour le repos de l’homme et de la création animale; bien moins encore attaquer la place distincte qu’occupe le jour du Seigneur dans le Nouveau Testament: rien n’est plus éloigné de sa pensée. Comme homme, il apprécie trop le premier de ces jours, et comme chrétien, il jouit trop du dernier, pour dire ou écrire une seule parole qui pût ôter quelque chose à l’un ou à l’autre. Il prie seulement le lecteur de ne pas préjuger la question, mais de vouloir peser avec impartialité, à la balance des Saintes Écritures, les pensées énoncées ici, avant que de former son jugement. Si le Seigneur le permet, nous reviendrons sur ce sujet. Puissions-nous apprendre à apprécier davantage le repos que notre Dieu a préparé pour nous en Christ; et tout en jouissant de Lui comme étant notre repos, nourrissons-nous de Lui comme de la «manne cachée» (Apoc. 2:17), conservée dans le saint des saints, dans la puissance de la résurrection: le mémorial de ce que Dieu a accompli en notre faveur, en descendant ici-bas, dans sa grâce infinie, afin que nous puissions être devant lui, selon la perfection de Christ, et nous nourrir à jamais de ses richesses insondables.