Exode

Chapitres 7 à 11

Ces cinq chapitres forment une partie distincte du livre de l’Exode; leur contenu peut être rangé sous les trois chefs suivants: les dix jugements de l’Éternel; la résistance de «Jannès et Jambrès»; et les quatre objections de Pharaon.

Tout le pays d’Égypte fut ébranlé sous les coups successifs de la verge de l’Éternel. Tous, depuis le monarque assis sur son trône, jusqu’à la servante travaillant au moulin, durent sentir le terrible poids de cette verge. «Il envoya Moïse, son serviteur, Aaron qu’il avait choisi. Ils opérèrent au milieu d’eux ses signes, et des prodiges dans le pays de Cham. Il envoya des ténèbres, et fit une obscurité; et ils ne se rebellèrent pas contre sa parole. Il changea leurs eaux en sang, et fit mourir leurs poissons. Leur terre fourmilla de grenouilles, jusque dans les chambres de leurs rois. Il parla, et il vint des mouches venimeuses, et des moustiques dans tous leurs confins. Il leur donna pour pluie de la grêle, un feu de flammes dans leur pays; et il frappa leurs vignes et leurs, figuiers, et brisa les arbres de leur contrée. Il parla, et les sauterelles vinrent, et des yéleks sans nombre; et ils dévorèrent toutes les plantes dans leur pays, et dévorèrent le fruit de leur sol. Et il frappa tout premier-né dans leur pays, les prémices de toute leur vigueur». (Ps. 105:26-36). Ici, le psalmiste nous décrit en termes concis les terribles châtiments que, par la dureté de son cœur, Pharaon fit venir sur sa terre et sur son peuple. Ce superbe monarque avait entrepris de résister à la volonté souveraine et à la marche du Dieu Très-Haut, et comme juste conséquence de cet acte, il fut judiciairement aveuglé et endurci. «Et l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon, et il ne les écouta pas, comme l’Éternel avait dit à Moïse. Et l’Éternel dit à Moïse: Lève-toi de boit matin, et tiens-toi devant le Pharaon, et dis-lui: Ainsi dit l’Éternel, le Dieu des Hébreux: Laisse aller mon peuple, pour qu’ils me servent; car cette fois j’envoie toutes mes plaies dans ton cœur, et sur tes serviteurs et sur ton peuple, afin que tu saches que nul n’est comme moi, sur toute la terre; car maintenant, j’étendrai ma main, et je te frapperai de peste, toi et ton peuple, et tu seras exterminé de dessus la terre. Mais je t’ai fait subsister pour ceci, afin de te faire voir ma puissance, et pour que mon nom soit publié dans toute la terre». (Exo. 9:12-16).

En considérant Pharaon et ses actes, l’âme se transporte au milieu des scènes émouvantes de l’Apocalypse, qui nous font voir le dernier orgueilleux oppresseur du peuple de Dieu, faisant descendre sur son royaume et sur lui-même les sept coupes de la colère du Tout-Puissant. Dieu, dans ses desseins, a voulu qu’Israël ait la prééminence sur la terre; il faut donc que quiconque a la prétention de s’opposer à cette prééminence soit mis de côté. Il faut que la grâce divine trouve son objet; et quiconque entreprendrait d’opposer une barrière à cette grâce doit être «ôté»; que ce soit l’Égypte, Babylone, ou «la Bête qui était, et qui n’est plus et qui sera» (Apoc. 17:8), peu importe. La puissance divine ouvrira la voie, afin que la grâce divine puisse couler, et une malédiction éternelle sera sur tous ceux qui y mettront obstacle. Ils savoureront, pendant toute l’éternité du siècle des siècles, le fruit amer de leur rébellion contre «l’Éternel, le Dieu des Hébreux». Il a dit à son peuple: «Aucun instrument formé contre toi ne réussira» (És. 54:17), et son immuable fidélité accomplira très certainement ce que sa grâce infinie a promis. Ainsi, quand Pharaon persista à retenir de sa main de fer l’Israël de Dieu, les coupes de la colère divine furent répandues sur lui, et le pays d’Égypte tout entier fut couvert de ténèbres, de maladies et de désolation. Il en sera bientôt de même du grand et dernier oppresseur, alors qu’il sortira de l’abîme sans fond, armé de la puissance satanique, pour écraser sous le «pied de l’orgueil» (Ps. 36:12) ceux que l’Éternel s’est choisis pour objets de sa faveur. Son trône sera renversé, son royaume dévasté par les sept dernières plaies, et finalement il sera lui-même plongé, non dans la mer Rouge, mais «dans l’étang de feu et de soufre» (Apoc. 17:8; 20:10).

Pas un trait ou un iota de ce que Dieu a promis à Abraham, à Isaac et à Jacob ne passera sans être accompli. Dieu accomplira tout. Malgré tout ce qui a été dit ou fait en sens contraire, Dieu se souvient de ses promesses, et il les accomplira. Toutes ses promesses sont «oui et amen dans le Christ Jésus» (2 Cor. 1:20). Des dynasties se sont élevées et ont joué leur rôle sur le théâtre de ce monde; des trônes ont été érigés sur les ruines de l’ancienne gloire de Jérusalem; des empires ont fleuri pour un temps, et puis se sont écroulés, d’ambitieux potentats ont combattu pour la possession du «pays de la promesse»; tout cela a eu lieu, mais l’Éternel a dit concernant la Palestine: «Le pays ne se vendra pas à perpétuité, car le pays est à moi» (Lév. 25:23). Nul autre donc que l’Éternel lui-même ne possédera en définitive ce pays; et c’est par la semence d’Abraham qu’il héritera. Un simple passage de l’Écriture suffit pour fixer nos pensées relativement à ce sujet ou à tout autre. La terre de Canaan est pour la postérité d’Abraham, et la postérité d’Abraham pour la terre de Canaan, et jamais aucun pouvoir terrestre ou infernal ne pourra renverser cet ordre divin. Le Dieu éternel a engagé sa parole, et le sang de l’éternelle alliance a coulé pour ratifier cette parole. Qui donc l’annulerait? «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas». (Matt. 24:35). «Nul n’est comme le Dieu de Jeshurun, qui est porté sur les cieux à ton secours, et sur les nuées dans sa majesté. Le Dieu d’ancienneté est ta demeure, et au-dessous de toi sont les bras éternels; il chasse l’ennemi devant toi, et il dit: Détruis! Et Israël habitera en sécurité, la source de Jacob, à part, dans un pays de froment et de moût, et ses cieux distilleront la rosée. Tu es bienheureux, Israël! Qui est comme toi, un peuple sauvé par l’Éternel, le bouclier de ton secours et l’épée de ta gloire? Tes ennemis dissimuleront devant toi, et toi, tu marcheras sur leurs lieux élevés». (Deut. 33:26-29).

Nous avons à considérer maintenant, en second lieu l’opposition de «Jannès et de Jambrès», les magiciens égyptiens. Nous n’aurions pas connu les noms de ces anciens antagonistes de la vérité de Dieu, s’ils n’eussent été nommés par le Saint Esprit, en relation avec les «temps fâcheux», au sujet desquels l’apôtre Paul avertit son enfant Timothée. Il est important que le lecteur chrétien comprenne bien la vraie nature de la résistance opposée à Moïse par ces magiciens; et afin qu’il ait une vue complète du sujet, je rapporterai en entier le passage de l’épître de Paul à Timothée. Il est profondément sérieux et solennel.

«Or sache ceci, que dans les derniers jours il surviendra des temps fâcheux; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance. Or, détourne-toi de telles gens. Car d’entre eux sont ceux qui s’introduisent dans les maisons et qui mènent captives des femmelettes chargées de péchés, entraînées par des convoitises diverses, qui apprennent toujours, et qui ne peuvent jamais parvenir à la connaissance de la vérité. Or de la même manière dont Jannès et Jambrès résistèrent à Moïse, ainsi aussi ceux-ci résistent à la vérité, hommes corrompus dans leur entendement, réprouvés quant à la foi: mais ils n’iront pas plus avant, car leur folie sera manifeste pour tous, comme a été celle de ceux-là aussi». (2 Tim. 3:1-9).

Or la nature de cette résistance à la vérité est quelque chose de tout particulièrement sérieux, «Jannès et Jambrès» résistèrent à Moïse simplement en imitant, pour autant que cela était en leur pouvoir, tout ce qu’il faisait. Nous ne voyons pas qu’ils aient attribué à une puissance trompeuse ou mauvaise les opérations de Moïse, mais plutôt ils cherchèrent à en neutraliser l’effet sur la conscience, en faisant les mêmes choses que lui. Ce que Moïse faisait, eux aussi pouvaient le faire, en sorte qu’il n’y avait pas, après tout, une grande différence. L’un valait l’autre. Un miracle est un miracle. Si Moïse opérait des miracles pour sortir le peuple hors d’Égypte, ils pouvaient en opérer pour le faire rester au pays: où donc était la différence?

De tout ceci nous apprenons que la résistance la plus satanique au témoignage de Dieu dans le monde vient de ceux qui, bien qu’ils imitent les effets de la vérité, n’ont que «la forme de la piété» et «en renient la puissance» (2 Tim. 3:5). Ces gens-là peuvent faire les mêmes choses, adopter les mêmes habitudes et les mêmes formes, employer le même langage, et professer les mêmes opinions que d’autres. Si le vrai chrétien, pressé par l’amour du Christ, donne à manger à celui qui a faim; donne des habits à celui qui est nu; visite les malades; répand les Écritures; distribue des traités; prie, chante des cantiques, défend et prêche l’Évangile, le formaliste peut faire tout cela; et, qu’on y prenne garde, c’est là le caractère spécial de la résistance opposée à la vérité «dans les derniers jours»; c’est là l’esprit de Jannès et de Jambrès. Combien il est nécessaire de comprendre cette sérieuse vérité! Combien il importe de se souvenir que «de la même manière que Jannès et Jambrès résistèrent à Moïse, ainsi» ces professants, amateurs d’eux-mêmes, du monde et des plaisirs, «résistent à la vérité». Ils ne voudraient pas être sans «une forme de piété!» mais tout en adoptant la forme parce qu’elle est entrée dans les usages, ils en haïssent «la puissance», parce qu’elle implique le renoncement à soi-même. «La puissance de la piété» implique la reconnaissance des droits de Dieu, l’établissement de son royaume dans le cœur et, comme conséquence, la manifestation de ces choses dans le caractère et la vie tout entière; mais le formaliste ignore tout cela. «La puissance» de la piété ne pourrait jamais s’accorder avec aucun des hideux caractères que le passage de l’épître à Timothée, cité plus haut, nous signale; mais «la forme», tout en les cachant, les laisse vivants et insoumis, et c’est à quoi le formaliste prend plaisir. Il ne tient pas à ce que ses convoitises soient subjuguées. ses plaisirs entravés, ses passions domptées, ses affections réglées, son cœur purifié. Il lui faut tout juste assez de religion pour qu’il puisse tirer le meilleur parti possible du monde présent et du monde à venir. Il ne sait pas ce que c’est que d’abandonner le monde présent parce qu’on a trouvé «le monde à venir».

En considérant les formes de l’opposition de Satan à la vérité de Dieu, nous voyons que son système a toujours été de résister à cette vérité; d’abord, par la violence, en l’attaquant ouvertement, et ensuite, quand ce moyen n’a pas réussi, en la corrompant par une contrefaçon. Ainsi, il chercha d’abord à faire mourir Moïse (chap. 2:15), et ne pouvant pas accomplir son dessein, il essaya d’imiter ses œuvres.

Il en a été de même quant à la vérité confiée à l’Église de Dieu. Les premiers efforts de Satan se manifestèrent par la colère des principaux sacrificateurs et des anciens du peuple, par le siège judiciaire, la prison et l’épée. Mais dans le passage de la seconde épître à Timothée, il n’est pas fait mention de semblables agents. L’attaque ouverte a fait place au moyen bien plus subtil et plus dangereux d’une profession vaine, d’une forme sans puissance, d’une contrefaçon humaine. Au lieu de se présenter l’épée de la persécution à la main, l’Ennemi se promène couvert du manteau de la profession. Il professe et il imite ce qu’une fois il combattait et persécutait; et, par ce moyen, il obtient pour le présent des avantages effrayants. Les formes horribles du mal moral qui, de siècle en siècle, ont souillé les pages de l’histoire de l’humanité, au lieu de ne se trouver que dans les lieux où on pourrait naturellement les chercher, dans les repaires des ténèbres humaines, se trouvent soigneusement arrangées sous les plis d’une froide et impuissante profession, et c’est là un des grands chefs-d’œuvre de Satan.

Il est naturel que l’homme, comme créature déchue et corrompue, soit égoïste, avare, vantard, hautain, profane, ami des voluptés plutôt que de Dieu, mais qu’il soit tout cela, sous la belle apparence d’une «forme de piété», dénote l’énergie spéciale de Satan dans sa résistance à la vérité aux «derniers jours». Que l’homme manifeste ouvertement ces vices, ces convoitises et ces passions hideuses, résultats nécessaires de son éloignement de la source de la sainteté et de la pureté infinies, cela n’est que trop naturel, car l’homme sera ce qu’il est jusqu’à la fin de son histoire. Mais, d’un autre côté, quand on voit le saint nom du Seigneur Jésus associé à la perversité et à l’implacable méchanceté de l’homme; quand on voit de saints principes unis à des pratiques impies; quand on voit tout ce qui caractérise la corruption des gentils, telle que nous la présente le premier chapitre de l’épître aux Romains, associé à une «forme de piété», alors on peut dire avec vérité: ce sont là les affreux caractères des «derniers jours», la résistance de «Jannès et de Jambrès».

Toutefois il n’y eut que trois choses dans lesquelles les magiciens de l’Égypte purent imiter les serviteurs du Dieu vivant et vrai: ils changèrent leurs verges en serpents (chap. 7:12); ils changèrent l’eau en sang (chap. 7:22); et ils firent monter des grenouilles sur le pays (chap. 8:7); mais au quatrième signe, qui impliquait la puissance créatrice, la manifestation de la vie, liée à la mise en évidence de l’état d’humiliation de la nature, ils furent confondus et obligés de dire: «C’est le doigt de Dieu» (Chap. 8:16-19). Il en est de même de ceux qui résistent à la vérité dans les derniers jours. Tout ce qu’ils font est selon l’énergie directe de Satan et rentre dans les limites de son pouvoir. En outre, leur but spécial est de «résister à la vérité».

Les trois choses, que «Jannès et Jambrès» eurent le pouvoir d’exécuter, sont caractérisées par l’énergie satanique, la mort et l’impureté, savoir les serpents, le sang et les grenouilles. C’est ainsi qu’ils «résistèrent à Moïse», et «ceux-ci de même résistent à la vérité» et empêchent son action morale sur la conscience. Rien ne contribue plus à affaiblir la puissance de la vérité que ce fait, savoir que des personnes, qui ne sont pas du tout sous son influence, font exactement les mêmes choses que ceux qui s’y trouvent. C’est là la manière d’agir de Satan dans le moment actuel. Il cherche à faire passer tous les hommes pour des chrétiens. Il aimerait nous faire croire que nous sommes entourés d’un «monde chrétien», mais le «monde chrétien» n’est qu’une chrétienté de contrefaçon qui, loin de rendre témoignage à la vérité, est là, selon les desseins de l’ennemi de la vérité, pour résister à l’influence sanctifiante et purifiante de celle-ci.

En un mot, le serviteur de Christ, le témoin de la vérité, est de toutes parts environné de l’esprit de «Jannès et de Jambrès», il est bon qu’il s'en souvienne, qu’il connaisse à fond le mal avec lequel il a à lutter; qu’il n’oublie pas que le monde qui l’entoure est l’imitation satanique de l’œuvre réelle de Dieu, produite non par la baguette d’un magicien ouvertement méchant, mais par l’action de faux professants, ayant «la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance»; gens qui font des choses paraissant bonnes et justes, mais qui n’ont ni la vie de Christ dans leur âme, ni l’amour de Dieu dans leur cœur, ni la puissance de la parole de Dieu dans leur conscience.

«Mais,» ajoute l’apôtre, «ils n’iront pas plus avant; car leur folie sera manifeste pour tous, comme a été celle de ceux-là aussi». En effet, «la folie de Jannès et de Jambrès» fut manifeste pour tous, alors que non seulement ils ne purent pas aller plus avant en imitant les miracles de Moïse et d’Aaron, mais qu’ils furent, de fait, enveloppés dans les jugements de Dieu. Il y a là quelque chose de bien sérieux. La folie de tous ceux qui n’ont que la forme sera pareillement manifestée. Non seulement ils seront incapables d’imiter les effets propres de la vie et de la puissance divines, dans leur entier, mais encore ils deviendront eux-mêmes les objets des jugements qui résulteront de la rejection de cette vérité à laquelle ils ont résisté.

Dira-t-on que tout ceci ne renferme pas d’enseignement pour un temps de profession sans puissance? Non certainement; et ces exemples devraient agir sur toute conscience en puissance de vie, parler à tous les cœurs en accents solennels et pénétrants, et porter chacun de nous à s’examiner sérieusement, pour se rendre compte s’il rend témoignage à la vérité, en marchant dans la puissance de la piété, ou s’il lui fait obstacle et en neutralise les effets en n’en ayant que la forme. Les effets de la puissance de la piété se montreront en ce que nous «demeurerons dans les choses que nous avons apprises» (2 Tim. 3:14). Ceux-là seuls demeureront qui ont été enseignés de Dieu; qui, par la puissance de l’Esprit de Dieu, se sont abreuvés du principe divin à la source pure de l’inspiration.

Que Dieu en soit béni, les nombreuses fractions de l’Église professante renferment un grand nombre d’hommes semblables. Il y en a, ici et là, plusieurs dont la conscience a été lavée dans le sang expiatoire de «l’Agneau de Dieu» (Jean 1:29), dont les cœurs sont pénétrés d’un vrai attachement pour sa personne et dont les esprits sont réjouis par «la bienheureuse espérance» de le voir tel qu’il est, et d’être pour toujours rendus conformes à son image. On est encouragé en pensant à ceux-là. C’est une grâce indicible que d’avoir communion avec ceux qui peuvent rendre raison de l’espérance qui est en eux, et de la position qu’ils occupent. Puisse le Seigneur en augmenter le nombre tous les jours, et que la puissance de la piété se répande au loin dans ces derniers jours, afin qu’un témoignage éclatant soit rendu au nom de Celui qui en est digne.

Il nous reste encore à examiner le troisième point que nous avons signalé dans cette partie du livre, savoir les quatre objections artificieuses de Pharaon à la parfaite délivrance du peuple de Dieu et à son entière séparation de l’Égypte. La première de ces objections se trouve au chap. 8, vers. 25. «Et le Pharaon appela Moïse et Aaron, et dit: Allez, sacrifiez à votre Dieu dans le pays». Il est superflu de remarquer ici que, soit que les magiciens opposent de la résistance, soit que Pharaon fasse des objections, de fait c’est Satan qui est derrière la scène, et il est évident que son but, dans la proposition qu’il suggère à Pharaon, était d’empêcher le témoignage qui devait être rendu au nom de l’Éternel et qui se rattachait à la séparation complète du peuple de Dieu d’avec l’Égypte. Il est évident qu’il n’y aurait pas eu de témoignage de ce genre si le peuple fût resté en Égypte, encore qu’il eût sacrifié à l’Éternel. Les Israélites se fussent placés ainsi sur le même terrain que les Égyptiens, et eussent mis l’Éternel au niveau des dieux de l’Égypte; et un Égyptien eût pu dire à un Israélite: «Je ne vois pas de différence entre nous vous avez votre culte et nous avons le nôtre où est la différence?»

Les hommes trouvent parfaitement juste, et comme une chose qui va sans dire, que chacun ait une religion, quelle que celle-ci soit d’ailleurs. Pourvu que nous soyons sincères et que nous ne nous mêlions pas de la croyance de notre voisin, peu importe la forme de notre religion. Telles sont les pensées des hommes à l’égard de ce qu’ils appellent: religion; mais il est bien évident que la gloire du nom de Jésus n’a aucune place dans tout cela. L’Ennemi s’opposera toujours à toute pensée de séparation, et le cœur de l’homme ne la comprend pas. Le cœur peut aspirer à la piété, parce que la conscience atteste que tout n’est pas en règle, mais il aspire après le monde tout aussi bien. Il aimerait «sacrifier à Dieu dans le pays»; or, quand on accepte une piété mondaine, et qu’on refuse de «sortir et de se séparer», le but de Satan est atteint. Son dessein invariable, depuis le commencement, a été d’empêcher le témoignage rendu au nom de Dieu sur la terre; et ici aussi son dessein caché était le même quand il faisait dire à Pharaon: «Allez, sacrifiez à votre Dieu dans le pays!» N’eût-ce pas été étouffer le témoignage que d’adhérer à cette proposition! Le peuple de Dieu en Égypte, et Dieu lui-même associé aux idoles de l’Égypte! quel épouvantable blasphème!

Lecteur, nous devrions réfléchir sérieusement à ces choses. L’effort de l’Ennemi, pour induire le peuple d’Israël à sacrifier à Dieu en Égypte, révèle un principe infiniment plus profond que nous ne serions tentés de le supposer au premier abord. L’Ennemi triompherait s’il pouvait obtenir, n’importe en quel temps, par quels moyens et dans quelles circonstances, ne fût-ce que l’apparence d’une sanction divine en faveur de la religion du monde. Il n’a point d’objection contre une religion de cette espèce. Il atteint aussi effectivement son but par ce qu’on appelle «le monde religieux», que par tout autre moyen; aussi a-t-il gagné un grand point quand il a réussi à amener un vrai chrétien à accréditer la religion du monde. C’est un fait positif, bien connu, que rien n’excite dans le monde plus d’indignation que le principe divin de la séparation d’avec le présent siècle mauvais. On vous laissera croire les mêmes choses, prêcher les mêmes doctrines, faire les mêmes œuvres; mais si vous essayez, ne fût-ce que dans la plus petite mesure, de vous conformer aux ordres divins: «Détourne-toi de telles gens» (2 Tim. 3:5) et «sortez du milieu d’eux et soyez séparés» (2 Cor. 6:17), vous pouvez vous attendre à la plus violente opposition! Comment expliquer cela? Uniquement par ce fait que, séparés de la vaine religion du monde, les chrétiens rendent à Christ un témoignage qu’ils ne peuvent jamais lui rendre tant qu’ils sont associés avec elle.

Il y a entre la religion humaine et Christ une immense différence. Un pauvre Hindou, plongé dans les ténèbres, vous parlera de sa religion, mais il ne sait rien de Christ. L’apôtre ne dit pas: «S’il y a quelque consolation dans la religion» (Phil. 2:1), bien que, sans aucun doute, les sectateurs d’une religion quelconque trouvent dans cette religion ce qu’ils estiment être une consolation. Mais Paul avait trouvé sa consolation en Christ, après avoir fait pleinement l’expérience de la vanité de la religion, même sous sa forme la plus belle et la plus imposante. (Comp. Gal. 1:13, 14; Phil. 3:4-11).

L’Esprit de Dieu, il est vrai, parle d’une «religion pure et sans tache» (Jac. 1:27) mais l’homme irrégénéré ne peut en aucune manière y participer, car comment pourrait-il avoir part à quoi que ce soit de «pur» et qui soit «sans tache»? Cette religion-là est du ciel, la source de tout ce qui est pur et excellent; elle est exclusivement «devant notre Dieu et Père», pour l’exercice des fonctions de la nouvelle nature, dont tous ceux qui croient au nom du Fils de Dieu sont faits participants (Jean 1:12, 13; Jac. 1:18; 1 Pierre 1:23; 1 Jean 5:1). Enfin elle se range sous les deux chefs significatifs de la bienveillance active et de la sainteté personnelle: «visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et se conserver pur du monde» (Jacques 1:27).

Si vous parcourez le catalogue des vrais fruits du christianisme, vous les trouverez tous classés sous ces deux chefs; et il est très intéressant de remarquer que, soit dans le chap. 8 de l’Exode, soit dans le chap. 1 de Jacques, la séparation d’avec le monde est présentée comme une qualité indispensable dans le vrai service de Dieu. Rien de ce qui est souillé par le contact du «présent siècle mauvais» ne peut être acceptable devant Dieu, ni recevoir de sa main ce sceau «pur et sans tache». «Sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai; et je vous serai pour Père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant» (2 Cor. 6:17, 18).

Il n’y avait point en Égypte de lieu de réunion pour l’Éternel et son peuple racheté; la délivrance et la séparation de l’Égypte étaient pour Israël une seule et même chose. Dieu avait dit; «Je suis descendu pour le délivrer» (Exo. 3:8), et rien moins que cela n’aurait pu satisfaire Dieu ou le glorifier. Un salut, qui eût laissé le peuple en Égypte, n’aurait pas pu être le salut de Dieu. De plus, nous avons à nous souvenir que le dessein de l’Éternel dans le salut d’Israël, aussi bien que dans la destruction de Pharaon, était que «son nom fût publié dans toute la terre» (Exo. 9:16). Or quelle déclaration de son nom ou de son caractère y aurait-il eu, si son peuple avait dû entreprendre de lui rendre culte en Égypte? Il n’y eût eu aucun témoignage ou qu’un témoignage entièrement faux. Il était donc absolument nécessaire, pour que le caractère de Dieu fût pleinement et fidèlement manifesté, que son peuple fût entièrement délivré et complètement séparé de l’Égypte; et il est tout aussi nécessaire maintenant, pour qu’un témoignage clair et sans équivoque soit rendu au Fils de Dieu, que tous ceux qui sont réellement à lui soient séparés du présent siècle mauvais. Telle est la volonté de Dieu, et c’est pour cela que Christ s’est donné lui-même, selon ce que nous lisons: «Grâce et paix à vous, de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père, auquel soit la gloire au siècle des siècles! Amen». (Gal. 1:3-5).

Les Galates commençaient à s’adonner à une religion charnelle et mondaine, une religion d’ordonnances, une religion de «jours, de mois, de temps et d’années»; et l’apôtre, dès les premiers mots de son épître, leur rappelle que c’est pour délivrer son peuple de tout ce système-là, que le Seigneur Jésus s’est donné lui-même. Il faut que le peuple de Dieu soit un peuple séparé, non point sur le principe d’une plus grande sainteté personnelle que celle d’autrui, mais parce qu’il est son peuple, et pour qu’il réponde intelligemment au but miséricordieux que Dieu s’est proposé en le mettant en rapport avec Lui-même et en l’associant à son nom. Un peuple qui eût vécu encore au milieu des souillures et des abominations de l’Égypte, n’aurait pas pu être le témoin du Dieu très saint; et ainsi de même, maintenant, celui qui se mêle aux souillures d’une religion mondaine et corrompue ne peut pas être un puissant et fidèle témoin d’un Christ crucifié et ressuscité.

La réponse de Moïse à la première objection de Pharaon est très remarquable: «Moïse dit: Il n’est pas convenable de faire ainsi; car nous sacrifierions, à l’Éternel notre Dieu, l’abomination des Égyptiens. Est-ce que nous sacrifierions l’abomination des Égyptiens devant leurs yeux, sans qu’ils nous lapidassent! Nous irons le chemin de trois jours dans le désert, et nous sacrifierons à l’Éternel, notre Dieu, comme il nous a dit». (Chap. 8:26, 27). «Le chemin de trois jours», c’est une séparation réelle de l’Égypte. Rien moins que cela ne pouvait satisfaire la foi. L’Israël de Dieu doit être séparé du pays de la mort et des ténèbres, dans la puissance de la résurrection. Il faut que les eaux de la mer Rouge séparent les rachetés de Dieu du pays d’Égypte avant qu’ils puissent sacrifier convenablement à l’Éternel. S’ils fussent restés en Égypte, ils eussent dû sacrifier à l’Éternel les objets même du culte abominable de l’Égypte1. Cela est impossible. Il ne pouvait y avoir en Égypte ni tabernacle, ni temple, ni autel; il n’y avait pas, dans toute l’étendue du pays, de lieu pour aucune de ces choses. De fait, comme nous le verrons ci-après, Israël ne fit entendre aucun chant de louange, jusqu’à ce que l’assemblée tout entière fût parvenue, dans la puissance d’une rédemption accomplie, au bord de la mer Rouge, qui est vers le pays de Canaan. Il en est exactement de même maintenant. Il faut que le croyant sache où la mort et la résurrection du Seigneur Jésus l’ont placé pour toujours, avant qu’il puisse être un adorateur intelligent, un serviteur approuvé, un vrai et fidèle témoin.

1 L’expression «abomination» se rapporte à ce que les Égyptiens adoraient.

Il ne s’agit pas ici de la question de savoir si l’on est enfant de Dieu et partant sauvé. Un grand nombre d’enfants de Dieu sont loin de connaître le plein résultat de la mort et de la résurrection de Christ pour ce qui les concerne. Ils ne saisissent pas cette vérité précieuse, que la mort de Christ a aboli pour toujours leurs péchés (Héb. 9:26) et qu’ils sont les heureux participants de sa vie de résurrection, avec laquelle le péché ne peut avoir absolument rien à faire. Christ a été fait malédiction pour nous, non pas, comme quelques-uns voudraient nous l’enseigner, en naissant sous la malédiction d’une loi violée, mais en étant pendu au bois. (Comp. attentivement Deut. 21:23; Gal. 3:13). Nous étions sous la malédiction, parce que nous étions dans nos péchés ou que nous n’avions pas gardé la loi; mais Christ, l’homme parfait, ayant magnifié la loi et l’ayant rendue honorable (Ésaïe 42:21), par le fait même qu’il obéit parfaitement à la loi, devint malédiction pour nous, étant pendu au bois. Ainsi dans sa vie, il a magnifié la loi de Dieu; et dans sa mort, il a porté la malédiction pour nous. Il n’y a donc maintenant ni péché, ni malédiction, ni colère, ni condamnation pour le croyant; et bien qu’il doive comparaître devant le tribunal de Christ, ce tribunal lui sera tout aussi favorable alors, que le trône de grâce l’est maintenant. Le tribunal manifestera sa vraie condition, savoir qu’il n’existe rien contre lui; ce qu’il est, c’est Dieu qui l’a opéré. Il est l’ouvrage de Dieu. Dieu est venu à lui quand il était dans un état de mort et de condamnation, et il a été rendu exactement tel que Dieu voulait qu’il fût. C’est le juge lui-même qui a effacé tous ses péchés et qui est sa justice, en sorte que le tribunal du jugement ne peut que lui être favorable; bien plus, il trouvera là la déclaration publique et solennelle, faite au ciel, à la terre et à l’enfer, que celui qui est lavé de ses péchés dans le sang de l’Agneau, est aussi net qu’il est possible à Dieu de le rendre. (Voyez Jean 5:24; Rom. 8:1; 2 Cor. 5:5, 10, 11; Éph. 2:10). Tout ce qu’il y avait à faire, Dieu lui-même l’a fait; et assurément il ne condamnera pas sa propre œuvre. La justice qui était requise, Dieu lui-même l’a fournie; lui, certainement, n’y trouvera aucun défaut. La lumière du siège judiciaire sera assez éclatante pour dissiper toutes les vapeurs et tous les nuages qui pourraient obscurcir les gloires incomparables et les vertus éternelles qui appartiennent à la croix, et pour montrer que le croyant est «tout net» (Jean 13:10; 15:3; Éph. 5:27).

C’est pour n’avoir pas saisi, dans la simplicité de la foi, ces vérités fondamentales, qu’un grand nombre d’enfants de Dieu se plaignent de ne pas posséder une paix assurée; d’éprouver des variations constantes dans leur état spirituel, des hauts et des bas perpétuels dans leur expérience. Chaque doute dans le cœur d’un chrétien est un déshonneur fait à la parole de Dieu et au sacrifice de Christ. C’est parce qu’il ne se tient pas, déjà dès à présent, dans la lumière qui reluira du siège judiciaire, que le chrétien est tourmenté par des doutes ou par des craintes. Et encore ces fluctuations et ces incertitudes, que tant de personnes ont à déplorer, ne sont comparativement que des conséquences légères, en tant qu’elles n’affectent que l’expérience de ces personnes; les effets qu’elles produisent sur leur culte, leur service et leur témoignage sont infiniment plus graves, en tant que la gloire du Seigneur y est intéressée. Mais, hélas! généralement parlant, on pense peu à la gloire du Seigneur, parce que l’objet principal, le but et la fin, pour la plupart des chrétiens de profession, c’est le salut personnel. Nous sommes très portés à considérer comme essentiel tout ce qui se rapporte à nous-mêmes, tandis que tout ce qui ne se rapporte qu’à la gloire de Christ en nous et par nous est envisagé comme non-essentiel, comme secondaire.

Il est bon cependant de saisir clairement que la même vérité qui donne à l’âme une paix assurée, la met en état de rendre un culte intelligent, un service agréable et un témoignage efficace. Dans le chap. 15 de la première épître aux Corinthiens, l’apôtre présente la mort et la résurrection de Christ comme le grand fondement de toutes choses. «Or je vous fais savoir, frères, l’évangile que je vous ai annoncé, que vous avez aussi reçu, et dans lequel vous êtes, par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous tenez ferme la parole que je vous ai annoncée, à moins que vous n’ayez cru en vain. Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, et qu’il a été enseveli, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures». (Vers. 1-4). Tel est l’Évangile! Un Christ mort et ressuscité est le fondement du salut. «Il a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification». (Rom. 4:25). Voir, des yeux de la foi, Jésus cloué à la croix et assis sur le trône, est quelque chose qui doit donner à la conscience une paix solide, et au cœur une parfaite liberté. Nous pouvons regarder dans la tombe et la voir vide, nous pouvons regarder le trône en haut et le voir occupé, et continuer notre chemin tout joyeux. Le Seigneur Jésus a réglé toutes choses sur la croix en faveur de son peuple; et la preuve qu’il l’a fait, c’est qu’il est maintenant assis à la droite de Dieu. Un Christ ressuscité est la preuve éternelle d’une rédemption accomplie; et si la rédemption est un fait accompli, la paix du croyant est une vraie et stable réalité. Ce n’est pas nous qui avons fait la paix, et jamais nous n’aurions pu la faire; tout effort même, de notre part dans ce sens, n’eût servi qu’à manifester d’une manière plus évidente encore que nous étions des gens agissant à l’encontre de la paix. Mais Christ, ayant fait la paix, par le sang de sa croix, a pris place dans les hauts lieux, triomphant de tout ennemi. Par lui, Dieu «annonce la bonne nouvelle de la paix». La parole de l’Évangile porte cette paix; et l’âme qui croit l’évangile a la paix, une paix établie devant Dieu, car Christ est sa paix. (Voyez Act. 10:36; Rom. 5:1; Éph. 2:14; Col. 1:20). De cette manière Dieu, non seulement a satisfait aux exigences de sa gloire, mais encore, en le faisant, il a ouvert un chemin par lequel son amour infini peut descendre jusqu’au plus coupable de la coupable race d’Adam.

Ensuite, quant au résultat pratique, la croix de Christ a non seulement ôté les péchés du croyant, mais elle a encore rompu pour toujours le lien qui le rattachait au monde, en vertu de quoi il a le privilège de pouvoir considérer le monde comme une chose crucifiée, et d’être estimé par le monde comme un crucifié. Telle est la position respective du croyant et du monde l’un vis-à-vis de l’autre. Ils sont crucifiés l’un à l’autre. Le jugement, porté sur Christ par le monde, a été exprimé, par la position dans laquelle le monde a, de propos délibéré, placé Christ. Le monde fut appelé à choisir entre Christ et un meurtrier. Il donna au meurtrier la liberté et cloua Christ à la croix entre deux brigands. Or si le croyant marche sur les traces de Christ, s’il se pénètre de son esprit, et le manifeste, il occupera la même place que Christ dans l’estimation du monde; et de cette manière, il connaîtra non seulement que, quant à sa position devant Dieu, il est crucifié avec Christ, mais il sera amené à réaliser ce fait dans sa marche et son expérience de tous les jours.

Mais, tandis que la croix a ainsi rompu le lien qui unissait le chrétien et le monde, la résurrection a introduit celui qui croit dans la puissance de nouveaux liens et de nouvelles relations. Si, à la croix, nous voyons le jugement du monde à l’égard de Christ, nous voyons, dans la résurrection, le jugement de Dieu. Le monde a crucifié Christ, mais «Dieu l’a haut élevé» (Phil. 2:9). L’homme lui a donné la place la plus basse, Dieu lui a donné la place la plus élevée; et puisque le croyant est appelé à une pleine communion avec Dieu, dans ses pensées à l’égard de Christ, il partagera la place que le monde a faite à Christ, et il pourra, de son côté, regarder le monde comme une chose crucifiée. Si donc, le croyant est sur une croix et le monde sur une autre, la distance morale qui les sépare est considérable en effet. Et si la distance est considérable en principe, elle devrait l’être en pratique aussi. Le monde et le chrétien ne devraient avoir absolument rien en commun; et ils n’auront rien en commun, si ce n’est pour autant que le chrétien renie son Seigneur et Maître. Le croyant se montre infidèle à Christ en proportion de la communion qu’il entretient avec le monde.

Tout cela est assez clair; mais, cher lecteur, où cela nous place-t-il quant à ce qui concerne le monde? Assurément, en dehors de lui, et cela complètement. Nous sommes morts au monde et vivants avec Christ. Nous sommes à la fois participants de sa rejection par la terre et de son acceptation dans le ciel; et la joie de cette acceptation nous fait compter pour rien l’épreuve qui se rattache à la rejection. Être rejeté de la terre, sans savoir que j’ai une place et une part dans le ciel, serait pour moi insupportable; mais quand les gloires du ciel absorbent les regards de l’âme, très peu de la terre suffit. Mais on demandera peut-être: «Qu’est-ce que le monde?» — Il serait difficile de trouver une expression aussi vague et mal déterminée que celle de «monde» ou de «mondanité», parce que nous sommes en général enclins à faire commencer la mondanité à un ou deux degrés au-dessus du point où nous nous trouvons nous-mêmes. La parole de Dieu, cependant, définit avec une parfaite précision ce que c’est que «le monde», quand elle le caractérise par «ce qui n’est pas du Père» (1 Jean 2:15, 16). Ainsi, plus ma communion avec le Père sera profonde, plus aussi sera exercé mon discernement à l’égard de ce qui est du monde. Telle est la manière d’enseigner de Dieu. Plus vous vous réjouissez dans l’amour du Père, plus aussi vous rejetez le monde. Mais qui est-ce qui révèle le Père? C’est le Fils. Et il le fait par la puissance du Saint Esprit. C’est pourquoi, plus je sais, dans la puissance d’un Esprit non contristé, m’abreuver dans la révélation que le Fils fait du Père, plus mon discernement de ce qui est du monde est juste. C’est à mesure que le royaume de Dieu gagne du terrain dans le cœur, que le jugement à l’égard de la mondanité devient plus juste. On ne peut guère définir la mondanité; elle est, comme quelqu’un l’a dit, graduellement nuancée depuis le blanc jusqu’au noir le plus obscur. Vous ne pouvez pas poser une limite et dire: «ici commence la mondanité»; mais la vive et exquise sensibilité de la nature divine recule devant elle, et tout ce dont nous avons besoin, c’est de marcher dans la puissance de cette nature, afin de nous tenir éloignés de toute forme de mondanité. «Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair». (Gal. 516). Marchez avec Dieu et vous ne marcherez pas avec le monde. De froides distinctions, des règles sévères, ne sont ici d’aucune efficacité. C’est la puissance divine qu’il nous faut. Nous avons besoin de comprendre la signification et l’application spirituelle du «chemin de trois jours dans le désert», lequel nous sépare pour toujours non seulement des fours à briques et des commissaires de l’Égypte, mais aussi de ses temples et de ses autels.

La seconde objection de Pharaon participait à un haut degré du caractère et de la tendance de la première. «Et le Pharaon dit: Je vous laisserai aller, et vous sacrifierez à l’Éternel, votre Dieu, dans le désert; seulement ne vous éloignez pas trop en vous en allant». (Chap. 8:28). S’il ne pouvait pas garder les Israélites en Égypte, il voulait au moins chercher à les tenir près des frontières, de manière à pouvoir agir sur eux par les diverses influences du pays. Le peuple pourrait être ainsi ramené, et le témoignage plus effectivement anéanti que si Israël n’eût jamais quitté l’Égypte. Les personnes qui retournent au monde, après avoir paru l’abandonner, nuisent beaucoup plus à la cause de Christ que si elles étaient toujours restées dans le monde; car elles confessent virtuellement que, ayant essayé des choses divines, elles ont découvert que les choses terrestres sont meilleures et plus satisfaisantes.

Ce n’est pas tout. L’effet moral de la vérité sur la conscience des gens inconvertis reçoit un sérieux échec par ceux qui, après avoir fait profession d’abandonner le monde, retournent aux choses qu’ils semblaient avoir laissées. Non pas que de semblables cas fournissent à qui que ce soit la moindre autorisation à rejeter la vérité de Dieu, attendu que chacun est responsable pour lui-même et aura à rendre compte pour lui-même à Dieu. Mais l’effet produit, à cet égard, est toujours mauvais. «Car, si, après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, étant de nouveau enlacés, ils sont vaincus par elles, leur dernière condition est pire que la première; car il leur eût mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné». (2 Pierre 2:20, 21).

C’est pourquoi, si l’on ne veut pas «s’en aller entièrement», mieux vaut ne pas bouger du tout. L’Ennemi ne l’ignorait pas; de là sa seconde objection. Le maintien d’une position de voisinage répond admirablement bien à ses desseins. Ceux qui ne savent pas prendre une position décidée sont toujours faibles et inconséquents; et, de fait, leur influence, quelle qu’elle soit, porte d’un côté entièrement faux.

Il est très important de bien saisir que le but de Satan, dans chacune de ces objections, était de mettre obstacle au témoignage, qui ne pouvait être rendu au nom du Dieu d’Israël que par «un pèlerinage de trois jours au désert». C’était là, en toute vérité, «s’éloigner», aller bien plus loin que Pharaon ne pouvait se l’imaginer, ou qu’il n’aurait pu suivre Israël. Et quel bonheur ce serait, si tous ceux qui font profession de sortir de l’Égypte s’en éloignaient ainsi véritablement, dans l’esprit de leur entendement et par l’élévation de leur caractère; s’ils savaient bien reconnaître la croix et la tombe de Christ comme formant la limite entre eux et le monde! Nul homme ne peut par la seule énergie de sa nature se placer sur ce terrain-là. Le Psalmiste a pu dire: «N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi nul homme vivant ne sera justifié». (Ps. 143:2). Il en est de même pour ce qui regarde la séparation vraie et effective d’avec le monde. «Nul homme vivant» ne peut la réaliser. Ce n’est que comme «mort avec Christ», et «ressuscité avec lui par la foi en l’opération de Dieu» (Col. 2:12), que l’on peut être «justifié» devant Dieu ou séparé du monde. Voilà ce que l’on peut appeler «s’éloigner». Puissent tous ceux qui font profession d’être chrétiens et qui s’appellent de ce nom, s’éloigner ainsi! Alors leur lampe donnerait une lumière constante; leur témoignage rendrait un son intelligible; leur marche serait élevée; leur expérience riche et profonde; leur paix coulerait comme un fleuve; leurs affections seraient célestes et leurs vêtements purs. Et par-dessus tout, le nom du Seigneur Jésus serait magnifié en eux, par la puissance du Saint Esprit, selon la volonté de Dieu le Père.

La troisième objection de Pharaon réclame de notre part une attention toute spéciale. «Et on fit revenir Moïse et Aaron vers le Pharaon; et il leur dit: Allez, servez l’Éternel, votre Dieu. Qui sont ceux qui iront? Et Moïse dit. Nous irons avec nos jeunes gens et avec nos vieillards, nous irons avec nos fils et avec nos filles, avec notre menu bétail et avec notre gros bétail; car nous avons à célébrer une fête à l’Éternel. Et il leur dit: Que l’Éternel soit ainsi avec vous, comme je vous laisserai aller avec vos petits enfants! Regardez, car le mal est devant vous. Il n’en sera pas ainsi; allez donc, vous les hommes faits, et servez l’Éternel; car c’est là ce que vous avez désiré. Et on les chassa de devant la face du Pharaon». (Chap. 10:8-11). Ici encore, nous voyons que l’Ennemi cherche à porter un coup mortel au témoignage rendu au nom du Dieu d’Israël. Les parents au désert et les enfants en Égypte, quelle affreuse anomalie! Ce n’eût été qu’une demi-délivrance, à la fois inutile pour Israël et déshonorante pour le Dieu d’Israël. Il n’était pas possible qu’il en fût ainsi. Si les enfants fussent restés en Égypte, on n’aurait pas pu dire des parents qu’ils avaient quitté l’Égypte, attendu que leurs enfants étaient une partie d’eux-mêmes. Tout ce qu’on aurait pu dire d’eux en pareil cas, c’est qu’ils servaient en partie l’Éternel et en partie Pharaon. Mais l’Éternel ne pouvait avoir aucune part avec Pharaon, il fallait qu’il eût tout ou rien. C’est ici un principe important pour des parents chrétiens. Puissions-nous le prendre sérieusement à cœur! C’est notre heureux privilège de compter sur Dieu pour nos enfants et de les «élever dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur». (Éph. 6:4). Nous ne devons nous contenter d’aucune autre portion pour nos enfants, que de celle dont nous jouissons nous-mêmes.

La quatrième et dernière objection de Pharaon se rapportait au gros et au menu bétail. «Et le Pharaon appela Moïse, et dit: Allez, servez l’Éternel; seulement que votre menu et votre gros bétail restent; vos petits enfants aussi iront avec vous». (Chap. 10:24). Avec quelle persévérance Satan disputait à Israël chaque pouce de terrain de son chemin hors de l’Égypte! Il cherche premièrement à les faire rester dans le pays; ensuite à les faire rester dans le voisinage du pays; puis à retenir une partie du peuple dans le pays; et enfin, quand il ne réussit dans aucune de ces trois tentatives, il cherche à les faire partir sans aucun moyen de servir l’Éternel. S’il ne peut retenir les serviteurs, il cherche à retenir ce par quoi ils peuvent servir, et à arriver au même but par ce procédé. S’il ne peut les induire à sacrifier dans le pays, il voudrait les envoyer hors du pays sans victimes pour les sacrifices.

La réponse de Moïse à cette dernière objection nous présente une magnifique exposition des droits souverains de l’Éternel sur son peuple et sur tout ce qui lui appartient. «Et Moïse dit: Tu nous donneras aussi dans nos mains des sacrifices et des holocaustes, et nous les offrirons à l’Éternel, notre Dieu; nos troupeaux aussi iront avec nous; il n’en restera pas un ongle, car nous en prendrons pour servir l’Éternel, notre Dieu; et nous ne savons pas comment nous servirons l’Éternel, jusqu’à ce que nous soyons parvenus là». (Chap. 10:25, 26). Ce n’est que quand les enfants de Dieu savent prendre, par une foi simple et enfantine, la haute position dans laquelle la mort et la résurrection les ont placés, qu’ils peuvent avoir une intelligence quelque peu exacte des droits de Dieu sur eux. «Nous ne savons pas ce que nous offrirons à l’Éternel jusqu’à ce que nous soyons parvenus là»: Israël ne connaissait pas quelles étaient sa responsabilité et les exigences de Dieu jusqu’à ce qu’il eût fait «le chemin de trois jours». Il ne pouvait pas connaître ces choses au milieu de l’atmosphère corrompue de l’Égypte. Il faut que la rédemption soit connue comme un fait accompli, avant que l’on puisse avoir en aucune manière une idée juste ou complète de la responsabilité. Tout ceci est parfait et d’une grande beauté. «Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra de la doctrine». (Jean 7:17). Il faut que, dans la puissance de la mort et de la résurrection, nous soyons complètement hors de l’Égypte; alors, et seulement alors, nous connaîtrons ce qu’est réellement le service du Seigneur. C’est quand, par la foi, nous prenons place dans ces riches et glorieux parvis, dans lesquels le précieux sang de Christ nous introduit; c’est quand nous regardons autour de nous et que nous contemplons les résultats variés, excellents et merveilleux de l’amour qui nous a rachetés; c’est quand nous considérons attentivement la personne de Celui qui nous a introduits dans ce lieu et qui nous a fait don de toutes ces richesses, que nous sommes pressés de dire avec le poète:

Que mettre aux pieds d’un tel amour?
Que donner au Seigneur pour sa grâce infinie?
Ah! ma vie et mon cœur sont à lui sans retour.

«Il n’en restera pas un ongle»; ce sont de nobles paroles! L’Égypte n’est pas le lieu de quoi que ce soit qui appartienne aux rachetés de Dieu: Dieu est digne de tout; «corps, âme, esprit», tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons lui appartient. «Vous n’êtes pas à vous-mêmes, car vous avez été achetés à prix» (1 Cor. 6:19, 20); et c’est notre heureux privilège de nous consacrer nous-mêmes, avec tout ce que nous possédons, à Celui auquel nous appartenons et que nous sommes appelés à servir. Il n’y a rien ici d’un esprit légal. Les paroles: «jusqu’à ce que nous soyons parvenus là», sont notre sauvegarde contre ce mal affreux. Nous avons fait «le chemin de trois jours», avant qu’un seul mot relatif au sacrifice se soit fait entendre ou ait pu être compris; nous sommes mis en possession pleine et incontestée de la vie de résurrection et de la justice éternelle; nous avons quitté ce pays de mort et de ténèbres; nous avons été amenés à Dieu lui-même, en sorte que nous pouvons jouir de lui, dans la puissance de cette vie qu’il nous a donnée, et dans cette sphère de justice dans laquelle nous avons été placés: servir devient ainsi notre joie. Il n’y a pas dans le cœur une seule affection dont Dieu ne soit digne; il n’y a pas, dans tout le troupeau, de sacrifice trop précieux pour son autel. Plus nous marcherons près de lui et dans une communion intime avec lui, plus aussi nous estimerons que notre nourriture et notre breuvage sont de faire sa sainte volonté. Le croyant considère comme son plus grand privilège, de servir le Seigneur. Il prend son plaisir dans tout exercice et toute manifestation de la nature divine. Il ne marche pas chargé d’un lourd et pénible joug. Son joug est rompu «à cause de l’onction» (Ésaïe 10:27); son fardeau a été ôté pour toujours par le sang de la croix, tandis que lui-même, il s’avance «racheté, régénéré et affranchi», en vertu de ces consolantes et encourageantes paroles: «Laisse aller mon peuple».1

1 Nous considérons le contenu du chapitre 11 en connexion avec la sécurité d’Israël, abrité sous le sang de l’agneau pascal.