Exode

Chapitres 5 et 6

Le résultat du premier appel à Pharaon semblait n’être rien moins qu’encourageant. La crainte de perdre les Israélites porta le roi à les tenir d’autant plus ferme et à les surveiller avec un redoublement de vigilance. Toutes les fois que les limites de la puissance de Satan viennent à être resserrées, la fureur de celui-ci augmente. Il en fut ainsi quand Moïse et Aaron apparurent pour la délivrance d’Israël. La fournaise était sur le point d’être éteinte par l’amour du Libérateur; mais avant qu’elle le soit, elle brûle avec plus d’intensité, et l’ardeur du feu augmente. Le diable n’aime à lâcher aucun de ceux qu’il a tenus sous sa terrible main. Il est cet «homme fort revêtu de ses armes» dont parle Luc (11:21, 22), et dont, tandis qu’il «garde son palais», les «biens sont en paix». Mais, Dieu soit béni, il y en a un qui est «plus fort que lui», et qui lui a ôté «son armure en laquelle il se confiait», et a fait le partage de ses dépouilles entre les heureux objets de son amour éternel.

«Et après cela, Moïse et Aaron allèrent, et dirent au Pharaon: Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël: Laisse aller mon peuple, afin qu’il me célèbre une fête dans le désert». (Chap. 5:1). Tel était le message de l’Éternel à Pharaon. Il demandait pour le peuple une entière délivrance, parce qu’Israël était son peuple, et il voulait qu’il Lui célébrât une fête solennelle dans le désert. Dieu, pour être satisfait, ne veut rien de moins pour ses élus, qu’une délivrance complète du joug de l’esclavage. «Déliez-le et laissez-le aller» (Jean 11:44) est la grande devise des voies miséricordieuses de Dieu envers ceux qui, bien que tenus en esclavage par Satan, sont néanmoins ceux auxquels il veut donner la vie éternelle.

Quand nous contemplons les enfants d’Israël au milieu des fours à briques de l’Égypte, nous avons devant nous une représentation exacte de la condition de tout enfant d’Adam, selon la nature. Ils étaient là, écrasés sous le joug pesant de l’Ennemi, sans aucune force pour se délivrer. La seule mention du nom de liberté ne fit que pousser l’oppresseur à renforcer les chaînes de ses captifs, et à charger ceux-ci d’un joug plus accablant. Il fallait nécessairement que la délivrance vînt du dehors. Mais d’où devait-elle venir? Où étaient les ressources pour payer la rançon? Où, la force pour briser les chaînes? Et encore qu’on les eût trouvées, où était la volonté qui voulût accomplir l’œuvre et prendre la peine de délivrer? Hélas! il n’y avait point d’espérance pour Israël, ni au dedans ni au dehors. Le pauvre peuple n’avait d’autre ressource que de regarder en haut. Dieu était son refuge: Lui avait le pouvoir et le vouloir; il pouvait racheter Israël à prix et par puissance. En l’Éternel, et en lui seul, était le salut pour le peuple misérable et opprimé.

Il en est toujours ainsi. «Il n’y a de salut en aucun autre; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés». (Actes 4:12). Le pécheur est sous le joug d’un maître qui le gouverne avec un pouvoir despotique. Il est «vendu au péché» (Rom. 7:14), «captif de Satan pour faire sa volonté», enchaîné dans les liens de la convoitise, de la passion et de son caractère, «sans force» (Rom. 5:6), — «sans espérance», — «sans Dieu» (Éph. 2:12). Telle est la condition du pécheur. Comment donc se délivrera-t-il lui-même? Esclave d’un autre, tout ce qu’il fait, il le fait en qualité d’esclave. Ses pensées, ses paroles, ses actions, sont les pensées, les paroles et les actions d’un esclave. Lors même qu’il pleurerait et soupirerait après la délivrance, ses pleurs et ses soupirs ne sont encore que la triste preuve de son esclavage. Il peut lutter pour la liberté; mais ses efforts mêmes, bien qu’ils témoignent de son désir d’être libre, sont la déclaration positive de son asservissement.

Or il ne s’agit pas seulement de la condition du pécheur; sa nature même est radicalement corrompue et tout entière soumise à la puissance de Satan. Ainsi le pécheur n’a pas seulement besoin d’être introduit dans une nouvelle position, il faut encore qu’il soit doué d’une nouvelle nature. La nature et la position vont ensemble. S’il était au pouvoir du pécheur d’améliorer la condition dans laquelle il se trouve, à quoi cela lui servirait-il aussi longtemps que sa nature serait irrémédiablement mauvaise? Un noble peut bien recueillir et adopter un mendiant, et lui octroyer la fortune et la position d’un noble, mais il ne pourra jamais lui donner en partage la noblesse de nature; et ainsi, la nature d’un mendiant ne se trouvera jamais à son aise dans la position d’un noble. Il faut une nature qui corresponde à la position, et une position qui corresponde avec les capacités, les désirs, les affections et les tendances de la nature de celui qui s’y trouve. Or l’évangile de la grâce de Dieu nous apprend que le croyant est introduit dans une condition entièrement nouvelle; qu’il n’est plus considéré comme étant encore dans son précédent état de culpabilité et de condamnation, mais comme étant dans un état de parfaite et éternelle justification. La condition dans laquelle Dieu le voit maintenant, n’est pas seulement un état de pardon complet, mais un état tel que la sainteté infinie ne peut y découvrir aucune tache. Le croyant a été retiré de sa condition première de culpabilité, et placé, d’une manière absolue et pour l’éternité dans une condition nouvelle de justice parfaite et pure. Ce n’est pas qu’en aucune manière son ancienne condition ait été améliorée: car «ce qui est tordu ne peut être redressé» (Eccl. 1:15). «L’Éthiopien peut-il changer sa peau, et le léopard ses taches?» (Jér. 13:23). Rien n’est plus opposé à la vérité fondamentale de l’Évangile que la théorie d’une amélioration graduelle dans la condition du pécheur. Né dans une condition déterminée, il faut qu’il soit «né de nouveau» pour entrer dans une autre. Il pourra essayer de s’améliorer; prendre la résolution de devenir meilleur à l’avenir; de commencer une nouvelle page; de changer sa manière de vivre, mais pour tout cela, il ne sera pas, même au moindre degré, sorti de sa condition réelle, comme pécheur. Il pourra devenir ce qu’on appelle «religieux»; il pourra essayer de prier; il pourra suivre assidûment les ordonnances du culte et revêtir toutes les apparences d’une réforme morale, mais rien de tout cela ne peut changer quoi que ce soit à son état réel devant Dieu.

Il en est de même pour ce qui concerne la nature. Comment un homme pourrait-il changer sa nature? Il peut lui faire subir une succession d’opérations; il peut essayer de la dompter, de la soumettre à une discipline; avec tout cela, ce sera toujours la nature: «Ce qui est né de la chair, est chair». (Jean 3:6). Il faut à l’homme une nouvelle nature aussi bien qu’une nouvelle condition. Mais comment l’acquérir? En croyant «le témoignage que Dieu a rendu de son Fils». «À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom, lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu». (Jean 1:12, 13). Nous apprenons ici que ceux qui croient au nom du Fils unique de Dieu, ont le droit ou le privilège d’être enfants de Dieu; ils sont rendus participants d’une nouvelle nature; ils ont la vie éternelle. «Qui croit au Fils a la vie éternelle». (Jean 3:36). «En vérité, en vérité, je vous dis, que celui qui entend ma parole et qui croit Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie». (Jean 5:24). «Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ». (Jean 17:3). «Et c’est ici le témoignage: que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils: Celui qui a le Fils a la vie». (1 Jean 5:11, 12).

Telle est la doctrine de l’Écriture pour ce qui concerne les importantes questions relatives à la condition de la nature. Mais comment et sur quel fondement le croyant est-il introduit dans une condition de justice divine, et rendu participant de la nature divine? Ce grand changement dépend tout entier de cette bienheureuse vérité: que «Jésus mourut et qu’Il est ressuscité» (1 Thess. 4:14). Cet Être béni quitta le trône de la gloire, les demeures de la lumière; il descendit dans ce monde de péché et de misère, en ressemblance de chair de péché et, après avoir parfaitement manifesté et glorifié Dieu dans tous les actes de sa vie ici-bas, il mourut sur la croix, sous le poids de toutes les transgressions de son peuple. Il a ainsi divinement satisfait à tout ce qui était ou pouvait être contre nous. «Il a rendu la loi grande et honorable» (Ésaïe 42:21); puis il fut fait malédiction, étant pendu au bois. Tout droit fut satisfait par Lui, tout ennemi réduit au silence, tout obstacle ôté. «La bonté et la vérité se sont rencontrées; la justice et la paix se sont entre-baisées». (Ps. 85:11). La justice infinie ayant été satisfaite, l’amour infini peut se déverser dans le cœur brisé du pécheur, pour le calmer et le réjouir par sa vertu, en même temps que l’eau et le sang, qui découlèrent du côté percé de Jésus satisfont parfaitement à tous les besoins d’une conscience coupable et convaincue de péché. Le Seigneur Jésus était à notre place sur la croix; il était notre représentant. «Il mourut, le juste pour les injustes». (1 Pierre 3:18). «Il fut fait péché pour nous». (2 Cor. 5:21). Il fut mis au rang des transgresseurs; il fut enseveli et il ressuscita, ayant tout accompli. Ainsi il n’y a plus rien désormais qui soit contre le pécheur: il est uni à Christ et dans la même condition de justice que Christ. «Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde». (1 Jean 4:17).

Voilà ce qui donne à la conscience une paix solide et bien établie. Si nous ne sommes plus dans un état de culpabilité, mais dans un état de justification; si Dieu ne nous voit qu’en Christ et comme Christ, alors une paix parfaite est notre partage. «Ayant été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu». (Rom. 5:1). Le sang de l’Agneau a ôté toute la culpabilité du croyant, a effacé sa lourde dette, et lui a donné, en présence de cette sainteté «qui ne peut contempler l’oppression» (Hab. 1:13), un vêtement parfaitement blanc.

Mais le croyant n’a pas seulement trouvé la paix avec Dieu; il est fait enfant de Dieu, en sorte qu’il peut jouir des douceurs de la communion avec le Père et le Fils, par la puissance du Saint Esprit. Il faut envisager la croix sous deux points de vue: d’abord elle satisfait aux droits de Dieu et à ce qu’exige sa gloire; ensuite elle est l’expression de l’amour de Dieu. Si nous considérons nos péchés en vue des droits de Dieu comme Juge, nous trouvons que la croix a satisfait à tous ces droits. Dieu, comme Juge, a été divinement satisfait et glorifié à la croix. Mais il y a plus que cela: Dieu a des affections aussi bien que des droits; et la croix du Seigneur Jésus révèle au pécheur toutes ces affections d’une manière touchante et persuasive; tandis que, en même temps, le pécheur est rendu participant d’une nouvelle nature, capable de jouir de ces affections, et d’avoir communion avec le cœur duquel elles découlent. «Car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu». (1 Pierre 3:18). Nous ne sommes donc pas seulement introduits dans un nouvel état, mais amenés à une personne, savoir à Dieu lui-même, et nous sommes faits participants d’une nature qui est capable de trouver ses délices en Lui. «Nous nous glorifions en Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation». (Rom. 5:11).

Quelle force et quelle beauté ne découvrons-nous pas dans ces paroles de délivrance: «Laisse aller mon peuple, afin qu’il me célèbre une fête dans, le désert» (Chap. 5:1). «L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue; pour renvoyer libres ceux qui sont foulés». (Luc 4:18, 19). La bonne nouvelle de l’Évangile annonce la délivrance de tout joug et de toute servitude. La paix et la liberté, comme Dieu l’a déclaré, sont les dons que l’Évangile apporte à ceux qui le reçoivent par la foi.

Remarquez qu’il est dit: «Afin qu’ils me célèbrent une fête». Si les enfants d’Israël devaient en finir avec Pharaon, c’était pour qu’ils commencent avec Dieu. Le changement était grand. Au lieu de se fatiguer sous le joug des commissaires d’impôts de Pharaon, ils devaient faire la fête à l’Éternel; et, bien que pour cela il fallût passer de l’Égypte au désert, la présence divine devait les y accompagner; et si le désert était triste et sauvage, il était le chemin qui conduisait en Canaan. Il était dans les desseins de Dieu qu’Israël célébrât une fête solennelle à l’Éternel dans le désert, et à cet effet il fallait qu’on le «laissât aller» hors d’Égypte.

Toutefois Pharaon n’était aucunement disposé à obéir à l’ordre divin. «Qui est, dit-il, l’Éternel pour que j’écoute sa voix et que je laisse aller Israël?» (Vers. 2). Par ces paroles, Pharaon exprime de la manière la plus frappante sa véritable condition morale, son ignorance et sa désobéissance. Ces deux choses vont ensemble. Si on ne connaît pas Dieu, on ne peut pas lui obéir, car l’obéissance est toujours fondée sur la connaissance. Une âme qui a le bonheur de connaître Dieu, éprouve que cette connaissance est la vie (Jean 17:3); et la vie est la puissance; et avec la puissance on peut agir. Il est évident que celui qui n’a pas la vie ne peut pas agir; il y a donc un grand manque d’intelligence à vouloir faire accomplir à quelqu’un certains actes, afin qu’il obtienne ainsi ce par quoi seul il est capable de faire quoi que ce soit.

Puis Pharaon ne se connaissait pas plus lui-même qu’il ne connaissait Dieu. Il ne savait pas qu’il était un pauvre ver de terre, suscité dans le but exprès de faire connaître la gloire de Celui duquel il disait qu’il ne le connaissait pas. (Exo. 9:16; Rom. 9:17). «Et ils dirent: le Dieu des Hébreux s’est rencontré avec nous. Nous te prions, laisse-nous aller le chemin de trois jours dans le désert, et que nous sacrifiions à l’Éternel, notre Dieu; de peur qu’il ne se jette sur nous par la peste ou par l’épée. Et le roi d’Égypte leur dit: Moïse et Aaron, pourquoi détournez-vous le peuple de son ouvrage? Allez à vos corvées… Que le service pèse sur ces hommes, et qu’ils s’y occupent, et ne regardent pas à des paroles de mensonge». (Vers. 3-9).

Quelle révélation des secrets ressorts du cœur humain ne trouvons-nous pas ici? Quelle complète incapacité d’entrer dans les choses de Dieu? Tous les droits divins et toutes les révélations divines étaient, selon l’estimation de Pharaon, des «paroles de mensonge». — Que lui importait «le chemin de trois jours dans le désert», ou «une fête à l’Éternel»? Comment aurait-il pu comprendre la nécessité d’un pareil voyage, ou la nature ou le but d’une pareille fête? Il pouvait comprendre ce que c’était que de porter des charges et de faire des briques; ces choses avaient, à son jugement, un air de réalité; mais quant à Dieu, à son service ou à son culte, il ne pouvait y voir qu’une vraie chimère, inventée par ceux qui ne cherchaient qu’une excuse pour échapper aux austères réalités de la vie.

Trop souvent il en a été de même pour les sages et les grands de ce monde, qui toujours ont été les premiers à taxer de folie et de vanité les témoignages divins. Écoutez, par exemple, l’estimation que fit le «très excellent Festus» de la grande question débattue entre Paul et les Juifs. «Ils avaient contre lui quelques questions touchant leur culte religieux et touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant» (Actes 25:19). Hélas! combien peu il savait ce qu’il disait! Combien peu il comprenait ce qu’impliquait la question de savoir si «Jésus» était «mort» ou «vivant» Il ne pensait pas à l’immense portée de cette question pour lui-même et pour ses amis, Agrippa et Bérénice; mais cela ne changeait rien au fait lui-même; lui et eux savent maintenant davantage sur ce sujet, bien que, dans les jours passagers de leur gloire terrestre, ils ne l’aient considérée que comme une question superstitieuse, indigne de l’attention d’hommes sensés, et uniquement propre à occuper le cerveau dérangé de visionnaires enthousiastes. Oui, la grande question qui décide de la destinée de tout enfant d’Adam, cette question sur laquelle repose la condition présente et éternelle de l’Église et du monde, et à laquelle se rattachent tous les conseils de Dieu, elle était, selon le jugement de Festus, une vaine superstition.

Il en fut de même pour Pharaon. Il ne savait rien de «l’Éternel, le Dieu des Hébreux», le grand «Je suis»; aussi regardait-il tout ce que Moïse et Aaron lui avaient dit d’un sacrifice à Dieu comme «des paroles de mensonge». Les choses de Dieu doivent toujours paraître à l’esprit profane de l’homme, vaines, inutiles et dépourvues de sens. Le nom de Dieu peut faire partie de la phraséologie d’une froide religion de formalisme, mais Dieu lui-même n’est pas connu. Son nom précieux, dans lequel se trouve renfermé tout ce que le cœur du croyant peut désirer et dont il peut avoir besoin, n’a pour l’incrédule ni signification, ni puissance, ni vertu, et ainsi tout ce qui traite de Dieu ou se rapporte à lui, à ses paroles, à ses conseils, à ses pensées, à ses voies, est regardé comme des «paroles de mensonge».

Mais le temps approche rapidement auquel il n’en sera plus ainsi. Le tribunal de Christ, les terreurs du monde à venir, les vagues du lac de feu, ne seront pas des «paroles de mensonge». Non, assurément; et tous ceux qui, par la grâce, croient que ces choses sont des réalités, devraient s’efforcer de réveiller à leur égard la conscience de ceux qui, comme Pharaon, tiennent «la fabrication des briques» pour la seule chose digne d’occuper la pensée, la seule vraie réalité!

Hélas! combien souvent les chrétiens mêmes vivent dans la région des choses visibles, dans la région de la terre et de la nature, de manière à perdre le sens profond, immuable et puissant de la réalité des choses divines et célestes. Nous avons besoin de vivre davantage dans la région de la foi, dans la région du ciel et de la «nouvelle création». Alors nous verrions les choses comme Dieu les voit; nous penserions à leur égard comme Dieu pense, et notre vie tout entière serait plus élevée, plus désintéressée, plus complètement séparée de la terre et des choses terrestres.

Cependant l’épreuve la plus douloureuse pour Moïse ne vient pas du jugement porté par Pharaon sur sa mission. Le serviteur fidèle, dont le cœur est tout entier à Christ, doit toujours s’attendre à n’être regardé par les hommes du monde que comme un enthousiaste visionnaire. Ils contemplent le croyant à un point de vue qui ne nous permet pas d’attendre d’eux un autre jugement. Plus un serviteur sera fidèle à son céleste Maître, plus il marchera sur ses traces, plus il sera conforme à son image, plus aussi il peut s’attendre à être regardé, par les fils de la terre, comme étant «hors de sens». Ce jugement du monde ne devrait donc ni le désappointer, ni le décourager. Mais une chose infiniment plus pénible encore pour lui, c’est de voir son ministère et son témoignage mal interprétés, méconnus ou rejetés par ceux qui en sont eux-mêmes les objets particuliers. En pareil cas, il a besoin d’être beaucoup avec Dieu, dans le secret de ses pensées; il a besoin de vivre beaucoup dans la puissance de la communion avec Lui, pour être maintenu dans la constante réalité de sa voie et de son service. Si, dans des circonstances aussi difficiles, on n’est pas pleinement persuadé d’avoir reçu mission d’en haut, si l’on n’est pas conscient d’avoir avec soi la présence divine, on est presque sûr de succomber.

Si Moïse n’avait pas été ainsi soutenu, comment eût-il persévéré quand l’oppression croissante de la puissance de Pharaon arracha aux commissaires des enfants d’Israël des paroles de découragement comme celles-ci: «Que l’Éternel vous regarde, et qu’il juge; car vous nous avez mis en mauvaise odeur auprès du Pharaon et auprès de ses serviteurs, de manière à leur mettre une épée à la main pour nous tuer» (Vers. 20, 21). Il y avait là de quoi accabler Moïse, et Moïse le sentait, car il retourna vers l’Éternel et dit: «Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple? Pourquoi donc m’as-tu envoyé? Depuis que je suis entré vers le Pharaon pour parler en ton nom, il a fait du mal à ce peuple et tu n’as pas du tout délivré ton peuple». Au moment même où la délivrance semblait proche, les choses avaient pris l’aspect le plus décourageant; tout comme dans la nature, l’heure la plus sombre de la nuit est souvent celle qui précède immédiatement l’aube du jour. Ainsi il en sera de l’histoire d’Israël aux derniers jours. L’heure de l’obscurité la plus profonde et de l’angoisse la plus effrayante précédera l’apparition soudaine du «Soleil de justice» (Mal. 4:1, 2), apportant la santé dans ses ailes, pour guérir d’une guérison éternelle «la plaie de la fille de son peuple» (Jér. 6:14; 8:11).

On peut se demander jusqu’à quel point le «pourquoi» de Moïse, cité dans le passage plus haut, fut dicté par une foi réelle et par une volonté mortifiée? Toujours est-il que le Seigneur ne reprend pas Moïse pour son «pourquoi», occasionné par la grandeur de l’affliction du moment. Il lui répond avec bonté: «Tu verras maintenant ce que je ferai au Pharaon, car contraint par main forte, il les laissera aller, il les chassera de son pays». (Chap. 6:1). Cette réponse est empreinte d’une grâce toute particulière. Au lieu de censurer l’insolence de celui qui se permettait de mettre en question les voies insondables de «Je suis», ce Dieu toujours miséricordieux cherche à relever l’esprit accablé de son serviteur, en lui dévoilant ce qu’il allait faire. C’était agir d’une manière digne de Dieu, de qui descend toute grâce excellente et tout don parfait, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches. (Jac. 1:5, 17). «Car il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière». (Ps. 103:14). Ce n’est pas non plus uniquement dans ses actes, mais en Lui-même, dans son propre nom et dans son caractère, qu’il voudrait faire trouver au cœur la consolation et la joie; et là est le bonheur parfait, divin, éternel. Quand le cœur trouve en Dieu lui-même le soulagement dont il a besoin, quand il peut se réfugier dans le sûr asile que lui offre son nom, quand il peut trouver dans le caractère de Dieu la réponse parfaite à tous ses besoins, alors il est véritablement élevé au-dessus de la région des choses créées; il peut abandonner les belles promesses de la terre, et estimer à leur juste valeur les superbes prétentions de l’homme. Le cœur qui connaît Dieu par expérience peut non seulement regarder la terre et dire: «Tout est vanité» mais encore regarder directement à Dieu et dire «Toutes mes sources sont en toi». (Psaume 87:7).

«Et Dieu parla à Moïse, et lui dit: Je suis l’Éternel (l’Éternel). Je suis apparu à Abraham, à Isaac, et à Jacob, comme le Dieu Tout-Puissant; mais je n’ai pas été connu d’eux par mon nom d’Éternel (l’Éternel). Et j’ai aussi établi mon alliance avec eux, pour leur donner le pays de Canaan, le pays de leur séjournement, dans lequel ils ont séjourné. Et j’ai aussi entendu le gémissement des fils d’Israël, que les Égyptiens font servir, et je me suis souvenu de mon alliance». (Vers. 2-5). «L’Éternel» est le titre que Dieu prend comme Libérateur de son peuple, en vertu de son alliance de pure et souveraine grâce. Il se révèle lui-même comme étant la Source éternelle de l’amour rédempteur; établissant ses conseils, accomplissant ses promesses, délivrant son peuple élu de tout ennemi et de tout mal. C’était le privilège d’Israël de demeurer toujours sous la sauvegarde de ce nom significatif de l’Éternel, de ce nom qui manifeste Dieu comme agissant pour sa propre gloire, et formant son peuple opprimé pour publier par lui cette gloire. (Comp. És. 43:11, 12, 15, 21).

«C’est pourquoi dis aux fils d’Israël: Je suis l’Éternel, et je vous ferai sortir de dessous les fardeaux des Égyptiens, et je vous délivrerai de leur servitude; et je vous rachèterai à bras étendu, et par de grands jugements; et je vous prendrai pour être mon peuple, et je vous serai Dieu; et vous saurez que je suis l’Éternel, votre Dieu qui vous fais sortir de dessous les fardeaux des Égyptiens. Et je vous ferai entrer dans le pays au sujet duquel j’ai levé ma main, pour le donner à Abraham, à Isaac, et à Jacob, et je vous le donnerai en possession. Je suis l’Éternel». (Vers. 6-8). Tout ceci proclame la grâce la plus pure, la plus gratuite, la plus riche. L’Éternel se présente au cœur des siens comme étant Celui qui agirait en eux, pour eux et avec eux, pour la manifestation de sa propre gloire. Quelque faibles et misérables qu’ils fussent, il était descendu pour faire voir sa gloire, manifester sa grâce et donner un exemple de sa puissance, dans leur entière délivrance. Sa gloire et leur salut étaient inséparablement liés. Plus tard, toutes ces choses ont été rappelées à leur souvenir: «Ce n’est pas parce que vous étiez plus nombreux que tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et vous a choisis car vous êtes le plus petit de tous les peuples mais parce que l’Éternel vous a aimés et parce qu’il garde le serment qu’il a juré à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir à main forte, et t’a délivré de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Égypte». (Deut. 7:7, 8).

Rien n’est plus propre à affermir et à établir sur un solide fondement le cœur craintif et tremblant que de savoir que Dieu s’est chargé de nous, tels que nous sommes et en connaissant parfaitement ce que nous sommes; et que, de plus, il ne peut jamais faire en nous aucune nouvelle découverte qui pourrait altérer le caractère ou la mesure de son amour pour nous. «Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin». (Jean 13:1). Celui qu’il aime, il l’aime jusqu’à la fin d’un amour invariable; c’est là un sujet de joie inexprimable. Dieu savait tout ce que nous étions; il connaissait ce qu’il y avait de plus mauvais en nous, alors qu’il manifesta son amour pour nous dans le don de son Fils. Il savait ce dont nous avions besoin, et il y a pourvu. Il connaissait le montant de la dette, et il l’a payée. Il savait ce qu’il y avait à faire, et il l’a accompli. Les exigences de sa propre gloire devaient être satisfaites, et il y a satisfait. Tout est son œuvre à Lui. C’est pourquoi il dit à Israël: «Je vous ferai sortir»; — «Je vous ferai entrer» «Je vous prendrai pour mon peuple»; — «Je vous donnerai le pays»; — «Je suis l’Éternel». — C’était là ce qu’il voulait faire, en vertu de ce qu’il était; et aussi longtemps que cette grande vérité n’a pas été pleinement saisie, aussi longtemps qu’elle n’a pas été reçue dans l’âme par la puissance du Saint Esprit, il ne peut pas y avoir de paix solide. On ne peut pas avoir le cœur heureux, ni la conscience tranquille, avant de savoir et de croire que tous les droits divins ont été divinement satisfaits.

Le reste de ce chapitre contient un registre des «chefs des maisons» des pères, des Israélites. Ce registre est intéressant en ce qu’il nous montre l’Éternel venant faire le dénombrement de ceux qui lui appartiennent, bien qu’ils fussent encore dans le royaume de l’Ennemi. Israël était le peuple de Dieu, et Dieu fait ici le dénombrement de ceux sur lesquels il avait un droit souverain. Quelle grâce merveilleuse! Trouver un objet d’intérêt dans ceux qui étaient au milieu de toute la dégradation de la servitude de l’Égypte, était digne de Dieu! Celui qui a fait les mondes et qui est entouré d’anges non déchus, toujours prêts à faire «son bon plaisir» (Ps. 103:21), descendit ici-bas dans le but d’adopter quelques esclaves, au nom desquels il voulut bien unir son nom. Il descendit au milieu des fours à briques de l’Égypte, il vit là un peuple gémissant sous le fouet de l’oppresseur, et prononça alors ces mémorables paroles: «Laisse aller mon peuple». Et ayant dit ainsi, il commença à en faire le dénombrement, comme pour dire: Ceux-ci sont à moi; voyons combien ils sont, afin que nul ne soit laissé en arrière. «De la poussière il fait lever le misérable, de dessus le fumier il élève le pauvre, pour le faire asseoir avec les nobles: et il leur donne en héritage un trône de gloire». (1 Sam. 2:8).